Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

28/02/2014

Potasse d'Alsace : casse tête toxique ...

lu sur le site du Monde : (les surlignages sont de moi )

Dans les sous-sols de Stocamine, la bombe à retardement alsacienne

Le Monde 

LE MONDE | 28.02.2014 à 11h09 • Mis à jour le 28.02.2014 à 14h27 |

Audrey Garric

En une minute et demie, la cage d'ascenseur du puits Joseph avale les 550 mètres de profondeur dans un grincement de ferraille et de bois. Lampe frontale sur le casque, autosauveteur à oxygène en bandoulière, les mineurs parcourent les 100 km de galeries de l'ancienne mine de potasse Joseph-Else, creusée dans le sous-sol de Wittelsheim (Haut-Rhin). Direction non pas la taille de sel mais les cavités où dorment du mercure, de l'arsenic, du cyanure et de l'amiante. Là, 44 000 tonnes de déchets industriels ultimes, non recyclables et hautement toxiques, gisent dans un centre de stockage unique en France, StocaMine.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Autant dire un casse-tête environnemental. Après onze ans d'inactivité, le site doit aujourd'hui être définitivement fermé. A partir du 1er avril, une partie de ces déchets sera remontée à la surface tandis que le reste sera confiné. Alors on s'active sous terre : une immense machine racle les sols, soulevant une épaisse poussière salée, tandis qu'un tractochargeur transporte les minerais et déblais. « Il faut agrandir les galeries, aplanir les sols, renforcer les soutènements, installer des lampes et des téléphones de secours avant de commencer à déstocker, énumère Alain Rollet, PDG de StocaMine. Ces opérations sont dangereuses : le risque minier se cumule au risque toxique, sans oublier que la mine est classée comme épisodiquement grisouteuse. »

D'autant qu'il y a urgence : les galeries commencent à s'affaisser, sous l'effet de la pression due au creusage. A certains endroits, les toits (« plafonds » dans le jargon minier) se sont effondrés, rendant quasi impossible l'accès aux colis de déchets, dont certains sont probablement percés ou éventrés. D'autres se corrodent sous l'effet de la chaleur.

« Plus on attend, et plus il sera difficile de récupérer les colis, s'inquiète Yann Flory, porte-parole du collectif Déstocamine, qui fédère ONG et syndicats en faveur du déstockage totalLes experts sont certains que la nappe phréatique la plus grande d'Europe sera bientôt touchée, car l'eau s'infiltre et ruisselle vers les déchets. Le temps presse. »

LA POPULATION SOUHAITE L'EXTRACTION

Une fébrilité souterraine à laquelle fait écho, en surface, une grande perplexité. Car StocaMine est une bombe à retardement dont la population locale craint à tout moment l'explosion. En décembre 2012, la ministre de l'écologie de l'époque, Delphine Batho, a ordonné le retrait de 11 % des déchets, dont 56 % des éléments mercuriels, et le confinement du reste du site. Mais, sous la pression des élus alsaciens, tous bords politiques confondus, ainsi que des ONG, la ministre a relancé le débat, six mois plus tard, en organisant une procédure de concertation publique.

Les habitants ont eu jusqu'au 15 février pour se prononcer. En jeu : cinq options de fermeture s'échelonnant de la sortie des 11 % de déchets – l'opération en cours – à l'extraction de la quasi-totalité du rebut. Selon les scénarios, le coût du déstockage varie de 84 à 150 millions d'euros, et sa durée de sept à onze ans. « Une large majorité de la population demande à sortir la totalité des déchets », révèle Henri Watissée, le garant de la concertation. D'ici à la fin de l'année, lorsque toutes les enquêtes seront achevées, les ministres chargés du dossier, Philippe Martin à l'écologie et Arnaud Montebourg au redressement productif, devront arbitrer et sceller le sort de StocaMine.

A la fin des années 1980, pourtant, quand l'idée d'un centre d'enfouissement souterrain des déchets est avancée, rares sont ceux qui s'y opposent. A cette époque, la production de potasse, fleuron industriel de la région, commence à battre de l'aile. Le chlorure de potassium, utilisé pour fabriquer des engrais, devient trop cher à extraire en Alsace et le bassin minier n'emploie plus que 2 000 personnes contre plus de 12 000 durant son âge d'or des années 1960.

« Le projet offrait aux gars une reconversion et permettait d'éviter qu'ils ne pointent tous au chômage », raconte Etienne Chamik, ancien mineur et délégué CFDT. L'homme, dont les yeux vifs ne trahissent pas ses trente-deux années passées « au fond », égrène les promesses de StocaMine : 250 postes créés, la rénovation de la salle des fêtes et même l'ouverture d'un pôle de recherche sur l'environnement. « Le centre de stockage s'est implanté sans difficulté, lâche-t-il, fataliste. Les gens étaient redevables à la mine. »

Et puis l'Allemagne offrait un exemple rassurant. Depuis deux décennies, les voisins d'outre-Rhin stockaient leurs déchets ultimes dans leurs mines de potasse. Ce minerai imperméable a horreur du vide : sous l'effet de la pression, il se referme sur les cavités creusées, offrant ainsi un confinement naturel. Pour emporter définitivement l'adhésion de la population, l'arrêté préfectoral de 1997, qui autorise le stockage pour une durée maximale de trente ans, introduit la notion de réversibilité. En cas de non-conformité ou d'incident grave, les déchets devront être retirés.

74 MINEURS INTOXIQUÉS EN 1999

StocaMine ouvre finalement ses portes en février 1999, sous la forme d'une filiale de l'entreprise publique des Mines de potasse d'Alsace (MDPA). En trois ans, 19 500 tonnes de déchets de classe 0, les plus dangereux (mercure, arsenic, cyanure, etc.), sont entreposés au fond de la mine, conditionnés en fûts métalliques de 250 kg et big bags (« gros sacs ») d'une tonne. Pour éviter toute réaction chimique non contrôlée, 24 500 tonnes de résidus d'incinération et d'amiante, de classe 1, sont également descendus dans les alvéoles.

Mais le rêve de stockage propre tourne court très vite. En septembre 2002, un incendie survient dans le bloc 15. « 472 big bags contenant des engrais et du soufre, hautement inflammables, ont été entreposés sans autorisation », raconte Yann Flory. Il faudra trois jours pour maîtriser le feu et trois mois pour évacuer les émanations toxiques. Alors que 74 mineurs sont intoxiqués, le PDG de l'époque est condamné à quatre mois de prison avec sursis, et StocaMine à 50 000 euros d'amende. Elle ne s'en relèvera pas : le centre, qui n'a jamais été rentable, ferme ses portes en 2003, emportant avec lui les MDPA. Il n'aura embauché que 24 personnes.

La confiance de la population est brisée. « On ne peut plus les croire », déplore Raoul Schmitt, qui vit depuis toujours dans la cité ouvrière Graffenwald, à deux pas de StocaMine. Dans ce quartier, tout le monde ou presque a un parent mineur. L'accident, les habitants l'ont ressenti jusque dans leurs chairs. « J'avais des maux de tête, puis j'ai vu une colonne de fumée verte et bleue qui sortait des puits. Quand j'ai demandé ce qu'il se passait, on m'a répondu qu'il n'y avait pas de danger, que des palettes brûlaient, dit-il avec amertume. Au même moment, mon beau-frère était au fond. » Depuis, ce mécanicien plaide en faveur du déstockage total des déchets, à l'instar de ses voisins.

« Je serais rassuré si on enlevait tous les déchets et qu'on dépolluait le site », confirme François Elsaesser, l'un des plus anciens habitants du quartier, en pointant les chevalements de la mine à travers ses baies vitrées. Tandis que son dernier enfant, âgé de 4 ans, s'amuse dans le salon, il dit craindre des « émanations toxiques » mais surtout « le risque de pollution de la nappe phréatique ».

En 2010, après des années de statu quo, le ministère de l'écologie relance finalement le dossier, en commandant des rapports sur la fermeture et en mettant sur pied un comité de pilotage (Copil) composé de treize experts. Les scientifiques mettent au jour les dangers du stockage. « On a mesuré que 100 000 m3 d'eau rentrent chaque année par les parois extérieures des quinze puits, explique Jean-Claude Pinte, chef de projet StocaMine pour l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris). D'ici trois cents ans, l'eau noiera la mine, avant de parvenir à la nappe phréatique, chargée en éléments toxiques. » Dans le même temps, les parois, le plafond et le sol des galeries se referment à raison de 2 cm par an.

En dépit de ces certitudes, la bataille fait rage entre les experts sur les modalités de fermeture. L'Ineris se prononce en faveur du confinement illimité des déchets. Pierre Toulhoat, son directeur scientifique, explique : « En posant des bouchons de bentonite devant les puits, on retarde de sept cents ans la sortie de la saumure contaminée. Les éléments les plus dangereux, notamment le mercure, atteindront la nappe à un débit très faible, ce qui permettra d'avoir des concentrations inférieures aux normes réglementaires. »

Selon l'institut, le déstockage total présente à l'inverse des risques importants : intoxication des travailleurs, contamination atmosphérique, accident pendant le transport et pollution autour du centre de stockage allemand – les déchets de StocaMine doivent rejoindre le site de Sondershausen, dans l'est du pays.

« Il est possible d'assainir un site sans mettre en danger les travailleurs », rétorque Marcos Buser, géologue suisse et spécialiste reconnu des déchets spéciaux et nucléaires. Cette voix dissidente du Copil assure l'avoir fait à Saint-Ursanne, dans le Jura helvétique, et se targue d'être le seul expert sur le dossier StocaMine à jouir de cette expérience. « Mais il est impossible d'établir des modèles crédibles sur l'ampleur de la pollution de la nappe phréatique à long terme, dit-il. La sécurité n'est pas garantie pour les générations futures. »

Ces convictions, qui résonnent positivement à l'oreille des populations, élus et ONG, suscitent l'agacement et un brin de condescendance des autres experts. « Les déchets étaient moins dangereux et la mine, du calcaire, et non du sel. Cela n'a aucun rapport », lâche un ingénieur. « C'est dangereux, idiot et surtout cher de vouloir tout sortir, renchérit Alain Rollet, le PDG de StocaMine, polytechnicien et ancien directeur des Charbonnages de France, que l'Etat a tiré de sa retraite pour liquider le centre de stockage. Je propose à l'Etat le scénario le moins cher. Car, au final, c'est vous, contribuables, qui allez payer. »

Lire (édition abonnés) : L'Alsace, première région à enfouir des « déchets ultimes »

et aussi :

En Alsace, le site de déchets toxiques de Stocamine fermera d'ici à 2019.pdf

27/02/2014

Apartheid en Palestine : bulldozers en action

lu sur le site du Monde :

La lutte inégale des Bédouins contre les bulldozers israéliens en Cisjordanie

LE MONDE | 27.02.2014 à 12h18 • Mis à jour le 27.02.2014 à 13h21 |Laurent Zecchini (Tubas, Cisjordanie, envoyé spécial)

Image 2.png

 

 

 

 

 

Ce 30 janvier, il était 6 h 30 du matin lorsqu'une quinzaine de véhicules de l'administration civile et de l'armée israélienne sont arrivés sur le lieu-dit de Khirbet Um al-Jamal, situé à une douzaine de kilomètres à l'est de Tubas. Il n'y a eu aucune discussion, pas de violence physique non plus : deux bulldozers sont entrés en action, et moins de deux heures plus tard, le campement était rasé. En pleurs, les femmes et les enfants ont assisté au spectacle des tentes déchiquetées, de leurs maigres possessions écrasées. Les soldats, qui avaient sorti au préalable quelques matelas, les ont empêchés de s'approcher.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois |Découvrez l'édition abonnés

Tel est le lot des Bédouins palestiniens installés dans la vallée du Jourdain, région située dans la « zone C », cette partie du territoire palestinien qui recouvre 61 % de la Cisjordanie occupée et où Israël exerce un contrôle total.

