Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

21/03/2015

Snowden : l'Allemagne à la botte des USA

lu sur :

Asile de Snowden : Obama a menacé l'Allemagne

Le Point - 

Publié le 20/03/2015 à 12:08 - Modifié le 20/03/2015 à 12:24

 

L'administration américaine a menacé de stopper toute coopération antiterroriste avec Berlin si elle accueillait le lanceur d'alertes, selon The Intercept. (*)

Si vous pensez que Barack Obama n'a qu'un visage, celui du Prix Nobel de la paix, ravisez-vous. Le président américain a donné l'ordre de menacer l'Allemagne dans le cas où elle aurait accepté la demande d'asile d'Edward Snowden en 2013. Selon The Intercept, Washington a promis à Berlin que la coopération antiterroriste serait stoppée si le pays acceptait d'accueillir le lanceur d'alertes. The Intercept est le média fondé par Glenn Greenwald, l'ancien journaliste du Guardian qui a publié la plupart des révélations de Snowden.

Glenn Greenwald s'est exprimé cette semaine dans une conférence à Hombourg (Sarre) aux côtés du vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel. En marge de débats, le journaliste a interrogé l'homme politique allemand, qui est aussi ministre de l'Économie et de l'Énergie, et lui a demandé pourquoi il avait dans son discours salué l'action de Snowden, alors que le pays ne l'avait pas accueilli. "Ils [les États-Unis, NDLR] nous ont dit qu'ils arrêteraient de partager avec nous les menaces d'attentats et d'autres renseignements", a expliqué Sigmar Gabriel à Glenn Greenwald, selon ce dernier. 

La chancellerie refuse de commenter

L'Allemagne aurait ainsi été "exclue" du partage d'informations sur les menaces terroristes, toujours selon les dires du ministre, rapportés par le média en ligne. Cela serait revenu à "laisser la population allemande être exposée à une attaque découverte par les services américains", commente Glenn Greenwald.

La situation d'Edward Snowden avait été au centre d'un débat très nourri en Allemagne, et de nombreux élus s'étaient prononcés pour lui accorder l'asile, contrairement aux autorités françaises, qui lui avaient immédiatement opposé une fin de non-recevoir. Les révélations d'Edward Snowden avaient par ailleurs eu un retentissement particulier outre-Rhin, où les plus hautes personnalités de l'État avaient officiellement dénoncé leur mise sur écoute par l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA), là encore à l'opposé des réactions françaises, discrètes ou inexistantes. 

Contacté vendredi matin, le service de presse d'Angela Merkel a refusé de commenter, de confirmer ou de démentir les faits auprès du Point.fr. La chancellerie nous a renvoyés vers les services de Sigmar Gabriel, que nous avions aussi contactés, mais qui n'ont pas encore répondu à nos demandes.

(*) US Threatened Germany Over Snowden, Vice Chancellor Says - The Intercept.pdf

13/10/2014

Contre la pensée unique anglo-saxonne

petit rappel :

Hagège : "L'anglais détruit notre pensée" - Le Point

www.lepoint.fr/.../hagege-l-anglais-detruit-notre-pensee-19-01-2012- 1423533_326.php

Le Point.fr - Publié le 19/01/2012 à 00:00

Dans "Contre la pensée unique" (Odile Jacob), Claude Hagège, professeur au Collège de France, pourfend l'anglais comme vecteur de pensée unique et en appelle au sursaut.

Propos recueillis par VICTORIA GAIRIN

Le Point : Vous affirmez que la propagation d'une langue engendre une pensée unique. Pourquoi ?

Claude Hagège : Attention, la propagation d'une langue en général - et ce fut le cas du latin pendant des siècles en Europe et au-delà - n'implique pas de danger d'homogénéisation de la pensée. Elle a, bien au contraire, favorisé sa multiplicité. Mon propos ne concerne pas n'importe quelle langue, mais l'anglais. L'anglais, dont la diffusion mondiale est accompagnée d'une certaine idéologie néolibérale, dont l'ensemble du monde est à la fois l'auteur et la victime. La propagation d'une langue n'est pas nécessairement négative. Elle peut servir les besoins ou les désirs d'une population, comme ce fut le cas des langues véhiculaires de vaste diffusion.

