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28/03/2015

Latin - Grec : dernier rempart contre le matérialisme anglo-saxon (suite)

lu sur le lien :

Les humanités sont indispensables à toute éducation démocratique

tendanceclaire.npa.free.fr/breve.php?id=12339

Par Florence Dupont (tribune dans Le Monde du 29 mars 2015)

Il faut défendre le latin et le grec, non au nom de prétendues racines communes, mais au nomd'une culture partagée, et parce que plonger les élèves dans l'Antiquité les amène à la poésie de la différence
 
Apprendre mieux pour réussir mieux  ", ce slogan qui sert de titre à la réforme du collège de 2016 n'est-il que l'erreur d'un conseiller en communication  ? Com-ment a-t-il pu échapper à la ministre que ce jeu dangereux avec la fameuse formule de Nicolas Sarkozy allait marquer cette réforme du sceau de l'utilitarisme libéral  ? Une erreur  ? Sans doute pas car, après avoir focalisé le projet de collège sur "  les savoirs fondamentaux et les com-pétences du monde actuel  ", elle ajoute  : "  Qu'il soit enfin un collège de l'épanouissement et de la citoyenneté, qui crée du commun et fasse vivre les valeurs de la République.  " Cet "  enfin  " est révélateur. Il devrait être un "  d'abord  ".

Comment, en effet, "  créer du commun et faire vivre les valeurs de la République  " en n'ajoutant pas aux trois savoirs fondamentaux une mémoire commune qui dépasse les frontières et transcende les langues, les religions et les nationalités  ? La meilleure façon de créer du commun, n'est-ce pas de faire savoir aux enfants des collèges que l'Antiquité grecque et romaine est leur héritage à tous et que la République, ne serait-ce que son nom, en est issue. Les langues et cultures de l'Antiquité ne doivent pas être une simple option, noyée entre le développement durable et la création artistique. Le grec et le latin ne sont pas solubles dans les espaces pédagogiques interactifs (EPI). On "  créera du commun  " quand tous les élèves apprendront dès la sixième qu'il y a deux mille ans, leurs ancêtres, ceux qui habitaient l'actuelle Europe comme ceux des autres rives de la Méditerranée, appartenaient à la même res publica, qu'ils avaient deux langues – le grec et le latin – et une culture commune, qu'ils vivaient en paix tout en étant différents.

Un facteur d'intégration

Augustin s'adressait à Dieu en latin, lisait le grec et bavardait avec sa nourrice en libyque. Quant aux autres, dont les familles viennent d'Extrême-Orient ou d'Afrique subsaharienne, rien ne les empêche de s'emparer d'une Antiquité qui n'est la propriété de personne  : les Grecs et les Romains ne sont pas nos origines, ils ne nous ressemblent pas. C'est pourquoi ils peuvent offrir aux collégiens un imaginaire qui les emmène ailleurs, dans un espace pacifié, trop loin, trop différent pour être agité par les passions identitaires contemporaines. La connaissance de l'Antiquité et des langues anciennes serait un puissant facteur d'intégration si elle était diffusée à tous. Enseignez le grec en ZEP et vous aurez la chance que vos élèves, un de mes collègues l'a vécu, fassent des tags en grec ancien.

Le luxe paie. Mme Najat Vallaud-Belkacem a-t-elle oublié, en devenant ministre de l'éducation nationale, que ses ancêtres, comme les miens, parlaient latin sur le forum de leur cité de province  ? Et peut-être chantaient-ils en grec au banquet dans des jardins ornés de mosaïques célébrant la même culture gréco-romaine. Un grand nombre de ces mosaïques sont en Tunisie, au Musée du Bardo, attaqué il y a quelques jours par les terroristes de l'Etat islamique. La plus fameuse est celle où le poète Virgile est assis entre les muses de l'histoire et de la tragédie. Il tient sur ses genoux un rouleau de papyrus, où l'on peut lire le 8e vers de L'Enéide. Combien seront capables de comprendre cette mosaïque, parmi ceux qui seront passés par le collège réformé 2016  ? Quelques-uns, encore moins nombreux qu'aujourd'hui  : "  Virgile, connais pas.  " La réforme proposée par la ministre ne doit pas priver nos enfants de la mosaïque de Sousse et ne doit pas faire le jeu des barbares qui détruisent l'art préislamique et attaquent les musées.

A qui profite l'ignorance de l'Antiquité, sinon aux intégristes religieux et aux fanatiques de l'identité ethnique  ? A ceux qui pré-tendent qu'il y a toujours eu et donc qu'il y aura toujours des "  Gaulois  " et des "  Arabes  ", des "  Blancs  " et des "  Noirs  ", des "  Aryens  " et des "  Sémites  ". A ceux qui confondent allègrement langue, religion, culture et pays d'origine et alimentent un communautarisme imaginaire qui remonterait à la nuit des temps. Quelle meilleure façon de lutter contre les intégrismes et les communautarismes, contre l'homophobie, le sexisme ou le -racisme, que d'emmener les collégiens faire un tour dans l'Antiquité  ? Ils y apprendront qu'il y a d'autres religions que les trois monothéismes. Ils visiteront un monde où les langues, les cultures, les références ethniques, les dieux se superposent et s'ajoutent. Ils rencontreront d'autres types d'humanité, d'autres mœurs, d'autres façons d'être une femme ou d'être un homme. Et ils verront concrètement que le genre n'est pas une fantaisie d'intellectuel. Ils constateront que les sociétés changent sans cesse et que ce qu'ils croyaient inscrits dans la nature humaine de toute éternité sont des constructions historiques et instables.

Il ne s'agit pas de défendre le collège d'hier contre la réforme car, en ce domaine, celle-ci ne fait que continuer l'œuvre des prédécesseurs de la ministre. Réformer consisterait à tourner le dos à plus d'un siècle de politique scolaire qui a réservé les langues anciennes et leurs littératures à un public de plus en plus étroit. Beaucoup accusent les langues anciennes d'être élitistes. C'est prendre l'effet pour la cause. Le collège unique était une belle idée démocratique, mais qui consista souvent à retirer aux uns ce qu'on ne donnait pas aux autres. La République a toujours eu du mal avec les Humanités anciennes, qu'elle n'a jamais accepté de démocratiser. Virgile pour tous n'était pas dans ses programmes. Faisons mentir Tocqueville, qui écrivait dans De la démocratie en Amérique  : "  Il est évident que, dans les sociétés démocratiques, l'intérêt des individus, aussi bien que la sûreté de l'Etat, exige que l'éducation du plus grand nombre soit scientifique, commerciale et industrielle plutôt que littéraire.  "

Par Florence Dupont

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sur le même sujet :
 
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26/03/2015

Latin - Grec : dernier rempart contre le matérialisme anglo-saxon

lu sur :

Coignard : contre la bêtisela révolte des latinistes - Le Point

www.lepoint.fr/...coignard/coignard-contre-la-betise-la-revolte-des-latinistes- 26-03-2015-1915967_2134.php

Le Point - Publié le 26/03/2015 à 07:16 - Modifié le 26/03/2015 à 07:29

Le travail de sape contre l'enseignement du latin et du grec a commencé il y a longtemps. Najat Vallaud-Belkacem a voulu donner le coup de grâce. 

Même Xavier Darcos, agrégé de lettres classiques, n'a pas renversé le mouvement quand il était Rue de Grenelle. Depuis des années, les professeurs doivent se battre pour ne pas voir fermer les classes de latin, pourtant proposé en initiation à tous les collégiens en classe de cinquième. C'est là le résultat d'une logique comptable. Quand ils reçoivent la dotation horaire globale qui leur sert de viatique, les chefs d'établissement doivent toujours faire des économies pour rentrer dans leur budget. Puisqu'il faut opérer des coupes, le latin, discipline optionnelle, est le premier à trinquer. À cela s'ajoutent, chez certains d'entre eux, des oeillères idéologiques, qui leur font considérer l'enseignement du latin comme réactionnaire, passéiste, élitiste et, pire que tout, ennuyeux...