« Que pouvions-nous faire contre la force militaire ? », s'interroge le berger Mahmoud Kaabneh. Il n'y a nulle trace de colère chez ce Bédouin palestinien, juste du fatalisme :« Bien sûr que nous allons reconstruire, et que les soldats reviendront, mais quel autre choix avons-nous ? » Le soir de ce traumatisme familial, Mahmoud, sa femme et leurs dix enfants ont dormi dans un grand réservoir d'eau en plastique, et ils ont allumé un feu pour se réchauffer. Les jours suivants, ils ont été hébergés sous les tentes de l'oncle de Mahmoud, Salman Kaabneh.

VIE PRÉCAIRE

Entourés d'une ribambelle d'enfants aux joues rouges, les deux hommes racontent leur vie précaire, la possibilité d'une arrivée inopinée de véhicules militaires, leur détermination à ne rien changer à leur mode de vie. De temps en temps, quand la vente de fromage et de lait ne suffit plus, Mahmoud Kaabneh vend un mouton, dont il obtient entre 500 et 1 000 shekels (100 à 200 euros). Parfois aussi, les colons établis dans les implantations voisines de Maskiot et Rotem lui volent une bête, en toute impunité. Mahmoud a une dette de 30 000 shekels auprès du fournisseur de fourrage et il sait que la sécheresse persistante en Israël annonce des jours difficiles.

Dix jours se sont écoulés, et rien n'a changé à Khirbet Um al-Jamal : des bâches de plastique déchiquetées, des bidons éventrés, des poutrelles tordues, des vêtements, des gravats… comme si une tornade était passée. Mahmoud Kaabneh a été prévenu que de nouvelles tentes l'attendaient chez le gouverneur de Tubas, fournies par l'Autorité palestinienne, mais il ne veut pas aller les chercher : « J'attends d'être sûr que l'armée ne va pas revenir », explique-t-il.

A peu de distance, une autre partie du campement est intacte : « C'est qu'ils n'ont pas encore reçu d'ordre de démolition », explique Mahmoud, qui avait reçu une telle notification il y a un an. C'est un différend immuable : l'Etat israélien ne reconnaissant pas la validité des titres de propriété (quand ils existent), les habitations sont illégales. Le 30 janvier, 66 personnes, dont 36 enfants, la plupart du clan Kaabneh, ont perdu leur abri. Mais les autres familles installées sur le site, les Makhamreh et les Daraghmeh, savent que leur tour viendra.

Et le calendrier des négociations israélo-palestiniennes, qui doivent s'achever, en principe, fin avril, n'arrange rien. La question de la souveraineté dans la vallée du Jourdain est devenue l'un des dossiers les plus sensibles du processus de paix.

Israël exige d'y maintenir une présence militaire pendant de nombreuses années, afin que la région devienne une zone tampon, pour sa propre sécurité. Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, a récemment indiqué que, dans le cadre de la création d'un Etat palestinien, il était prêt à accepter que des troupes de l'OTAN y soient stationnées indéfiniment. Réponse de Benyamin Nétanyahou : pas question. Le premier ministre israélien a d'ailleurs confirmé qu'il n'avait aucune intention de démanteler les colonies israéliennes.

Dans l'immédiat, la priorité du gouvernement israélien est de pérenniser la situation sur le terrain, ce qui passe par l'éviction du maximum de Palestiniens de la vallée. Selon les chiffres des Nations unies, les démolitions sont passées de 172 en 2012 à 390 en 2013, tandis que le nombre de personnes déplacées progressait de 279 à 590 sur la même période (plus d'un millier sur l'ensemble de la zone C).

Parallèlement, l'armée ne laisse plus aucune marge de manœuvre aux manifestations de solidarité en faveur des populations palestiniennes concernées. Le 7 février, elle a démantelé un camp de quelque 300 militants palestiniens, israéliens et étrangers, installé près de Jéricho.

« ÉCHEC ANNONCÉ »

Le Palestinien Mustafa Barghouti, l'un des principaux chefs de file de l'« Intifada blanche » (la résistance non violente), faisait partie des protestataires. Nous le rencontrons le lendemain au nord de Jéricho, sa voiture arrêtée depuis des heures devant un check-point. Son signalement a été diffusé à tous les détachements militaires de la région : pas question de le laisser passer pour aller apporter de l'aide aux habitants de campements qui ont subi le même sort que celui de Mahmoud Kaabneh.

Ancien candidat à l'élection présidentielle palestinienne de 2005, Mustafa Barghouti n'a aucune illusion sur le sort des négociations en cours avec les Israéliens : « C'est un échec annoncé ; aucun compromis n'est possible avec ce gouvernement de colons. Ce que fait Israël dans la vallée du Jourdain, affirme-t-il, s'apparente à du nettoyage ethnique. L'Etat palestinien, s'il voit le jour, sera un bantoustan, pas un Etat souverain. » Le Palestinien prépare déjà la prochaine manifestation de protestation contre l'extension de la mainmise militaire sur la vallée du Jourdain.

Mais l'action humanitaire en faveur des populations bédouines de la région devient difficile. Début février, le Comité international de la Croix-Rouge a annoncé qu'il ne fournira plus de tentes aux populations locales victimes de la répression militaire, dès lors que celles-ci sont systématiquement confisquées ou détruites par l'armée israélienne.

------------------------

sur le même sujet :

Édition abonnés Contenu exclusif

 

25/02/2014

Municipales 2014

vu sur le Point :

Carte Municipales 2014
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les municipales 2014 à Hénin-Beaumont

La ville du Pas-de-Calais pourrait tomber dans les bras du Front national à cause d'un Parti socialiste en guerre interne et d'une gauche divisée.

Notre-Dame-des-Landes : la désinformation du gouvernement

à lire sur MEDIAPART :

A LA UNE
Notre-Dame-des-Landes : le vrai scénario de la manifestation contre le projet d’aéroport
PAR LOUISE FESSARDJADE LINDGAARD

La ville de Nantes a-t-elle été le théâtre de scènes de « guérilla urbaine » samedi après-midi lors de la manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

Le ministre de l’intérieur, des élus locaux, des responsables politiques nationaux et des chaînes de télévision déroulent un même scénario.

Pourtant, sur place la réalité fut bien différente : une manifestation familiale et festive, des violences en marge, un jeune homme gravement blessé par un tir de police.

Mediapart a reconstitué le déroulé des événements.

extraits :

 

..."En France, selon notre décompte, une vingtaine de personnes ont été grièvement blessées par des lanceurs de balles de défense depuis 2004. « Sans surprise, la liste des blessés et des éborgnés ne cesse de s’allonger », note le collectif « Face aux armes de la police ». Sans aucune réaction du ministère de l’intérieur, malgré les mises en garde à répétition de feu la CNDS puis du Défenseur des droits. « Il n'était pas masqué, pas armé, en train de reculer face à une charge,s’indigne sa mère Nathalie Torselli. J'ai une tristesse infinie, une rage qu'un gosse qui est là pacifiquement pour manifester son désaccord se retrouve dézingué. Il n'a rien fait que d'être là. » ...

... " À la suite de ces débordements, le préfet de Loire-Atlantique, Christian de Lavernée, a accusé les associations d’opposants d’être devenues « la vitrine légale d'un mouvement armé », expression qui s’applique habituellement aux mouvements indépendantistes en lien avec des groupes pratiquant la lutte armée, au Pays basque, en Corse ou en Irlande. Dans un premier temps, les organisateurs de la manifestation ont publié un communiqué plutôt conciliant vis-à-vis des heurts de samedi « Il existe différentes manières de s'exprimer dans ce mouvement. Le gouvernement est sourd à la contestation anti-aéroport, il n'est pas étonnant qu'une certaine colère s'exprime. Que pourrait-il se passer en cas de nouvelle intervention sur la Zad ? » En réalité, les organisateurs de la manifestation sont divisés. Avant de repartir de Nantes, plusieurs comités locaux de soutien aux opposants leur ont demandé de condamner plus fermement les violences. L’Acipa, l’association historique d’opposants, tient une réunion exceptionnelle dès lundi soir. Et prévoit de tenir une conférence de presse à ce sujet jeudi prochain." ...

 

LIRE AUSSI

 

------------

et un témoignage reçu ce jour :

De la joie à la colère, compte-rendu très personnel de la manifestation du 22 février

