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08/10/2009

Histoire - Civilisations

lu sur :
http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/10/08/grandeur-et-decadence-d-un-souverain-azteque_1251169_3246.html#ens_id=1251253
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Reportage
Grandeur et décadence d'un souverain aztèque
LE MONDE | 08.10.09 | 16h28  •  Mis à jour le 08.10.09 | 16h28
Londres Envoyée spéciale

mpereurs bâtisseurs, empereurs destructeurs. Le British Museum achève un cycle d'expositions consacrées aux figures de pouvoir en présentant dans son ancienne salle de lecture "Moctezuma, souverain aztèque", soit l'histoire de la splendeur et de la déchéance de la civilisation aztèque. Commencée fin 2007 avec le premier empereur chinois Shi Huangdi (259 av. J.-C. - 210 av. J.-C.) et son armée de soldats en terre cuite, cette réflexion sur le destin des empires, leur organisation et leur pérennité, s'était poursuivie par l'exploration de l'univers de l'empereur romain Hadrien (76-138), puis du fondateur de la Perse moderne, Chah Abbas (1571-1629).

 

"Examiner l'idée d'empire, c'est évidemment revenir sur l'histoire du British Museum", explique son directeur Neil MacGregor, pour qui le prestigieux établissement britannique, fondé au XVIIIe siècle, un siècle des Lumières obsédé par la supériorité "éclairée" de la civilisation occidentale, "n'est pas un musée d'art, mais un musée de société". Et il lui appartient donc d'expliquer le présent par le passé, l'Iran chiite d'aujourd'hui par la Perse du XVIe siècle, l'Amérique latine contemporaine par les grandes civilisations précolombiennes.

"Le Mexique en particulier est en train de réécrire la Conquista, un épisode de son histoire qui a été raconté par les Espagnols, tombés dans le Nouveau Monde sur des "peuples sauvages", selon l'opinion commune. Aujourd'hui, explique le directeur du British Museum, cette façon de lire l'histoire n'est plus possible." En 2010, il proposera donc deux expositions parallèles, l'une consacrée aux dessins de la Renaissance, l'autre aux bronzes d'Ifé, un très ancien royaume africain de l'actuel Nigeria - les pièces sont arrivées au British Museum en 1897, après la mise à sac du palais royal d'Ifé. Neil MacGregor veut présenter ces chefs-d'oeuvre d'Afrique et d'Occident comme "deux expressions artistiques qui sont contemporaines l'une de l'autre" (fin du XIVe siècle-XVe siècle).

Dans cette perspective géopolitique, l'exposition consacrée à Moctezuma II (1467-1520) a fait le choix de la pédagogie. Tout y est expliqué. L'aigle-soleil et son dos creusé pour déposer les entrailles des sacrifiés, le coeur de diorite, prêté par le Musée national d'anthropologie de Mexico, le calendrier aztèque, avec ses dix-huit mois de vingt jours et ses cinq jours supplémentaires par an... Le commissaire, Colin McEwan, a voulu éclairer salle par salle l'expansion aztèque et le destin d'un chef suprême anéanti sans résistance par les Espagnols.

Yeux de mystère

La première salle rappelle l'arrivée des Mexica en 1325, venus du nord pour créer Tenochtitlan, l'ancienne Mexico, sur un immense lac, plus tard totalement asséché. Schémas, cartes, coupes, cartels impeccables où tous les glyphes qui ornent les pierres ou les statues sont traduits. L'exposition londonienne séduit davantage par son accessibilité et sa rigueur que par la profusion. Peu de pièces sont exposées, mais certaines sont remarquables, tels le Teocalli de la guerre sacrée (1507), un bloc de pierre sculpté de plus de 1 mètre de haut, encore jamais sorti du Mexique, ou le serpent à double tête incrusté de turquoises et de nacre, ainsi que des masques de divinités constellés de pierres vertes, aux dents immaculées et aux yeux de mystère (1400-1521).

Seconde séquence : Moctezuma II est fait roi en 1502. Il est représenté avec les attributs du pouvoir, des bijoux, des instruments de musique, des palais. Cette saga est racontée par le dessin et l'écriture, dans les codex indigènes, le Codex Aubin (1576) par exemple, très belle pièce appartenant au British Museum, qui narre l'histoire des Aztèques depuis le départ d'Aztlan jusqu'à l'arrivée des conquérants espagnols. L'empereur est un demi-dieu, qui a des comptes à rendre aux vrais dieux (troisième salle) : celui de l'eau, Tlaloc, et du serpent-oiseau Quetzalcoatl... Les liens de son peuple avec la nature, le soleil, la pluie, le sol, sont étroits : le souffle du vent et les cris d'oiseaux, ainsi que d'agaçants sons de corne sont proposés en fond sonore.

L'empire aztèque s'étend, et en 1519, au moment où Cortes et ses hommes débarquent sur la côte orientale, il traverse le Mexique d'est en ouest. Cet événement est précédé de signes et de catastrophes - des comètes de feu, l'apparition d'un homme à deux têtes, celle d'un oiseau portant un miroir dans l'oeil... Autant d'indices de la fin prochaine de l'empire (sixième section). Les Espagnols n'ont plus qu'à venir (septième). En 1520, Moctezuma II est mis aux fers par les hommes de Cortes, sans qu'aucun des siens ne réagisse.

Pourquoi ? Une très belle série de tableaux, peints entre 1680 et 1700 et incrustés de nacre, empruntés au Musée du Prado de Madrid, racontent les relations entre le souverain aztèque et les conquistadors, comme si on y était - mais près de deux siècles plus tard. Car voilà bien l'histoire d'un décalage majeur : nous avons beaucoup appris sur les Aztèques par le biais des Espagnols. Comme nous avions beaucoup appris sur Teotihuacan, la métropole sacrée du centre du Mexique (100 avant J.-C. - 600 après J.-C.), par les Aztèques, arrivés près d'un millénaire plus tard.

 


"Moctezuma, Aztec Ruler" (Moctezuma, souverain aztèque). British Museum, Great Russell Street, Londres (Angleterre). Tous les jours, de 10 heures à 17 h 30. 12 £ (13,30 €). Jusqu'au 24 janvier 2010. Catalogue, British Museum Press, 320 p., 25 £ (27,60 €). Sur Internet : www.britishmuseum.org.


Véronique Mortaigne

Les grands projets de Neil MacGregor

Directeur du British Museum (BM) depuis 2002, après cinq ans passés à tête de la National Gallery, Neil MacGregor a dynamisé l'institution britannique, fondée en 1759. Avec plus de six millions de visiteurs annuels, le BM va encore grandir. Une nouvelle aile de 17 000 m2 et d'un coût de 135 millions d'euros devrait ouvrir en 2012, dessinée par Richard Rogers, l'architecte du Centre Pompidou (avec Renzo Piano). A la suite du Louvre, le BM doit à son tour mettre un pied à Abou Dhabi. "Ce ne sera pas un British Museum d'Abou Dhabi, précise M. MacGregor. Des accords ont été signés en juillet pour que nous réalisions une mission d'expertise afin d'aider l'émirat à créer son musée national, dont l'ouverture est prévue en 2013." Neil MacGregor voudrait "repenser l'histoire mondiale", et présentera en 2010, sur la BBC Radio 4, une série intitulée "L'histoire du monde en cent objets", cent émissions de quinze minutes pour une relecture de deux millions d'années, en commençant par le premier outil, trouvé en Tanzanie.


Article paru dans l'édition du 09.10.09