C'est donc avec allégresse que tous ceux-là rayent le latin de la liste de leurs enseignements. Un réflexe particulièrement stupide. Comme l'explique Blanche Lochmann, présidente de la Société des agrégés et professeur de lettres classiques, "le latin est une matière très égalitaire, puisque tous commencent au même niveau, sans que les familles puissent être d'une aide particulière". En tout cas, dans des centaines de collèges et de lycées, ce sont les enseignants qui doivent convaincre les élèves de choisir cette matière afin de faire rouvrir des classes. Résultat : moins de 5 % des lycéens français pratiquent encore le latin. Ils sont 1,5 % aux États-Unis et... 40 % en Italie. Quel modèle la France préfère-t-elle ? Comment prétendre mettre l'accent sur la maîtrise de la langue tout en supprimant le latin, sa matrice originelle ? 

Des pétitions contre la ministre ! 

L'hécatombe, donc, était en bonne voie quand Vincent Peillon y a apporté sa pierre. Il a décidé, en 2013, de supprimer le capes de lettres classiques, qui comportait parmi ses épreuves des versions grecque et latine à l'écrit ainsi qu'une explication de texte à l'oral. À la place, il a institué une simple option dans le capes de lettres modernes, au même titre que "français langue étrangère", théâtre ou encore cinéma... L'épreuve de latin (ou de grec) intervient uniquement à l'oral et consiste en la préparation d'une séquence d'enseignement. "Le capes ne vérifie donc plus le niveau des candidats en grec et en latin", déplore Romain Vignest, président de l'Association des professeurs de lettres. Puisqu'il n'y a plus de professeurs pour l'enseigner, tout était prêt pour passer à la vitesse supérieure. Najat Vallaud-Belkacem s'y est employée. Dans sa réforme du collège, elle prévoit de supprimer le latin et le grec en tant que disciplines pour les intégrer dans les très fumeux "enseignements pratiques interdisciplinaires" (EPI), au même titre que la construction d'une éolienne en papier mâché ou d'une écluse miniature ! Croyant amadouer parents, étudiants et professeurs, elle a décidé que ces deux langues anciennes bénéficieraient du double de la grille horaire des autres EPI. Trop aimable ! 

Un message d'espoir toutefois : avec cette dernière provocation qu'est la suppression pure et simple du latin, la ministre a déclenché une vaste levée de boucliers. Elle est déjà en train de lâcher du lest alors que plusieurs pétitions circulent sur Internet et rencontrent un franc succès. Son cabinet recevra une délégation des premiers signataires mardi 31 mars. Il devra présenter autre chose que des concessions lâchées du bout des lèvres, comme le rétablissement de deux heures sur les trois supprimées dans les grilles hebdomadaires. Le latin au rabais, en quelque sorte... 

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sur le même sujet :

Une pétition lancée pour sauvez l'enseignement du latin au collège
Actualitté.com - 
Face à cette situation, Avenir latin grec a lancé une pétition, avec une lettre 
adressée à la ministre de l'Education nationale appelant à dire ...
Réforme du collège : non à la fin des langues anciennes

Le Club de Mediapart -

Une pétition lancée pour sauver l'enseignement du latin au collège ...

https://savoir.actualitte.com/.../une-petition-lancee-pour-sauver-l- enseignement-du-latin-au-college
 

12/10/2013

Le harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur est un phénomène connu

... et occulté !

lu sur :

http://www.lemonde.fr/enseignement-superieur/article/2013/10/12/a-la-fac-briser-l-impunite-du-harcelement-sexuel_3494665_1473692.html

A la fac, briser l'impunité du harcèlement sexuel

LE MONDE | 12.10.2013 à 10h08 • Mis à jour le 12.10.2013 à 11h29 |Par Nathalie Brafman

Appelons-la Juliette. Cette jeune femme est l'une des rares à avoir accepté detémoigner et il fallait respecter plusieurs conditions : bien sûr ne pas mentionnerson nom, ni même son prénom, ne pas faire état de ses études, ni de l'université où elle les a menées.

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"Lorsque j'ai passé mon master, mes relations avec mon directeur de mémoire se sont progressivement dégradées. Au début, elles étaient plutôt cordiales, même sympathiques. Et puis au fil des mois, il s'est mis à me poser des questions intimes, me disait que je serais plus jolie si je mettais des décolletés. Il me faisait la bise et une fois s'est approché trop près de mes lèvres, se souvient-elle. J'en ai parlé à mes parents et j'ai envoyé des signaux extrêmement fermes, quitte à avoirde mauvaises appréciations." Ce professeur était réputé pour ces agissements. L'administration a fermé les yeux.

Quand on évoque le harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur, on se heurte à deux obstacles. D'abord le tabou, ensuite l'impunité, accrue par des procédures d'instruction, de jugement et de sanction propres à l'enseignement supérieur qui compliquent la reconnaissance des faits et la condamnation des auteurs. Le Centre d'enseignement, de documentation et de recherche pour les études féministes (Cedref) organisait, le 11 octobre, une journée d'étude sur le sujet à l'université Paris-Diderot.

Le rapport spécifique qui se noue entre enseignants et étudiants distingue les cas de harcèlement à l'université de ceux qui peuvent survenir dans des entreprisesou des administrations. "Il y a une relation caractéristique entre un mandarin, dont la position est incontestable et incontestée dans son université, et une doctorante ou une élève en master, faite de complicité et de séduction intellectuelle", dit-on au ministère de l'enseignement supérieur.

"DUO À RISQUE"

A cette proximité intellectuelle, s'ajoutent des rencontres dans des cafés pourparler de l'avancée des travaux de recherche, faute d'espaces personnels dans les universités. Pour certains professeurs, il faudrait peut-être interdire cette pratique. D'autres balaient cette considération d'un revers de main, estimant que la vraie question est : existe-t-il ou non une ambiguïté dans la relation ?

Vincent Berger, président de l'université Paris-Diderot, est radical : "Le duo étudiant-professeur est un duo à risque. A l'intimité intellectuelle s'ajoutent les conditions psychiques d'une emprise intellectuelle du professeur, qui est le sachant, ce qui le met en position d'hégémonie intellectuelle." Le doctorant dépend entièrement de son directeur de thèse pour obtenir une bourse, un poste d'attaché d'enseignement, "et cette dépendance peut durer très longtemps".

Le harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur est un phénomène connu ; les établissements semblent pourtant l'ignorer, au prétexte du postulat, communément admis, que ce genre de pratiques ne peut pas exister. D'un côté, personne ne peut imaginer qu'un enseignant chargé de transmettre les savoirs, reconnu par ses pairs, puisse se livrer à des comportements répréhensibles. De l'autre, comment des femmes (principales victimes de ces agissements) engagées dans des études supérieures, au fait de leurs droits, peuvent-elles selaisser faire ?

Le sujet a émergé en 2002 avec la création par de jeunes doctorantes du Clasches – Collectif de lutte antisexiste contre le harcèlement sexuel dans l'enseignement supérieur. Dix ans plus tard, en novembre 2012, une circulaire du ministère appelle l'attention des responsables d'établissements sur les mesures de prévention et les dispositions à mettre en œuvre lorsqu'ils ont connaissance de faits relevant du harcèlement sexuel. Peu d'universités ont pris des initiatives.

"INJONCTIONS À ÊTRE SEXY"

Or les faits sont là. "Violences verbales, commentaires sur la vie privée, remarques sur le corps, injonctions à être sexy (...), propositions sexuelles voilées ou explicites", résume l'Association nationale des études féministes (ANEF) dans un Livre blanc, Le Genre dans l'enseignement supérieur et la recherche (éditions La Dispute, à paraître).

Mais en l'absence d'enquêtes quantitatives, difficile d'appréhender l'ampleur du phénomène. "Il n'y a pas de décomptes des plaintes déposées auprès des présidents d'université, pas de décomptes non plus des procédures lancées et encore moins des sanctions", indique Christelle Hamel, chargée de recherche à l'Institut national des études démographiques dans l'unité sur le genre.