N'est-ce pas le cas de l'anglais, justement ?

Absolument. À ceci près que les contenus culturels véhiculés par la langue anglaise apportent avec eux une certaine conception du monde, à laquelle on n'est pas obligé d'adhérer. La musique pop, par exemple, ou bien le rock sont à mes yeux un instrument de très forte homogénéisation du monde et de stérilisation de la créativité.

N'est-ce pas un peu exagéré ?

Pas du tout. Il n'y a qu'à voir la tête de mes étudiants lorsque je leur traduis les chansons à la mode en ce moment ! Il est profondément déculturant d'adhérer à un mode de pensée sans pour autant nécessairement le comprendre.

Vos craintes ne sont donc pas spécifiquement liées à l'anglais... Et si des morceaux chinois déferlaient sur nos ondes dans quelques années ?

En effet, la pensée unique n'est pas attachée par essence à une langue en particulier. Le chinois est d'ailleurs en passe de devenir une langue à diffusion mondiale, avec ses 1 200 instituts Confucius à travers le monde. À l'avenant de leur montée en puissance économique et politique, les Chinois sont en train de faire tout ce qu'ils peuvent pour répandre leur langue et leur culture. Il s'agit ni plus ni moins d'une attitude d'affrontement contre l'anglais afin d'en offrir une alternative. Le chinois pourrait donc à son tour parfaitement diffuser des contenus qui finiraient par répandre une certaine forme de pensée unique.

Est-il idéaliste de croire en une superposition des cultures ?

C'est un voeu tout à fait méritoire. Mais en partie illusoire. Les cultures ne se greffent pas les unes aux autres ; elles s'affrontent. Et, au risque de vous décevoir, la coexistence pacifique n'est pas au programme. La Chine conçoit la diffusion de sa culture et de sa langue de manière offensive, et non pas comme un simple effort vers la sinisation du monde, en réponse à l'américanisation. Bien sûr, certains vous diront que l'affrontement des cultures est un enrichissement permanent. Lorsqu'on est adulte, peut-être. Mais les enfants ? Ont-ils les armes de la critique pour faire leurs propres choix ? Je suis contre l'idée d'imposer l'anglais comme langue unique enseignée à l'école primaire. Les enfants devraient, dès l'âge de 5 ans, se familiariser avec plusieurs langues à large diffusion, comme l'italien, l'allemand, le portugais ou l'espagnol. Les enfants de l'Allemagne nazie recevaient l'idéologie à l'école.

Justement, la culture soviétique a bien été imposée aux pays de l'ex-URSS...

Mais on ne leur imposait pas de parler russe ! C'était certes la langue de l'Union, mais le lituanien, le letton, le roumain, l'ukrainien, le biélorusse étaient-ils pour autant pourchassés ? Aucun effort n'a jamais été fait pour briser l'attachement des peuples à leur langue maternelle. Avec le rejet du communisme et du marxisme, le russe a été boudé quelque temps. Mais, après cette période de désaffection consécutive à la dislocation de l'Union soviétique, il reprend peu à peu sa valeur de langue régionale, qui le caractérisait déjà à l'époque des tsars. Si vous vous rendez aujourd'hui dans les républiques musulmanes d'Asie centrale, vous vous apercevrez que ce ne sont pas forcément des gens de 30 ou 40 ans qui parlent le russe. Les enfants l'apprennent aussi à l'école. De la même manière, en Estonie, on parle, bien sûr, l'estonien, mais le russe est bien plus important en termes de diffusion. Idem au Kazakhstan ou en Ukraine. Les langues nationales ont-elles pour autant disparu ? Elles sont encore très vivaces.

