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17/10/2010

Les victimes des essais nucléaires en lutte contre le secret défense

lu sur :

http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=4426

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Les victimes des essais nucléaires en lutte contre le secret défense

15/10/2010

Le 22 octobre 2007, l’Association des Vétérans des Essais Nucléaires (AVEN) et l’Association des Travailleurs Polynésiens des Sites Nucléaires (MORUROAE e TATOU) déposaient une requête auprès du tribunal Administratif de Paris en raison d’un litige les opposant au Ministre de la Défense. Ce dernier a, en effet, refusé de communiquer des rapports établis par les services mixtes en charge du contrôle biologique et de la sécurité radiologique, à la suite des tirs nucléaires ayant eu lieu entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie Française. Par ce recours, les associations réclamaient que soit saisie la Commission Consultative du Secret de la Défense National et qu’il soit ordonné au Ministre de la Défense de procéder à la déclassification et à la communication des documents requis par les associations, couvrant l’intégralité des 36 ans de campagne de tirs nucléaires.

Lors de son audience du 22 septembre 2010, le tribunal a finalement ordonné au Ministère de la Défense de saisir la commission consultative du secret défense, et l’a sommé de se justifier d’un éventuel refus de communiquer les pièces demandées.
Saluée par les associations, cette décision représente, outre la reconnaissance du droit d’accès à l’information de tout individu, un grand pas pour les démarches collectives associatives et pourrait, à l’avenir, faire jurisprudence. Sont en jeu des dizaines de rapports et d’études de mesure réalisés par les services de contrôle biologique, par les services de sécurité radiologique en fonction au Sahara et en Polynésie, par les laboratoires embarqués sur le bâtiment BSL (1) RANCE, par le laboratoire de Mahina (Tahiti), par le laboratoire du Centre d’Etudes de Montlhéry, par les stations de télémesure sur la base de Moruroa, par les stations de traitement d’air sur la base de Morliroa, par le réseau complet de dosimètres photographiques sur les atolls de MLJRIJROA et Fangataufa, et par le réseau complet de postes de contrôle radiologiques sur les différents atolls des îles Tuamotu.

Fait révélateur souligné par l’AVEN, le seul document de ce type ayant accidentellement filtré par la presse a trait à une mission du service mixte de contrôle biologique, effectuée du 2 au 10 juillet 1966 aux îles Gambiers, en Polynésie Française. Il révéla des niveaux de radioactivité alarmants. Selon l’AVEN, une précision figurant sur le rapport déclarait : « Il sera peut-être nécessaire de minimiser les chiffres réels de façon à ne pas perdre la confiance de la population qui se rendrait compte que quelque chose lui a été caché dès le premier tir ».

Cécile Cassier

1- Bâtiment de Soutien Logistique.

20/09/2010

Débat sur le climat

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/09/18/climat-debat-a-huis-clos-a-l-academie-des-sciences_1412854_3244.html

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Climat : débat à huis clos à l'Académie des sciences

18.09.10 | 13h33  •  Mis à jour le 20.09.10 | 12h15

 

C'est dans une ambiance tendue que doit s'ouvrir, lundi 20 septembre, le débat sur les sciences du climat demandé par Valérie Pécresse. La ministre de la recherche et de l'enseignement supérieur avait saisi l'Académie des sciences, en avril, pour l'organisation d'une confrontation scientifique entre tenants du consensus scientifique et climato-sceptiques.

Cette demande faisait suite à une pétition signée par environ 600 chercheurs impliqués dans les sciences du climat. Les signataires s'estimaient dénigrés par les déclarations publiques du géophysicien Vincent Courtillot et de l'ancien ministre, Claude Allègre. Ce dernier venait de soutenir, dans son dernier ouvrage (L'Imposture climatique, Plon, 294 p., 19,90 euros), la thèse d'une conspiration des climatologues visant à faire accroire l'idée d'un réchauffement causé par l'homme. Les pétitionnaires demandaient à leurs tutelles la tenue d'un débat public pour se défendre de ces accusations.

L'Académie ne souhaite pas communiquer sur l'organisation de ce débat. Elle refuse de répondre aux questions de la presse, et aucune information n'a été officiellement rendue publique sur les modalités de la réunion. Celles-ci n'ont d'ailleurs été figées que tardivement, à l'issue d'une réunion des académiciens chargés de piloter le débat. Selon des sources proches de l'institution du Quai de Conti, l'ambition de la rencontre est "d'identifier les points qui font consensus", de déterminer "ceux qui font débat" et de cibler les recherches à mener pour trancher.

La rencontre se tiendra à huis clos. Seuls seront admis les académiciens - membres, correspondants ou associés étrangers - et une vingtaine de participants extérieurs, majoritairement des climatologues. Sans ces invités, le débat n'aurait d'ailleurs pas pu se tenir, les sciences du climat étant très peu représentées au sein de la section sciences de l'Univers de l'Académie.

Selon nos informations, le choix de ces invités a été opéré après que les principaux organismes et institutions de la recherche française (Centre national de la recherche scientifique, Commissariat à l'énergie atomique, Collège de France, etc.) ont été sollicités pour fournir une liste de leurs chercheurs les plus à même de participer à ces joutes oratoires. L'opacité du processus de sélection a suscité la méfiance de certains scientifiques. "Nous ignorons malheureusement les critères selon lesquels les noms proposés ont été retenus ou non", regrette ainsi un des participants.

Celui de Bernard Legras, directeur de recherches (CNRS) au Laboratoire de météorologie dynamique (LMD), médaille d'argent du CNRS, n'a ainsi pas été retenu. Connu pour son franc-parler, il s'était engagé dans le débat en publiant, dans la revue Climate of the Past, une réfutation des travaux climatologiques de Jean-Louis Le Mouël et Vincent Courtillot, chercheurs à l'Institut de physique du Globe de Paris (IPGP).

Chaque participant au débat devait adresser un texte, fin août, synthétisant son intervention ou ses interrogations. Là encore, la plus grande discrétion a été de mise : toutes ces contributions sont demeurées confidentielles et n'ont été rendues accessibles aux académiciens et aux invités que sur un site Web sécurisé.

La manière dont seront synthétisés et rendus publics les échanges constitue un autre sujet sensible. Ainsi, après avoir été évoquée, l'idée d'une conférence de presse le soir même des débats aurait été abandonnée. Elle devrait être remplacée par la publication d'un rapport de synthèse, qui ne devrait pas être rendu public avant novembre.

Certains participants se montrent optimistes quant à l'utilité du débat. "Je n'imaginais pas l'ampleur de la confusion entre la science (du climat) et la manière dont elle est vulgarisée, dit ainsi un climatologue. Ce débat sera l'occasion pour nous d'exposer notre travail et de montrer la différence entre celui-ci et la manière dont il est récupéré ou vulgarisé par les uns ou les autres."

Des critiques, provenant d'académiciens parfois sans lien avec la climatologie, concernent la nature même de la rencontre. "Je ne vois pas ce que ce débat va pouvoir apporter sur la science elle-même : l'Académie a déjà organisé une réunion semblable il y a trois ans et il n'en était rien sorti, estime un académicien, préférant s'exprimer, comme la plupart de ses collègues, sous couvert d'anonymat. L'Académie n'a pas les moyens de trancher ces questions. Le débat que nous aurions dû avoir, et sur lequel nous aurions eu toute légitimité pour nous exprimer, est celui de l'éthique, de ce que les scientifiques peuvent dire ou ne peuvent pas dire lorsqu'ils s'expriment devant les citoyens ou les politiques."

"En science, les débats ne se font pas dans une arène, mais dans les revues scientifiques, dit un autre. Comment décidera-t-on de qui a raison ? Est-ce que ce sera celui qui a le mieux parlé ou qui semble le plus à l'aise ? La science ne fonctionne pas comme cela." Les organisateurs n'avaient cependant que peu de marges de manoeuvre dans le cadrage de l'événement. La saisine de Valérie Pécresse était en effet claire et concernait l'aspect strictement scientifique de la polémique.