"Par peur des représailles – risque de non-publication d'une thèse, menace de ralentissement de la carrière professionnelle, lenteur pour faire une demande de renouvellement de visa pour les étudiantes étrangères –, une sorte d'omerta s'installe au profit des harceleurs", selon Clara, membre du Clasches.

Le risque est d'autant plus grand pour les victimes que les procédures internes à l'université restent inéquitables. Il est impossible pour la victime de saisirdirectement la section disciplinaire universitaire. "Sa requête doit être déposée auprès du président qui lui seul peut décider de la convocation de la section disciplinaire. Il y a là un filtre dans la réception des plaintes que les salariés du privé n'ont pas à affronter", s'indigne Sylvie Cromer, sociologue à l'université de Lille-II et présidente de l'ANEF.

LE HARCELEUR PRÉSUMÉ JUGÉ PAR SES PAIRS

Autre incongruité : le harceleur présumé n'est jugé que par ses pairs, ses collègues de travail. Dans ce petit monde où tous se connaissent, difficile degarantir la neutralité et l'impartialité. Plus grave, l'instruction et le jugement ne sont pas dissociés. "Ceux qui instruisent le dossier, qui procèdent à l'enquête, sont aussi ceux qui jugent", poursuit Sylvie Cromer.

Enfin, en cas de sanction, seul le mis en cause peut faire appel de la décision auprès du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (Cneser). La victime n'en a pas la possibilité. Et cette instance ne peut pasdécider d'une sanction plus élevée que celle déjà prononcée.

Un début de réforme se profile. Lors du vote au Sénat de la loi "Egalité femmes-hommes", un amendement porté par Françoise Laborde (PRG, Haute-Garonne) a été adopté. Il prévoit qu'en cas de suspicion légitime sur l'impartialité de la section disciplinaire, la victime puisse demander le dépaysement de l'affaire dans un autre établissement. Le décret d'application pour définir une méthode simple de cette nouvelle procédure est en cours d'écriture au ministère de l'enseignement supérieur.

Lire aussi l'entretien avec la maître de conférences Nathalie Coulon (abonnés) : "Il faut du courage pour faire remonter les faits de harcèlement sexuel"

"Il faut du courage pour faire remonter les faits de harcèlement sexuel à l'université".pdf

19/03/2012

La RGPP : bilan

à lire sur MEDIAPART :

La Une
Joigny, «ville-martyre» de la RGPP, se cherche un avenir
PAR MATHIEU MAGNAUDEIX

C'est une des villes de France les plus touchées par la restructuration des services publics, la fameuse RGPP. En quelques années, Joigny, 10 000 habitants dans l'Yonne, a vu partir l'armée et ses deux tribunaux après la chirurgie et la maternité. Près de 500 emplois auraient disparu. La crise aussi a fait des ravages. Joigny tente de rebondir. Avec les moyens du bord.

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Réforme de l'Etat: préparé en catimini, l'acte II doit attaquer «l'os»
PAR LUCIE DELAPORTE

Alors que la Révision générale des politiques publiques (la RGPP et son fameux non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux) n'a pas empêché l'explosion du déficit public, certains à Bercy planchent sur une étape nettement plus radicale de la modernisation de l'Etat. En toute discrétion, conformément à la méthode suivie depuis cinq ans.

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Le conflit d'intérêts se loge au cœur de la réforme de l'Etat
PAR LUCIE DELAPORTE

À Bercy, les responsables du pilotage de la RGPP (réforme de l'Etat) sont en grande majorité issus de cabinets de conseils privés. Or ces cabinets sont aussi les premiers prestataires de l'État pour mener à bien la réforme. Un conflit d'intérêts patent qui n'a que peu mobilisé la Commission de déontologie. La RGPP ou le mélange des genres : c'est le deuxième volet de notre enquête.

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Réforme de l'Etat: «On n’est pas chez Toyota»
PAR LUCIE DELAPORTE

La Révision générale des politiques publiques, qui a entraîné la suppression de 150.000 postes de fonctionnaires en cinq ans, s’est appuyé sur une nouvelle méthode de management issue de l’industrie automobile japonaise. Enquête sur la fonction publique à l’heure du “lean (amaigrissement) management”: c'est le troisième volet de notre plongée dans la réforme de l'Etat.

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Réforme de l'Etat: un bilan financier totalement surévalué
PAR LUCIE DELAPORTE

La Révision générale des politiques publiques a provoqué des chocs violents dans la fonction publique. A-t-elle permis des économies et allégé le budget de l'Etat ? Oui, affirme le gouvernement, qui parle de 15 milliards d'euros d'économies ! Non, répondent des hauts fonctionnaires, qui évoquent le chiffre de zéro... Le détail des économies en trompe-l'œil : c'est le quatrième volet de notre plongée dans la réforme de l'Etat.

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18/03/2012

Enseignement supérieur et Recherche en France

lu sur :

http://www.liberation.fr/politiques/01012395521-universit...

Universités : les mensonges de Sarkozy

13/3/2012

Par THOMAS PIKETTY directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie de Paris.

Au palmarès des mensonges les plus éhontés du quinquennat qui s’achève, l’enseignement supérieur et la recherche occupent une place à part. «Priorité des priorités», «grande cause nationale», «effort financier sans précédent» : les superlatifs n’ont pas manqué pour expliquer au pays et convaincre les médias que le pouvoir en place avait fait de l’investissement dans le capital humain un axe central de sa politique. Pourtant les universitaires n’ont cessé de manifester, et s’apprêtent selon toute vraisemblance à voter massivement pour l’alternance. Alors, qui a raison ? Les enseignants-chercheurs sont-ils d’irréductibles gauchistes, des ingrats incapables de reconnaître quand la droite mène enfin une action positive et leur accorde des moyens supplémentaires ? Ou bien Sarkozy a-t-il de nouveau menti avec un tel aplomb que beaucoup d’observateurs s’y sont laissé prendre ? La vérité oblige à dire que nous sommes une fois de plus dans ce second cas de figure, celui du président affabulateur.

Reprenons le fil des lois de finances et des documents budgétaires. En 2012, le budget total de la recherche et de l’enseignement supérieur sera de 25,4 milliards d’euros (soit un peu plus de 1,2% du PIB). Sur ce total, la moitié ira aux formations supérieures et à la recherche universitaire (12,5 milliards d’euros). Cette somme représente la totalité des moyens allant aux universités et aux diverses écoles et instituts, quel que soit leur ministère de rattachement. L’autre moitié ira aux aides étudiantes (2,2 milliards) et aux divers organismes de recherches : CNRS, ANR, Inra, Inserm, mais aussi recherche spatiale, nucléaire, etc. (10,7 milliards).

En 2007, la répartition globale était très proche, et le budget total de la recherche et de l’enseignement supérieur atteignait 21,3 milliards d’euros, dont 10,7 milliards pour les formations supérieures et la recherche universitaire. Sur cinq ans, la progression est donc de 19,2% pour le total, et de 16,8% pour la part concernant les universités et écoles. Il faut bien sûr retrancher l’inflation, qui entre janvier 2007 et janvier 2012 s’élève à 9,7%. La croissance réelle atteint alors péniblement 7%-8% sur cinq ans, soit à peine plus de 1% par an. On peut se consoler en notant que c’est légèrement mieux que la croissance du PIB sur la même période. Mais si l’on ajoute à cela que le nombre d’étudiants a lui-même progressé d’environ 5% (passant de 2,2 à 2,3 millions), alors la conclusion est claire. Au cours du quinquennat 2007-2012, malgré les discours, l’investissement dans le capital humain a presque stagné en France. Les rares moyens nouveaux ayant en outre été concentrés sur quelques pôles et au travers d’appels d’offres de plus en plus complexes et bureaucratiques (l’inflation sur le nombre de sigles a largement dépassé celle des budgets : Pres, Labex, Idex, Equipex…), avec au passage la création de structures gigantesques et sans doute ingouvernables (les Idex parisiens atteignent les 100 000-150 000 étudiants chacun, quand Harvard, MIT, Stanford en alignent moins de 40 000. S’imagine-t-on vraiment que cela nous permettra de monter trois fois plus haut dans les classements ?), pas étonnant que les budgets de base aient quant à eux franchement baissé. Pas étonnant non plus que les universitaires, qui a priori savent compter et ont vu autour d’eux les baisses de crédits et les suppressions de postes, et qui souvent ont fait le choix de revenir de pays beaucoup plus rémunérateurs pour eux (ou de ne pas y partir), en aient plus qu’assez de se faire traiter d’ingrats et de nantis.

