Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

19/05/2010

La vente à découvert, qu'est-ce ?

lu sur :
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/05/19/berlin-declare-la-guerre-aux-speculateurs_1354206_3234.html
.
Berlin déclare la guerre aux spéculateurs
LEMONDE.FR | 19.05.10 | 18h14


'Allemagne a déclaré avec fracas la guerre aux spéculateurs. En annonçant une mesure choc visant à contrer radicalement toute spéculation sur la dette d'Etat, Berlin a pris de court les marchés et à contre-pied l'Union européenne.

Le Bafin, le gendarme de la Bourse allemande, a interdit, à partir de mercredi 19 mai et jusqu'au 31 mars 2011, les ventes à découvert "à nu" sur les emprunts d'Etats de la zone euro et sur certains types de CDS ("credit default swaps", soit des titres de couverture contre le risque de faillite d'un pays ou d'une entreprise). Cette décision, non concertée, a provoqué une montée de fièvre sur les places boursières et suscité l'étonnement de ses partenaires européens.

  • Qu'est-ce qu'une vente à découvert ?
Les ventes à découvert sont des mécanismes financiers sophistiqués qui permettent de parier sur la baisse d'un titre. Elles sont accusées d'encourager la spéculation. Il en existe de deux sortes. La vente à découvert "simple" permet à des opérateurs de vendre des titres qu'ils ont empruntés avec l'espoir de les racheter plus tard à un moindre prix. La deuxième pratique, dans le collimateur de Berlin, dite "vente à découvert 'à nu'", permet de vendre des titres sans même les avoir empruntés auparavant.
  • Pourquoi une telle interdiction ?

Plusieurs pays européens encadraient déjà la vente à découvert "simple" d'actions. Outre les Etats-Unis au moment de la crise des subprimes, la Grèce avait suspendu fin avril ce type de transactions à la Bourse d'Athènes pour tenter d'enrayer la spéculation. Certains pays, comme la Suisse, interdisent purement et simplement cette technique, que ce soit pour les actions ou les obligations. D'autres, comme l'Espagne ou la France, réservent depuis la crise l'interdiction aux seules actions.

Mais l'Allemagne est le premier pays à interdire ces transactions sur les emprunts d'Etat de la zone euro et les CDS liés à ces emprunts. Le Bafin explique que ces mesures d'interdiction sont "dues à la volatilité extraordinaire des obligations d'Etat de la zone euro". Elle estime que des ventes à découvert massives pourraient mettre en péril la stabilité de l'ensemble du système financier.

  • Pourquoi maintenant ?

Ce coup de semonce est largement dicté par la politique intérieure. La décision a été annoncée mardi, à la veille d'un plaidoyer de la chancelière devant le Bundestag pour le convaincre de soutenir la participation de Berlin au vaste plan européen de soutien à la zone euro. Des parlementaires allemands avaient réclamé des "actions punitives contre la meute des loups", faute de quoi il ne voteraient pas en faveur de ce plan de 750 milliards d'euros, dont l'Allemagne serait le principal contributeur avec 150 milliards d'euros.

Devant le Bundestag, mercredi, la chancelière a revêtu ses habits de championne de la régulation. Les dirigeants européens doivent veiller à ce que les marchés ne puissent pas "extorquer" davantage d'argent aux Etats, a-t-elle lancé, précisant que l'Allemagne est prête à agir seule pour interdire ces activités jugées en partie responsables de la crise dans la zone euro.

  • Quelle efficacité ?

Mais cette mesure aura précisément une portée relativement symbolique tant qu'elle restera isolée.

La plupart des transactions sur les CDS en Europe s'effectuent en effet à Londres. Et l'autorité des marchés financiers britannique s'est empressée de préciser que l'interdiction du Bafin ne concernait pas les activités des succursales hors d'Allemagne.

Pour certains analystes, la mesure allemande pourrait même être néfaste en entraînant une fuite des capitaux de la zone euro et un accroissement de l'aversion au risque. Mais plus que tout, cette décision unilatérale souligne une nouvelle fois l'absence de cohésion politique des pays membres. Censée "sauver l'euro", elle a au contraire accentué la dégringolade de la monnaie unique mercredi.

  • L'Europe prise de court

C'est peu dire que l'annonce de Berlin a surpris l'ensemble de ses partenaires. La ministre de l'économie, Christine Lagarde, a émis des réserves et fait savoir que Paris n'envisageait pas d'imiter l'Allemagne. "Il faudrait quand même solliciter l'avis des Etats considérés et concernés par la mesure", a-t-elle souligné. Un avis partagé par le commissaire européen chargé du marché intérieur et des services financiers, Michel Barnier. Une coordination européenne est nécessaire pour plus d'efficacité, a-t-il estimé.

Mais Berlin a reçu le soutien du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a même invité les régulateurs européens à étudier une action concertée sur ce thème. "Des actions adoptées par d'autres autorités nationales, coordonnées au niveau européen, renforceraient les actions de chaque nation et ajouteraient de la valeur et du poids au message transmis aux marchés", a-t-il déclaré.

  • Merkel, championne de l'euro ?