À collectifndd.nimeslistCollectif NDDL Cévennes

Aujourd’hui à 10h21 PM

Bonjour,
La manifestation était une des plus belles que j’ai faites. Des vrais gens  vivants, avec beaucoup d’énergie et de joie d’être là. De la musique, des banderoles et pancartes très « personnelles », des danses, chansons, déguisements (les masques de tritons étaient superbes) et même une cabane dans les arbres !
Nous sommes arrivés fatigués après un voyage dans un autocar pas vraiment ordinaire depuis Toulouse. Après avoir pris un petit déjeuner on est allé visiter le marché du centre-ville, avec nos pancartes qui indiquaient d’où nous venions. Un accueil très sympathique de beaucoup de gens, ce qui nous a tout de suite confirmés dans notre conviction que ce voyage en valait la peine. 
Puis dans la rue on tombe sur l’arrivée de plusieurs dizaines de tracteurs, remplis d’individus souriants et plus ou moins déguisés. On s’est mis sur le trottoir en brandissant nos pancartes et là-aussi, nous avons senti que c’était important d’être-là. D’ailleurs, cela n’a pas cessé tout au long de notre périple : des « mercis » chaleureux de dizaines de personnes touchées que nous soyons venus de si loin. Beaucoup nous ont dit qu’ils nous rendraient la pareille, au cas où… Et nous en avons profité bien sûr pour leur parler de ce qui nous inquiète le plus : la menace toujours présente de l’exploitation des gaz de schiste  l’hallucinant projet du « Las Vegas » gardois, les "Golfs" de Saint Hilaire...
Nous avons fait une grande partie de la manif derrière la banderole des Montpelliérains « Gardarem la Terra ».  Tout au long du cortège, nous avons eu des contacts avec des gens qui ont eux-mêmes des problèmes dans leur région, on en reparlera.
Concernant les « incidents » , ils étaient déjà prévisibles  vue la gigantesque ampleur du déploiement policier, la disproportion des moyens utilisés par les forces dites de « l’ordre » et l’interdiction arbitraire d’emprunter un lieu qui avait été jusque-là un passage habituel des manifestations à Nantes.
Le plus impressionnant fut sans doute l’incendie d’appareils de forage situés sur une place.  Mais il faut noter surtout la tentative de plomber l’ambiance par le déploiement de gendarmes mobiles, puissamment harnachés, et qui interdisaient l’accès au centre. Dans le ciel, un hélicoptère de la police qui survolait le cortège en permanence, tel une menace latente, ajoutait à un sentiment d’insécurité. A la fin, le bruit de ce bourdon métallique se fit encore plus gênant, au point de rendre très difficile l’audition des « prises de parole », là où stationnaient les 500 tracteurs, au terme du trajet. 
Au cours de celui-ci nous avons pu voir la devanture d’un siège de Vinci totalement dévastée, ce qui,  je crains de devoir le reconnaître, m’a plutôt mis en joie.
Mais nous n’avons pas assisté aux incidents ultérieurs. Il faut dire que la fatigue de la nuit sans sommeil et de la marche commençaient à devenir pesante. A la fin de la manifestation, on s’est réfugiés dans un café, histoire de récupérer. Et c’est en sortant que l’on a vu l’ampleur des dégâts, si l’on peut dire. Car loin d’être « dévasté », comme on l’a entendu dire ensuite sur France Inter, une partie du centre avait en effet subi quelques modifications dont on ne peut pas vraiment dire, à mon sens, qu’elles le desservaient. Ces modifications apportées au décor urbain étaient d’ailleurs très ciblées. Ainsi d’affreuses baraques de métal avaient été transformées en braseros et laissaient échapper flammes et fumée, évoquant irrésistiblement les tableaux de Turner. Quelques façades de banques et d’agence de voyages étaient détruites, ce qui, nonobstant les analyses politiques que l’on pourra faire des conséquences plus ou moins fâcheuses de ce genre d’action, n’est pas non plus un spectacle spécialement désagréable à regarder.
Parfois un trait d’humour taggé sur ce qui restait de vitrine venait souligner que cette réponse sinon véritablement citoyenne, du moins raisonnablement humaine, à l’agression à la fois morale et esthétique que nous subissons sans broncher de façon quotidienne dans les centres de nos villes n’était qu’une manière de prendre au mot l’incitation à venir fréquenter ce genre d’endroit. Ainsi, sur la vitrine d’une agence de voyage se côtoyaient ces deux inscriptions :  l’officielle prétendant de façon faussement amicale et pompeuse :  « Bienvenue chez nous ! », et celle, sobre et plus sincère, des visiteurs d’un soir, se contentant d’un laconique « Nous sommes passés ». Mais enfin, lorsque tant de façades affichent avec autant de vulgarité une passion si violente pour l’argent et la frime, leurs propriétaires ne prennent-ils pas le risque que l’on vienne en effet, un beau jour, ayant perdu toute patience, leur dire notre irritation ?
Bref, nous avons déduit de toutes ces observations qu’il y avait eu des « casseurs ». Mais que celles et ceux qui n’ont jamais eu envie de lancer dans ces fallacieuses façades vitrées le moindre pavé leur jettent la première grenade assourdissante…
Enfin, parcourant les rues de la ville pour regagner notre surprenant moyen de locomotion, nous avons dû respirer, avec les habitants de cette cité livrée aux caprices des escadrons de gendarmes, un air totalement pollué par les gaz lacrymogènes, lesquels furent répandus avec une absence irresponsable de sens de la mesure.
Manifestement, tout avait été fait pour créer des conditions propres à exciter la juste colère des manifestants et, en soumettant tout le centre à une occupation policière digne de Kiev,  à susciter dans la population des sentiments d’exaspération vis-à-vis de ceux-ci.
Mais de ce que j’ai vu et ressenti, je ne crois pas que cette dernière stratégie ait eu les résultats escomptés. Certes, les médias aux ordres ont mis en avant les « dégâts » provoqués par les « casseurs », et de ce point de vue, ces actions que l’on pourrait tout aussi bien considérer comme relevant de la salubrité publique pourraient nuire à la popularité du mouvement. Mais il y avait tant d’énergie et de conviction qui rayonnaient de ce défilé que ce qui restera sera la joie d’avoir été réunis pour une si belle cause, et cette joie est communicative…
 
P.S :
Je viens de recevoir ce message :
Bonjour,
on vient d'apprendre qu'un jeune homme de 28 ans a perdu un oeil suite à l'éclatement d'une des nombreuses grenades assourdissantes. Il n'avait rien à voir avec les violences générées en marge de la manifestation.
C'est terrible!
Christian Grisollet
ACIPA

Il me semble que les vrais « casseurs », ce sont qui ordonnent l’usage de ces armes de guerre contre des individus qui soit sont loin d'avoir des armes équivalentes, soit sont totalement désarmés. Jusqu’à quand allons-nous accepter que leurs  grenades dites « assourdissantes » soient utilisées contre des manifestants ou même de simples passants ? Si manifester implique le risque de perdre un œil, que devient le prétendu droit de manifester ?

 

P.S n°2 : Je viens de recevoir le témoignage de Quentin, le jeune homme qui a perdu l'oeil gauche :
 
Retranscription du témoignage de Quentin, gravement blessé le 22 février à Nantes23 février 2014, 15:33
Ca a démarré vraiment quand on s'est retrouvés vers Commerce, au moment où on devait remonter normalement le cours des 50 otages, ce qui était censé être le parcours de la manif. Là, il y avait des cars de CRS et des barrières qui bloquaient tout. Nous quand on est arrivés, direct on s'est fait gazer. Il y a eu tout de suite des gaz lacrymo qui ont été jetés sur les gamins, sur tous les gens qui étaient là.
Là c'était la manifestation paisible, normale ?
C'était la manifestation paisible mais il y avait quand même déjà des gens un peu excités déjà avant, depuis le début de la manif. Donc nous on est restés un petit peu dans la zone, voir un peu ce qui se passait, et puis après, sur les conseils des organisateurs et tout, on a continué à marcher, à aller vers le point de ralliement, l'endroit où c'était fini, pour qu'il y ait un mouvement et que ça s'essoufle un peu.
Après, il y a eu plusieurs salves d'affrontement, des lacrymos qui perpétuellement revenaient, lancés par les flics. Et moi, ce qui m'est arrivé, c'est à la fin, on était vers la place Gloriette, entre Gloriette et l'autre là, là où il y a le café plage, ce rond-point là en fait, près du CHU justement. Et nous on allait pour se replier, on rentrait, les CRS avançaient eux, avec les camions et tout le truc, et moi je reculais avec tout un tas d'autres gens. Je reculais en les regardant pour pas être pris à revers et pouvoir voir les projectiles qui arrivaient. Et là, à un moment, j'ai senti un choc, une grosse explosion et là je me suis retrouvé à terre et, comme ils continuaient à nous gazer, ils continuaient à envoyer des bombes assourdissantes alors que j'étais au sol, des gens ont essayé de me sortir le plus vite possible, de m'emmener plus loin aussi. Et puis après  je sais pas trop, on m'a mis dans une... les pompiers m'ont emmené quoi.
Et donc, on dit que tu as reçu une grenade assourdissante qui, au lieu d'être tirée en l'air, a été tirée de façon horizontale, dans ton œil ?
Je l'ai prise directement dans le visage. Elle a explosé dans mon visage. Vu ce que ça a fait... Elle a explosé là et c'est comme ça que moi je l'ai ressenti, quoi. Le choc, ça a été un bruit et une douleur extrêmement vive sur le coup, puis bon moi je me suis écroulé. C'est vrai que c'était assez violent j'ai trouvé. Il y avait, de la part des manifestants, des gens qui voulaient absolument lancer des trucs sur les CRS mais les CRS, eux, gazaient n'importe qui. Et ils visaient, au flash ball, ils étaient cachés, on les voyait viser, suivre des gens qui marchaient ou qui couraient en face pour aller se mettre à l'abri. Ils les visaient, les suivaient et shootaient, quoi. et ils visaient pas les pieds. On a vu la façon dont ils tiraient, c'était très... c'était ciblé.
Et toi tu étais là, en manifestant paisible, tu n'étais pas armé, tu n'avais rien dans les mains ?
J'étais pas armé, j'avais pas de masque à gaz, j'avais pas de lunettes de protection. On était là pour une manifestation familiale, festive, on était là pour faire masse, pour faire du nombre. Et après, c'est vrai que je suis resté même s'il y avait les lacrymos, parce que je trouvais ça injuste et qu'il fallait rester. Y'avait des gens, y'avait des pères de famille, y'avait des anciens, y'avait un petit peu de tout et voilà, moi je voulais rester aussi avec les gens pour montrer qu'on était là mais sans...

(Quentin n'a plus d'œil gauche)


> Jyhel, du Collectif NDDL de Nîmes

19/02/2014

France : la déportation d'enfants pendant 18 ans (1963 à 1981) de la Réunion vers la métropole. Le pouvoir politique a-t-il tous les droits ?

lu sur Le Point :

Réunionnais de la Creuse : les dessous d'un scandale d'État

Comment la République a-t-elle pu déplacer 1 615 enfants pour repeupler les campagnes de métropole ? Interview.

Le Point.fr - Publié le 18/02/2014 à 17:09 - Modifié le 19/02/2014 à 06:15

Cela a duré dix-huit ans. De 1963 à 1981, sous l'impulsion de Miche Debré, est organisé le transfert - certains diront la "déportation" - de plus de 1 600 enfants réunionnais vers la métropole. Des gamins déracinés, souvent considérés abusivement comme pupilles de l'État, et envoyés en Creuse ou dans le Cantal pour repeupler les campagnes victimes de l'exode rural. En 2002, l'un d'eux, Jean-Jacques Martial, dépose une plainte pour "enlèvement et séquestration de mineurs, rafle et déportation". Sans suite. À cette occasion, cependant, l'affaire dite des "Réunionnais de la Creuse" se réveille. Mardi, l'Assemblée nationale a pour la première fois voté une résolution où elle "demande à ce que la connaissance historique de cette affaire soit approfondie et diffusée", "considère que l'État a manqué à sa responsabilité morale envers ces pupilles" et "demande à ce que tout soit mis en oeuvre pour permettre aux ex-pupilles de reconstituer leur histoire personnelle". Le sociologue Philippe Vitale de l'université d'Aix-Marseille, coauteur de Tristes Tropiques de la Creuse, livre de référence sur la question, éclaire ce pan méconnu de l'histoire. 

Le Point.fr : Dans quel contexte ce transfert d'enfants s'organise-t-il ? 

Philippe Vitale : La départementalisation de La Réunion a eu lieu en 1946. L'île est à l'époque dans un état catastrophique sur le plan sanitaire, social, du point de vue des structures hospitalières ou de l'aide à l'enfance. S'ajoute à cela une démographie galopante : à partir de 1951, le taux de natalité du département dépasse les 50 pour 1000 quand il avoisine les 19,5 pour 1000 en métropole - et ce, en pleine période de baby-boom. Parallèlement éclatent à la fin des années 1950 des insurrections côté Caraïbes, pour demander l'indépendance ou l'autonomie ; l'Algérie est en passe d'être "perdue". Commence enfin, à cette période, la désertification des territoires ruraux en métropole. Il faut garder à l'esprit l'ensemble de ces éléments pour comprendre la politique de Michel Debré.

Il devient député en 1963. Quel est son projet pour La Réunion ? 

À l'époque, il vient de perdre les législatives en Indre-et-Loire et son poste de Premier ministre. La Réunion, où il est élu à 80 % après une période de chaos électoral, lui permet de revenir sur la scène politique. Il s'y donne une mission : être l'artisan de la modernité. Il organise la décentralisation administrative, demande et obtient des crédits non négligeables, met en place le service militaire pour les Dom-Tom avec, en arrière-fond, le vieil idéal troisième-républicain de l'intégration par l'armée. Il fait distribuer du lait et des collations aux enfants des écoles - on l'appelle même "papa Debré"... 