En tout état de cause, ce n’est pas avec ce type de quinquennat que nous allons rattraper notre retard sur les pays les plus avancés. En attribuant les moyens des organismes de recherches aux étudiants (ce qui est douteux), on arrive péniblement à une dépense totale de l’ordre de 10 000 euros par étudiant en France, quand les Etats-Unis dépassent les 30 000 euros. A ce rythme, il faudrait plusieurs siècles pour combler un tel fossé ! Que l’on ne s’y trompe pas : c’est grâce à cet investissement dans leurs campus que les Etats-Unis conservent leur suprématie économique et leur influence intellectuelle et culturelle, en dépit des failles de plus en plus évidentes de leur modèle politique et social hyperinégalitaire. Pour que la France trouve sa place dans le XXIe siècle, nous devons enfin faire le choix du capital humain et fixer des priorités budgétaires claires. Avec 6 milliards d’euros, on peut augmenter de 50% les moyens de toutes les universités et écoles - et cela nous préparera bien plus efficacement pour l’avenir que les 6 milliards dépensés chaque année pour subventionner les heures supplémentaires, ou bien les 6 milliards de recettes annuelles perdus en ISF et en droits de successions. Il est plus que temps que la campagne s’empare de cette question avec des engagements précis.

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07/11/2011

Des statisticiens accusent l’éducation nationale de faire de la rétention d'information

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/11/04/des-statisticiens-accusent-l-education-nationale-de-faire-de-la-retention-d-information_1599218_3224.html

Des statisticiens accusent l’éducation nationale de faire de la rétention d'information

 

Interstat, un collectif qui réunit les syndicats de l'Insee et des services de statistiques ministériels, accusent le ministère de l'éducation de faire de la rétention d'information, en ne publiant pas dans les temps leurs travaux.

Dans un communiqué (*), les statisticiens publics s'étonnent de voir que huit de leurs publications n'ont été ni publiées, ni mises à disposition du public sur le site Internet du ministère. Selon eux, des études annuelles, traitant par exemple du nombre d'élèves par classe ou de la réussite aux examens, sont mises en réserve par les services de Luc Chatel.

Pas tant par volonté de censure mais pour mieux contrôler sa communication : "des publications validées et prêtes à être diffusées sont retenues en attendant une éventuelle communication du ministre sur le sujet", dénoncent ainsi les chercheurs.

LES STATISTIQUES PUBLIQUES NE SONT PLUS INDÉPENDANTES

Plus grave, les statistiques présentées seraient faussées. Interstat accuse Luc Chatel de "s'enorgueillir, lors de sa conférence de presse de rentrée [le 1er septembre], d'améliorer les compétences des élèves malgré la hausse du nombre d'élèves et la baisse du nombre d'enseignants". Seulement, les données sur lesquelles se base ce propos sont "sujettes à caution".

En cause, la réorganisation des services de statistiques publiques. Les chercheurs affirment que les données utilisées par le ministère de l'éducation ne sont plus produites par un organisme "indépendant du pouvoir" mais par la direction pédagogique du ministère, qui publierait des résultats faussés. "La publication des résultats moins flatteurs d'opérations conduites en parallèle par la DEPP [direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance, un service public de statistiques] n'est pas autorisée, ce qui est plus inquiétant encore", souligne le communiqué.

Au-delà de la défense de leur mission de service public, les statisticiens estiment que cette situation fausse le débat sur le destin de l'éducation nationale. "Les citoyens doivent pouvoir s'informer en toute indépendance et ne pas être tributaires de la propagande, quelle que soit son origine", concluent-ils.

Joint par le Monde.fr, le ministère de l'éducation n'a pas souhaité réagir.

(*) tract interstat depp 2 nov 2011_def.pdf


05/10/2011

L'école française a-t-elle tué le plaisir d’apprendre ?

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/05/l-ecole-francaise-a-t-elle-tue-le-plaisir-d-apprendre_1582351_3224.html#ens_id=1267513

L'école française a-t-elle tué le plaisir d’apprendre ?

 Le Monde | 05.10.11 | 12h03

Les enfants peuvent-ils prendre du plaisir à l'école ? En France, contrairement à l'idée reçue, la notion n'est pas absente des textes officiels. Ou pas totalement. Si Jules Ferry conseillait à l'origine de "rendre l'école aimable et le travail attrayant", une école austère s'est imposée au fil du temps. "L'école n'a pas voulu, d'emblée, tuer l'idée qu'il pouvait y avoir du plaisir à apprendre", rappelle le sociologue François Dubet.

"Plaisir et ennui à l'école"… En consacrant à ce sujet leur numéro de rentrée, les animateurs de la Revue internationale d'éducation de Sèvres, lue dans vingt-cinq pays, ne s'attendaient pas à susciter un tel intérêt. "Les contributions ont afflué de partout, des Etats-Unis, de Norvège, du Sénégal, d'Inde, du Brésil… mêlant les regards de professeurs, de chercheurs, d'historiens, d'écrivains", se réjouit Alain Bouvier, rédacteur en chef de cette publication, et membre du Haut Conseil de l'éducation.

C'est que le thème réveille, chez chacun, ses propres souvenirs d'écolier – "souriants ou amers, uniformes ou divers, toujours vifs après les années", écrit la philosophe Laurence Cornu-Bernot en préface du dossier. C'est qu'il révèle, aussi, une quête de sens de l'école, un peu partout dans le monde.

PLAISIR ET JEU S'EFFACENT AU COLLÈGE

En France, le resserrement autour de la notion d'autorité s'est accéléré après Mai 68. La tonalité générale des programmes et instructions est plutôt fondée sur la rigueur, le travail, l'attention. Le plaisir et le jeu, reconnus dans les textes en maternelle, s'amenuisent à l'école élémentaire, pour s'effacer pratiquement au collège, "lieu où le lien enseignant-élève se dissout", regrette François Dubet.
"Les collégiens s'ennuient de plus en plus", confirme Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire de l'éducation nationale. "Ils ne comprennent pas le sens des apprentissages, ne parviennent pas à mettre en relation les savoirs scolaires avec ceux qu'ils acquièrent ailleurs, autrement, ils viennent consommer du cours… Toutes les conditions sont réunies pour détruire le plaisir d'apprendre", déplore-t-il.

L'enseignant français "n'est pas formé pour transmettre du plaisir", estime le sociologue Pierre Merle. Pour lui, "si un professeur est prêt à se mettre en quatre pour intéresser ses élèves, il lui est difficile de rivaliser avec le plaisir immédiat que confèrent aujourd'hui la télévision ou Internet. La culture du zapping ne profite pas à l'école." L'idée que l'apprentissage n'est pas une partie de plaisir demeure très répandue – "peut-être une sorte d'héritage judéo-chrétien", suggère M. Merle. La rhétorique de l'effort s'impose encore dans toutes les bouches : on "travaille" à l'école, on fait ses "devoirs"… Les petits Anglais, eux, confient volontiers aller à l'école "pour s'amuser".

PERTE DE CONFIANCE

Le bien-être à l'école est-il réservé à une poignée de privilégiés fréquentant les écoles "nouvelles""ouvertes", Montessori, Steiner… essentiellement privées ? Sur les bancs de l'école publique, trop souvent, le malaise l'emporte, le stress, la peur d'échouer. En 2010, 73,3 % des 760 enfants interrogés par l'Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) affirmaient "aimer peu, voire pas du tout aller à l'école ou au collège". Ils étaient 23,7 % à dire s'y ennuyer souvent, voire tout le temps ; 52,8 % reconnaissaient y avoir subi des violences et seulement 9,6 % confessaient s'y sentir à l'aise. En 2011, 42 % des 600 familles interrogés se sont dites inquiètes de la réussite scolaire de leurs enfants.

