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07/08/2014

France, pays des Droits de l'Homme ? Soutenez la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction

lu sur le Point :

Le Point.fr - Publié le 05/08/2014 à 18:48 - Modifié le 06/08/2014 à 10:17

C'est une particularité française. Bénedicte Bauret, conseillère municipale à Mantes-la-Ville, a été entendue par la police le 31 juillet. Motif : en réponse à l'offensive israélienne sur Gaza, elle avait distribué des tracts appelant au boycott des produits israéliens. Or, la France est l'un des seuls pays au monde où il est interdit d'appeler au boycott d'une nation.

Lors d'un dîner au Crif bordelais, en février 2010, Michèle Alliot-Marie, alors garde des Sceaux, se félicite de la condamnation d'une militante de la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanction (BDS) à une amende de 1 000 euros pour "incitation à la discrimination raciale". "Je n'accepte pas que des personnes, responsables associatifs, politiques ou simples citoyens, appellent au boycott de produits au motif qu'ils sont casher ou qu'ils proviennent d'Israël", indiquait alors la ministre. Or, quelques jours plus tôt, Michèle Alliot-Marie avait justement diffusé une circulaire réclamant que soient systématiquement poursuivis les auteurs d'appels au boycott contre Israël.

Une aberration pour de nombreux militants pro-palestiniens, mais aussi pour certains juristes. "On réduit souvent la question du boycott au conflit israélo-palestinien, alors qu'il s'agit là d'interdire des initiatives citoyennes. Ça va beaucoup trop loin, commente un juriste qui veut rester anonyme. Il y a peu de chances que le gouvernement reprenne le dossier en main, il n'a pas envie de souffler davantage sur les braises." 

Les poursuites judiciaires n'ont pas tardé à pleuvoir. En novembre 2010, plus de 80 personnes sont poursuivies pour avoir appelé au boycott des produits israéliens, après une série de bombardements à Gaza. Parmi elles... Stéphane Hessel. L'ex-résistant reçoit rapidement une pluie de soutiens de responsables politiques, comme Marie-George Buffet, Cécile Duflot, Daniel Cohn-Bendit ou Eva Joly, alors regroupés dans une pétition.

"Nous sommes du côté de la justice"

Il en faut plus pour décourager les partisans du boycott. Le mouvement BDS, lancé en 2005 par 171 ONG palestiniennes, appelle à un boycott commercial, culturel et universitaire d'Israël. "Nous voulons surtout lutter contre leur impunité, explique Imen Habib, animatrice de la campagne BDS France, nous estimons être dans notre bon droit, nous sommes du côté de la justice", ajoute-t-elle.

Contrairement à certains appels au boycott qui se limitent aux produits issus des territoires colonisés, le mouvement souhaite un boycott étendu à l'ensemble d'Israël. Car, nuance dans la pénalisation, tous les boycotts ne se ressemblent pas. Tandis qu'appeler au boycott d'Israël est répréhensible car c'est une nation, en principe, celui des produits issus des colonies ne devrait pas tomber sous le coup de la loi. 

Seulement "du fait de l'imbrication de l'économie des colonies avec celle d'Israël et de l'attribution frauduleuse de certificats made in Israel à des produits fabriqués dans les colonies, il est concrètement très difficile de distinguer les produits issus des colonies des produits israéliens", souligne le magistrat Ghislain Poissonnier. Pour Imen Habib, il ne s'agit pas seulement de protester contre la colonisation - donc de se limiter pour cela au boycott des colonies : "Notre problème, c'est la politique israélienne qui est discriminatoire et s'apparente à un apartheid." Là-dessus, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a tranché : il s'oppose au boycott israélien mais soutient celui des produits issus des colonies, "parce que les colonies sont sur nos territoires et donc illégales", explique-t-il en décembre 2013 au Times of Israel

Blocage français

La France fait office d'exception. Certains de ses voisins, notamment nordiques, ont même mis en place des dispositifs coercitifs. C'est le cas de la Norvège, où deux entreprises participant à l'installation de colonies ont été bannies par le fonds souverain, ou des Pays-Bas, où une société de gestion de fonds de pension a rompu avec cinq banques israéliennes, en lien avec les colonies. Outre-Atlantique, les campagnes se développent à une échelle différente. Aux États-Unis, libres sont ceux qui souhaitent appeler au boycott. En décembre, le syndicat de chercheurs et d'enseignants American Studies Association a ainsi approuvé un appel au boycott universitaire d'Israël. Et d'autres pays vont bien plus loin. Le 30 août, la Bolivie a placé Israël sur sa liste des États terroristes.

En France, rien ne semble menacer la circulaire Alliot-Marie. Ancien secrétaire général de l'association France-Palestine Solidarité, Robert Kissous - qui a rencontré à plusieurs reprises des responsables de cabinets et chargés de mission de la diplomatie - garde espoir. "Il y a eu un changement de ton récemment", constate-t-il, faisant allusion au communiqué dans lequel le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius qualifie de "carnage" les opérations israéliennes à Gaza. "C'est évident que cette circulaire doit être supprimée, et pour cela, Christiane Taubira peut être une alliée", ajoute-t-il. Le gouvernement ne semble pourtant pas décidé à ce que la situation change. Interrogée par Mediapart en décembre, la ministre de la Justice peine à s'exprimer sur la question. Si elle se dit favorable au principe de boycott, lorsqu'il s'agit de se prononcer sur la circulaire, elle fait volte-face et se ferme. "C'est un sujet sérieux, c'est un sujet à risque, je ne vais pas le traiter avec désinvolture", répond-elle, gênée. 

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