L'Allemagne se défend de faire cavalier seul, mais reconnaît vouloir ouvrir la voie. "En anticipant sur une régulation au niveau européen que nous souhaitons, il existe toujours la possibilité pour un Etat d'agir dans son propre cadre", explique un porte-parole du gouvernement.

Devant le Bundestag, mercredi, Angela Merkel a enjoint à mi-mots à l'Europe d'imiter l'Allemagne pour "sauver l'euro". "L'euro est en danger, et si nous ne nous prémunissons pas contre ce danger, les conséquences pour l'Europe seront incalculables et les conséquences au-delà de l'Europe seront incalculables", a déclaré la chancelière. "Si l'euro échoue, l'Europe échoue".

Elle a également appelé l'UE à introduire sa propre taxe sur les transactions financières si le groupe des vingt pays les plus industrialisés (G20) ne parvenait pas à s'entendre en juin sur le sujet. "Si nous n'obtenons pas un accord là-bas (...) nous aborderons l'organisation au niveau européen d'une contribution du secteur financier, afin que les gens aient le sentiment d'une certaine justice", a-t-elle lancé dans un discours aux accents dramatiques. Une façon de redorer son blason auprès d'une opinion publique très réticente à l'idée de devoir payer pour le manque de rigueur de certains Etats et l'absence de scrupules des spéculateurs.

 

Soren Seelow (avec AFP et Reuters)

18/06/2009

L'ONU veut contrôler la ruée vers les terres agricoles

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/06/15/l-onu-veut-controler-la-ruee-vers-les-terres-agricoles_1206948_3244.html#ens_id=1207050

 

L'ONU veut contrôler la ruée vers les terres agricoles

LE MONDE | 15.06.09 | 18h04  •  Mis à jour le 15.06.09 | 20h27

Bruxelles. Correspondant

 

Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, s'inquiète de l'extension rapide des acquisitions et locations de terres agricoles dans des pays en développement par des Etats riches et des fonds d'investissement. Cette pratique du land grabbing ("accaparement de terre") s'est accélérée à la faveur de la crise alimentaire de 2008.

M. De Schutter juge que la question doit figurer à l'agenda des discussions agricoles du G8, le sommet des huit pays les plus industrialisés, en juillet. Il avance onze principes liés aux droits de l'homme qui devraient, selon lui, servir de base aux contrats futurs ainsi qu'à une approche multilatérale, afin d'éviter les menaces qui planent sur les populations locales.

Selon les estimations, de 15 à 20 millions d'hectares (ha) - l'équivalent des terres arables françaises - ont fait l'objet de transactions depuis trois ans, essentiellement en Afrique. La Chine aurait acheté 2,8 millions d'ha en République démocratique du Congo pour y développer la plus grande exploitation mondiale d'huile de palme. La Corée du Sud, les Emirats arabes unis et l'Egypte ont acquis, au total, plus de 1,5 million d'ha au Soudan. L'Arabie saoudite aimerait louer un demi-million d'ha en Tanzanie.

Les experts estiment que, d'ici à 2030, il faudra trouver 120 millions d'ha de terres agricoles supplémentaires pour répondre à la demande de produits alimentaires. "Ces investissements peuvent représenter une chance de développement, créer des infrastructures et de l'emploi, permettre à des agriculteurs d'accéder à la technologie et au crédit, note M. De Schutter. Ils peuvent aussi avoir des conséquences très négatives et menacer tant le droit à l'alimentation que les autres droits des populations concernées." Faute de règles négociées, des cultivateurs sont, et seront, expulsés et privés d'accès aux ressources indispensables à leur survie.

Le paradoxe, relève le représentant spécial, est que parmi les personnes les plus exposées au risque alimentaire se trouvent 500 millions d'hommes et de femmes dont dépend en grande partie l'avenir de la planète : ce sont les ouvriers salariés du secteur agricole. "Leur assurer une protection adéquate constituerait une contribution majeure", estime-t-il.

M. De Schutter réclame également que les investissements soient couplés à des projets à haute intensité de main-d'oeuvre, ce qui donnerait de l'emploi et des revenus aux groupes locaux. Ils devraient, en outre, se voir réserver une partie des récoltes, à mettre en vente sur les marchés locaux. Le représentant spécial demande encore que les principes du développement durable et d'une approche agro-écologique soient respectés partout.

Seule une approche multilatérale, conclut-il, permettra d'éviter la concurrence entre les pays pauvres désireux d'attirer des capitaux.