Comment définiriez-vous sa ligne politique ? 

Elle peut se résumer en trois points. Le jacobino-nationalisme, d'abord. L'État est au centre de sa pensée. C'est une pensée d'"empire", ensuite, qui correspond moins à une pensée coloniale raciste qu'à l'idée gaullienne de la "plus grande France", d'un empire qui permettrait à la France d'être une puissance géopolitique mondiale et où tous les Français, de quelque coin du monde qu'ils viennent, seraient des Français à part entière. L'anti-communisme, enfin. Il est aidé sur ce point par une ordonnance qui permet de se débarrasser de certains fonctionnaires au prétexte du maintien de l'ordre public, un texte qui verrouille la politique locale.

Quand le transfert des enfants commence-t-il ? 

Dès 1963, avec la création du Bumidom (Bureau pour le développement de l'immigration intéressant les Dom) et du Cnarm (Comité national d'accueil et d'actions pour les Réunionnais en mobilité). Le premier s'occupe des convois, des transports, etc. Le second joue le rôle de relais pour l'arrivée en métropole. De 1963 à 1981 partent 1 615 enfants, de tous âges. 

Qui sont-ils ? 

Il y a trois cas. Les pupilles de l'État, qui font l'objet d'un abandon expressément formulé. Les "mineurs en garde", dont la responsabilité est confiée aux autorités administratives par décision de justice. Enfin, les "mineurs recueillis temporairement" : les parents donnent leur accord pour que la Ddass s'occupe temporairement d'eux. 

On parle cependant d'eux surtout comme de "pupilles". 

En effet, ces enfants sont majoritairement considérés comme tels. Je dis "considérés", parce que c'est tout le problème : beaucoup ont été déclarés pupilles alors qu'ils avaient des parents à La Réunion. 

Comment cela a-t-il été possible ? 

Je n'ai pas de réponse à cette question. C'est tout le noeud de l'affaire. Les données sont extrêmement parcellaires, d'autant que les archives ont brûlé à La Réunion dans les années 1970. 

Qu'est-ce que les familles réunionnaises savaient de ces "transferts" ? 

Le plus souvent, il y a dans les dossiers une empreinte de doigt et une croix : les parents ne savaient pas, je crois, ce qui s'y trouvait. Il s'agissait de familles marginalisées, très pauvres, souvent illettrées, avec beaucoup de problèmes sociaux. Il faut imaginer ce que cela pouvait signifier, pour ces gens, de voir arriver les fonctionnaires de la Ddass, les représentants de l'État français. On explique aux parents qu'on les a repérés, qu'ils ont des difficultés, et on leur propose de s'occuper d'un enfant, qui aura de quoi se vêtir, qui fera des études, qui connaîtra l'eldorado de la métropole tout en pouvant revenir pour les vacances. Beaucoup pensaient que ce serait mieux pour leurs enfants. 

Croyez-vous qu'on leur ait sciemment menti ?

Non, je ne pense pas. J'ai pu avoir quelques entretiens avec des personnels de la Ddass de l'époque, bien qu'ils soient peu nombreux à vouloir parler. Ce qu'ils disent, eux, c'est qu'ils avaient pour consigne de faire sortir les gamins de leurs familles, de les sauver. Il ne faut pas non plus faire de romantisme : à La Réunion, ces enfants vivaient aussi, parfois, des situations très dures. 

Que sont-ils devenus ? 

Tous ont souffert. Nous avons rencontré plus de 60 d'entre eux et je n'en ai trouvé aucun, y compris chez ceux qui estiment qu'il faut tourner la page, qui n'ait pas versé une larme pendant l'entretien. Il y a eu une violence, sinon toujours sur les corps, du moins symbolique. Aucun n'est arrivé à un métier fantastique. Certains sont devenus ouvriers, certains touchent le RSA, certains ont fini en institution psychiatrique. 

Qu'en est-il des familles d'accueil ? 

À mes yeux, il y a trois victimes dans cette affaire. D'abord les ex-mineurs, bien sûr, qu'on a traités comme du bétail. Les familles réunionnaises, ensuite. Mais enfin, aussi, les familles d'accueil qui n'ont pas toutes brutalisé, violé ni exploité ces mineurs et qui, en ce cas, ne comprennent pas le procès qui leur est fait. Traiter les Creusois en Thénardier, en négriers, c'est faire à beaucoup d'entre eux un faux procès même si, en effet, des atrocités ont été commises. Par ailleurs, je crois qu'il ne faut pas perdre de vue, non plus, l'idéologie de l'époque. Le credo de la Ddass était de couper les pupilles de leur contexte familial, y compris en séparant les fratries. On le faisait pour tous, Bretons, Provençaux ou Réunionnais. La psychologie infantile n'existait pas, ou à peine. Sauf qu'en l'espèce les enfants venaient d'une île à des milliers de kilomètres de distance, d'une culture et d'un climat différents. Surtout, ils avaient des parents au départ. 

Pourquoi cette histoire est-elle si peu connue ? 

Ce que je comprends mal, c'est la démission des intellectuels. Parce qu'il y a eu des alertes, très tôt ! Dès 1963, Wilfrid Bertile, qui fut plus tard député du département, signale ce transfert de population. Des ouvrages parlent d'une émigration forcée. Une campagne de presse initiée par Témoignages, le journal du PC réunionnais, évoque dès 1968 des rafles d'enfants. Libération parle de "déportation" en 1973... Pourquoi n'y a-t-il pas eu de réaction ? L'ordonnance Debré peut l'expliquer, mais en partie seulement. Aujourd'hui, la réception de cette histoire reste en dents de scie. Lorsqu'il y a un procès, on en parle, puis l'affaire s'éteint. Ces enfants, je crois, sont l'expression d'une période historique, du rapport de la métropole à l'outre-mer, de l'image que la France a eue d'elle-même à une époque, a d'elle-même aujourd'hui. Ils sont emblématiques de la place de l'État dans la société française, et de son évolution. Ces transferts semblent n'avoir posé aucun problème à la majorité des Réunionnais et des métropolitains de l'époque. Quarante ans plus tard, c'est un scandale. 

Que pensez-vous du texte de la résolution présenté aujourd'hui à l'Assemblée ? 

Il est nécessaire, mais pas suffisant. On dit que cette histoire doit être connue, diffusée. D'accord, mais comment ? On considère que l'État a manqué à sa responsabilité morale vis-à-vis de ces enfants. Encore d'accord, mais un rapport de l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) a été publié en 2002 qui invalide toute responsabilité publique. Qu'est-ce que cela signifie exactement ? On dit enfin qu'il faut permettre aux anciens mineurs de reconstituer leur histoire personnelle. Très bien, mais comment procède-t-on dès lors que, parfois, les avocats eux-mêmes ont échoué ? Je crains que ce texte ne permette à certains politiques de refermer le dossier. Alors que ce n'est pas la fin, c'est le début.

Apartheid en Palestine : l'eau

lu sur :

En Israël, l'autre Watergate

En évoquant la discrimination en matière d'accès à l'eau pour les Palestiniens, le président du Parlement européen a provoqué l'ire de députés israéliens.

Le Point.fr - Publié le 18/02/2014 à 06:00

Il est des imprudences à ne commettre sous aucun prétexte en Israël. Critiquer l'État hébreu au coeur de la Knesset en fait partie. Martin Schulz l'a appris à ses dépens. Invité par le Parlement israélien à l'occasion d'une visite de cinq jours au Proche-Orient, le président du Parlement européen s'est attiré les foudres de députés après les avoir questionnés sur l'inégalité de l'accès à l'eau entre Israéliens et Palestiniens. Pis, certains élus sont même allés jusqu'à quitter l'enceinte. Rien ne laissait pourtant présager d'une telle issue. 

Dans son discours prononcé mercredi dernier devant la Knesset, Martin Schulz se livre tout d'abord à une apologie passionnée de l'État hébreu. Le président du Parlement européen loue les vertus de la "robuste démocratie israélienne", une "société vibrante et ouverte avec tous les débats que cela implique, ainsi qu'une économie moderne". Un pays qui "incarne l'espoir chéri par tout un peuple de pouvoir vivre en liberté dans sa propre patrie". 

Dérapage

C'est donc tout naturellement que Martin Schulz a souligné le droit d'Israël à l'autodéfense face aux "attaques terroristes (...) contre des personnes innocentes", autrement dit les roquettes tirées sur Israël en provenance de Gaza. De la même façon, l'Allemand a justifié les inquiétudes de l'État hébreu face au programme nucléaire iranien, "une menace non seulement pour Israël, mais aussi pour la paix du monde en général". Mais ce plaidoyer va être quelque peu "terni" par quelques remarques sur l'alarmante situation dans les territoires palestiniens. Un dérapage, vont même estimer plusieurs députés du parti nationaliste religieux Foyer juif.

Martin Schulz fait part de sa rencontre, deux jours plus tôt, avec de jeunes Palestiniens de Ramallah, en Cisjordanie. "La question que ces gens m'ont posée et que j'ai trouvée le plus émouvante - même si je ne pouvais pas vérifier les chiffres exacts - fut la suivante : comment se fait-il qu'un Israélien est autorisé à utiliser 70 litres d'eau par jour et un Palestinien seulement 17 ?" L'embarras est palpable dans l'arène. Des voix s'élèvent même du côté du Foyer juif. Le président du Parlement européen poursuit malgré tout.

Excuses exigées

"Le blocus de la bande de Gaza est votre réponse aux attaques sur les civils israéliens et je peux le comprendre. Mais il étouffe tout développement économique et conduit les peuples au désespoir - un désespoir qui à son tour est exploité par les extrémistes. En réalité, le blocus mine, plus qu'il ne renforce, la sécurité d'Israël." Cette fois, c'en est trop. Les députés du parti pro-colons, dont son charismatique leader, le ministre de l'Économie Naftali Bennett, se lèvent et claquent la porte de la Knesset. 

Le ministre exige alors des "excuses du président du Parlement européen, qui a répété deux mensonges que lui ont fait gober les Palestiniens". "Je n'accepterai pas de faux discours moralisateur contre Israël dans notre Parlement. Certainement pas en allemand", s'emporte-t-il sur sa page Facebook. Si le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou se garde bien, quant à lui, de fustiger l'attitude de Martin Schulz, il lui reproche tout de même d'avoir cité de mauvais chiffres sans les avoir vérifiés au préalable. "Peut-être la réaction de certains députés a-t-elle été exagérée", admet aujourd'hui Yaron Gamburg, porte-parole de l'ambassade d'Israël en France. "Mais il est malheureux qu'en ne vérifiant pas ses chiffres, Martin Schulz soit ainsi tombé dans le piège de la propagande palestinienne, ce qui est très grave." 

"Discrimination indéniable" (ONG)

"Les propos de Martin Schulz ont été rapportés comme une accusation grave, alors qu'il a simplement posé une question qui rapportait une situation problématique évoquée à plusieurs reprises lors de sa visite en Palestine", souligne son entourage. "Quant aux chiffres prononcés, si ceux-ci ne sont peut-être pas tout à fait exacts, ils restent dans le même ordre de grandeur que ceux admis par l'ONU et les ONG indépendantes." 