Alors, pourquoi le français devrait-il se sentir menacé ?

Parce que le russe, même à l'apogée de la puissance soviétique sous Brejnev, n'a jamais eu pour vocation de devenir une langue mondiale. Naturellement, il y a eu une tentative de diffusion de la culture et de la langue russes dans les démocraties populaires, et dans les États satellites - le "glacis de l'URSS" - on enseignait le russe à l'école. Mais, pour autant, on n'a jamais empêché d'apprendre le hongrois à Budapest ou le roumain à Bucarest ! Or, la vocation de l'anglais depuis la victoire de 1945 et jusqu'aux années 80, quand le monde a commencé à remettre en question la domination américaine, était planétaire.

Mais aujourd'hui, à l'heure où l'on annonce le déclin américain, à quoi bon s'inquiéter ?

En dépit du déclin évident, la force de résurgence reste extrêmement puissante. Regardez le monde dans lequel on vit : nos valeurs, nos comportements, le commerce... J'ai appris récemment que certaines entreprises françaises demandaient à leurs salariés de soumettre leurs requêtes administratives en anglais ! Autrement dit, la propagation ne relève plus des États-Unis eux-mêmes, mais des pays concernés, qui deviennent demandeurs et promoteurs de la pensée unique. Regardez Bruxelles et les institutions européennes : tout s'effectue en anglais. Et les écoles de commerce ? Il s'est passé en France le même phénomène que pour les grandes inventions. On a créé des besoins qui n'existaient pas par les instruments mêmes qui étaient destinés à les combler. La profession de manager ne correspond en rien à une réalité française.

N'êtes-vous pas un peu réactionnaire ?

C'est incroyable que le fait de promouvoir une identité nationale s'apparente à jouer le jeu des partis de droite ! La défense des identités nationales est une idée républicaine et parfaitement démocratique. Pensez à la Révolution. La langue française n'apparaît-elle pas dans la Déclaration des droits de l'homme comme porteuse de liberté ? C'est le contraire même de la réaction. Dans mon livre, je ne défends pas une langue imposée, mais plutôt la diversité des langues.

Diffuser les mots, est-ce nécessairement en partager l'idée ?

Je ne fais que reprendre l'idée de Carter ou de Brzezinski : on ne doit pas sous-estimer la lutte idéologique. Ce que les Américains appellent soft power. Un pouvoir non plus fondé sur les armes, mais sur des contenus, dont les Américains se sont aperçus qu'ils étaient bien plus efficaces que l'affrontement physique. Lorsque vous diffusez les mots, vous diffusez les contenus qu'ils véhiculent. Ainsi, je n'emploie jamais les termes de "planning" ou de "timing", qui, même pour un Anglo-Saxon, ne signifient pas "programme". Il vaut mieux dire schedule. De la même façon, un "dancing" n'est pas plus un mot anglais que français pour désigner un endroit pour danser. Il désigne en effet une action, et non un lieu ! Le risque est de perdre les deux langues, sa langue maternelle et celle d'emprunt. Tout cela parce qu'une expression est à la mode. Pardon, je devrais dire "tendance", comme on dit maintenant... Ce mot qu'on croit français, mais qui vient de "tendancy". Même "mode" est démodé, vous imaginez !

Mais quel mot de notre lexique n'emprunte pas à d'autres langues ? N'est-ce pas l'essence même d'une langue d'évoluer ?

Vous avez raison. Le français est à 90 % latin. Évidemment, les langues vivent d'emprunts. Mais c'est un phénomène à évaluer en fonction d'un seuil. En deçà de 7 à 10 %, l'emprunt est vivant, alimente et enrichit. De 10 à 15 %, on est sur le chemin de l'indigestion. Au-delà de 25 %, on doit craindre une menace. À partir de 70 %, on parlera davantage de substitution.

L'invasion de l'anglais n'est peut-être qu'éphémère...