La perte de confiance en soi et en l'institution, alimentée par la course aux diplômes, l'usage de la notation et du redoublement, le recours de plus en plus immodéré à l'évaluation, semblent être une spécificité nationale. Aux tests PISA, qui comparent les résultats des élèves de 15 ans dans les pays de l'OCDE, la France ne brille guère. "Les élèves sont inquiets en cours, mais aussi lors des devoirs à la maison", souligne Eric Charbonnier, analyste de l'OCDE. "Les résultats de PISA 2009 ont montré que ceux qui prennent du plaisir à lire, et qui sont motivés, sont aussi ceux qui s'en sortent mieux aux épreuves de compréhension de l'écrit, explique-t-il. Dommage que la peur d'échouer fasse perdre une partie du bénéfice engendré !"

Si l'on s'accorde à reconnaître les vertus du plaisir à l'école, peut-on espérer un changement, officiel, de cap ? Les premières propositions faites par les candidats engagés dans la campagne présidentielle laissent sceptique. "La réforme de l'école est abordée de manière quantitative, pas qualitative", regrette Pierre Frackowiak. "Pas sûr que rajouter des postes d'enseignants suffise à donner du sens à l'école."

Ce pourrait être, néanmoins, une première étape.

Mattea Battaglia

07/09/2011

Base élève ? Lettre ouverte à M. Chatel, ministre de l'éducation nationale

communiqué :

Rentrée morale dans le Loir-et-Cher ? Étude de cas à Bauzy 
Lettre ouverte à M. Chatel, ministre de l'éducation nationale 

Monsieur le ministre, 
Aujourd'hui, notre collègue Philippe Wain fait sa rentrée dans l'école de Meusnes, après avoir pendant cinq ans été l'enseignant chargé d'école de la petite classe unique de Bauzy. Quoi de mieux que de changer de lieu ! 

Sauf que pour un titulaire, une nouvelle affectation ne peut être que volontaire, voire disciplinaire, mais en aucun cas arbitraire. 

Or, c'est au mépris de tout texte réglementaire que l'inspectrice d'académie du Loir-et-Cher, Mme Picot-Grandjean a déplacé d'office cet enseignant par ailleurs apprécié de tous, et dont le professionnalisme est largement reconnu. 

En effet, au motif que notre collègue refusait de renseigner la Base Elèves et de faire remonter les résultats des évaluations nationales, Mme Picot-Grandjean lui a d'abord indiqué qu'elle lui retirait la fonction de directeur d'école, fonction qu'il n'a pas. Elle a alors procédé à l'artifice d'une mutation "pour intérêt de service", masquant ainsi la réalité d'un déplacement d'office pour raisons disciplinaires. 

Or, le déplacement d'office est la sanction la plus élevée des sanctions de catégorie 2, elle ne peut être confondue avec une mutation pour intérêt de service. Elle ne peut être prononcée hors de la procédure réglementaire prévue par les textes : aucune commission disciplinaire n'a été convoquée. 

C'est votre gouvernement, Monsieur le ministre, qui a été interpellé, en février 2010 par le comité des droits de l'enfant de l'ONU à propos de Base-élèves. C'est votre gouvernement qui a affirmé en juillet 2010, en réponse à ce même comité que le retrait d'emploi de directeur ne peut être envisagé dès lors que l'enseignant est chargé d'école. 

Vous avez placé cette rentrée sous le signe de la morale. Vous ne pouvez donc pas vous affranchir du droit et du respect des textes. Vous devez répondre des actes de vos cadres, et votre silence sur le 
cas de M. Wain marquerait clairement votre responsabilité dans le traitement autoritariste et illégal dont il fait l'objet. 

Monsieur le ministre, nous vous demandons de tout faire pour que M. Wain réintègre son poste à l'école de Bauzy, il n'est pas trop tard. 
Nous restons vigilants sur la suite que vous donnerez à cette affaire, et déterminés à ne pas accepter de notre administration des décisions iniques et entachées d'illégalités. 

Réseau des enseignants du primaire en résistance 
5 septembre 2011

02/07/2011

Éducation Nationale ?

lu sur :

http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/marie-sandrine-sgherri/quand-l-education-ne-sera-plus-nationale-01-07-2011-1348429_301.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20110702

Le Point.fr - Publié le 01/07/2011 à 21:10 - Modifié le 01/07/2011 à 21:56

Quand l'éducation ne sera plus nationale

Deux nouvelles coup sur coup viennent accréditer l'idée que, sous son immobilisme apparent, le mammouth vit en réalité une mutation majeure, inquiétante, diront certains.

 Par Marie-Sandrine Sgherri

D'abord, il y a l'enterrement, sans fleurs ni couronnes, ni surtout faire-part, de l'éducation prioritaire. Les bonnes vieilles ZEP (zone d'éducation prioritaire), devenues RAR (réseau d'ambition réussite), s'appelleront désormais ECLAIR (École, collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite).

Simple changement de sigles ? Pas du tout, changement d'ère en réalité. Les établissements ECLAIR voient en effet leurs directeurs dotés de pouvoirs élargis : ils sont libres de recruter et d'affecter des enseignants à des fonctions qui auront été définies par le conseil d'administration et le conseil pédagogique de l'établissement. Dans le cadre ECLAIR, on est invité à innover pour sortir de l'ornière. On gagne en autonomie afin de s'adapter à la situation difficile des élèves. On objectera que cette autonomie n'est pas illimitée. Par exemple, la circulaire nationale décrivant le dispositif prévoit que soit nommé dans les établissements ECLAIR un "préfet des études". Celui-ci assure un suivi complet des élèves, non par classe, mais par niveau.

École républicaine

Se substituent-ils aux enseignants référents qui, dans feu les réseaux d'ambition réussite, impulsaient et encadraient des projets pédagogiques ? Parfois oui, parfois non. Cela dépendra de la décision locale, explique Jean-Michel Blanquer, le directeur de l'enseignement scolaire rue de Grenelle. Dans ECLAIR, chacun fait ce qui lui plaît. Il faut dire qu'ECLAIR n'est pas bien vieux : le dispositif a été annoncé il y a un peu plus d'un an lors des États généraux sur la violence à l'école. Aucune évaluation, aucun rapport n'a conclu que l'instauration d'un préfet des études a fait reculer l'échec scolaire, le décrochage ou la violence... Il est, dans ces conditions, plus prudent de laisser le chef d'établissement décider, seul, et sans indications sérieuses pour éclairer cette décision. Instaurer l'autonomie des établissements en catimini, contre l'avis des acteurs de l'éducation nationale, voire de la population qui reste attachée à l'idée d'une école républicaine, est à ce prix.

Mais les tabous volent en éclats à l'Éducation nationale. Des députés membres d'une mission d'information sur la formation initiale et les modalités de recrutement des enseignants préconisent, ni plus ni moins, la suppression des concours d'enseignement. Certes, ce n'est pas pour demain, "l'opinion publique n'étant pas prête à une transformation aussi radicale", reconnaît Jacques Grosperrin, député UMP du Doubs. Mais à titre de mesure intermédiaire, ils conseillent de commencer par l'agrégation externe. Ces mesures ne sont pas des lubies. Radicales, elles sont la traduction raisonnable d'une réforme qui a déjà eu lieu, sans débat véritable, sans égard pour les conséquences nocives qu'elle n'a pas manqué d'entraîner : la mastérisation de la formation des enseignants. Stage insuffisant, confusion de la formation à la discipline et de la formation pédagogique, absence de réflexion sur ce que doit être une formation à l'enseignement, baisse drastique du vivier de candidats en raison du rallongement des études, rien n'a été prévu ni pensé.