L'ONG israélienne des droits de l'homme B'Tselem estime qu'une "discrimination indéniable" est en effet pratiquée par le gouvernement israélien dans le volume d'eau alloué aux Palestiniens. Selon la compagnie nationale israélienne de l'eau, Mekorot, la consommation moyenne en eau des 8 millions d'Israéliens oscille entre 100 et 230 litres par personne et par jour. Côté palestinien, la consommation moyenne quotidienne en Cisjordanie pour les foyers reliés au réseau d'eau s'élève à 73 litres, alors que l'Organisation mondiale de la santé recommande un minimum de 100 litres. À Gaza enfin, la consommation moyenne est comprise entre 70 et 90 litres par personne et par jour, mais pour une qualité d'eau "extrêmement pauvre".

Quatre fois plus d'eau qu'un Palestinien

Pour sa part, l'Autorité palestinienne de l'eau évalue la consommation moyenne des 4,3 millions de Palestiniens (2,7 en Cisjordanie, 1,6 à Gaza) à 73 litres d'eau par jour, contre plus de 242 pour les Israéliens. Ce rapport (3,3) est légèrement plus important pour la Banque mondiale qui, en 2009, estimait qu'un Israélien disposait en moyenne de quatre fois plus d'eau qu'un Palestinien. 

Le partage de l'eau entre Israéliens et Palestiniens en Cisjordanie a été déterminé par les accords d'Oslo II signés en 1995. En vertu du texte, les Palestiniens se voient allouer 118 millions de mètres cubes par année, alors qu'Israël se réserve 483 millions de mètres cubes, toute quantité supplémentaire étant vendue à prix coûtant par l'État hébreu. Problème, ces accords intérimaires étaient censés durer cinq ans, avant la création du futur État palestinien qui devait aboutir à une renégociation complète. Or, près de vingt ans plus tard, Oslo II tient toujours, bien que la population palestinienne - et donc ses besoins - ait doublé.

"Technologie avancée"

"Nous avons augmenté la quantité d'eau en conséquence", assure Yaron Gamburg, qui invite à ne pas "jouer avec les chiffres entre Israéliens et Palestiniens". "L'économie israélienne étant plus avancée que l'économie palestinienne, les besoins sont différents", souligne le porte-parole de l'ambassade d'Israël en France, qui revendique pour sa part un rapport de 2. Le diplomate ajoute que la quasi-totalité des Palestiniens de Cisjordanie (près de 95 %, NDLR) demeurent aujourd'hui connectés au réseau d'eau produit par Israël, bénéficiant ainsi de sa "technologie avancée". Là-dessus, le rapport de la Banque mondiale pointe le grand déséquilibre en faveur d'Israël dans les techniques de puisage d'eau en territoire palestinien.

D'après le quotidien israélien Haaretz, "seules 20 % des ressources en eau en Cisjordanie vont aux Palestiniens, contre 80 % aux Israéliens". Un constat renforcé par l'impossibilité pour l'Autorité palestinienne d'accéder aux eaux du Jourdain. Plus grands bénéficiaires de cette manne, les colons israéliens, dont la présence en territoire palestinien est pourtant illégale au regard du droit international. La question hautement stratégique du partage de l'eau au Proche-Orient a été au centre d'un rapport d'information pour la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale. 

L'"inquiétude" de Martin Schulz

Remis en décembre 2012 par le député socialiste et ancien ministre de l'Agriculture Jean Glavany, le document décrit la question de l'eau comme "révélatrice d'un nouvel apartheid au Moyen-Orient". "Il faut savoir, par exemple, que les 450 000 colons israéliens en Cisjordanie utilisent plus d'eau que 2,3 millions de Palestiniens", souligne notamment le rapport français, qui a été conspué en Israël. 

Car pour Yaron Gamburg, le travail de Jean Glavany s'inscrit dans la même logique que les déclarations de Martin Schulz. "Il existe de plus en plus, en Europe, une écoute sélective des Palestiniens, qui accusent Israël de tous les maux sans vérifier les chiffres exacts", affirme le porte-parole israélien. Or, à en croire le diplomate, "ce genre de tentative crée des obstacles pour empêcher le dialogue entre Israéliens et Palestiniens". 

Au contraire, Martin Schulz a fait part jeudi, dans les colonnes du quotidien allemand Die Welt, de "sa surprise" et de "son inquiétude" après l'incident survenu à la Knesset, non sans rappeler qu'il avait prononcé "un discours pro-Israël". Mais son entourage de souligner toutefois que "ce ne sont pas tous les députés qui ont quitté l'enceinte, mais une poignée d'élus d'extrême droite". 

14/02/2014

Pour les parisien, à voir : Sur les traces de l'exode palestinien

à voir sur MEDIAPART :

 
Sur les traces de l'exode palestinien
PAR BRUNO FERT

 

Sur les traces de l'exode palestinien

PHOTOGRAPHE : BRUNO FERT

1948 marque la création de l'État hébreu, la première guerre israélo-arabe, et l'exode de plus de 700 000 Palestiniens. Des villages entiers sont laissés à l'abandon, voire effacés de la carte. Les Absents remonte le temps pour chercher où les discordes se sont transformées en guerre. L'écriture photographique sert donc un double propos. Documentaire, en ce qu'il archive des lieux d'Histoire, et humain, car l'absence des populations autochtones imprègne les images. Le travail de Bruno Fret a reçu le prix Roger Pic 2013, et sera l'une des productions exposées au Festival Circulation(s), dédié à la jeune photographie européenne, du 8 février au 16 mars.

Circulation(s), festival de la jeune photographie européenne 

Du 7 février au 16 mars 2014 au CENTQUATRE-PARIS.
CENTQUATRE, 5 rue Curial 75019 Paris

Du mardi au vendredi de 13h à 19h
Week-end de 12h à 19h
Fermé le lundi
Accès libre et gratuit 
Accès spécifique les soirs de spectacle : entrée 5 rue Curial uniquement

ACCÈS

Métro : 
Riquet (ligne 7)
Stalingrad (lignes 2, 5 et 7) 
Marx Dormoy (ligne 12)

13/02/2014

Chine et Taïwan : vers un rapprochement ?

lu sur :

www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/02/13/la...

Le Monde.fr | 13.02.2014 à 11h54 |Par Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)

Les rencontres débutées mardi 11 février, à Nankin, entre Wang Yu-chi, officiel taïwanais chargé des relations avec la Chine continentale, et son homologue Zhang Zhijun, chef du bureau chinois des affaires taïwanaises, marquent un nouveau pas dans la normalisation des relations entre Chine et Taïwan.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Même si aucun accord ne doit être signé lors de la visite de M.Wang, qui doit prendre fin vendredi, la phase est délicate. Pékin veut accélérer la dynamique du rapprochement politique avec la République de Chine en vue d'un traité de paix et d'une réunification, dont il serait le partenaire dominant. Taïpei, tiraillé par un jeu politique complexe où entrent en compte des considérations économiques mais aussi identitaires, exclut toute solution non démocratique.

C'est la première fois qu'une rencontre formelle a lieu en Chine entre ces deux émissaires officiels des deux Chines, dont les relations obéissent à un statu quo fragile mais apaisé depuis le retour au pouvoir en 2008 du Kuomintang (KMT) à Taïwan. Le parti nationaliste, dont la direction s'était exilée, en 1949, à Formose avec 2 millions de réfugiés après la défaite face aux communistes, milite pour le concept d'une seule Chine dans une acception différente de celle de Pékin. L'opposition taïwanaise, elle, n'a aucun complexe à couper les ponts avec le continent.

« COMPATRIOTES DE TAÏWAN »

Le choix de Nankin pour ces pourparlers est hautement symbolique. Ce fut la capitale de la Chine de Tchang Kaï-chek, le premier président taïwanais, jusqu'en février1949. M.Wang, l'émissaire taïwanais, doit y visiter le mausolée de Sun Yat-sen, le fondateur du KMT. Pékin joue la carte de la séduction. Zhang Zhijun, le chef du bureau des affaires taïwanaises au sein du gouvernement chinois a veillé à désigner par son titre officiel son homologue, détail surveillé de près de l'autre côté du détroit de Formose, où toute tentative de rabaisser Taïwan constitue un affront.

En 2010, une autre ancienne capitale nationaliste, Chongqing, avait été retenue pour la signature de l'accord-cadre de coopération économique (ECFA) venu sceller le rapprochement économique amorcé en 2008, avec le lancement de vols directs entre Pékin et Taïpei, et l'ouverture de l'île aux touristes chinois (2,8 millions en 2013).

La Chine, elle, accueille depuis longtemps les Taïwanais – des millions y résident –, avec le statut de « compatriotes de Taïwan ». Deux agences semi-gouvernementales, la Fondation pour les échanges dans le détroit pour Taïwan et l'Association pour les relations à travers le détroit de Taïwan pour la Chine, avaient alors servi d'intermédiaires, tandis que des discussions en coulisses étaient menées entre le KMT et le PCC.

« Le danger et le défi pour Taïwan, c'est que Pékin a pour objectif de l'obliger tôt ou tard à engager des discussions politiques », explique Jean-Pierre Cabestan, de l'Université Baptiste à Hongkong. Les rencontres engagées mardi visent à établir des canaux plus efficaces et contraignants de dialogue. « Jusqu'à maintenant, poursuit-il, MaYing-jeou [le président taïwanais, KMT] avait freiné pour des raisons de politique intérieure. On le sent sous la pression de Pékin pour ouvrir ces discussions ou, du moins, en établir le cadre. Ce cadre est important, car il s'imposera à tous les gouvernements taïwanais futurs. » Cette stratégie a pour but, selon le chercheur, de réduire la marge de manœuvre de Taïwan.

« LÉGUER LA DIVISION POLITIQUE AUX GÉNÉRATIONS QUI SUIVENT »

Dans le même temps, la Chine communiste a pris conscience qu'elle s'aliénait une partie de l'opinion publique taïwanaise à ne vouloir dialoguer qu'avec le KMT. Pékin tente ainsi de se montrer plus conciliant avec l'opposition.

Mais alors que Xi Jinping, le numéro un chinois, a fait connaître son souhait impatient de ne pas « léguer la division politique aux générations qui suivent », le président taïwanais MaYing-jeou, handicapé par une popularité de moins de 10%, est loin d'avoir les coudées franches. A deux ans de la fin de son second et dernier mandat, il doit faire face à une fronde au sein de son propre parti. Les efforts de M. Ma pour faire ratifier d'un bloc le volet « services » de l'ECFA se sont ainsi soldés par un fiasco politique en 2013.

Taïpei reste sur la défensive, alors que Pékin est plus confiant que jamais. La Chine, qui absorbe 40% des exportations taïwanaises, dispose d'atouts et d'alliés efficaces, notamment les taishang, les barons de l'industrie taïwanaise qui ont délocalisé en Chine.

Pourtant, le soft power taïwanais a lui aussi effectué en Chine une percée subtile. Taïpei invite les faiseurs d'opinion chinois. Ceux-ci en reviennent conquis par les vertus du système taïwanais. C'est le cas de Li Chengpeng, blogueur superstar (320 millions de pages vues). Le récit de son voyage initiatique en Chine démocratique, publié fin 2013, est un portrait en creux, et à charge, du régime communiste.