 

Jean-Pierre Stroobants (avec Antoine Le Bozec)

Article paru dans l'édition du 16.06.09

30/10/2008

économie libérale : le rôle pervers des banques d'affaires

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/29/le-role-pervers-des-banques-d-affaires-par-alain-godard_1112394_3232.html

Point de vue
Le rôle pervers des banques d'affaires, par Alain Godard
LE MONDE | 29.10.08 | 13h10 • Mis à jour le 29.10.08 | 13h10

Je m'interroge sur les dangers de la seule logique financière dans la conduite des entreprises." C'était, le 11 juillet 2001, le titre d'une interview que j'avais donnée au Monde en tant que président démissionnaire d'Aventis CropScience, en désaccord avec sa vente à Bayer, qui allait entraîner une nouvelle restructuration pour cette entreprise mondiale de 15 000 personnes.
Cet entretien fut à l'origine de tensions fortes avec mes ex-collègues du comité exécutif... Sept ans plus tard, la crise financière délie les langues : on peut enfin parler du rôle pervers et malsain des banquiers d'affaires. Toutefois, peu d'observateurs se retournent sur la responsabilité de ces mêmes banques d'affaires sur la destruction de notre paysage industriel au cours des quinze dernières années : elles sont pourtant à l'origine de nombreuses restructurations ou fusions qui n'avaient aucune justification industrielle réelle. L'approche était fort simple :

1) Les banques mettent au point des produits financiers dérivés qui rapportent au moins 15 % par an.

2) Les mêmes banques poussent les actionnaires des groupes industriels à exiger une rentabilité au moins équivalente : comme on en est loin, on incite les entreprises à restructurer, puis à opérer des fusions ou acquisitions sur lesquelles les banquiers prospèrent.

3) Puisqu'il faut parallèlement obtenir le soutien ou au moins la neutralité des cadres dirigeants, les cabinets spécialisés sont mandatés pour démontrer que leurs salaires sont en retard sur "le marché" : si j'en juge par mon cas, les salaires des équipes dirigeantes sont multipliés par dix en quinze ans, et l'attribution de stock-options vient doubler la donne.

L'évolution du groupe Rhône-Poulenc, aujourd'hui disparu, est représentative de cette période. En 1997, après une résistance héroïque de son président, Rhône-Poulenc doit céder à la pression des banques d'affaires qui massacrent son cours de Bourse : c'est la séparation de la chimie avec la création de Rhodia, et la constitution d'un groupe "Sciences de la vie" (Pharmacie et Agro). En 1998, les banques décrètent que pour être rentables, ces groupes doivent grossir pour anticiper le risque d'offre publique d'achat (OPA) : l'année suivante, Rhône-Poulenc fusionne avec Hoechst pour créer Aventis.
L'encre des accords n'est pas sèche que le discours rechange : il faut se séparer de l'Agro et devenir un groupe "pure Pharma", garantie que le price earning ratio (PER) et donc l'action vont doubler en un an : en 2001, Aventis vend son activité CropScience. La crise boursière de 2002 viendra contrecarrer cette vision ; aujourd'hui, les groupes pharmaceutiques ont perdu de leur superbe, alors que les activités agrochimiques profitent de la raréfaction des matières premières agricoles. Les rares comme Bayer ou BASF qui ont conservé leurs activités multiples se portent à merveille...
Alors, au nom de quoi a-t-on cassé ces groupes, fragilisé leurs sites industriels et licencié des milliers de personnes ? La réponse réside largement dans les bonus des golden boys rémunérés sur ces mouvements stratégiques. Quelle était la marge de manoeuvre des dirigeants d'entreprise ? Très faible, et après une première période de résistance, la majorité a appuyé la manoeuvre, se repliant sur ses confortables salaires et ses stock-options revalorisées à court terme par ces opérations.
Le mal essentiel du système provient de la soif de spéculation engendrée par cet hypercapitalisme qui a surfé sur le virtuel et affaibli le réel. La solution existe : éradiquer la spéculation à court terme, en la rendant financièrement inintéressante. Et, à l'inverse, encourager l'investissement de longue durée dans le capitalisme industriel. Puisque la crise remet en cause tous les dogmes, imaginons un accord fiscal mondial dans lequel les plus-values sur les titres conservés moins de trois mois seraient taxées à 80 %, de trois mois à un an à 50 %, de un à trois ans à 30 % et à 10 % seulement au-delà de trois ans...
Nul doute que les arbitrages des investisseurs seraient différents et que les PDG du CAC 40 abandonneraient leur habitude d'attendre tous les soirs avec impatience les cours de la Bourse, pour se consacrer à bâtir avec leurs équipes des stratégies gagnantes sur le long terme.
Ils y regagneraient en crédibilité. Ils devraient accepter que leurs rémunérations soient "capées" à un niveau raisonnable mais attractif (autour de 2,5 millions d'euros par an maximum tout compris), avec une part variable importante calculée en fonction d'indicateurs économiques, sociaux et environnementaux moyennés sur au moins trois ans. Les stock-options ont montré leur inefficacité et leurs dangers : il faut les abandonner.
En 2001, je concluais mon interview par cette phrase : "J'ai pris acte qu'il y avait un environnement politique et économique que je ne pouvais pas changer." Le moment du changement est peut-être venu : l'économie de marché y aura sa place, à condition d'appeler "marché" le territoire des produits et services offerts par les entreprises, et non, comme je l'ai trop souvent entendu dans les comités exécutifs, le verdict quotidien de la Bourse ou de ses valets, les banquiers d'affaires.

Alain Godard est ancien président de Rhône-Poulenc Agro et d'Aventis CropScience.

Article paru dans l'édition du 30.10.08