27/08/2010

Le Gers va saisir la Cour de justice de l'UE sur le maïs OGM

lu sur http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/planete/20100826.OBS8998/le-gers-va-saisir-la-cour-de-justice-de-l-ue-sur-le-mais-ogm.html

Le Gers va saisir la Cour de justice de l'UE sur le maïs OGM

Philippe Martin, le président du Conseil général, estime que la Commission européenne outrepasse ses droits en autorisant les OGM sans vote du Parlement européen.

Le président PS du Conseil général du Gers Philippe Martin va saisir la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) pour faire annuler la décision de la Commission européenne d'autoriser la commercialisation dans l'UE de six variété de maïs OGM, a-t-on appris jeudi 26 août.

Le département du Gers reproche à la Commission européenne de violer le principe de précaution et d'outrepasser ses droits en autorisant des substances sans vote du Parlement européen.

Démocratie et transparence

La Commission a entériné le 28 juillet le commerce de ces maïs génétiquement modifiés utilisés pour l'alimentation humaine et animale, faute d'accord entre les Etats membres sur une position commune.

"Je mène une action politique autour de l'idée de la démocratie, de la transparence et du recul démocratique qui entoure ce genre de décision où les Etats sont complètement absents ou spectateurs", a-t-il ajouté, jugeant toutefois "le combat déséquilibré entre d'Artagnan et Barroso".

Philippe Martin, également secrétaire national adjoint à l'environnement au PS, est à la tête d'un département très mobilisé contre les OGM et très engagé dans l'agriculture bio.

Le ministère français de l'Agriculture a inscrit courant juillet le maïs OGM T25 au catalogue officiel des semences, en dépit de la suspension des cultures génétiquement modifiées en France depuis 2008. Il a souligné que l'autorisation visait la commercialisation mais pas la culture de cette variété de maïs.

(Nouvelobs.com avec AFP)

01/08/2010

La pomme de terre OGM : intérêt et danger

lu sur :

http://www.infogm.org/spip.php?article4516

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FRANCE - HCB : La pomme de terre OGM Amflora n’a que peu d’intérêt et soulève de nombreuses questions juridiques et scientifiques
par Christophe Noisette, 28 juillet 2010

 

Aujourd’hui, mercredi 28 juillet 2010, le Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) vient de rendre son avis sur la pomme de terre génétiquement modifiée Amflora, suite à une saisine du ministère de l’Agriculture en date du 11 mars 2010. Autorisée à la culture le 2 mars 2010, cette pomme de terre a été génétiquement modifiée pour produire « un amidon (ou fécule de pomme de terre) enrichi en amylopectine, composant utilisé en industrie, notamment pour la fabrication de papier, de colles, d’adhésifs, etc. [...] Les co-produits de la transformation industrielle de l’amidon (pulpes) pourraient être utilisés dans l’alimentation animale ».
L’avis du HCB met en avant des problèmes scientifiques et juridiques que nous allons analyser en détail. Certains d’entre eux n’ont pas été repris dans le communiqué de presse du HCB, comme l’impossibilité de mettre en place une traçabilité sérieuse et l’illégalité de l’autorisation pour l’alimentation humaine de cette pomme de terre GM.

 

L’avis du HCB est composé de l’avis du Comité scientifique (CS) et de la recommandation du Comité économique, éthique et social (CEES).

La controverse du gène de résistance aux antibiotiques demeure

Le CS estime que « les études de toxicologie entreprises n’ont pas identifié de risque majeur lié à la consommation de ce végétal ». Or, la construction génétique de cette pomme de terre transgénique Amflora intègre le gène nptII, gène de résistance à un antibiotique. L’innocuité de ce gène est le sujet d’une controverse scientifique internationale que le CS évacue d’un revers de la main : « considérant la présence naturelle de cette résistance dans l’environnement et dans la flore bactérienne de l’homme et des animaux, le CS a conclu que, si un transfert est théoriquement possible avec une très faible probabilité, celui-ci ne modifierait pas les équilibres des populations bactériennes existantes. La présence de ce transgène dans la pomme de terre Amflora ne constitue donc pas un risque singulier pour l’environnement et la santé ». En revanche, le CEES ne soutient pas une telle analyse et tempère ce jugement. Pour lui, les connaissances en matière de bactériologie du sol, science en plein essor mais relativement jeune, sont largement insuffisantes et doivent inciter à un peu plus de prudence. On peut donc lire dans l’avis du HCB que le CEES « diverge sur le sort à réserver, dans la décision politique, au gène marqueur de résistance aux antibiotiques. Certains estiment que, du fait du manque de connaissances sur la microbiologie du sol, une précaution maximale devrait être adoptée sous forme d’interdiction d’Amflora ; l’autorisation de cette pomme de terre véhiculerait pour eux un message négatif au regard des efforts de prévention des résistances aux antibiotiques. D’autres invitent à prendre acte de l’absence de risque à laquelle concluent les scientifiques et observent que le principe de précaution n’implique en rien de parvenir à un hypothétique risque zéro ». La prudence de plusieurs membres du CEES s’appuie sur l’avis du Pr. Courvalin, chef de l’unité des agents anti-bactériens de l’Institut Pasteur, qui estime que « l’autorisation d’Amflora constitue un message calamiteux dans le cadre de la lutte contre les résistances aux antibiotiques » [1]. Cet avis est partagé par Marie Angèle Hermitte, juriste et membre du HCB, qui a demandé à introduire un commentaire personnel dans la recommandation du CEES, considérant que la phrase de la recommandation du CEES était trop succincte. Pour elle, « continuer de [...] déplorer [la présence de tel gène] comme l’a fait le CEES jusqu’à ce jour, de recommander de sortir de cet état de la technique, me semble peu constructif pour l’avenir. On trouve cette recommandation et cette déploration dans de multiples textes, sans que cela ait le moins du monde empêché les pétitionnaires de proposer des PGM construites avec de tels gènes. [...] S’il importe de bien expliquer que l’on ne confond pas les gènes de résistance avec les résistances elles-mêmes ou avec les produits qui provoquent ces résistances, il n’est pas moins important d’énoncer un refus politique de ce genre d’objets techniques. [...] Il s’agit donc ici d’affirmer clairement en direction des pétitionnaires la nécessité de rechercher d’autres marqueurs ou de trouver les moyens de les enlever durant le processus de production de l’OGM et, en attendant, de ne plus présenter de telles constructions, vieillies, sauf si la construction considérée présentait un intérêt individuel et collectif important ».

Insuffisance des analyses statistiques de nouveau soulignée

Autre point important mais désormais récurrent dans les avis du CS, « les analyses statistiques contenues dans le dossier ne permettent pas de certifier que le risque d’un effet biologiquement significatif puisse être détecté ». Autrement dit, les évaluations fournies par les entreprises, évaluations qui ne sont pas contre-expertisées mais simplement lues par le HCB, ne sont pas valides scientifiquement, notamment car elles reposent sur un nombre trop restreint d’animaux. Le CS écrit dans son avis : « ces études en restent là et ne cherchent pas à savoir si un éventuel effet biologiquement significatif pourrait être détecté avec les protocoles adoptés. En d’autres termes, aucune étude de puissance n’est proposée alors que les effectifs sont restreints dans ces études (10 animaux par groupe pour les études de toxicité et 16 pour l’étude d’alimentarité). L’AESA a proposé de nouvelles lignes directrices sur l’analyse statistique, qui devraient être appliquées à l’avenir ». Le HCB demande de nouveau que « les données brutes soient fournies sous forme numérique et analysable », ce qui paraît la moindre des choses. Inf’OGM rappelle l’existence de sa pétition lancée au mois d’avril pour demander au gouvernement français de porter une demande à l’ensemble des Etats membres pour une réévaluation de l’ensemble des OGM autorisés. Cette pétition s’appuie sur plusieurs avis du HCB qui reconnaissent l’incapacité à conclure à une innocuité.