L'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

communiqué :

DECLARATION DES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN 
Constitution du 24 juin 1793 
- Article 35 :
 
Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.    
 
Si cet article a disparu des Constitutions suivantes, donc de la Constitution actuelle, c'est qu'il met en danger une règle non écrite que tous les partis politiques acceptent sans jamais la remettre en cause : 
 
"Représentant élu du Peuple" est une profession réservée aux politiciens professionnels 
 
N'êtes-vous pas choqué de cette situation ? Est-il normal que nos "représentants" soient des professionnels de la politique, qu'être "ÉLU DU PEUPLE" soit une profession, comme plombier, dentiste ou instituteur ?
 
Dans le domaine politique, la société française est une société de castes, il faut bien l'admettre. 
 
Il y a deux castes :
 
la caste des politiciens professionnels : ceux qui sont chargés de gérer la société dans laquelle nous vivons.
la caste des intouchables, politiquement parlant : ceux qui n'ont aucun droit dans cette gestion, autre que celui de mettre un bulletin dans une urne, de temps à autre.
 
Ce genre de société conduit inéluctablement à des révoltes périodiques (des "révolutions"), où les "intouchables", finissant par décider de mettre à bas leurs maîtres, tentent d'organiser autrement la société.

En 2014, une opportunité s'ouvre de tenter une "révolution par les urnes" : les élections municipales. 

Jusqu'à présent, les listes présentées aux élections municipales dans les villes d'une certaine importance ont été conduites exclusivement par des partis ou des mouvements politiques, dont la seule fonction est de présenter le programme d'un parti politique ou d'une idéologie. 
 
Ce système, consciemment ou inconsciemment accepté par tous, IL EST TEMPS DE LE BOUSCULER, afin de redonner à TOUTES et TOUS la maîtrise d'une vie "politique démocratique" au sens étymologique du terme : 
 
SOUVERAINETÉ DU PEUPLE DANS L'ORGANISATION DE LA VIE SOCIALE
 
Pour les municipales de 2014, IL FAUT DÉPOSER PARTOUT, dans toutes les villes, 
 
DES LISTES "CITOYENNES" constituées à parité de citoyennes et de citoyens  SOUCIEUX DU BIEN COMMUN, dont la fonction ne soit pas d'avaliser le programme d'un parti politique ou d'une idéologie, quel que puisse être ce programme.
 
Si vous voulez y participer, écrivez à l'association " Une place pour tous ! ":
 
uneplacepourtous@cegetel.net

Même si les moyens dont nous disposerons pour faire campagne sont infimes, l'aspect symbolique de ce mouvement de révolte citoyenne aura des répercussions sur notre société, il ne faut pas en douter.

-------------------

ci-dessous, une réponse à cet appel :

"Pour les municipales de 2014, IL FAUT DÉPOSER PARTOUT, dans toutes les villes, "
 
C'est ce que nous avons fait à St Nazaire en 2008 avec la liste Label gauche que je conduisais (17, 89 %) et que nous réessayons avec difficultés en 2014 avec la liste "Alternative citoyenne pour St Nazaire" essuyant les tirs de barrages du PG et du NPA...
 
Notre blog, n'hésitez pas le faire connaître et y mettre des commentaires

la même chose pour notre profil Fessebouc www.facebook.com/SaintNazaire2014

------------------------

à propos d'élus non professionnels de la politique, lire l'article suivant sur l'expérience italienne :

Le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo s'enracine dans l'électorat.pdf

lire aussi sur ce blog la note :

Renouveler la Démocratie...

09/02/2014

France : quid de l'aménagement du territoire ?

lu sur :

www.lemonde.fr/idees/article/2014/02/07/amenagement-du...

Le Monde.fr | 07.02.2014 à 14h47 |Par François Sauvadet (Ancien ministre, vice-président du groupe UDI à l'Assemblée Nationale)

 

 

 

 

C'est le grand absent de la politique du gouvernement depuis 18 mois. Ce terme d' « aménagement du territoire », le président de la République ne l'a pas prononcé une seule fois lors de sa conférence de presse et il a même disparu des intitulés ministériels pour la première fois depuis 30 ans. L'une des principales victimes du « changement » du 6 mai 2012 est bien l'aménagement du territoire.

Ce n'est plus une priorité du Parti Socialiste depuis longtemps : cela fait plus de vingt ans qu'aucun de ses membres n'a occupé le poste de ministre en charge de l'aménagement du territoire. L'avant-dernier socialiste qui en fut titulaire était Gaston Defferre ! L'aménagement du territoire sera pourtant avec l'emploi l'un des plus grands défis du XXIe siècle. Il répond à un double objectif crucial : garantir la justice spatiale en venant en aide aux territoires défavorisés et améliorer l'organisation économique du pays.

Mais dans le logiciel des Verts et des Socialistes, les territoires défavorisés se résument aux banlieues ! Le think tank Terra Nova l'avait d'ailleurs souligné dans rapport « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? » : la clientèle électorale de la gauche se situe dans les villes et les zones urbaines sensibles. Terra Nova se réjouissait clairement de ce constat : « Ce rapport de force lui [est] d'autant plus bénéfique que la France est plus urbanisée aujourd'hui qu'hier. »

C'est donc toute la « France d'à-côté », ces territoires ruraux et ces zones périurbaines, qui disparaissent des radars des politiques publiques lors de chaque retour au pouvoir de la gauche. La politique menée par François Hollande depuis un an et demi le confirme : suppression de plus de la moitié des chefs-lieux de cantons de France, mise à mort de la représentation politique des territoires ruraux avec le redécoupage des départements, Acte III de la décentralisation saucissonné en donnant la part belle aux métropoles et en repoussant aux calendes grecques la partie consacrée aux solidarités territoriales.

François Hollande a confirmé cette inclinaison faussement moderne et dangereuse lors de sa conférence de presse en développant sa vision des métropoles et des Régions tandis que les départements devront, selon une formule aussi floue que lapidaire, « redéfinir leur avenir ». Oui, notre pays a besoin de métropoles fortes et d'une organisation des régions rationnalisée – ce que prévoyait d'ailleurs la réforme du conseiller territorial voté par le Gouvernement précédent et supprimée par François Hollande – mais cela ne saurait remplacer la nécessaire mise en œuvre des solidarités territoriales !

Confier aux métropoles la solidarité territoriale est une absurdité. Je le vis en tant que président du Conseil Général de la Côte-d'Or : le président de l'agglomération dijonnaise, François Rebsamen, reprend quotidiennement à son compte la maxime chère à Mme Thatcher : « I want my money back » (rendez l'argent). En effet, puisque la métropole dispose de la majorité des ressources, elle souhaite se réaffecter les crédits collectés. C'est en réalité à la disparition de la solidarité territoriale que nous assistons !

Quelques solutions simples permettraient de redonner un souffle à nos territoires sans abandonner la France périphérique : abandonner la clause générale de compétence et confier aux départements les solidarités de proximité, compenser à l'euro près le RSA et les prestations sociales dont l'Etat fixe le montant (en hausse) et qui assèchent nos ressources, diminuer le nombre d'élus locaux tout en conservant des circonscriptions de proximité… Et si le gouvernement finit par aller, à terme, vers la disparition des départements, ce qui est programmé, c'est le visage même de la France qui en sera transformé. Car qui assumera les solidarités territoriales demain ? Un Etat exsangue ? Des régions plus vastes ?

Répondre au défi de l'aménagement du territoire est un impératif économique et politique dans un pays aussi vaste que le nôtre, le plus grand de l'Union Européenne. Impératif  économique, car l'abandon de pans entiers de la France ne peut qu'affaiblir la croissance du pays tout entier ; impératif  politique car c'est aujourd'hui le Front National qui se repaît de cet abandon.

« Aménager le territoire, c'est prendre conscience de l'espace français comme richesse et comme devoir » disait Edgard Pisani. J'ajouterais qu'abandonner cet aménagement, c'est appauvrir la France et manquer à son devoir.

François Hollande s'est déjà renié sur le plan économique en préconisant des solutions allant à rebours de tout ce qu'il a entrepris depuis dix-huit mois, il est désormais urgent qu'il abandonne sa politique territoriale hémiplégique et qu'il offre un véritable projet d'avenir à la France d'à-côté !

  • François Sauvadet (Ancien ministre, vice-président du groupe UDI à l'Assemblée Nationale) 

Inde : le ministre de l'écologie favorise l'exploitation des énergies fossiles

lu sur :

www.lemonde.fr/planete/article/2014/02/08/en-inde-un...

LE MONDE | 08.02.2014 à 10h15 • Mis à jour le 08.02.2014 à 15h20 |

Par Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)

A quoi reconnaît-on un bon ministre ? Au nombre de dossiers qu'il traite, selon Veerappa Moily, qui ne cesse pas d'en donner le décompte dans la presse nationale. Le ministre indien du pétrole et du gaz naturel, qui a hérité en plus, en décembre 2013, du portefeuille de l'environnement, en détient probablement le record.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Plus d'un mois après sa prise de fonctions, il a donné son feu vert à 100 projets industriels ou d'infrastructures représentant l'équivalent de 30 milliards d'euros d'investissements, parmi lesquels l'aménagement d'un port, l'ouverture de mines de charbon ou encore la construction d'un complexe sidérurgique par le groupe sud-coréen Posco, dans l'Odisha, à l'est du pays.

« Je n'ai jamais vu un ministre censé protéger l'environnement causer autant de dégâts en aussi peu de temps », se désole Sugandh Juneja, du Centre pour la science et l'environnement, un think tank basé à New Delhi. Les organisations non gouvernementales sont tellement inquiètes que l'une d'entre elles, Greenpeace, a déjà demandé la démission du ministre. Elle l'accuse « d'expédier les dossiers en ignorant tous les acteurs concernés, à l'exception des entreprises ».

« IL Y A UN CONFLIT D'INTÉRÊTS ÉVIDENT »

Les défenseurs de l'environnement soupçonnent le premier ministre indien, Manmohan Singh, d'avoir nommé Veerappa Moily à ce poste pour accélérer les projets industriels et amadouer les milieux d'affaires à six mois des élections législatives. Le manque d'infrastructures est régulièrement cité comme étant l'un des principaux handicaps de l'économie indienne, participant au ralentissement de la croissance, qui est à son plus bas niveau depuis dix ans.

Il est vrai qu'il faut parfois des années pour obtenir les nombreuses autorisations nécessaires avant de pouvoir démarrer le moindre projet. Lors de sa dernière conférence de presse, en décembre, l'ancienne titulaire du portefeuille de l'environnement, Jayanthi Natarajan, avait justifié l'importance du délai nécessaire pour évaluer l'impact environnemental des grands projets par l'organisation de consultations avec toutes les parties prenantes. Y compris les populations concernées, afin d'éviter de nouvelles catastrophes comme les inondations qui ont ravagé en 2013 une partie de l'Uttarakhand, un Etat situé dans les contreforts de l'Himalaya, à cause de la déforestation.

Son successeur ne partage pas la même approche. « Mon principal objectif est de simplifier les procédures, a-t-il déclaré. La vie est simple, alors, pourquoi les règles et les régulations devraient-elles être compliquées ? »

Dès le jour de sa prise de fonctions, Veerappa Moily a réclamé l'assouplissement des règles de protection de l'environnement, suggérant ainsi de suspendre l'évaluation de l'impact sur l'environnement exigée pour l'ouverture de carrières de sable de moins de 25 hectares.

