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20/05/2014

CHINE : Tian An Men, préparation du 25 ième anniversaire

lu sur LE POINT :

La Chine toujours pas guérie de Tian'anmen

Le Point.fr - Publié le 19/05/2014 à 13:25

Les dirigeants chinois redoutent un retour de flamme de la contestation étudiante qui s'était embrasée il y a 25 ans, et la tuent dans l'oeuf.

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Il y a des signes qui ne trompent pas pour constater l'inquiétude paranoïaque du pouvoir chinois à trois semaines de l'anniversaire de la révolte de Tian'anmen et surtout de la sanglante répression par laquelle elle s'est terminée : dès le début du mois, un premier train d'arrestations a eu lieu dans les rangs des dissidents. Le 3 mai, une vingtaine de ces contestataires s'étaient réunis dans l'appartement de l'un d'entre eux pour un "séminaire de commémoration" dont l'objet était en apparence bien pacifique : évoquer, à l'aide de témoignages, de photos et de films, les événements du 4 juin 1989. Dans les jours qui ont suivi, quinze d'entre eux ont été arrêtés et envoyés en "détention criminelle" pour avoir "créé des désordres et provoqué des troubles à l'ordre public". Le journaliste Gao Yu n'a d'ailleurs même pas eu le temps de participer à ce rendez-vous séditieux. Il a été appréhendé au moment où il s'y rendait.

La répression s'attaque parfois à des formes de contestation artistiques tellement allusives qu'elles peuvent paraître bien inoffensives. Ainsi, fin avril, le peintre contemporain chinois Chen Guang invite quelques amis à un vernissage où est présentée une installation dans laquelle une jeune fille braque un projecteur sur un mur où figurent différentes dates, dont celle de 1989. Puis l'artiste apparaît et couvre ces dates de peinture blanche, signifiant ainsi qu'il gomme le passé. Dans les jours qui ont suivi, Chen Guang est arrêté. Il est détenu depuis sans qu'aucune charge n'ait été retenue contre lui. Cet artiste, il est vrai, a une histoire un peu particulière puisque, il y a vingt-cinq ans, alors conscrit de l'armée populaire, il a fait partie des troupes qui ont maté dans le sang la révolte étudiante de Tian'anmen.

Traumatisme politique

Elle avait modestement commencé le 27 avril 1989 par un rassemblement d'étudiants souhaitant commémorer l'anniversaire du mouvement du 4 mai 1919. À l'époque, ce mouvement protestait contre le traité de Versailles, dont il jugeait les dispositions trop favorables aux Japonais et injustes à l'égard des Chinois, qui avaient pourtant combattu les Allemands aux côtés des alliés lors de la Première Guerre mondiale. En réalité, en 1989, derrière ce prétexte historique, il y avait l'aspiration de la jeunesse à plus de liberté et de démocratie. Bizarrement, les autorités commencent par laisser faire. Y compris l'installation d'une réplique en plâtre de la statue de la Liberté face au portrait géant du président Mao. Mais les rangs des manifestants grossissent, leur mouvement se répand dans les grandes villes de province, ils entament une grève de la faim, accusent de corruption les dirigeants ; on compte, fin mai, plus d'un million de contestataires. Alors le pouvoir prend peur. La loi martiale est proclamée. La place Tian'anmen évacuée en une nuit. La répression aura fait au moins 1 500 morts.

La Chine, si elle a, depuis, progressé à pas de géant sur le plan économique, ne s'est jamais remise de ce traumatisme politique. Comme en témoignent aujourd'hui les mesures policières et le déploiement annoncé de troupes et de blindés pour tuer dans l'oeuf toute tentative de manifestation. Pour une bonne raison : les revendications de 1989 ne sont toujours pas satisfaites. Pour une vraie démocratisation, une lutte effective contre la corruption, non pas de quelques-uns, mais de tous les vrais profiteurs, grands ou petits, et la transformation d'un système de cooptation des dirigeants qui empêche toute émergence d'une nouvelle classe politique. Et pourtant la répression, la confiscation de toute liberté politique ont sans doute leur limite quels que soient les pays. Comme a fini par le montrer, en 1991, la chute de l'empire soviétique. Une leçon à méditer pour Pékin avant que n'apparaisse forcément un jour un Soljenitsyne chinois, voire un autre Jean-Paul II.

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