Une pomme de terre qui n’intéresse pas la profession

Concernant l’utilité sociale de cette pomme de terre Amflora, le CEES note « qu’à ce jour, ni la filière féculière ni l’industrie papetière, qui paraissent se satisfaire des amidons actuellement disponibles, n’envisagent d’utiliser Amflora » et « que dans la situation actuelle, la pomme de terre Amflora [...] ne constituera pas une réponse aux difficultés économiques traversées par la filière féculière ». En effet, précise la recommandation, « la production d’amylopectine serait certes accrue mais à un coût probablement supérieur au coût actuel de la fécule (étant donné les coûts de ségrégation nouveaux) et sans garantie d’écoulement auprès d’une filière papetière peu intéressée ». Pourquoi prendre un risque potentiel avec un produit qui n’intéresse peu les acteurs à qui il est destiné... L’analyse des besoins devrait guider les autorisations des plantes transgéniques, et non pas l’idée de progrès et d’innovation, en soi, déconnecté de la réalité. Enfin, la pomme de terre Amflora est issue d’une variété ancienne (Prevalent), peu productive et sensible au mildiou.

Une traçabilité impossible à réaliser

L’avis du CS note que « en terme de quantification relative, le système de référence proposé par le pétitionnaire n’est pas fiable. Le système basé sur le gène UDP-Glucose Pyrophosphorylase présente des risques de réaction croisée avec d’autres séquences de solanacées ». Ce point n’a pas été repris dans le communiqué de presse du HCB alors que cela remet en question la légalité de l’autorisation de cette pomme de terre. Pour pouvoir tracer un OGM, il est impératif d’avoir un gène de référence spécifique à une variété. Or, le gène de référence fourni par BASF n’est pas spécifique à la pomme de terre. Ainsi, dans le cas d’un produit alimentaire complexe composé de plusieurs solanacées (la famille des pommes de terre), on comparera le nombre de copie du transgène au nombre de copie du gène de référence en provenance non seulement de la pomme de terre, mais aussi de l’autre solanacée. Au final, le pourcentage d’OGM sera diminué.

L’autorisation pour l’alimentation humaine est illégale

L’autorisation à la culture par l’Union européenne a été donnée pour plusieurs usages : usage industriel, alimentation du bétail et, à titre préventif, alimentation humaine. L’avis de CEES relève une lacune juridique qui rend l’autorisation de la pomme de terre Amflora à l’alimentation humaine illégale. En effet, concernant l’alimentation humaine, l’autorisation donnée par la Commission européenne concerne seulement une présence fortuite ou techniquement inévitable inférieure au seuil de 0,9%. Les pétitionnaires auraient pu demander, comme cela se fait depuis les différents scandales de contamination (Starlink, notamment) que l’autorisation pour l’alimentation humaine soit pleine et entière. Pourquoi restreindre, pour la première fois, cette autorisation à une présence inférieure à 0,9% ? Le règlement 1829/2003, qui gère cette autorisation, prévoit que les denrées alimentaires GM autorisées ne doivent pas « différer à un point tel des denrées alimentaires qu’elles sont destinées à remplacer que leur consommation normale serait, du point de vue nutritionnel, désavantageuse pour le consommateur ». Or une pomme de terre qui produit 98% d’amylopectine diffère incontestablement d’une pomme de terre normale. Le problème soulevé est qu’une autorisation limitée à une présence inférieure à 0,9% n’existe pas, formellement, dans le droit des OGM. Le règlement 1829/2003 ne prévoit que des autorisations pleines et entières dans leur principe (même si elles peuvent être ensuite limitées). Cette lacune du système européen d’autorisation a été utilisée par le gouvernement hongrois pour interdire Amflora sur son territoire. Le CEES rappelle donc dans sa recommandation que la Hongrie « considère que dans le cas présent, aucune autorisation de mise sur le marché stricto sensu n’a été accordée pour l’utilisation d’Amflora en alimentation humaine, l’autorisation ne visant que la présence accidentelle ou techniquement inévitable d’Amflora à un taux inférieur à 0,9%, type d’autorisation qui n’est pas prévu per se par la réglementation communautaire ».

Inf’OGM note que ces deux derniers aspects extrêmement importants pour l’appréhension de cette pomme de terre Amflora sont absents du communiqué de presse. Cet avis devrait servir de base à une éventuelle décision du ministère de l’Agriculture d’interdire la culture de la PGM. Après l’Autriche, la Hongrie et le Luxembourg, le gouvernement français déposera-t-il une clause de sauvegarde pour interdire cette PGM sur le territoire national ?

 

28/05/2010

L'Etat invité à se préoccuper des lignes à haute tension

lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/05/28/l-etat-invite-a-se-preoccuper-des-lignes-a-haute-tension_1364229_3244.html
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L'Etat invité à se préoccuper des lignes à haute tension
LE MONDE | 28.05.10 | 10h54


'Etat doit revenir au cœur de la gestion des lignes à haute tension pour sortir de "l'opacité" entretenue par Réseau de transport d'électricité (RTF), la filiale d'EDF. C'est l'une des conclusions du rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), présenté jeudi 27 mai, par le sénateur Daniel Raoul (PS, Maine-et-Loire), et intitulé "Lignes à haute et très haute tension, champs magnétiques et électriques, santé et environnement".

"J'ai constaté un manque d'informations, de transparence", indique M. Raoul, pour qui "il est souhaitable que l'Etat reprenne toute sa place dans l'information du public et le financement de l'expertise". L'Opecst demande également à RTE de s'ouvrir davantage aux élus locaux, aux scientifiques et aux professionnels de l'environnement et de l'agriculture.

La France compte 100 000 km de lignes à haute et très haute tension (THT). Or l'impact sanitaire de ces autoroutes de l'électricité suscite une inquiétude grandissante. Selon RTE, 375 000 personnes en France seraient exposées à un champ magnétique supérieur à 0,4 microtesla, un seuil jugé à risque.

Un petit nombre d'études ont constaté un lien statistique entre l'exposition aux lignes à haute tension et le nombre de cas de maladie d'Alzheimer et de leucémies infantiles. Les champs magnétiques d'extrêmement basse fréquence ont été classés "cancérogènes possibles pour l'homme" en 2002 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

Ces champs "n'ont pas d'impact sur la santé, sauf peut-être pour trois pathologies" : l'électrohypersensibilité, certaines maladies neurodégénératives et les leucémies infantiles, estime l'Opecst.

"PETITE ALERTE"

A l'instar de l'avis rendu sur le même sujet par l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) le 6 avril, l'Opecst préconise de relancer la recherche et les études épidémiologiques pour "tenter de sortir de l'incertitude scientifique" et propose de demander à l'Afsset une nouvelle évaluation du risque dans cinq ans, sur la base de ces travaux à venir. "L'Etat doit se réengager dans la recherche, que RTE ne doit plus être seul à financer", a jugé le sénateur.

En attendant, le rapport parlementaire propose, "chaque fois que cela est possible pour un coût raisonnable", de ne pas augmenter le nombre d'enfants exposés à des champs magnétiques supérieurs à 0,4 microtesla. M. Raoul a en revanche jugée "disproportionnée" la recommandation de l'Afsset de créer un corridor de 200 mètres autour des lignes à haute tension, où seraient interdites les crèches et les écoles.

Le député (PS) Gérard Bapt, président du groupe santé environnementale à l'Assemblée, a dénoncé cette timidité de l'Opecst : "Si on reconnaît un risque, on recommande une diminution du risque, là il s'agit d'une petite alerte qui ne fixe pas de norme, inapplicable."

Une solution, réclamée par les opposants à la ligne THT Cotentin-Maine, serait d'enterrer les câbles.

"Cela coûte six fois plus cher", souligne M. Raoul, pour qui "ce doit être un choix économique, social et paysager". L'Opecst souhaite en revanche voir disparaître les lignes à haute tension au-dessus des agglomérations. "Cet objectif devrait être inscrit dans le contrat qui lie RTE à l'Etat et cofinancé par les collectivités locales", plaide le rapporteur.