Au bénéfice de qui ? Veerappa Moily est aussi ministre de l'énergie et du pétrole, et donc – à ce titre – en charge de l'exploitation pétrolière et gazière, ainsi que des entreprises publiques concernées. « Il y a un conflit d'intérêts évident », estime Jagori Dhar, représentant de Greenpeace.

« ÉVALUATIONS EN TOUTE INDÉPENDANCE, OBJECTIVITÉ ET TRANSPARENCE »

Dans bien des cas, quand il s'agit de donner son feu vert à la construction d'infrastructures, le gouvernement est à la fois juge et partie. C'est pourquoi la Cour suprême indienne a demandé, le 6 janvier, au gouvernement de créer un poste de régulateur indépendant « pouvant mener des évaluations en toute indépendance, objectivité et transparence ». Le ministre de l'environnement a promis d'obtempérer d'ici à la fin du mois de mars.

Les juges ont relevé de nombreuses irrégularités, dont certaines étaient mentionnées dans une étude commandée par le ministère de l'environnement lui-même il y a trois ans. Le constat était sans ambages : « Le nombre et la complexité des projets nécessitant une autorisation environnementale ont augmenté drastiquement, alors que les capacités et les ressources du ministère de l'environnement sont restées limitées. »

Les deux auteurs du rapport, issus de l'Institut de technologie de New Delhi, soulignent que les autorisations délivrées reposent essentiellement sur les données fournies par les promoteurs des projets et en concluent que « l'absence de données fiables et authentifiées rendent les rapports d'impact environnemental subjectifs, inconsistants et de faible qualité ».

C'est aussi le contrôle et le suivi des garanties environnementales qui fait défaut en Inde. Les équipes qui dépendent du ministère de l'environnement ou des Etats sont en sous-effectif notoire et n'ont souvent pas les moyens matériels de vérifier sur place si un industriel a bien reboisé un site ou réapprovisionné les nappes phréatiques comme il s'y était engagé.

04/02/2014

Apartheid en Palestine : les colons triomphants

lu sur :

Jeunes juif fanatiques - Le Temps

www.letemps.ch/Page/Uuid/2c03b2cc.../Jeunes_juif_fanatiques
 

Mardi 04 février 2014

Les Jeunes des collines, militants de l’aile la plus radicale et la plus active des colons de Cisjordanie, ne jurent que par leur supériorité et s’attaquent aux Palestiniens. Les autorités israéliennes dénoncent une forme de «terrorisme»

«Mahomet est un porc!» Le raid s’est déroulé pendant la nuit du 8 au 9 janvier. Lorsqu’ils sont sortis de chez eux au matin, les habitants de Madama, un petit village palestinien proche de Naplouse, ont découvert que plusieurs maisons avaient été taguées à l’encre noire indélébile, et que deux voitures avaient été brûlées. «Vengeance», «Le feu sacré va frapper», proclamaient les slogans rédigés en hébreu et accompagnés d’une étoile de David.

Quelques heures avant ce raid, douze Jeunes des collines, les militants de l’aile la plus radicale et la plus active des colons de Cisjordanie, avaient été capturés et passés à tabac par les habitants de Qoussra, un autre village où ils allaient se livrer à des déprédations. Plusieurs de leurs amis ont donc décidé de les «venger» en attaquant Madama.

Implantés au plus profond de la Cisjordanie, les Jeunes des collines sont entre 5000 et 7000. Ils ne participent pas à une organisation structurée, mais se revendiquent d’une même famille communiant dans la haine des Arabes, des goyim (non-Juifs), des partisans de la paix et de l’establishment en général. Ils se présentent comme des croisés juifs inspirés par la Torah, l’Ancien testament.

Vus de loin, ces fanatiques, dont les plus jeunes sont âgés d’une quinzaine d’années, pourraient faire penser aux hippies des années 1960-1970. Ils portent les cheveux longs, des vêtements bariolés de style gitan, se nourrissent bio et vivent au rythme de la nature. Mais la comparaison s’arrête là, car les Jeunes des collines ont érigé le suprématisme juif en règle de vie.

«Ils sont apparus durant la deuxième Intifada, et certains, tels les habitants de l’implantation de Bat Ayin, ont d’ailleurs créé de véritables réseaux terroristes. Cependant, le courant a vraiment pris son essor à partir du démantèlement des colonies de la bande de Gaza par Ariel Sharon [été 2005]», raconte un ancien officier du service de renseignement de la police nationale israélienne (PNI). «S’estimant trahis par celui qu’ils considéraient comme le chantre de la colonisation, mais également par la classe politique, par Tsahal [l’armée, qui avait procédé à l’évacuation des 6500 colons de Gaza], ainsi que par le Yesha [le puissant lobby des colons disposant de nombreux relais au sein de l’Etat], les plus motivés ont décidé de faire payer leur désillusion aux Palestiniens. C’est alors que l’on a vu se multiplier les déprédations de biens palestiniens, les incendies de voitures et de mosquées.»

 

Au fil du temps, les Jeunes des collines ont plongé dans la violence face à des villageois palestiniens qui supportent de plus en plus difficilement ces agressions. «Tous les ingrédients d’une explosion sont réunis, estime l’ex-officier du renseignement. Si une troisième Intifada doit éclater, personne ne doute que ces fanatiques mettront le feu aux poudres.»

Il faut beaucoup de patience pour rencontrer ces révoltés. Mener des négociations téléphoniques avec des intermédiaires, jusqu’à ce qu’un rendez-vous soit fixé au milieu de nulle part. Dans le cas d’Odaya, 25 ans, une informaticienne qui a abandonné un avenir prometteur dans le high-tech pour poursuivre son rêve messianique, c’était à l’entrée du carrefour de Tapouah, face à l’implantation du même nom et en présence de trois observateurs silencieux. Mais armés.

«Que cela plaise ou pas aux Européens, les Arabes [comprenez les Palestiniens] souffriront tant qu’ils occuperont la Judée-Samarie [la Cisjordanie]», a-t-elle lâché d’emblée, pour définir le cadre de la conversation. «On dit que nous sommes des extrémistes? Et alors? Dieu nous a donné cette terre. A nous de la purifier.»

Récemment, une amie d’Odaya a été interpellée pour avoir craché au visage du député arabe israélien Ahmed Tibi, à la sortie d’une réunion publique. Un autre s’est fait prendre alors qu’il peignait l’expression tag mehir («le prix à payer») sur un abribus. Participe-t-elle à de semblables expéditions? «Je crois au manche de pioche, ricane-t-elle. Un crâne arabe, ça éclate vite.»

L’expression tag mehir qui accompagne chacun des raids des Jeunes des collines signifie «le prix à payer» par les Palestiniens, chaque fois que l’Etat hébreu ordonnera le démantèlement de l’un de leur site et arrêtera leurs partisans. Et cela se produit tous les jours, car les Jeunes des collines sont partout et nulle part à la fois. Y compris à l’intérieur d’Israël.

C’est le cas de Noam, 21 ans, un grand maigrichon qui se rend périodiquement en Cisjordanie pour y mener des actions. Il pleut, il fait froid mais le militant se promène en sandales à lanières de cuir parce qu’il «aime cette terre et veut la sentir frémir». Plutôt enjoué – ce qui est rare dans ce milieu qui semble porter tous les malheurs du monde sur ses épaules –, notre guide connaît le moindre chemin, la moindre grotte de la région de Naplouse. Il nous conduit dans un ancien container où l’attendent deux ses amis équipés de walkie-talkie et d’une barre de fer. Tous trois ont étudié dans une yeshiva (école talmudique), en espérant devenir officier dans une unité d’élite de Tsahal, mais l’armée a refusé de les incorporer en raison de leur proximité avec le Kach, une organisation extraparlementaire s’inspirant de la pensée du rabbin fascisant Meïr Kahane. Le trio s’est donc marginalisé, jusqu’à mener sa propre guerre contre «les Arabes» et contre le système représenté par «le traître Netanyahou, qui veut céder la terre d’Israël à ses ennemis».

 

Assassiné en 1990 à Manhattan par un islamiste, Meïr Kahane, fondateur de la Ligue de défense juive, prônait l’établissement d’un Grand Israël s’étendant de la Méditerranée au Jourdain, ainsi que l’expulsion – ou l’élimination physique selon les circonstances – des Palestiniens qui y résidaient. Elu à la Knesset en 1984, invalidé parce qu’il proférait une sorte de nazisme juif, il garde des dizaines de milliers de supporters, et ses théories sont répandues par un noyau de rabbins militants officiant dans les yeshivot . Le 7 janvier, le commando capturé par les habitants de Qoussra état d’ailleurs dirigé par Meïr Atinega (22 ans), l’un des petits-fils de Meïr Kahane.

«J’ai deux modèles, proclame Noam. Kahane et le tsadik [saint] Baroukh Goldstein, qui a mis sa pensée en pratique.» Comment? En assassinant, en février 1994, 29 Palestiniens qui priaient dans une mosquée d’Hébron. Une tuerie planifiée dans l’espoir de torpiller les accords de paix d’Oslo.

Les Jeunes de collines sont méfiants, voire paranoïaques. Ils considèrent leurs interlocuteurs comme des agents du Département juif du Shabak (la Sûreté générale israélienne), chargés de les infiltrer. «Nous savons ce qu’il faut faire en cas d’arrestation. Ne pas répondre aux questions, ne pas regarder notre interrogateur et prier pour nous donner de la force», affirme Danny R., un spécialiste des raids de nuit sur les oliveraies palestiniennes, interpellé à une dizaine de reprises mais jamais inculpé.

Devenu prolixe au fil de la conversation, ce militant résidant dans les collines proches d’Hébron, raconte que certains de ses amis fument de la marijuana pour se donner du courage avant de partir en opération. Et qu’ils se livrent, lors de leurs soirées, à une sorte de danse du scalp durant laquelle les intervenants agitent des couteaux en faisant semblant de couper la tête d’un ennemi. Arabe, bien entendu. «Nous sommes des frères, personne ne peut rien contre nous», répète Danny à l’envi.

A la suite des dernières attaques, les dirigeants israéliens, dont le ministre de la Défense, Moshé Yaalon, ont élevé la voix pour dénoncer cette forme de «terrorisme» pratiqué par les Jeunes des collines. Cependant, sur le terrain, les soldats de Tsahal ne font pas grand-chose. Au mieux, ils observent de loin, au pire, ils arrêtent les villageois palestiniens lorsqu’ils font mine de se défendre.

 

De son côté, la police interpelle régulièrement des extrémistes suspects – plus de 200 en 2013 –, mais ceux-ci sont rapidement relaxés par les tribunaux. Parce qu’ils sont mineurs et que les preuves manquent. Ces derniers mois, certains ont été bannis de Cisjordanie et assignés à résidence en Israël. Certes, ils respectent l’arrêt du tribunal les concernant, mais ils poursuivent leur croisade en s’en prenant aux lieux de cultes chrétiens, ainsi qu’aux prêtres et aux nonnes qui ne comptent plus les insultes ou les crachats. Voire les bousculades. Où qu’ils se trouvent, les Jeunes des collines ont toujours un «ennemi» à combattre.