Stratégie locale, objectifs nationaux

Dans le cadre de cette réforme, la suppression du concours est assez logique. Elle nous aligne sur la plupart des pays voisins, où l'on apprend à être enseignant à l'université et où l'on postule une fois diplômé sur le marché du travail. C'est le cas dans les pays nordiques, ou en Grande-Bretagne. Les chefs d'établissement définissent leur stratégie locale pour atteindre des objectifs assignés au niveau national. Ils recrutent leurs professeurs, lèvent des fonds supplémentaires auprès de partenaires privés. Le tout dans un marché scolaire complètement ouvert : les parents en général sont libres, eux aussi, de choisir leur école.

Rien n'est plus opposé à l'ADN de l'école française ! Mais l'idée fait son chemin. La fin du concours serait la première pierre de cet édifice. C'est ni plus ni moins la fin de l'idée qu'on se fait en France de l'Éducation nationale. Car ce qui est en cause ici, ce n'est pas tant l'idée d'autonomie opposée au mythe d'une école identique pour tous les enfants de la République : ce mythe tient déjà largement de la grande illusion. Ce qui est scandaleux, c'est qu'une rupture si radicale intervienne sans discussion véritable, sans même que la nation en soit informée. Il est plus que temps que les termes du débat soient clairement posés, sans nostalgie ni crispation idéologique. En 2012, chiche ? 

28/03/2011

France : les services publics en question

lu sur :

Les services publics entre réforme et déclin

LE MONDE ECONOMIE | 28 mars 2011 | Anne Rodier | 1195 mots

Fermeture de classes, d'hôpitaux... Certains territoires s'estiment victimes d'une logique financière Sondage : à peine 10 % des cadres de la fonction publique pensent que les réformes améliorent le service rendu.

Les fermetures de classes, de bureaux de poste ont été un des enjeux des élections cantonales ; les protestations se sont multipliées du côté des usagers. Mais ce sont aujourd'hui les personnels-cadres qui expriment leur malaise et contestent l'efficacité des réformes liées à la modernisation de la fonction publique.

La CFDT-Cadres a publié, vendredi 25 mars, une enquête réalisée auprès des cadres des trois fonctions publiques - d'Etat, territoriale et hospitalière -, qui relate la peur de mal faire liée à la surcharge de travail, leur déresponsabilisation, et surtout l'absence de consultation dans le processus de modernisation en cours.

Seuls 9,88 % des cadres interrogés estiment que ces réformes devraient améliorer le service rendu aux usagers. "Ce qui est présenté comme une amélioration du service public se traduit en réalité par un service dégradé, plus complexe et moins accessible", alerte, de son côté, le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, dans son rapport du 21 mars.

Le deuxième baromètre de la qualité des services publics publié par Bercy le 9 mars était pourtant plutôt au beau : concernant l'école, 56 % seraient "satisfaits du délai de remplacement des professeurs en cas d'absence" et, à Pôle emploi, 56 % seraient "satisfaits du délai d'inscription depuis leur première tentative de contact". Alors, pourquoi un tel décalage avec les témoignages des usagers, qui donnent plutôt un avis de tempête et s'expriment dans la rue ?

"COMMUNICATION INSUFFISANTE"

Bercy reconnaît une "communication insuffisante de la part des administrations (...) et une méconnaissance des usagers sur la manière dont les services sont délivrés". Autrement dit, les usagers seraient mal informés et de plus en plus exigeants. Leurs attentes sont indéniablement au coeur de l'insatisfaction, voire de la colère et de l'indignation exprimées.

Mais les raisons vont bien au-delà de la méconnaissance de leurs droits au service public. L'usager a certes changé, devenant souvent plus consommateur que citoyen, mais la modernisation sur fond de restrictions budgétaires affecte progressivement le service de l'intérêt général. Les demandes des usagers ont évolué et augmenté depuis une quarantaine d'années.

Tout d'abord vis-à-vis des entreprises publiques. "Dès le début, il y a eu deux formes de relations à la chose publique ; l'une à travers une appropriation communautaire, l'autre à travers une prestation de services", explique le sociologue Gilles Jeannot, chercheur au Laboratoire techniques, territoires et sociétés (LATTS) de l'Ecole des ponts.

Au fil du XXe siècle, le service public devient progressivement une offre de services, puis un même service redevable à tous, qui s'impose dans l'entre-deux-guerres. Mais, dans les années 1970, la progression des mouvements de consommateurs remet en cause cet aspect uniforme.

Vers la fin des années 1980, des évolutions gestionnaires permettent de différencier le traitement des usagers que l'on commence alors à appeler "clients".

L'ouverture effective de la concurrence prend corps dans les années 2000. Les lois qui l'encadrent ont prévu le maintien de services à tous les foyers pour le téléphone, l'électricité ou la distribution du courrier.

Mais elles ne garantissent pas tout - par exemple, le maintien des bureaux de poste. Les dessertes ferroviaires locales ne perdurent que parce qu'elles sont subventionnées par des collectivités locales, ce qui pose la question de leur survie en période de restrictions budgétaires.

Par ailleurs, des pratiques commerciales offensives ont généré des taux de réclamations très élevés dans ces secteurs ouverts à la concurrence et contribué à ébranler la confiance des Français en ces prestataires historiques. " Les anciennes entreprises publiques perdent alors quelque 20 % de leur popularité globale auprès des usagers", estime M. Jeannot.

La prestation de services individualisée a ainsi pris le pas sur le service d'intérêt général. Dans les administrations publiques, qui ne sont pourtant pas soumises à la concurrence, les restrictions budgétaires actuelles portent aussi atteinte au service d'intérêt général.

INCOMPRÉHENSION

L'audition, au Sénat, le 2 mars, de l'Association des petites villes de France (APVF) sur les conséquences locales de la révision générale des politiques publiques (RGPP) en donne un témoignage édifiant avec la ville de Joigny (Yonne) et son intercommunalité. "Près de 530 emplois publics ont été supprimés sur notre territoire depuis 2005", affirme Nicolas Soret, président de la communauté de communes du Jovinien.

Mais ce n'est pas tant la réduction des effectifs que la concentration des pertes sur un même territoire qui pose problème. "La réforme de la carte militaire a supprimé 410 emplois. Les budgets de fonctionnement ont donc été réduits, et le départ des familles menace aujourd'hui l'école. Le départ de deux ou trois enfants peut suffire à provoquer la fermeture d'une classe ! L'assistante sociale qui était à temps plein sur l'établissement régional d'enseignement adapté travaille aujourd'hui sur quatre établissements", déplore M. Soret.

La réforme de la carte judiciaire a déjà coûté à Joigny son tribunal de commerce en 2009, renvoyant les justiciables à plus d'une demi-heure de route. "A Pôle emploi, alors que les inscriptions à l'agence de Joigny ont crû de 30 % en deux ans, les effectifs ont été diminués et doivent encore l'être en 2011. En dix ans, le commissariat a été fermé et l'hôpital a perdu sa maternité et sa chirurgie dans le cadre de la réforme de la carte hospitalière", poursuit le président de la communauté de communes.

VIOLENCES PHYSIQUES

Les personnels de la fonction publique sont ainsi confrontés à des réactions d'incompréhension, voire à des violences physiques de la part d'usagers en colère, qui perdent, chaque jour, un peu plus l'accès aux services publics.

Le diagnostic de Bercy n'est pas pour autant contredit, puisque ni l'égalité d'accès au service public ni le cumul de manque de services sur un même territoire ne sont mesurés par ses indicateurs.

Les efforts de l'Etat pour simplifier cet accès sont indéniables mais pas toujours efficaces.

Ainsi, la mise en place de guichets uniques à Pôle emploi a permis d'améliorer le délai d'inscription des demandeurs d'emploi, mais pas le traitement des dossiers et encore moins l'accompagnement des chômeurs, car les conseillers sont débordés. L'adaptation des moyens à la hausse du chômage a été faite à minima.