 

Grégoire Allix
Article paru dans l'édition du 29.05.10
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voir aussi WIKIPEDIA :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_%C3%A0_haute_tension#Controverses_sanitaires_et_environnementales

23/04/2010

Vers un tribunal international de l'environnement ?

Un différend entre l'Argentine et l'Uruguay relance l'idée d'un tribunal de l'environnement
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LE MONDE | 21.04.10 | 15h31  •  Mis à jour le 21.04.10 | 15h31
La Haye Correspondance


ardi 20 avril, les juges de la Cour internationale de justice (CIJ) ont rendu un arrêt sur un conflit environnemental qui oppose l'Argentine à l'Uruguay. Buenos Aires accusait Montevideo de polluer le fleuve qui sépare les deux pays, après la mise en service, fin 2007, de l'usine de pâte à papier Orion. Les juges ont débouté l'Argentine, après avoir estimé que celle-ci n'avait pas apporté la preuve d'une pollution significative.

En revanche, ils reprochent à l'Uruguay de ne pas avoir respecté son obligation "d'informer, de négocier et de notifier" au préalable à l'Argentine la construction de deux usines, comme elle en avait l'obligation selon un traité passé en 1975 entre les deux Etats. Une centaine de militants écologistes, qui, depuis 2006, bloquent un pont entre les deux pays, attendaient à Arroyo Verde, en Argentine, la décision des juges.

Basée à La Haye, la Cour internationale de justice, instituée par les Nations unies, est chargée de régler les différends entre Etats. Elle agit comme un ultime recours diplomatique lorsque les négociations sont dans l'impasse.

La Cour ne rend pas de décisions contraignantes, mais la décision aura "un effet diplomatique énorme", estime Michel Prieur, président du Centre international de droit comparé de l'environnement (Cidce). "Elle a déjà permis de calmer le jeu sur place", rappelle-t-il.

Depuis sa création, en 1946, la CIJ a traité une petite dizaine d'affaires liées à des différends environnementaux. La Hongrie et la Slovaquie se battent toujours autour d'un projet de complexe hydroélectrique sur le Danube, prévu par un traité datant de l'ère communiste mais dénoncé depuis par Budapest.

Une autre affaire oppose l'Equateur et la Colombie, Quito reprochant à Bogota de pulvériser des herbicides sur les plantations de coca et de pavot dans sa lutte contre le trafic de stupéfiants. Les herbicides, dont la Colombie "refuse de dévoiler la composition chimique", auraient un impact sur les populations.

Par le passé, la Cour a aussi été saisie de l'utilisation d'uranium appauvri par l'OTAN lors des frappes sur la Serbie, en 1999, ou encore des essais nucléaires français dans le Pacifique sud.

Si plusieurs cours internationales traitent de tels litiges, comme le Tribunal international pour le droit de la mer (Itlos) ou les cours d'arbitrage, seuls les Etats peuvent les saisir. Il n'existe pas de tribunal international spécifique chargé de l'environnement. Ainsi, la catastrophe de Bhopal, en décembre 1984, en Inde, ou le désastre de Tchernobyl, en avril 1986, en Ukraine, n'ont pas été suivis de procès à l'échelle internationale, et les victimes de ces drames, soutenues par des organisations non gouvernementales (ONG), revendiquent toujours leur droit à la justice.

La Fondation pour une Cour internationale sur l'environnement, dirigée par le juge italien Amedeo Postiglione, milite depuis le début des années 1990 pour qu'un tel tribunal voie le jour. Outre les Etats, les ONG et les particuliers pourraient alors engager des poursuites.

En attendant, d'autres mécanismes se mettent lentement en place. Avec les conférences de Stockholm, en 1972, et de Rio, en 1992, le droit de l'environnement s'est inscrit de plus en plus comme un droit de l'homme, celui des générations futures.

Selon Michel Prieur, "les particuliers peuvent aujourd'hui enclencher des poursuites par le biais des cours régionales des droits de l'homme, comme la Cour de Strasbourg, qui, depuis quelques années, ont permis de développer une importante jurisprudence en la matière".

Le droit international de l'environnement vise à protéger le bien commun. "C'est en quelque sorte le principe de bon voisinage, explique le président du Cidce. Souverains chez eux, les Etats doivent faire en sorte que leurs activités ne puissent pas contaminer leurs voisins."

 

Stéphanie Maupas
Article paru dans l'édition du 22.04.10

02/12/2009

Prolifération des algues vertes : l'Etat plus durement condamné en appel

lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/12/01/proliferation-des-algues-vertes-l-etat-plus-durement-condamne-en-appel_1274469_3244.html
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Prolifération des algues vertes : l'Etat plus durement condamné en appel
LEMONDE.FR avec AFP | 01.12.09 | 13h16  •  Mis à jour le 01.12.09 | 14h43

a cour administrative d'appel de Nantes a augmenté, mardi 1er décembre, les indemnités que devra payer l'Etat pour la prolifération des algues vertes en Bretagne, attribuant notamment la somme de 15 000 euros à l'association Eau et Rivières de Bretagne, contre 2 000 euros en première instance.

Les sommes à verser aux associations "Halte aux marées vertes" et "Sauvegarde du Tregor" ont été portées à 3 000 euros chacune contre un euro précédemment. L'association "De la source à la mer" bénéficiera elle aussi d'une somme de 3 000 euros.

Le 3 novembre, l'Etat avait renoncé au dernier moment à faire appel de sa première condamnation, le 23 octobre 2007. Mais sa décision avait été estimée trop tardive pour empêcher la cour administrative d'appel de Nantes de tenir l'audience prévue dans cette affaire.

Le rapporteur public tout comme les parties civiles s'étaient opposés au retrait, estimant que la demande était "hors délai" et que les associations n'avaient pas été consultées suffisamment tôt.

Le rapporteur public avait demandé que soient augmentés les dommages et intérêts versés aux associations de défense de l'environnement par rapport à la première instance, réclamant les mêmes sommes que celles attribuées mardi.
La décision de la cour reconnaît que "le laxisme et les carences des préfets, qui n'ont pas appliqué les réglementations nationale et européenne, ont bel et bien favorisé la prolifération des algues vertes", s'est félicitée mardi Eau et Rivières de Bretagne dans un communiqué. "L'Etat est mis face à ses responsabilités, il doit cesser de tergiverser", a déclaré le porte-parole de l'association, Jean-François Piquot.

Eau et Rivières dénonce notamment "la concentration du cheptel porcin et avicole qui se poursuit en Bretagne avec la bénédiction des préfets". Selon elle, "95 extensions d'élevage" ont reçu récemment "un avis favorable des services préfectoraux des quatre départements bretons".

L'association espère que la mission installée par le premier ministre après la mort d'un cheval à Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d'Armor) rendra des "arbitrages clairs en faveur d'une vraie reconquête de la qualité de l'eau dans notre région à l'amont des 108 baies envahies par les algues vertes". La mission doit rendre ses conclusions le 8 décembre.



31/03/2009

Sondage sur l'état de notre planète

lu sur :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/03/31/la-reponse-a-la-crise-ecologique-jugee-insuffisante_1174694_3244.html#ens_id=1174787

Compte rendu
La réponse à la crise écologique jugée insuffisante
LE MONDE | 31.03.09 | 15h53 • Mis à jour le 31.03.09 | 19h20

Quatre-vingt-douze pour cent des Français sont inquiets de l'état de la planète. Ils le sont davantage que les Américains (64 %) ou les Britanniques (71 %), mais pas moins que les Japonais (93 %), les Brésiliens (92 %) ou les Russes (90 %), selon une étude internationale réalisée par l'institut TNS Sofres dont Le Monde publie les résultats en avant-première, à l'occasion d'une conférence consacrée au green business (l'économie verte), mardi 31 mars. Cette étude a été menée en ligne, en juin 2008, auprès de 13 000 personnes originaires de dix-sept pays industrialisés ou émergents.

