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13/02/2014

Chine et Taïwan : vers un rapprochement ?

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Le Monde.fr | 13.02.2014 à 11h54 |Par Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)

Les rencontres débutées mardi 11 février, à Nankin, entre Wang Yu-chi, officiel taïwanais chargé des relations avec la Chine continentale, et son homologue Zhang Zhijun, chef du bureau chinois des affaires taïwanaises, marquent un nouveau pas dans la normalisation des relations entre Chine et Taïwan.

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Même si aucun accord ne doit être signé lors de la visite de M.Wang, qui doit prendre fin vendredi, la phase est délicate. Pékin veut accélérer la dynamique du rapprochement politique avec la République de Chine en vue d'un traité de paix et d'une réunification, dont il serait le partenaire dominant. Taïpei, tiraillé par un jeu politique complexe où entrent en compte des considérations économiques mais aussi identitaires, exclut toute solution non démocratique.

C'est la première fois qu'une rencontre formelle a lieu en Chine entre ces deux émissaires officiels des deux Chines, dont les relations obéissent à un statu quo fragile mais apaisé depuis le retour au pouvoir en 2008 du Kuomintang (KMT) à Taïwan. Le parti nationaliste, dont la direction s'était exilée, en 1949, à Formose avec 2 millions de réfugiés après la défaite face aux communistes, milite pour le concept d'une seule Chine dans une acception différente de celle de Pékin. L'opposition taïwanaise, elle, n'a aucun complexe à couper les ponts avec le continent.

« COMPATRIOTES DE TAÏWAN »

Le choix de Nankin pour ces pourparlers est hautement symbolique. Ce fut la capitale de la Chine de Tchang Kaï-chek, le premier président taïwanais, jusqu'en février1949. M.Wang, l'émissaire taïwanais, doit y visiter le mausolée de Sun Yat-sen, le fondateur du KMT. Pékin joue la carte de la séduction. Zhang Zhijun, le chef du bureau des affaires taïwanaises au sein du gouvernement chinois a veillé à désigner par son titre officiel son homologue, détail surveillé de près de l'autre côté du détroit de Formose, où toute tentative de rabaisser Taïwan constitue un affront.

En 2010, une autre ancienne capitale nationaliste, Chongqing, avait été retenue pour la signature de l'accord-cadre de coopération économique (ECFA) venu sceller le rapprochement économique amorcé en 2008, avec le lancement de vols directs entre Pékin et Taïpei, et l'ouverture de l'île aux touristes chinois (2,8 millions en 2013).

La Chine, elle, accueille depuis longtemps les Taïwanais – des millions y résident –, avec le statut de « compatriotes de Taïwan ». Deux agences semi-gouvernementales, la Fondation pour les échanges dans le détroit pour Taïwan et l'Association pour les relations à travers le détroit de Taïwan pour la Chine, avaient alors servi d'intermédiaires, tandis que des discussions en coulisses étaient menées entre le KMT et le PCC.

« Le danger et le défi pour Taïwan, c'est que Pékin a pour objectif de l'obliger tôt ou tard à engager des discussions politiques », explique Jean-Pierre Cabestan, de l'Université Baptiste à Hongkong. Les rencontres engagées mardi visent à établir des canaux plus efficaces et contraignants de dialogue. « Jusqu'à maintenant, poursuit-il, MaYing-jeou [le président taïwanais, KMT] avait freiné pour des raisons de politique intérieure. On le sent sous la pression de Pékin pour ouvrir ces discussions ou, du moins, en établir le cadre. Ce cadre est important, car il s'imposera à tous les gouvernements taïwanais futurs. » Cette stratégie a pour but, selon le chercheur, de réduire la marge de manœuvre de Taïwan.

« LÉGUER LA DIVISION POLITIQUE AUX GÉNÉRATIONS QUI SUIVENT »

Dans le même temps, la Chine communiste a pris conscience qu'elle s'aliénait une partie de l'opinion publique taïwanaise à ne vouloir dialoguer qu'avec le KMT. Pékin tente ainsi de se montrer plus conciliant avec l'opposition.

Mais alors que Xi Jinping, le numéro un chinois, a fait connaître son souhait impatient de ne pas « léguer la division politique aux générations qui suivent », le président taïwanais MaYing-jeou, handicapé par une popularité de moins de 10%, est loin d'avoir les coudées franches. A deux ans de la fin de son second et dernier mandat, il doit faire face à une fronde au sein de son propre parti. Les efforts de M. Ma pour faire ratifier d'un bloc le volet « services » de l'ECFA se sont ainsi soldés par un fiasco politique en 2013.

Taïpei reste sur la défensive, alors que Pékin est plus confiant que jamais. La Chine, qui absorbe 40% des exportations taïwanaises, dispose d'atouts et d'alliés efficaces, notamment les taishang, les barons de l'industrie taïwanaise qui ont délocalisé en Chine.

Pourtant, le soft power taïwanais a lui aussi effectué en Chine une percée subtile. Taïpei invite les faiseurs d'opinion chinois. Ceux-ci en reviennent conquis par les vertus du système taïwanais. C'est le cas de Li Chengpeng, blogueur superstar (320 millions de pages vues). Le récit de son voyage initiatique en Chine démocratique, publié fin 2013, est un portrait en creux, et à charge, du régime communiste.

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