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30/04/2009

FRANCE, ta République laïque fout l'camp !

lu sur : http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/04/30/quand-le-pretre-formera-l-instituteur-par-caroline-fourest_1187425_0.html

Chronique
Quand le prêtre formera l'instituteur, par Caroline Fourest

LE MONDE | 30.04.09 | 12h54 • Mis à jour le 30.04.09 | 12h54

On assiste à un assaut sans précédent pour tenter d'affaiblir l'enseignement républicain et laïque au profit de l'enseignement privé et confessionnel. En principe, la République "ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte". En coulisse, tout est fait pour torpiller l'esprit de cette loi dès qu'il s'agit d'éducation nationale.

Dans la plus grande discrétion, tout un pan du discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Saint-Jean-de-Latran vient d'entrer en vigueur. On se souvient de cette phrase dans laquelle le président plaçait le prêtre au-dessus de l'instituteur "dans la transmission des valeurs". Depuis, il a tenté de minimiser. Ces mots traduisent pourtant une vision de la transmission et de l'enseignement que son gouvernement applique à la lettre.

Dans une autre partie de son discours, moins célèbre, le président regrettait que la République ne reconnaisse pas la "valeur des diplômes délivrés par les établissements d'enseignement supérieur catholique". On pensait à la reconnaissance de diplôme de théologie... Ils n'ont pas à être validés par la République puisqu'elle ne "reconnaît aucun culte". Mais le président s'obstine. Notamment avec l'arrière-pensée de pouvoir estampiller la formation des imams rêvée par le ministère de l'intérieur mais dispensée par la Catho. Un bricolage qui ne fait que renforcer l'impression d'une gestion postcoloniale de l'islam, donc la propagande islamiste. Tout en tuant à coup sûr l'esprit de 1905.

L'affaire est plus grave qu'il n'y paraît. Les décrets de cet accord - signé en catimini entre la France et le Vatican le 18 décembre 2008 - viennent de tomber. Ils prévoient la "reconnaissance mutuelle des diplômes de l'enseignement supérieur délivré sous l'autorité compétente de l'une des parties". Or cette "reconnaissance" ne vaut pas seulement pour les matières théologiques mais aussi profanes. Autrement dit, le baccalauréat ou d'éventuels masters.

L'accord feint d'appliquer une directive européenne (le processus de Bologne), pensée pour reconnaître les diplômes étrangers, mais il change de nature à partir du moment où il est signé avec le Vatican, pour "reconnaître" des diplômes délivrés sur le sol français par des établissements de l'Eglise. Ce qui revient non seulement à casser le monopole des diplômes qu'avait l'Etat depuis 1880, mais aussi l'esprit de l'article 2 de la loi de 1905.

Jusqu'ici, les établissements catholiques privés pouvaient parfaitement préparer des élèves au bac, mais ceux-ci devaient passer leur diplôme avec tous les autres. Petite astuce connue des professeurs : de nombreux établissements privés choisissent de ne présenter que les meilleurs élèves sous leurs couleurs et d'envoyer les autres en candidats libres pour améliorer leur score de réussite au bac. Appâtés par des pourcentages tournant autour de 100 %, de plus en plus de parents se tournent vers ces établissements au détriment de l'école publique.

Le gouvernement fait tout pour encourager ce choix : démantèlement de la carte scolaire, baisse du nombre de professeurs dans le public... Le plan banlieue est à sec, mais on racle les fonds de tiroirs pour financer - sur fonds publics - l'ouverture de 50 classes privées catholiques dans les quartiers populaires. Un grand lycée Jean-Paul-II est sur les rails. Un collège tenu par l'Opus Dei est déjà sous contrat.

Il ne manquait plus que ça : la fin du diplôme d'Etat... Justement au moment où l'Etat annonce vouloir supprimer les IUFM, brader les concours, et remplacer leur formation par un master que pourrait préparer n'importe quel établissement privé. Comme ça, en plus de délivrer le baccalauréat, le Vatican pourra ouvrir des masters destinés directement aux futurs enseignants.

Un comité 1905 vient de porter plainte devant le Conseil d'Etat. S'il n'obtient pas gain de cause, le prêtre aura le champ libre pour reprendre la main sur l'instituteur.

Caroline Fourest
Article paru dans l'édition du 02.05.09

22/04/2009

Rythmes scolaires : la semaine de quatre jours contestée

lu sur : http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/04/20/rythmes-scolaires-la-semaine-de-quatre-jours-contestee_1182965_0.html

Enquête
Rythmes scolaires : la semaine de quatre jours contestée
LE MONDE | 20.04.09 | 16h10 • Mis à jour le 21.04.09 | 07h53

Lille, Grenoble, Angers, Brest : plusieurs municipalités socialistes remettent en cause la semaine de quatre jours généralisée dans les écoles primaires à la rentrée. Décidée en fin d'année scolaire 2007-2008 par le ministre de l'éducation nationale, Xavier Darcos, la suppression des cours le samedi matin s'est faite au détriment des élèves, considèrent ces élus qui ont engagé des concertations dans leurs villes ou projettent de le faire. La circulaire du 5 juin 2008 sur l'aménagement du temps scolaire prévoyait bien la possibilité de transférer les cours du samedi au mercredi matin sur proposition du conseil d'école, après avis de la commune et accord de l'inspection académique, mais seulement 3,6 % des écoles ont choisi cette organisation.