"Si la France fait partie des pays les plus pessimistes - ce qui est une donnée assez constante quel que soit le sujet -, cette enquête montre que l'environnement est une préoccupation partagée par tous. Et que l'inquiétude est réelle, puisque, au total, 78 % des personnes interrogées estiment que l'environnement est en mauvaise santé", commente Dominique Lévy, directrice associée de l'institut d'opinion.

Les sondés expriment une inquiétude moindre sur la situation de leur propre pays, mais sont néanmoins une majorité - à l'exception des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de Singapour et de l'Australie - à considérer que la situation n'y est pas bonne. "La crise économique a accru le pessimisme, et cet état d'esprit général pèse aussi sur la perception de l'environnement", précise Dominique Lévy, pour qui l'enquête livrerait des résultats peut-être encore plus négatifs si elle était réalisée aujourd'hui que la crise est là.

Dans les pays développés, le lien entre crise économique et crise écologique est de plus en plus souvent établi. "L'hyperconsommation est non seulement perçue comme le syndrome des dysfonctionnements de notre modèle économique, mais aussi comme une des causes des problèmes environnementaux", analyse la directrice déléguée de TNS Sofres. Ce lien apparaît clairement dans l'enquête, puisque ce thème du "surdéveloppement", qui renvoie à la surexploitation des ressources naturelles liée à nos modes de production, est cité en troisième position, après la pollution de l'air, la déforestation et à égalité avec la pollution de l'eau, parmi les grands problèmes à l'origine de la dégradation de la nature.

Les Américains ont la perception la plus aiguë de cette question : outre-Atlantique, plus du quart des personnes interrogées placent le "surdéveloppement" parmi les maux à résoudre en priorité, juste derrière la pollution de l'air. "D'autres enquêtes nous confirment que l'idée qu'il faut consommer moins progresse", poursuit Dominique Lévy.

Il n'est, dans ces conditions, pas surprenant de constater que les Etats-Unis et la Chine sont pointés d'une manière écrasante comme les deux pays responsables de la crise écologique. "Le premier est le symbole du pays qui consomme trop, le second de celui qui produit mal", analyse-t-elle.

Les gouvernements donnent l'impression de ne pas prendre la mesure des problèmes : 43 % des sondés jugent qu'"ils sous-estiment les problèmes environnementaux". 11 % ne le pensent pas et 46 % n'ont pas d'opinion.

"La crise a accentué le décalage entre la façon dont les gouvernements posent les problèmes et la façon dont les opinions les perçoivent. Même si cela n'est pas toujours exprimé clairement, il existe le sentiment que, de cette crise globale, il pourrait sortir quelque chose de positif, à condition que l'argent public qui est injecté dans l'économie mondiale serve à préparer un autre avenir", constate Dominique Lévy. Or la question écologique semble, au contraire, reléguée au second plan. "L'enquête montre que les opinions, dans le monde entier, sont prêtes à entendre des discours plus volontaristes, car l'inquiétude est forte partout."

Quant aux entreprises, leurs efforts pour parler "vert" laissent les opinions sceptiques. Personne, sauf au Japon, n'imagine qu'elles puissent être réellement motivées par la protection de la planète. Les Français et les Allemands sont les plus critiques. Les directeurs du développement durable n'ont à l'évidence pas encore réussi à convaincre que l'environnement est, pour eux, autre chose qu'un nouvel argument marketing.

Laurence Caramel
Article paru dans l'édition du 01.04.09

19:51 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : environnement

16/03/2009

En France, incurie de l'AFSSA et des politiques à propos du Bisphénol A

lu sur :
http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3637
09-03-2009

Bisphénol A : la France reste sourde au principe de précaution

Composé chimique entrant dans la composition de certaines matières plastiques, le bisphénol A (BPA) est un perturbateur endocrinien qui imite l’hormone sexuelle féminine, l’œstrogène. Transparent, léger et résistant, il intègre aujourd’hui de nombreux conditionnements alimentaires, tels les récipients plastiques compatibles avec le micro-ondes, le petit électroménager de cuisine, les bouteilles d’eau réutilisables ou encore le revêtement de conserves et de cannettes. Ne se limitant pas à la sphère alimentaire, il est aussi utilisé dans la fabrication de pare-chocs, de lunettes, de ciments dentaires, de CD… Mais seul l’usage alimentaire, additionné à une source de chaleur permettant au produit de migrer dans les aliments, présente réellement un danger d’exposition (*).

Si l’on s’inquiète des effets néfastes sur la santé humaine dus à l’entrée en contact avec cette substance, la véritable polémique est née de la détection de BPA dans certains biberons. S’appuyant sur le rapport américain du National Toxicology Program, ce constat s’est traduit au Canada par l’interdiction pure et simple du recours au BPA pour la fabrication de biberons.
Plus récemment, une étude américaine, relayée par le Réseau Environnement Santé ou RES (1), analysant des échantillons urinaires de 2 500 personnes, a révélé que 93 % de la population américaine est imprégnée de BPA, les enfants étant plus concernés que les adultes. On trouve ainsi cette substance dans le lait, la salive et le liquide amniotique. D’autres études, menées chez l’homme, ont démontré que le taux de fausses couches était plus élevé chez les femmes les plus imprégnées. On a également montré, « de façon significative » à en croire le RES, « que plus l’imprégnation d’une population en BPA est forte, plus le taux de maladies cardio-vasculaires, de diabète et d’atteinte hépatique est élevé ».
A la lumière de ces multiples travaux scientifiques, les Etats-Unis se sont finalement rangés du côté du Canada en invoquant le principe de précaution. De fait, les principaux fabricants américains de biberons ont décidé de stopper la commercialisation de leurs produits contenant du Bisphénol A.

Pourtant, malgré ces rebondissements, la France campe sur ses positions, s’en remettant à l’avis rendu par l’Afssa (2). Saisie sur la question au lendemain de la décision gouvernementale canadienne, celle-ci avait effectivement déclaré que les doses auxquelles l’homme, de même que le nouveau-né, était susceptible d’être exposé étaient trop faibles pour représenter un véritable danger. Un avis aujourd’hui largement contesté, notamment du fait qu’il se base sur une norme européenne jugée discutable (3). Pour l’heure, il est recommandé de se méfier des produits plastiques portant le code de recyclage n°7, et dans une moindre mesure, les n°3 et n°6.

Cécile Cassier

1- Lancé officiellement le 3 mars dernier, le Réseau Environnement Santé (RES) est un collectif de scientifiques, d’associations de défense de malades et de défense de l’environnement, qui se donne pour mission de « peser sur les politiques publiques, trop influencées par les intérêts industriels ». Sa première campagne s’attaque à la présence de Bisphénol A dans les plastiques alimentaires.
2- Agence Française Sécurité sanitaire des aliments.
3- En janvier 2007, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) fixait la dose journalière admissible (DJA) (1) au-dessous de laquelle l’exposition au BPA n’était pas problématique à 0,05 milligramme/kg de poids corporel.

(*) voir :
http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3319

05/02/2009

La démographie : un facteur à prendre en compte pour l'avenir de notre planète

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/01/09/sommes-nous-trop-nombreux_1140067_3244.html

Enquête
Sommes-nous trop nombreux ?
LE MONDE 2 | 09.01.09 | 19h00 • Mis à jour le 09.01.09 | 19h04

Mardi 23 septembre 2008, retenez cette date. Ce fut "le jour du dépassement", le earth overshoot day de l'année. La date où la population humaine a épuisé les ressources produites en un an par le mince manteau vivant qui enveloppe la Terre, la biosphère ou écosphère. Depuis, nous allons au-delà de ce que la planète nous offre – de sa biocapacité.