De même, la multiplication des portails Internet qui donnent un accès plus rapide aux administrations est perçue par les usagers comme une déshumanisation des services, indique le dernier rapport du médiateur de la République. Il y a un besoin croissant d'informations individualisées auxquelles le Web ne peut répondre de façon adéquate.

Quant aux médiateurs institutionnels qui exercent à l'éducation nationale, au ministère de l'économie, à La Poste, à EDF, etc., ils ont pour mission de faciliter le règlement des différends entre les usagers et les administrations et entreprises publiques, mais ne répondent pas aux réclamations collectives, comme les fermetures de classe par exemple, qui sont donc contestées par la voie des syndicats et des associations de parents d'élèves.

Les médiateurs jouent toutefois un rôle d'alerte. La modernisation en cours du service public tient en effet peu compte de l'impact de la crise économique sur les besoins.

La médiatrice de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, Monique Sassier, constate par exemple une hausse des réclamations concernant l'attribution des bourses. "Lorsque la bourse n'est plus un moyen d'étudier mais un moyen de vivre, tout changement a un impact sur les besoins fondamentaux", explique-t-elle.

Mais les usagers seraient sans doute plus faciles à satisfaire si les personnels de la fonction publique étaient réellement associés aux réformes.

Les réclamations faites auprès des médiateurs, ainsi que l'enquête de la CFDT, démontrent le manque de concertation dans la mise en place des réformes. "Les cadres sont peu ou pas consultés, sauf de manière factuelle par des réunions "descendantes" et ponctuelles", rapporte la CFDT-Cadres de la fonction publique. Une faille dans la gouvernance qui pourrait être fatale au succès de la modernisation des services publics !

Anne Rodier

A lire sur ce sujet

Dans "Le Monde Economie", dans l'édition Abonnés du Monde.fr ou dans Le Monde daté mardi 29 mars:

Seuls 13% des cadres fonctionnaires disent avoir été consultés sur les réformes, par Michel Delberghe.

Entretien avec Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS: "la fonction publique ne se réforme pas comme une entreprise privée", propos recueillis par Anne Rodier.

Questions-réponses: les objectifs de la "charte Marianne" et la Révision générale des politiques publiques (RGPP).

A Thionville, des habitants se mobilisent contre les fermetures de classes, par Nicolas Bastuck.

A lire aussi sur Lemonde.fr:

Dans la Creuse, la réduction des effectifs publics fait craindre un "effet domino" sur l'emploi, par Georges Châtain et Hélène Pommier.

21/03/2011

Grand emprunt: le Snesup-FSU dénonce le recours aux cabinets de conseil

lu sur :

http://www.lemonde.fr/depeches/2011/03/21/grand-emprunt-le-snesup-fsu-denonce-le-recours-aux-cabinets-de-conseil_3244_108_44622356.html

Grand emprunt: le Snesup-FSU dénonce le recours aux cabinets de conseil 

AFP | 21.03.11 | 16h51

  • 21/03

 

Le Snesup-FSU (premier syndicat dans l'enseignement supérieur) a dénoncé les "dizaines de milliers d'euros" dépensés par les universités en faveur des cabinets de conseil afin de constituer des candidatures aux appels d'offre du grand emprunt, dans un communiqué lundi.

Le syndicat estime qu'il s'agit d'un "gaspillage indécent initié par le gouvernement".

Depuis deux ans, dans le cadre du "plan Campus" de rénovation immobilière ou, plus récemment du grand emprunt, dont le secteur de l'enseignement supérieur se taille une part de lion, de nombreux appels d'offres ont été lancés par le gouvernement auprès des universités ou des établissements d'enseignement supérieur (parfois regroupés en différentes structures).

"Lurgence que le gouvernement a imposée aux établissements, en faisant travailler dans la précipitation la communauté universitaire déjà surchargée, les a encouragés - avec lappui du ministère (de l'enseignement supérieur, ndlr) - à faire appel aux services dofficines privées", dit le Snesup.

Ces cabinets de conseil, dont certains sont cités par le syndicat, "ont englouti des sommes faramineuses", ajoute-t-il.

Le coût d'un dossier pour répondre à l'appel d'offre d'un projet de recherche dit "laboratoire d'excellence" (grand emprunt) était de 25.000 euros, affirme-t-il, disant se baser sur le bulletin officiel des annonces des marchés publics.

Ainsi, "les exécutifs +resserrés+ des regroupements détablissements (...) candidats aux Initiatives d'excellence (grand emprunt, ndlr) ont organisé le détournement, à léchelle du pays, de plusieurs dizaines de millions deuros qui auraient dû être dévolus aux missions denseignement et de recherche du service public", estime le Snesup.

kp/caz/DS

11/12/2010

Appel national pour l'Ecole publique

communiqué:

http://www.appelpourlecolepublique.fr/

Grâce à vous, l'Appel national pour l'Ecole publique a finalement réuni plus de 302 000 pétitionnaires. Les organisations nationales signataires ont décidé d’adresser une lettre ouverte au  Président de la République, au  Premier Ministre, au  Ministre de l’Education Nationale, aux présidents des groupes parlementaires,  aux présidents des Conseils Régionaux et Généraux, ainsi qu’aux responsables des Partis politiques.

Forts de cette action qui est la plus importante pétition de défense et de promotion de l’Ecole Publique depuis 30 ans, nous exigeons que ces responsables politiques s’engagent eux aussi pour l’Ecole de la République.

Nous vous invitons à diffuser la lettre ouverte que vous trouverez ici : http://www.appelpourlecolepublique.fr/Lettre_ouverte_des_...  en l’adressant à vos élus locaux.

Cette campagne d’opinion nous a permis de rencontrer des centaines de milliers de citoyens et sensibiliser des milliers d’élus. Elle a été menée en deux temps : D’abord, de  fin janvier au 19 juin (pour se rappeler du refus la loi Debré avec le serment de Vincennes de 1960), puis, du 9 septembre au 9 décembre, jour anniversaire du vote de la loi de 1905 qui définit la laïcité de notre pays.  Ces deux dates symboliques permettent de garder en mémoire les combats qui ont permis d’installer la liberté de conscience et l’Ecole de la République.

Mais notre action n’est pas commémorative, elle est une invitation à faire du service public laïque et gratuit d’éducation, une priorité pour l’avenir.

Nous vous remercions, une nouvelle fois, pour votre engagement.

09/11/2009

Révolte dans l'enseignement public

lu sur :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/11/09/enseignement-la-mutinerie-des-hussards_1264708_3224.html#ens_id=1229424
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Enquête
La mutinerie des hussards
LE MONDE | 09.11.09 | 14h59  •  Mis à jour le 09.11.09 | 14h59


ujourd'hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d'obéir." Le 6 novembre 2008, Alain Refalo, professeur des écoles à Colomiers, dans la banlieue toulousaine, débute ainsi la lettre qu'il envoie à son inspecteur d'académie. Il est bientôt imité par de nombreux collègues un peu partout en France. Chez les hussards noirs, ces instituteurs chers à Charles Péguy, il y a de la mutinerie dans l'air ! Ils sont 2 835 professeurs des écoles à refuser les réformes les plus récentes du primaire. Un mouvement de protestation comme l'éducation nationale les affectionne ? Pas si simple. Les "désobéisseurs", comme ils se qualifient eux-mêmes, se démarquent des formes classiques de contestation.

 

Menée en dehors des syndicats, la démarche est atypique. Alain Refalo, militant depuis vingt-cinq ans au Mouvement pour une alternative non violente, et objecteur de conscience à l'époque où le service militaire était encore obligatoire, se réfère au philosophe et poète américain Henry David Thoreau, antiesclavagiste dont la théorie de la désobéissance civile a influencé Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King. En exergue, sur son blog, une citation de Georges Bernanos, "Il faut beaucoup d'indisciplinés pour faire un peuple libre", donne le "la". Sur le site du mouvement, une citation d'André Gide annonce la couleur : "Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis."