L'objectif des élus est donc de convaincre la communauté éducative, et surtout les parents et les enseignants, de l'intérêt pour l'enfant de revenir à une semaine organisée sur neuf demi-journées avec école le mercredi matin. "Les spécialistes des rythmes scolaires s'accordent pour dire qu'une semaine de quatre jours, c'est la pire des solutions, explique Patrick Kanner, adjoint au maire de Lille en charge du projet éducatif local. Nous avons dénoncé dès le 23 juin en conseil municipal cette mesure prise dans l'urgence et sans concertation."

L'élu s'inquiète particulièrement pour la scolarité des élèves en difficulté dont les journées de six heures ont été rallongées par deux heures hebdomadaires d'aide personnalisée. "Faire classe le mercredi matin présenterait l'avantage de supprimer une rupture de rythme dans la semaine et d'alléger de trois quarts d'heure les jours de classe qui sont parmi les plus longs en Europe", analyse M. Kanner.

Après avoir organisé des rencontres par quartier avec les parents, enseignants et les différents acteurs éducatifs, la mairie de Lille va inviter, début mai, les conseils d'école à délibérer sur un éventuel retour à neuf demi-journées. "L'inspecteur d'académie nous a donné son feu vert en nous demandant, en cas de retour au mercredi, à ce que cela se fasse sur un périmètre cohérent", poursuit M. Kanner. La mairie espère être entendue dans les quartiers les plus défavorisés. Mais les habitudes étant prises, le retour en arrière risque d'être difficile.

La mairie de Grenoble, dont la concertation sur le sujet s'achève bientôt, avoue la difficulté de convaincre. "La majorité des parents comme des enseignants semble souhaiter rester dans le schéma actuel, constate Paul Bron, adjoint à l'éducation. Je m'attends à très peu, voire à pas du tout d'écoles qui optent pour une organisation de quatre jours et demi pour la prochaine rentrée." Toutefois, la mairie ne désespère pas de voir l'idée faire son chemin dans les esprits pour la rentrée 2010.

"Des syndicats enseignants ont mis en doute la capacité de la mairie à mettre en place des activités périscolaires dans le cadre de la semaine de quatre jours et demi, ce qui a ébranlé les parents. Mais c'était un faux débat, déplore Dominique Nussard, présidente de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) de l'Isère. Il y a une vraie réflexion de fond à mener sur les rythmes de l'enfant."

La section départementale du principal syndicat des enseignants du primaire, le Snuipp de l'Isère, assure qu'il n'y a pas "d'opposition absolue et frontale" à travailler le mercredi. "La plupart d'entre nous regrettent la suppression de l'école le samedi matin car c'était un moment privilégié de contact avec les parents d'élèves", assure Gabrielle Beyler, du Snuipp-Isère. Elle regrette par ailleurs que la réflexion sur les rythmes ait été initiée par la mairie sans être relayée par l'inspection académique.

A Angers, après une cinquantaine de réunions, un questionnaire sera bientôt soumis aux conseils d'école. "Le contexte est difficile, reconnaît Luc Belot, adjoint à l'éducation. La communauté éducative, du fait de nombreuses réformes controversées, est sous pression. Toutefois, les avis sont assez partagés pour considérer que la semaine de quatre jours fonctionne mal." Beaucoup suggèrent un basculement sur une semaine de quatre jours et demi en 2010 plutôt qu'à la rentrée prochaine.

La mairie de Brest a décidé, elle aussi, de remettre la question sur la table. "Nous allons organiser un débat public le 28 avril, explique Marc Sawicki, adjoint à la politique éducative locale. On nous dit que les enfants sont épuisés et nous devons les placer au centre de nos préoccupations." Mais poursuit l'élu, "c'est un débat politiquement dur à porter".

Déjà consultés l'an dernier sur un transfert des cours du samedi au mercredi matin, les conseils d'écoles s'étaient, en majorité, prononcés contre. "Les parents estimaient que ce serait beaucoup plus compliqué pour eux de gérer l'organisation du mercredi après-midi, contrairement au samedi matin où ils ne travaillent pas pour la plupart d'entre eux", explique Michel Jacob, de la FCPE du Finistère. La mairie a chiffré le coût d'un éventuel retour à neuf demi-journées entre 500 000 euros et un million d'euros pour 73 écoles publiques - tout dépend s'il y a, ou pas, cantine le mercredi.

Au ministère, on rappelle que, en réponse à une campagne nationale lancée par la FCPE pour un retour à une semaine de quatre jours et demi avec école le mercredi, Xavier Darcos avait indiqué, le 4 février, qu'il ne voyait "aucun inconvénient" à ce que les écoles primaires repassent à ce rythme, en accord avec les conseils d'écoles. "J'y vois même beaucoup d'avantages", avait-t-il ajouté.

Pour Marc Sawicki, il faut aller plus loin. "Le ministère doit prendre conscience de son erreur et revenir en arrière en généralisant pour l'ensemble des écoles primaires les cours le mercredi matin", conclut l'élu.

Martine Laronche
Article paru dans l'édition du 21.04.09

15:55 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éducation