Comment identifions-nous ce mardi fatal si précisément ? Grâce à l'organisation non gouvernementale canadienne Global Footprint Network, fondée en 2003, qui travaille à quantifier l'"empreinte écologique" des activités humaines. Cet outil d'analyse, sorte de " panier de la ménagère " global, ou de PIB à l'envers, a été mis au point dans la foulée du Sommet de la terre de Rio, en 1992, par les universitaires William Rees et Mathis Wackernagel. Il est aujourd'hui reconnu par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – quoique sans cesse critiqué, réévalué. Pour le calculer, Global Footprint Network compare le rythme auquel, chaque année, la nature produit des ressources – aliments, combustibles, etc. – et assimile les déchets, et le rythme auquel l'humanité consomme ces ressources et produit des déchets. Quand nous excédons les possibilités terrestres, nous atteignons "le jour du dépassement". Le premier, selon l'ONG, est tombé le 31 décembre 1986. En 1996, il se situait début novembre. En 2007, le 6 octobre. Aujourd'hui, le 23 septembre. Et dans dix ans ? Notre crédit terrestre s'épuise – après le crédit bancaire.

Une représentation frappante valant mieux qu'un long discours, les chercheurs évaluent l'"empreinte écologique" d'Homo sapiens en hectares terrestres. l'OCDE en donne cette définition : "la mesure de la superficie biologiquement productive nécessaire pour pourvoir aux besoins d'une population humaine de taille donnée". Les derniers calculs montrent que nous avons largement dépassé notre quota – globalement. La Terre ne peut aujourd'hui offrir que 1,78 hectare global (hag) par habitant, pas un centimètre carré de plus. Or la consommation mondiale actuelle exige 2,23 hag productifs per capita. Et les calculs montrent que si l'ensemble de la population humaine adoptait aujourd'hui le mode de vie des Européens et des Américains – voitures, eau chaude à volonté, viande chaque jour, énergies fossiles à la demande… –, il lui faudrait disposer en surface de quatre à cinq planètes Terre.

Ne riez pas ! Les nouvelles classes moyennes chinoises et indiennes ont commencé de vivre à l'occidentale – qui oserait le leur reprocher ? Ajoutez les pollutions de toutes sortes associées à ce train de vie. En octobre 2007, quatre chercheurs suisses rattachés à Futuribles, un centre indépendant d'étude et de réflexion prospective sur le monde contemporain, ont ajouté les polluants et la "charge en carbone" à l'empreinte écologique des populations : ils en déduisent, au regard de la capacité d'assimilation des émissions de CO2 par la biosphère, que onze planètes Terre seraient nécessaires pour satisfaire les besoins d'une humanité qui aurait adopté le mode de vie occidental.

Sombres prédictions

Comment s'étonner alors que beaucoup s'interrogent : et si nous étions trop nombreux, déjà, pour cette Terre ? Notre démographie n'est-elle pas la cause de nos malheurs écologiques, mais aussi politiques, sociaux, militaires, comme l'affirmait déjà l'austère Thomas Malthus… en 1798 ? Les "émeutes de la faim" qui ont secoué en avril 2008 des pays très peuplés – Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Egypte, Haïti, Indonésie, Maroc, Philippines, Nigeria, Sénégal… – ne lui donnent-ils pas raison ? Le pasteur britannique Thomas Malthus, économiste, affirmait que la population humaine croît de façon exponentielle (2, 4, 8, 16, 32…) et les ressources, de manière arithmétique (1, 2, 3, 4, 5…). Inévitablement, nous irions vers l'épuisement des biens, la famine, la guerre de tous contre tous.

Le Prix Nobel d'économie 2008, Paul Krugman, a montré que Malthus avait raison en son temps : les paysans français de 1789 vivaient dans une pénurie chronique, 20 % d'entre eux étaient affaiblis par la malnutrition. Mais au XIXe siècle, ses sombres prédictions ont été démenties par l'accroissement des rendements agricoles, l'essor des échanges internationaux et des biens de subsistance, sans oublier l'immigration. Autrement dit, l'esprit aventureux et les progrès des techniques, le génie humain, ont désavoué Malthus.

Las. Nous savons aujourd'hui qu'il faut relativiser les succès du "progrès" et du rendement. L'empreinte écologique, le réchauffement qui s'accélère combinés à une croissance forte de la population ne ramènent-ils pas l'humanité à une situation "malthusienne" – une spirale tragique ? Beaucoup le pensent, et pas seulement les militants de la décroissance ou les radicaux du mouvement néomalthusien Negative Population Growth (NPG). Prenez Ted Turner, fondateur de la chaîne d'actualités CNN, grand financier de la Fondation des Nations unies. Cet homme informé déclarait en avril 2008 sur la chaîne PBS : "Nous sommes trop nombreux. Voilà pourquoi nous avons le réchauffement climatique. […] Tous les habitants de la planète doivent s'engager à avoir un ou deux enfants, c'est tout. […] Ne pas contrôler la population est un suicide." Ouvrez notre-planete.info, un site proche de l'ONG Les Amis de la Terre, tapez "surpopulation". Parmi les premiers articles : "Homo sapiens est la pire espèce invasive." Extraits : "Nous feignons d'ignorer la finitude d'un monde dans laquelle notre multitude puise allègrement et sans relâche. Il faut quelque chose de plus qu'un couple pour faire un enfant, il faut au moins une planète viable. Posséder une famille nombreuse n'est-il pas un délit environnemental, une grave atteinte à la planète et à l'avenir commun ?"

Ecoutons maintenant l'inquiétant directeur de la CIA de George W. Bush, le général Michael V. Hayden, autre homme informé. S'appuyant, en avril 2008, sur les chiffres de l'ONU qui annoncent une population de 9 milliards d'humains en 2050, il prévoit un dangereux déséquilibre démographique entre l'Afrique et l'Europe vieillissante – synonyme de tensions aux frontières et d'une immigration à risque –, ainsi que des "troubles" et des "violences" dans les pays où la population va tripler – Afghanistan, Liberia, Niger, République démocratique du Congo – ou doubler – Ethiopie, Nigeria, Yémen.

Propos angoissés

Dès qu'on évoque la surpopulation, on ouvre la boîte de Pandore. Vieux démons, angoisse du futur, fantasmes collectifs – peur de l'invasion, du pullulement – jaillissent pour se mêler à des peurs très concrètes. En 1932 déjà, quand la population humaine a atteint 2 milliards, le philosophe Henri Bergson écrivait : "Laissez faire Vénus, elle vous amènera Mars." En 1948, Albert Einstein mettait solennellement en garde l'Abbé Pierre contre les "trois explosions" menaçant notre "monde mortel" : la bombe atomique, la bombe information, la bombe démographique. En 1971, dans la lignée du Club de Rome, l'écologiste Paul R. Ehrlich, spécialiste des populations d'insectes, publiait le best-seller La Bombe P (Fayard). Il y dénonçait "la prolifération humaine", qu'il assimile à un "cancer" : "Trop de voitures, trop d'usines, trop de détergents, trop de pesticides, […] trop d'oxyde de carbone. La cause en est toujours la même : trop de monde sur la Terre." Aujourd'hui, il suffit d'écouter les émissions "de société" à la télévision, de parcourir les sites écologiques ou les chats d'actualité des médias pour retrouver ces propos angoissés. On lisait par exemple dans les débats du monde.fr, après un article consacré au "jour du dépassement" : "Quand, dans trente ans, nous serons 1,5 milliard de plus sur Terre, je ne donne pas cher du concept d'acquis sociaux, de progression du pouvoir d'achat et autres balivernes du même tonneau. " (25 septembre 2008).

Cette angoisse peut aussi être amplifiée par des mensonges modernes sur l'invasion venue du Sud surpeuplé. Mais, contredisant cette démagogie, un rapport publié en 2004 par le département des affaires économiques et sociales de l'ONU (World Population to 2300) indique que les immigrés venus des pays pauvres contribueront pour 4 % à la croissance démographique des pays développés d'ici à 2050 – aujourd'hui pour 3 % –, ce qui rajeunira une Europe vieillissante. Toutes les études confirment que, dans leur immense majorité, les populations du Sud veulent continuer à vivre où elles sont nées. Même dans les situations de crise – guerre civile, sécheresse, inondations… –, les habitants émigrent à proximité ou dans un pays voisin, puis reviennent toujours. Ce ne sont pas des "envahisseurs". Ils souhaitent vivre mieux, en paix, chez eux – comme le reste de l'humanité.

