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17/04/2014

Palestine : colonisation par Israël de la partie arabe de Jérusalem

lu sur Le Temps (Suisse)

Serge Dumont

«Discrimination insupportable» à Jérusalem-Est 

PROCHE-ORIENT Mardi 15 avril 2014

La colonisation par Israël de la partie arabe de la Ville sainte se poursuit inexorablement. Reportage à Sheik Jerrah, où la construction d’une école talmudique a reçu le feu vert du Conseil municipal

 

Quatre voix contre trois. Le 13 février dernier, le Conseil municipal de Jérusalem a approuvé le projet de construction d’un nouvel immeuble de 9000 m² à Sheik Jerrah, l’un des quartiers centraux de la partie arabe de la Ville sainte annexée par l’Etat hébreu après la guerre des Six-Jours (juin 1967). A priori, il faudrait se réjouir de cette décision puisque les autorités régionales et municipales n’autorisent quasiment aucun chantier dans cette zone. Or, ce bâtiment de douze étages n’abritera pas des appartements destinés à la population arabe qui en manque cruellement, mais une yeshiva, une école talmudique destinée à des étudiants anglophones, dont la plupart s’installeront ensuite dans les colonies de Cisjordanie.

«Ces gens-là [les colons] font tout pour provoquer des nouvelles vagues de violence», fulmine Mustapha al-Kurd, un activiste du quartier de Sheik Jerrah qui fait visiter le site du futur chantier. «Avant même d’avoir reçu l’autorisation légale, ils avaient déjà procédé aux mensurations et sélectionné les corps de métier. Ils savaient que la procédure administrative ne serait qu’une formalité vite réglée.»

Sheik Jerrah est fort fréquenté. Des dizaines d’autocars de touristes traversent le quartier sans s’y arrêter. A priori, tout y est paisible, mais ce n’est pas le cas, car la colère gronde. «Voilà quinze ans que mes parents ont introduit une demande de permis de bâtir à la municipalité pour ajouter un étage à leur maison en prévision de mon mariage. Ils n’ont jamais reçu de réponse parce qu’ils sont Arabes, raconte Sherif N., employé dans un grand hôtel voisin. S’ils avaient été Juifs et colons, ils auraient obtenu tout ce qu’ils demandaient. C’est une discrimination que l’on ne supporte plus.»

L’autorisation de construire la yeshiva est tombée au moment où les pourparlers de paix israélo-palestiniens initiés par le secrétaire d’Etat américain John Kerry commençaient à battre sérieusement de l’aile. Hasard? Pas sûr. Car à la même période, le ministre du Logement, Uri Ariel, figure de proue de la colonisation et numéro deux du parti d’extrême droite Foyer juif, a multiplié les appels d’offres dans les «nouveaux quartiers» de Jérusalem-Est tel Gilo, Pisgat Zeev et d’autres. 

De leur côté, des organisations de colons financées par des milliardaires ultra-conservateurs américains ont fait avancer leurs propres projets, dont la yeshiva de Sheik Jerrah n’est qu’un exemple. A la mi-mars, l’association d’extrême droite Ateret Cohanim a ainsi finalisé l’achat de 1000 m2 dans un terrain situé au bout de Salah el-Din, la grande artère commerçante de Jérusalem-Est. Les Champs-Elysées locaux, le cœur de cette partie de la ville.

Pour l’heure, ce bâtiment abrite un commissariat de police israélien ainsi qu’une agence des postes, mais à partir de fin avril, les colons y trouveront un «centre récréatif». Début des transformations: la semaine prochaine.

«Nous connaissons les pratiques de ces excités, lâche Omar Jurassi, un étudiant de l’Université Al-Qods employé à mi-temps par un supermarché de la rue. D’abord, ils adopteront un profil bas. Mais au bout de quelques semaines, ils vont se montrer arrogants et nous provoquer en défilant dans Salah el-Din avec des drapeaux israéliens. Négociations de paix ou pas, nous ne laisserons pas passer ça!»

Dans le cadre de la colonisation rampante des quartiers arabes de Jérusalem, le Ministère israélien de l’intérieur a également approuvé «sans réserve», un projet de «centre culturel» dans le quartier arabe de Silwan, en contrebas des murailles de la vieille ville de Jérusalem. Financé et imaginé par l’association d’extrême droite Elad, ce complexe de 16 000 m² accueillera des pièces archéologiques censées démontrer la continuité de la présence juive sur et autour du Mont du Temple depuis les temps bibliques. Mais il vise aussi à conforter les 500 colons implantés à Silwan depuis dix ans. Des extrémistes qui vivent cloîtrés dans leur appartement sous la protection de gardes privés issus des unités spéciales de Tsahal.

Armés et vêtus d’un uniforme gris et d’un gilet pare-balles bleu foncé, les 350 membres de cette force paramilitaire circulent en jeep blindée entre les divers «points de peuplement juifs» de Jérusalem-Est. Ce sont des durs, des violents qui n’hésitent pas à riposter aux jets de pierre des habitants du quartier par des tirs à balles réelles. Leur présence massive, voyante et agressive explique souvent pourquoi des incidents semblables à ceux de dimanche éclatent sur l’Esplanade des mosquées. Et pourquoi les jeunes Palestiniens des alentours transforment la rue Salah el-Din en champ de bataille à la sortie de la grande prière du vendredi.

Selon nos informations, ces miliciens seront chargés de la sécurité de la yeshiva de Sheik Jerrah ainsi que du «centre récréatif» situé à quelques centaines de mètres de là. L’explosion n’est donc plus qu’une question de temps.

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