S'il s'agit d'expressions pour désigner certains comportements, oui. Les emprunts d'indices économiques pourraient parfaitement s'évaporer si ces valeurs disparaissaient. Mais, précisément, le néolibéralisme, avec son vocabulaire des affaires, du commerce et son obsession du rendement et de l'argent, s'installe pleinement dans l'histoire.

20/08/2013

Les États Unis, l'Iran, le pétrole

Ce que tout le monde savait mais n'avait jamais été avoué.

lu sur :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/08/20/la-cia-admet-son-role-dans-le-coup-d-etat-de-1953-en-iran_3463803_3218.html

La CIA admet son rôle dans le coup d'Etat de 1953 en Iran

LE MONDE | 20.08.2013 à 12h15 |Par Ghazal Golshiri

Il n'y a plus aucun doute sur le rôle de la CIA dans le coup d'Etat ayant renversé, le 19 août 1953, le premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, l'homme qui avait nationalisé le secteur pétrolier deux ans auparavant et qui inquiétait tant Washington. "Le coup d'Etat militaire qui a renversé Mossadegh et son cabinet du Front national a été mené sous la direction de la CIA, comme une action de la politique étrangère des Etats-Unis", peut-on lire sur le site de l'Agence de la sécurité nationale (NSA), qui a publié le résumé d'un rapport interne rédigé par un historien de la CIA, intitulé "La bataille pour l'Iran".

Madeleine Albright en 2000, puis Barack Obama en 2009, à chaque fois à des moments où les Etats-Unis tentaient de se rapprocher de l'Iran, avaient déjà reconnu le rôle de leur pays dans le renversement du gouvernement Mossadegh et certains documents secrets avaient déjà été publiés. Mais la CIA était restée muette.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Cet aveu intervient alors que tous les médias et quotidiens iraniens célébraient, lundi 19 août, le 60e anniversaire du coup d'Etat. Les plus conservateurs en ont profité pour clamer à nouveau leur détestation de l'Amérique. Mohammad Mossadegh, mort en résidence surveillée près de Téhéran en 1967, est considéré en Iran comme un héros national. Mais les autorités islamiques au pouvoir depuis la révolution de 1979 se sont toujours gardées de l'encenser, en raison de ses convictions laïques.

La CIA, qui admet au passage sa coopération avec les services britanniques du MI6, cherchait à "réinstaurer le pouvoir" du chah Mohammad Reza Pahlavi, affaibli par son premier ministre, lequel avait dissous le Parlement quelques jours plus tôt. L'opération TP-AJAX, son code secret, visait à remplacer le gouvernement de Mossadegh, "de manière légale ou quasi légale", par un autre avec lequel l'Occident pourrait "conclure des accords pétroliers".

"FAIRE BAISSER LES TENSIONS"

La CIA reconnaît avoir payé, en deux jours, 5 millions de dollars au général Fazlollah Zahedi, qui fut ensuite nommé premier ministre par le chah, et avoir versé de l'argent à des journaux américains et iraniens pour qu'ils ternissent la réputation de Mossadegh.

Ce geste de la CIA survient deux semaines après l'entrée en fonctions du nouveau président iranien Hassan Rohani, qui a déclaré, le 6 août, être prêt à engager des négociations avec les puissances occidentales sur le dossier nucléaire. Il n'a pas exclu Washington, avec qui Téhéran n'a plus de relations diplomatiques depuis 1980.

Doit-on voir là un signal positif de l'administration américaine à l'attention de Téhéran en vue d'une reprise des négociations ? "Il n'est pas à exclure que cela soit une tentative de faire baisser les tensions ", estime Abbas Milani, auteur de plusieurs ouvrages, notamment The Shahpublié en anglais en 2011. Selon cet universitaire iranien vivant aux Etats-Unis, il reste bien des documents secrets et des zones d'ombre dans cette affaire ayant marqué des générations d'Iraniens.