C'est patent, la question dite de la surpopulation remue des peurs irrationnelles. Prenons un autre exemple, moins politique. J'ai rencontré plusieurs Parisiennes de 30 ans, en couple ou célibataires, qui se disent bien décidées à ne pas avoir d'enfant. Sans prétendre ici donner une explication univoque – certaines veulent préserver leur "capacité de création", d'autres leur relation de couple, ou leur liberté, ou les trois –, force est de constater : la surpopulation est revenue à chaque fois dans nos entretiens, mêlée à des analyses inquiètes sur l'état de la planète. Tout comme dans le livre best-seller de Corinne Maier, No Kid. Quarante raisons de ne pas avoir d'enfant (Michalon, 2007), où une des raisons invoquées est : pourquoi ajouter un enfant à un monde surpeuplé ?

L'une de ces femmes, attachée de presse, explique qu'à force de vivre en ville, elle n'a plus l'impression de participer "aux processus naturels" – elle ne voit plus le renouvellement de la vie, l'arrivée du printemps, "à peine le ciel". Elle ne se sent plus "une femme archaïque" : avec des enfants. La deuxième, ingénieur, n'espère plus rien de l'avenir de l'humanité. Elle garde en mémoire les massacres du XXe siècle, persuadée que le réchauffement, combiné à la surpopulation, va apporter de nouvelles guerres, des famines ou pire. Alors, faire des enfants… Une autre s'indigne : "Il existe déjà tant d'enfants pauvres autour du monde. Je préfère adopter." Une quatrième, voyageuse, a vu les hindous et les musulmans s'affronter en Inde, les riches s'armer dans des ghettos protégés en Amérique latine. "C'est affreux, dit-elle, une autre guerre vient, la guerre de la surpopulation. La haine de l'autre devient une réaction de survie. Toutes les valeurs s'inversent. Espérer que les Africains meurent du sida, ou s'entre-tuent, tourne à la blague de bureau : Comme ça, ils seront moins ! " Sombres visions. Alors, faut-il redevenir malthusiens ?

La "bombe P" n'explosera pas

"La démographie a toujours été associée à la fin du monde, à la disparition de l'Homme, au Jugement dernier, note le démographe Hervé Le Bras. Procédant par projections, on l'interprète comme des prédictions, toujours catastrophistes. Au début du siècle, en Europe, on s'inquiétait surtout de la dépopulation ! Les Français devaient procréer, il ne fallait pas laisser les Allemands être plus nombreux que nous. Les économistes associaient natalité et prospérité. Dans les années 1970, tout a changé avec les écologistes comme René Dumont, qui prédisaient l'épuisement rapide des ressources. Certains démographes annonçaient alors une population de 12 milliards en 2100. Aujourd'hui, nous revoyons tous ces chiffres à la baisse."

Hervé Le Bras, directeur d'études à l'Institut national d'études démographiques (INED), raconte avec humour comment toutes les prédictions à long terme, bien étayées, sur le peuplement humain – le démographe américain Joel Cohen en a relevé 68 – se sont révélées fausses. Soit, mais aujourd'hui ? Qu'en est-il des prévisions à court terme – à l'horizon 2030, 2050 ? De fait, en moins de 200 ans, l'humanité est passée de 1 milliard d'habitants (au début du xixe siècle) à 6 milliards (en 1999). Entre 1987 et 1999, soit en treize ans, de 5 à 6 milliards. Aujourd'hui, beaucoup des prévisions pour 2050 tournent autour de 8,4 à 9,5 milliards de Terriens – soit 3 milliards d'hommes en plus. Cet accroissement exponentiel qui effrayait tant Malthus s'arrêtera-t-il un jour ? Aurons-nous assez de ressources pour nous nourrir ? Oui et oui. Voilà la grande nouvelle des études récentes. Aujourd'hui, démentant les alarmistes, les démographes décrivent tous, partout autour du monde, une forte baisse de la fécondité des femmes – donc, à terme, de l'accroissement de la population. Selon eux, comme d'après l'ONU, la " bombe P " n'explosera pas. Que s'est-il passé ? Simplement, sur les cinq continents, les femmes font moins d'enfants.

"Personne n'avait anticipé la baisse rapide de la fécondité dans les pays en voie de développement, explique Hervé Le Bras. Prenez l'Iran. D'une fécondité de 6,5 enfants par femme en 1985, le pays est désormais à 2 enfants, comme en France ! En Chine, beaucoup pensaient qu'il allait être difficile d'imposer l'enfant unique à cause de la tradition de l'héritier mâle, de leur civilisation , etc. Mais cela a été relativement aisé, et rapide. On compte aujourd'hui 1,75 enfant par femme. Ainsi, 400 millions de Chinois annoncés par les courbes démographiques n'ont pas vu le jour. On peut penser que les Chinois étaient prêts à l'accepter. En Inde, cette politique de contrôle des naissances a été moins bien reçue. Dans le nord du pays, il y a encore 4,5 enfants par femme. Mais, en moyenne, l'Inde est passée au-dessous de 3 enfants par famille."

Quelles qu'aient été les politiques menées, tous les effets d'annonce catastrophistes sur la spirale des naissances des pays pauvres, parfois teintés de racisme ou d'une conception agressive du "choc des civilisations", ont été démentis.

" Aujourd'hui, précise Hervé Le Bras, le taux de croissance démographique mondial ralentit. 1,21 % par an en 2006, 0,37 % attendu en 2050. Pourquoi ? Le nombre d'enfants par femme baisse sur les cinq continents. Au Mexique, au Brésil, on tourne autour de 2,2 à 2,3 enfants par famille, 2,4 en Indonésie. En Afrique, si les femmes du Rwanda et d'Ouganda font encore 7 à 8 enfants, au Kenya par exemple, de 8 enfants par femme dans les années 1970, elles sont passées à 4 aujourd'hui. Les renversements de tendance se font très vite."

Partout, les femmes enfantent moins. Le phénomène s'universalise. Souvent, pour que la natalité baisse, il faut selon les démographes un "élément déclencheur" qui transforme les mœurs. Par exemple, en Algérie, dans les années 1970, les femmes se mariaient très jeunes, enfantaient tôt et portaient en moyenne plus de 7 enfants au cours de leur vie. Aujourd'hui, toujours en moyenne, elles se marient à 29 ans et font 2,4 enfants. En Europe du Sud (Italie, Espagne, Grèce), on compte 1,4 enfant par femme – et cette tendance gagne toute la Méditerranée. Dans leur étude sur la démographie du monde musulman, Le Rendez-vous des civilisations (Seuil, 2007), Youssef Courbage et Emmanuel Todd montrent que la fécondité des femmes est passée de 6,8 enfants en 1975 à 3,7 aujourd'hui – 2,2 au Maroc, 2,1 en Tunisie. Cette baisse, remarquent-ils, suit partout l'alphabétisation des femmes. Cette prise de contrôle inaugure, nous disent les auteurs, un bouleversement des mentalités "qui irradie les rapports d'autorité, les structures familiales, les références idéologiques (et religieuses), le système politique". Sur ces questions le "choc des civilisations" annoncé par les conservateurs américains n'aura pas lieu.

Si la "bombe P" des malthusiens n'explosera pas, c'est que dans toutes les cultures, sur tous les continents, contredisant nombre d'idées sur l'islam, l'acceptation du modèle de la famille à deux enfants gagne rapidement. Aujourd'hui, si cette révolution des mœurs se poursuit, les démographes de l'ONU tablent sur une population humaine à 8,2 milliards en 2030, 9 milliards en 2050 – et une stabilisation à 10,5 milliards en 2100. La population humaine aura alors achevé sa "transition démographique" : le ralentissement de la fécondité prendra effet en dépit du vieillissement général. Certains chercheurs, comme Mike Davis, auteur d'une étude inquiétante sur la prolifération des bidonvilles (Le Pire des Mondes possibles, La Découverte, 2007), relativisent cependant cet enthousiasme. " Je m'étonne, écrit-il au Monde 2, que les prévisions des démographes de l'ONU pour le siècle varient de quelque 3,5 milliards d'habitants entre les évaluations basses et hautes : c'est-à-dire la population mondiale quand j'étais enfant…" En effet, il suffirait d'une variation de 0,25 % par rapport au scénario de 2,1 enfants par femme (2,35), pour se retrouver 30 milliards avant 2050. Mais, toutes les études le confirment : la baisse de la fécondité féminine autour de deux enfants est générale.

