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09/02/2014

Inde : le ministre de l'écologie favorise l'exploitation des énergies fossiles

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LE MONDE | 08.02.2014 à 10h15 • Mis à jour le 08.02.2014 à 15h20 |

Par Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)

A quoi reconnaît-on un bon ministre ? Au nombre de dossiers qu'il traite, selon Veerappa Moily, qui ne cesse pas d'en donner le décompte dans la presse nationale. Le ministre indien du pétrole et du gaz naturel, qui a hérité en plus, en décembre 2013, du portefeuille de l'environnement, en détient probablement le record.

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Plus d'un mois après sa prise de fonctions, il a donné son feu vert à 100 projets industriels ou d'infrastructures représentant l'équivalent de 30 milliards d'euros d'investissements, parmi lesquels l'aménagement d'un port, l'ouverture de mines de charbon ou encore la construction d'un complexe sidérurgique par le groupe sud-coréen Posco, dans l'Odisha, à l'est du pays.

« Je n'ai jamais vu un ministre censé protéger l'environnement causer autant de dégâts en aussi peu de temps », se désole Sugandh Juneja, du Centre pour la science et l'environnement, un think tank basé à New Delhi. Les organisations non gouvernementales sont tellement inquiètes que l'une d'entre elles, Greenpeace, a déjà demandé la démission du ministre. Elle l'accuse « d'expédier les dossiers en ignorant tous les acteurs concernés, à l'exception des entreprises ».

« IL Y A UN CONFLIT D'INTÉRÊTS ÉVIDENT »

Les défenseurs de l'environnement soupçonnent le premier ministre indien, Manmohan Singh, d'avoir nommé Veerappa Moily à ce poste pour accélérer les projets industriels et amadouer les milieux d'affaires à six mois des élections législatives. Le manque d'infrastructures est régulièrement cité comme étant l'un des principaux handicaps de l'économie indienne, participant au ralentissement de la croissance, qui est à son plus bas niveau depuis dix ans.

Il est vrai qu'il faut parfois des années pour obtenir les nombreuses autorisations nécessaires avant de pouvoir démarrer le moindre projet. Lors de sa dernière conférence de presse, en décembre, l'ancienne titulaire du portefeuille de l'environnement, Jayanthi Natarajan, avait justifié l'importance du délai nécessaire pour évaluer l'impact environnemental des grands projets par l'organisation de consultations avec toutes les parties prenantes. Y compris les populations concernées, afin d'éviter de nouvelles catastrophes comme les inondations qui ont ravagé en 2013 une partie de l'Uttarakhand, un Etat situé dans les contreforts de l'Himalaya, à cause de la déforestation.

Son successeur ne partage pas la même approche. « Mon principal objectif est de simplifier les procédures, a-t-il déclaré. La vie est simple, alors, pourquoi les règles et les régulations devraient-elles être compliquées ? »

Dès le jour de sa prise de fonctions, Veerappa Moily a réclamé l'assouplissement des règles de protection de l'environnement, suggérant ainsi de suspendre l'évaluation de l'impact sur l'environnement exigée pour l'ouverture de carrières de sable de moins de 25 hectares.

Au bénéfice de qui ? Veerappa Moily est aussi ministre de l'énergie et du pétrole, et donc – à ce titre – en charge de l'exploitation pétrolière et gazière, ainsi que des entreprises publiques concernées. « Il y a un conflit d'intérêts évident », estime Jagori Dhar, représentant de Greenpeace.

« ÉVALUATIONS EN TOUTE INDÉPENDANCE, OBJECTIVITÉ ET TRANSPARENCE »

Dans bien des cas, quand il s'agit de donner son feu vert à la construction d'infrastructures, le gouvernement est à la fois juge et partie. C'est pourquoi la Cour suprême indienne a demandé, le 6 janvier, au gouvernement de créer un poste de régulateur indépendant « pouvant mener des évaluations en toute indépendance, objectivité et transparence ». Le ministre de l'environnement a promis d'obtempérer d'ici à la fin du mois de mars.

Les juges ont relevé de nombreuses irrégularités, dont certaines étaient mentionnées dans une étude commandée par le ministère de l'environnement lui-même il y a trois ans. Le constat était sans ambages : « Le nombre et la complexité des projets nécessitant une autorisation environnementale ont augmenté drastiquement, alors que les capacités et les ressources du ministère de l'environnement sont restées limitées. »

Les deux auteurs du rapport, issus de l'Institut de technologie de New Delhi, soulignent que les autorisations délivrées reposent essentiellement sur les données fournies par les promoteurs des projets et en concluent que « l'absence de données fiables et authentifiées rendent les rapports d'impact environnemental subjectifs, inconsistants et de faible qualité ».

C'est aussi le contrôle et le suivi des garanties environnementales qui fait défaut en Inde. Les équipes qui dépendent du ministère de l'environnement ou des Etats sont en sous-effectif notoire et n'ont souvent pas les moyens matériels de vérifier sur place si un industriel a bien reboisé un site ou réapprovisionné les nappes phréatiques comme il s'y était engagé.

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