 

 

 

03/02/2014

Cuba et l'Amérique du sud

lu sur :

LE MONDE | 30.01.2014 à 10h58 • Mis à jour le 30.01.2014 à 10h59 |Par Paulo A. Paranagua

Le régime cubain s'est offert un succès diplomatique en accueillant à La Havane, mardi 28 et mercredi 29 janvier, le deuxième sommet de la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (Celac). A l'heure des réformes économiques, l'île attise les convoitises des puissances émergentes dans la région.
 

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

« Pour la diplomatie cubaine, ce sommet a été l'opportunité de montrer une île en train de se réformer, avec une notable expansion du secteur privé, la liberté de voyager pour les Cubains et des ouvertures aux investissements étrangers, estime l'analyste cubano-américain Arturo Lopez-Levy, de l'université de Denver (Colorado). C'est un avertissement pour Washington vis-à-vis du coût de sa politique d'isolement à l'égard de Cuba, coupée des réalités du continent : le seul à être isolé est le gouvernement des Etats-Unis. »

L'embargo américain empêche la détente, en dépit de la poignée de main très médiatisée entre Barack Obama et Raul Castro lors des funérailles de Nelson Mandela, en Afrique du Sud, en décembre 2013. Le président des Etats-Unis s'est déclaré disposé à « mettre à jour » les relations avec Cuba, mais il ne dispose pas de majorité au Congrès sur ce sujet.

« L'INTÉGRATION RÉGIONALE, PROJET STRATÉGIQUE »

Lors de son discours d'inauguration, le général Raul Castro, chef de l'Etat cubain, a critiqué les « nouvelles menaces » représentées par l'espionnage des communications et l'emploi des réseaux informatiques visant à transformer « le cyberespace en théâtre d'opérations militaires », faisant référence au scandale des écoutes de l'Agence de sécurité nationale (NSA) américaine.

Presque tous les chefs d'Etat de la région étaient au rendez-vous de La Havane, à l'exception du président du Salvador (retenu par l'élection présidentielle du 2 février) et de celui du Panama, mécontent après la découverte, en juillet 2013, d'un cargo nord-coréen chargé d'armes cubaines destinées à Pyongyang, en violation de l'embargo des Nations unies.

« L'intégration régionale est un projet stratégique », a assuré la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, la première à prendre la parole devant la Celac après son homologue cubain. Les présidents du Brésil et du Mexique ont profité du sommet pour effectuer des visites officielles à Cuba, rivalisant ainsi pour remplacer le Venezuela, actuellement en difficulté, comme premier partenaire de l'île.

« Le Brésil veut être un partenaire de premier ordre de Cuba », a affirmé Mme Rousseff lors de l'inauguration, lundi, du terminal de conteneurs du port de Mariel (à 50 kilomètres de La Havane). Les travaux ont coûté 957 millions de dollars (702 millions d'euros), financés à hauteur de 682 millions de dollars par la Banque brésilienne de développement économique et social.

« LIENS HISTORIQUES ENTRE LE MEXIQUE ET CUBA »

Cette dernière a mis 290 millions de dollars à la disposition des entreprises brésiliennes qui voudraient s'implanter dans la zone spéciale de développement de Mariel. Pour devenir une plaque tournante du commerce international, ce site a besoin de la levée de l'embargo américain et de l'élargissement du canal de Panama, qui pourrait être retardé par le conflit en cours avec les constructeurs.

De son côté, le président mexicain, Enrique Peña Nieto, a rappelé les liens historiques entre le Mexique et Cuba. Le régime du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, au pouvoir à Mexico de 1929 à 2000) avait été le seul en Amérique latine à ne pas rompre ses relations diplomatiques avec Cuba dans les années 1960.

Depuis le retour du PRI au pouvoir en 2012, avec Enrique Peña Nieto, le Mexique a annulé 70 % de la dette cubaine, d'un montant de 487 millions de dollars, en souffrance depuis quinze ans. Les Mexicains s'intéressent aux éventuelles réserves cubaines de pétrole en eaux profondes.

La Celac se superpose à d'autres forums politiques, comme l'Union des nations sud-américaines (Unasur) ou la Communauté des Caraïbes (Caricom), et des organismes d'intégration économique, comme le Mercosur (l'union douanière sud-américaine), en concurrence avec l'Alliance du Pacifique, tournée vers l'Asie.

INTERPELLATIONS DE DISSIDENTS

Pour la première fois depuis l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro, en 1959, le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), le socialiste chilien José Miguel Insulza, a été invité à La Havane. Outre les 33 pays membres de la Celac, l'OEA comprend aussi les Etats-Unis et le Canada.

Le président équatorien, Rafael Correa, s'est demandé « à quoi sert l'OEA », souhaitant que la Celac puisse remplacer cette organisation, coupable, à ses yeux, de complaisance à l'égard du « colonialisme ». C'est l'espoir de Cuba, suspendue de l'OEA en 1962 et qui refuse de la réintégrer, bien qu'elle y soit invitée depuis 2009. Toutefois, ce remplacement est rejeté par la majorité des capitales de la région.

En marge du sommet, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a déployé un activisme inhabituel, rendant visite à Fidel Castro, à l'instar des présidents du Brésil et du Mexique. M. Ban a demandé aux autorités « de ratifier les pactes internationaux sur les droits civiques et politiques et sur les droits économiques, sociaux et culturels, signés » par Cuba en 2008. Revendiqués par l'opposition, ces textes de l'ONU ne sont pas appliqués dans l'île.

A la veille du sommet, la sécurité d'Etat a procédé à des dizaines d'interpellations de dissidents, pour éviter tout contact avec les délégations ou la presse étrangères. Parmi eux figure l'opposant social-démocrate Manuel Cuesta Morua. Et l'ex-prisonnier politique José Daniel Ferrer a été déporté de La Havane à Santiago de Cuba.

L'utilisation des antibiotiques dans l'agroalimentaire : un exemple

lu sur :

www.lemonde.fr/planete/article/2014/01/30/comment-des...

Des antibiotiques à risques encore utilisés dans les élevages américains.pdf

voir aussi :

rapport publié lundi 27 janvier : Playing Chicken with Antibiotics: Previously Undisclosed FDA Documents Show Antibiotic Feed Additives Don’t Meet the Agency’s Own Safety Standards antibiotic-feed-fda-documents-IB.pdf

Freedom of Information Act. (site, USA)

Antibiotiques _ gare à la surdose animale.pdf

Les animaux d'élevage malades des antibiotiques.pdf

Europe : Hollande a peur d'un référendum des français

lu sur :

www.lemonde.fr/europe/article/2014/02/01/l-europe-au-c...

 

LE MONDE | 01.02.2014 à 10h38 • Mis à jour le 03.02.2014 à 10h22 |Eric Albert (Brize Norton, envoyé spécial) et Thomas Wieder (Brize Norton, envoyé spécial)

Ils n'ont cessé de se donner du « François » et du « David ». Ont souligné leurs convergences de vue sur les grands dossiers internationaux, de la Syrie à l'Ukraine en passant par l'Afrique. Ont plaisanté sur le match de rugby qui devait opposer les deux équipes nationales, le lendemain, au Stade de France. Le tout au pied d'une maquette de drone et d'un Airbus A330 de la Royal Air Force (RAF) censés montrer « le lien très profond et très étroit » qui unit les deux pays en matière de défense.
 

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

Seul un symbole manquait, vendredi 31 janvier, derrière les pupitres de François Hollande et David Cameron, lors de leur conférence de presse conjointe en clôture du sommet franco-britannique organisé sur la base militaire de la RAF à Brize Norton, près d'Oxford : le drapeau européen.

L'Europe a été le grand point de désaccord du sommet. M. Hollande a opposé une fin de non-recevoir à la demande du premier ministre conservateur britannique d'ouvrir une renégociation dans le domaine des institutions. « La révision des traités n'est pas la priorité », a déclaré le président français. Avant d'ajouter : « Le Royaume-Uni a le droit d'organiser un référendum. Mais on ne peut pas faire peser sur l'Europe le choix britannique. »

ÉLECTORAT EUROSCEPTIQUE

M. Cameron maintient qu'il organisera en 2017 – s'il est réélu en 2015 – un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Il veut préparer le terrain en rapatriant des pouvoirs de Bruxelles vers Londres. Une renégociation unilatérale serait toutefois très difficile. Sous la pression d'un électorat eurosceptique et du parti anti-européen UKIP, le premier ministre britannique propose plutôt un nouveau traité européen qui donnerait lieu à une grande remise à plat des règles communautaires.

Le visage empourpré, comme c'est souvent son cas quand il s'agace, M. Cameron a donc fermement répliqué à M. Hollande, sans changer sa position d'un iota. « Nous voulons ces changements, nous voulons cette renégociation, cette renégociation impliquera des changements dans le traité. Non seulement des modifications de traité se sont produites durant les trois ans et demi passés mais il y aura clairement d'autres changements à venir. »

M. Cameron emploie pourtant un langage plus alambiqué pour se ménager une porte de sortie. Il évoque une renégociation qui comprendra « des éléments de changement de traité ». En d'autres termes, il n'envisage pas nécessairement un nouveau traité majeur, comme ont pu l'être ceux de Maastricht ou de Lisbonne, mais plutôt une procédure simplifiée, qui ne comprendrait pas une grande conférence intergouvernementale. Cette méthode a, par exemple, été utilisée en 2010 pour la création du fonds permanent de secours, destiné à venir en aide à la zone euro en cas de crise.

« BEAUCOUP DÉPENDRA D'ANGELA MERKEL »

Le premier ministre britannique n'en est pas moins dans une situation délicate, car il est loin d'être assuré d'obtenir quoi que ce soit. En l'absence du soutien de la France, il espère pouvoir compter sur l'Allemagne. Mais de ce côté-là aussi, Londres n'a pas d'assurance. Si la chancelière allemande s'est toujours montrée clémente envers M. Cameron, elle ne s'est pas engagée sur un quelconque traité. « A la fin, beaucoup dépendra d'Angela Merkel, à quel point elle veut un changement de traité pour renforcer la coopération dans la zone euro, et le prix qu'elle est prête à payer pour que le Royaume-Uni reste dans l'UE », analyse Vincenzo Scarpetta, analyste à Open Europe, un think tank qui prône une Europe plus libérale.

M. Hollande a pour la première fois insisté sur une autre raison pour s'opposer à toute renégociation des traités : il ne veut pas de référendum sur le sujet en France.

Partisan du « oui » au traité constitutionnel européen en 2005, il garde en souvenir la victoire du « non » et la division provoquée à l'époque au sein du Parti socialiste, dont il était le premier secrétaire. Il suffisait, pour s'en rendre compte, de remarquer le coup d'oeil furtif jeté à Laurent Fabius, assis en face de lui, au moment d'évoquer cette question du référendum lors de la conférence de presse de vendredi. En 2005, l'actuel ministre des affaires étrangères était le principal partisan du « non », contre M. Hollande, au sein du PS.

Sujet de désaccord entre la France et le Royaume-Uni, l'Europe reste un thème sensible du débat politique dans chacun des deux pays. C'est cela, aussi, qui transparaissait lors de ce sommet bilatéral de quelques heures qui, malgré les amabilités échangées de part et d'autre, a surtout frappé les observateurs par son manque de chaleur et d'enthousiasme.