Nourrir 9 milliards d'humains

Au-delà des angoisses et des peurs, la véritable grande question posée par le peuplement sera celle des ressources : les pays, les sols, la Terre pourront-ils nourrir – et supporter – une population de 9 ou 10 milliards d'habitants ? Ici, un détour s'impose. Dans les faits, parler de population "globale" comme d'un grand cheptel n'a pas grande signification. Comment comparer le mode de vie des habitants du Laos et de la Finlande, à population égale ? De l'Algérie, terre d'émigration, et du Canada, d'immigration ? Aujourd'hui la natalité des pays les moins développés progresse six fois plus vite que celle des pays développés – qui vieillissent et se stabilisent. En 2050, 86 % de la population mondiale habitera un pays pauvre ou émergent – la moitié en Chine et en Inde, dotés d'une politique antinataliste. Les répercussions d'un tel peuplement varieront fortement d'une région et d'un pays à l'autre, selon la fertilité des sols, l'eau, la qualité des terres. Mais surtout selon les politiques des gouvernements – économiques, agricoles, sociales. Le Prix Nobel d'économie 1998, l'Indien Amartya Sen, a bien montré combien la pauvreté et les famines découlent avant tout, non d'une population trop nombreuse, mais du manque de vitalité démocratique et de l'absence d'Etat social. L'Inde, par exemple, a connu des grandes famines jusqu'en 1947, date de son indépendance. Ensuite, le multipartisme, l'existence d'une opposition et d'une presse libre ont permis de prévenir et circonvenir les désastres. Qui plus est, l'Inde nourrit aujourd'hui une population de 1 milliard d'habitants parce qu'elle a réussi sa "révolution verte" – irrigation, conservation des sols, engrais, rendements – grâce à une politique d'Etat résolument tournée vers l'autosuffisance.

Aujourd'hui, 850 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde. La plupart vivent dans les pays du Sud qui ont été secoués par les émeutes du pain du printemps 2008. Est-ce parce qu'ils sont trop peuplés ? En juin, réagissant dans l'urgence, les responsables de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ont tenu un sommet. Ses experts n'ont pas accusé la surpopulation, mais avant tout l'augmentation de 50 % du prix des céréales. Ils ont aussi dénoncé une production agricole mondiale insuffisante. Pas à cause de l'épuisement des terres, mais de leur mauvais usage.

Les agronomes rappellent combien, depuis un demi-siècle, sans se soucier des populations locales, les pays du Nord ont financé les cultures d'exportation des pays du Sud (notamment en Amérique latine) – le coton, l'herbage d'élevage – au détriment des cultures vivrières. A l'inverse de ce qui s'est passé en Inde, ces politiques néocoloniales ont ruiné l'agriculture de ces pays, avec l'aide de gouvernements autoritaires et corrompus. Résultat : l'Afrique subsaharienne, hier autosuffisante, se trouve contrainte d'importer ses produits de subsistance. Ici encore, comme l'analyse Amartya Sen, rien ne sert d'accuser la croissance démographique. Il faut s'en prendre aux politiques. Voilà pourquoi la FAO appelle maintenant à une gouvernance agricole mondiale, sous l'égide de l'OMC, aidée par la Banque mondiale, pour relancer les productions vivrières et de céréales – jusque dans les jachères d'Europe. Avec une politique agricole concertée, la planète pourrait tout à fait survenir aux besoins d'une population de 10 milliards d'habitants .

Le rapport 2008 de l'OCDE, Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030, est aussi alarmiste que la FAO. Il nous promet, en l'absence d'une politique mondiale volontariste, un avenir très désagréable. Nous en connaissons le refrain. Un réchauffement de 1,7 oC à 2,4 oC en 2050 – prévision basse. Sécheresse, tempêtes, inondations, destruction des infrastructures. Un appauvrissement considérable des " précieux services des écosystèmes ". L'accroissement du " stress hydrique " pour 3 milliards d'humains – une eau mal répartie. Une pollution accrue de l'air. La croissance de la population humaine est-elle la cause première des fléaux annoncés ? Dans une lettre au Monde 2, des experts de l'OCDE répondent : "La population ne pose pas un problème en soi. Les pressions exercées sur les ressources naturelles et l'environnement ne proviennent pas du nombre d'habitants mais de leurs habitudes de consommation."

Politiques irresponsables

Notre malheur viendra des modes de vie dépensiers, des politiques industrielles, des égoïsmes nationaux – de comportements que nous pourrions changer. Quelques exemples frappent. Selon le rapport 2008 de l'Agence internationale de l'énergie (World Energy Outlook 2008), des millions de voitures rouleront encore au pétrole en 2030, émettant quantités de CO2. Pourquoi au pétrole ? Parce que les grands constructeurs automobiles résistent pour changer leurs chaînes de montage et fabriquer des voitures "vertes" – comme les y engagent les gouvernements qui les renflouent depuis la crise financière de 2008. Le rapport de la FAO, L'Etat de l'insécurité alimentaire dans le monde (novembre 2008), note qu'avec l'amélioration du niveau de vie des pays émergents, des millions de personnes mangeront plus de viande. Ce qui nécessitera un bétail plus nombreux, buvant quantité d'eau, paissant sur des terres dévolues aux herbages – donc perdues pour les cultures vivrières. Ici encore, n'y a-t-il rien à faire ? Ou faut-il mener campagne pour que les Occidentaux contiennent leur "boulimie de viande", comme le préconise l'économiste Jeremy Rifkin ?

Autre remarque des experts de l'OCDE au Monde 2. Nous savons parfaitement que, par leurs vertus régénératrices, les écosystèmes nous sauvent d'une pollution terrestre accélérée et d'un appauvrissement général. Mais gouvernements et industriels, aux Etats-Unis comme dans les pays émergents, poursuivent encore des politiques irresponsables : subventions à l'agriculture intensive, aux pétroliers pollueurs, laisser-faire à l'emploi de produits chimiques, à la pêche industrielle – sans oublier les émissions massives de CO2. "Si aucune action nouvelle n'est entreprise, nous risquons de modifier de façon irréversible les conditions environnementales sur lesquelles repose le maintien de la prospérité économique" : les conclusions du rapport 2008 de l'OCDE sont encore plus inquiétantes que celles du rapport Stern (L'Economie du changement climatique, 2006), qui appelait à consacrer 1 % du PIB mondial à "décarboner" l'industrie. A nouveau, les politiques sont en cause. Pas le nombre d'habitants.

Frédéric Joignot

A lire ;

> Le Rendez-vous des civilisations, de Youssef Courbage et Emmanuel Todd. La République des Idées, Seuil, 2007, 159 p., 12,50 €. Une étude à rebours de tous les clichés sur la démographie du monde musulman.
> Nourrir l'humanité, de Bruno Parmentier, La Découverte, 2007, 274 p., 22 €. L'agriculture pourra-t-elle nourrir 9 milliards d'humains ?
> L'Enfermement planétaire, d'André Lebeau, "Le Débat", Gallimard, 2008, 304 p., 19 €. Quand les besoins dépassent les ressources, comment gérer la survie sur Terre ?
> Le Crépuscule de Prométhée, de François Flahault, Mille et une Nuits, 2008, 290 p., 16 €. Pourquoi l'homme doit oublier l'idéal prométhéen, qui lui fait perdre la raison.

11:33 Publié dans démographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : environnement