 

Deux mille huit cent trente-cinq réfractaires, c'est peu, au regard des 367 900 enseignants du premier degré. C'est beaucoup, pour un mouvement qui ne comporte aucune revendication catégorielle mais se cristallise sur la seule relation de l'enseignant à l'élève, et fait courir de vrais risques à ceux qui le suivent. Tous se regroupent autour de trois refus. Celui d'appliquer les nouveaux programmes de 2008, vécus comme un retour à des méthodes directives où les savoirs comptent bien plus que la manière de les transmettre. Celui, pour les directeurs d'école, de refuser de transmettre les données chiffrées de base élèves, un dispositif statistique jugé attentatoire à la vie privée. Celui, enfin, de l'aide personnalisée, mise en place, elle aussi, à la rentrée 2008.

Ce dernier point est le coeur du débat et l'élément déclencheur du mouvement. Conçue pour permettre un soutien scolaire de deux heures hebdomadaires en français et en mathématiques aux élèves en difficulté, elle est jugée beaucoup trop scolaire pour ne pas renforcer les jeunes en échec dans leur rejet du système éducatif. D'autant que, avec l'adoption de la semaine de quatre jours et la fin de la classe le samedi matin, les deux heures alourdissent un emploi du temps déjà important. Les hussards se mutinent mais ne désertent pas : ils prennent les élèves deux heures par semaine, mais sur des activités ludo-éducatives, théâtre ou jeux pédagogiques, plutôt que pour faire des mathématiques et du français.

Leur aversion pour les réformes du primaire traduit un divorce plus ancien entre ces professeurs des écoles, proches des méthodes participatives de Célestin Freinet, et leur ministère de tutelle. De 2006, avec le débat lancé par Gilles de Robien à propos des méthodes d'apprentissage de la lecture, jusqu'à aujourd'hui, le climat n'a cessé de se tendre entre le ministère de l'éducation nationale et les tenants des pédagogies actives, qui estiment que leur espace se réduit au sein de l'éducation nationale. Les désobéisseurs cristallisent ces inquiétudes et les portent sur la place publique. Non sans remous.

Au-delà des questions de fond se pose celle de la légitimité du refus d'obéissance : est-il légitime de rejeter les circulaires et instructions d'un gouvernement issu d'une majorité légitimement élue ? Sans surprise, le ministère répond par la négative. Confirmant les propos de son prédécesseur Xavier Darcos, Luc Chatel, dans une de ses toutes premières déclarations, a asséné : "La désobéissance n'est pas compatible avec les valeurs de l'éducation, avec l'idée que je me fais du métier d'enseignant."

Les dents grincent. Y compris quand Alain Refalo répond à l'invitation du pique-nique annuel "Paroles de résistance", organisé par l'association Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui, en présence de personnalités de la Résistance tels Raymond Aubrac et Stéphane Hessel. Eminemment politique, l'association se donne pour but de "refuser la récupération politicienne des combats et des valeurs de la résistance par le chef de l'Etat ainsi que pour célébrer les valeurs de fraternité et de solidarité du programme du Conseil national de la Résistance". Ce compagnonnage leur vaut de se faire stigmatiser par la droite comme "une passerelle jetée entre la mouvance anarcho-libertaire de la nébuleuse altermondialiste et la gauche institutionnelle qui fait depuis trente ans la pluie et le vilain temps dans l'éducation nationale" (Valeurs actuelles, 30 avril).

La réalité est plus complexe. S'il y a gros à parier que les sarkozystes doivent être fort peu nombreux dans leurs rangs, leur mouvance n'est pas idéologiquement homogène, entre pacifistes, gauchistes, gauche traditionnelle, non-syndiqués, syndiqués... Cette hétérogénéité se retrouve dans le rapport qu'ils entretiennent avec les syndicats. Aux prémices de leur action, ceux-ci ont considéré les trublions avec circonspection."Sud Education nous a immédiatement soutenus, explique Bastien Cazals, professeur des écoles à Saint-Jean-de-Vedas (Hérault). Pour le SGEN-CFDT, le SE-UNSA et le Snuipp, ce sont d'abord les adhérents des sections départementales qui nous défendent. Les directions nationales restent réservées sur nos formes d'action."

Quand elles n'y sont pas hostiles, comme le SE-UNSA : "Nous ne pouvons cautionner l'action individuelle. Seule l'action collective garantit la défense des salariés, explique Christian Chevalier, son secrétaire général. Au SE-UNSA, nous sommes légalistes. Nous considérons qu'en démocratie les fonctionnaires doivent appliquer les lois et les circulaires." Raisonnant à fronts renversés, le syndicaliste voit dans l'attitude des désobéisseurs face au dispositif d'aide personnalisée un possible... cheval de Troie du libéralisme : "Au nom de la liberté pédagogique, les désobéisseurs revendiquent la liberté d'action dans leur classe. Si l'enseignement et les méthodes varient beaucoup d'une classe ou d'un établissement à l'autre, les parents, dans une logique consumériste, vont choisir en fonction de ce que propose l'enseignant aux élèves."

Bastien Cazals s'étrangle d'un tel argumentaire. Cet ex-ingénieur est l'auteur d'un petit livre (Je suis prof et je désobéis, éditions Indigène) dans lequel il pourfend la logique libérale qui, pour lui, poursuit de façon méthodique la destruction totale de l'école républicaine : "Nous ne désobéissons pas parce que nous n'aimons pas les lois, mais parce que les récentes dispositions constituent une contre-réforme. Nous défendons l'école publique laïque de Jules Ferry."

Les parents d'élèves ne leur sont pas hostiles, du moins ceux qui adhèrent à la FCPE, fédération classée à gauche et majoritaire. "Nous approuvons leur rejet des réformes et leur hostilité à la semaine de quatre jours, explique Jean-Jacques Hazan, son président. Sur le terrain, les rapports entre la grande majorité de ces enseignants et les parents sont généralement assez bons. Les parents les soutiennent régulièrement."

Depuis le mois de juillet, les sanctions administratives tombent à l'encontre des désobéisseurs. Une centaine d'entre eux font l'objet de retenues sur salaire parfois importantes pour service non fait. Sur recours des intéressés, le tribunal administratif a suspendu ces retenues pour trois d'entre eux au motif que la nature du service qu'ils n'avaient pas effectué n'était pas assez précisée par leur autorité de tutelle. Mais le ministère a fait appel... Et lance la machine des sanctions disciplinaires contre les figures du mouvement. Alain Refalo a subi une rétrogradation d'échelon aux lourdes conséquences financières. Bastien Cazals a subi un blâme. Plus sévère, Erwan Redon, professeur des écoles à Marseille, a fait l'objet d'une mutation d'office.

Si leur mouvement suscite de la sympathie, leurs collègues rechignent à s'engager plus avant, au vu des risques encourus. Aujourd'hui, les désobéisseurs veulent élargir les bases du mouvement. Lors de leur université d'été, en août dernier, à Montpellier, ils ont élaboré une charte de résistance pédagogique qui permet d'affirmer "la possibilité de mettre en place toute alternative pédagogique dans l'intérêt des enfants". Une manière d'associer publiquement des soutiens qui n'osent se déclarer par peur des sanctions. A ce jour, seuls 2 000 enseignants ont signé.

Les hussards sont touchés dans leur solde, pas dans leur détermination. Selon Philippe Meirieu, universitaire et chef de file du courant pédagogue, ils ont transgressé une règle d'or de cette grande muette qu'est l'éducation nationale : "Le système scolaire s'est fait une spécialité de l'ensablement des réformes. Quand elles les dérangent, les professeurs se débrouillent pour ne pas les appliquer. Sans faire de vagues et sans sanction. En revendiquant publiquement leurs actes, ils rompent avec l'usage de ne pas faire et de n'en rien dire."

 


Sur le Web :
- Le blog d'Alain Refalo :
http://resistancepedagogique.blog4ever.com
- Le site du mouvement Résistance pédagogique
www.resistancepedagogique.org
- Le blog de Jean-Paul Brighelli
http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2009/07/17/desobe...

 

Christian Bonrepaux
Article paru dans l'édition du 10.11.09