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03/02/2014

Cuba et l'Amérique du sud

lu sur :

LE MONDE | 30.01.2014 à 10h58 • Mis à jour le 30.01.2014 à 10h59 |Par Paulo A. Paranagua

Le régime cubain s'est offert un succès diplomatique en accueillant à La Havane, mardi 28 et mercredi 29 janvier, le deuxième sommet de la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (Celac). A l'heure des réformes économiques, l'île attise les convoitises des puissances émergentes dans la région.
 

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« Pour la diplomatie cubaine, ce sommet a été l'opportunité de montrer une île en train de se réformer, avec une notable expansion du secteur privé, la liberté de voyager pour les Cubains et des ouvertures aux investissements étrangers, estime l'analyste cubano-américain Arturo Lopez-Levy, de l'université de Denver (Colorado). C'est un avertissement pour Washington vis-à-vis du coût de sa politique d'isolement à l'égard de Cuba, coupée des réalités du continent : le seul à être isolé est le gouvernement des Etats-Unis. »

L'embargo américain empêche la détente, en dépit de la poignée de main très médiatisée entre Barack Obama et Raul Castro lors des funérailles de Nelson Mandela, en Afrique du Sud, en décembre 2013. Le président des Etats-Unis s'est déclaré disposé à « mettre à jour » les relations avec Cuba, mais il ne dispose pas de majorité au Congrès sur ce sujet.

« L'INTÉGRATION RÉGIONALE, PROJET STRATÉGIQUE »

Lors de son discours d'inauguration, le général Raul Castro, chef de l'Etat cubain, a critiqué les « nouvelles menaces » représentées par l'espionnage des communications et l'emploi des réseaux informatiques visant à transformer « le cyberespace en théâtre d'opérations militaires », faisant référence au scandale des écoutes de l'Agence de sécurité nationale (NSA) américaine.

Presque tous les chefs d'Etat de la région étaient au rendez-vous de La Havane, à l'exception du président du Salvador (retenu par l'élection présidentielle du 2 février) et de celui du Panama, mécontent après la découverte, en juillet 2013, d'un cargo nord-coréen chargé d'armes cubaines destinées à Pyongyang, en violation de l'embargo des Nations unies.

« L'intégration régionale est un projet stratégique », a assuré la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, la première à prendre la parole devant la Celac après son homologue cubain. Les présidents du Brésil et du Mexique ont profité du sommet pour effectuer des visites officielles à Cuba, rivalisant ainsi pour remplacer le Venezuela, actuellement en difficulté, comme premier partenaire de l'île.

« Le Brésil veut être un partenaire de premier ordre de Cuba », a affirmé Mme Rousseff lors de l'inauguration, lundi, du terminal de conteneurs du port de Mariel (à 50 kilomètres de La Havane). Les travaux ont coûté 957 millions de dollars (702 millions d'euros), financés à hauteur de 682 millions de dollars par la Banque brésilienne de développement économique et social.

« LIENS HISTORIQUES ENTRE LE MEXIQUE ET CUBA »

Cette dernière a mis 290 millions de dollars à la disposition des entreprises brésiliennes qui voudraient s'implanter dans la zone spéciale de développement de Mariel. Pour devenir une plaque tournante du commerce international, ce site a besoin de la levée de l'embargo américain et de l'élargissement du canal de Panama, qui pourrait être retardé par le conflit en cours avec les constructeurs.

De son côté, le président mexicain, Enrique Peña Nieto, a rappelé les liens historiques entre le Mexique et Cuba. Le régime du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, au pouvoir à Mexico de 1929 à 2000) avait été le seul en Amérique latine à ne pas rompre ses relations diplomatiques avec Cuba dans les années 1960.

Depuis le retour du PRI au pouvoir en 2012, avec Enrique Peña Nieto, le Mexique a annulé 70 % de la dette cubaine, d'un montant de 487 millions de dollars, en souffrance depuis quinze ans. Les Mexicains s'intéressent aux éventuelles réserves cubaines de pétrole en eaux profondes.

La Celac se superpose à d'autres forums politiques, comme l'Union des nations sud-américaines (Unasur) ou la Communauté des Caraïbes (Caricom), et des organismes d'intégration économique, comme le Mercosur (l'union douanière sud-américaine), en concurrence avec l'Alliance du Pacifique, tournée vers l'Asie.

INTERPELLATIONS DE DISSIDENTS

Pour la première fois depuis l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro, en 1959, le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), le socialiste chilien José Miguel Insulza, a été invité à La Havane. Outre les 33 pays membres de la Celac, l'OEA comprend aussi les Etats-Unis et le Canada.

Le président équatorien, Rafael Correa, s'est demandé « à quoi sert l'OEA », souhaitant que la Celac puisse remplacer cette organisation, coupable, à ses yeux, de complaisance à l'égard du « colonialisme ». C'est l'espoir de Cuba, suspendue de l'OEA en 1962 et qui refuse de la réintégrer, bien qu'elle y soit invitée depuis 2009. Toutefois, ce remplacement est rejeté par la majorité des capitales de la région.

En marge du sommet, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a déployé un activisme inhabituel, rendant visite à Fidel Castro, à l'instar des présidents du Brésil et du Mexique. M. Ban a demandé aux autorités « de ratifier les pactes internationaux sur les droits civiques et politiques et sur les droits économiques, sociaux et culturels, signés » par Cuba en 2008. Revendiqués par l'opposition, ces textes de l'ONU ne sont pas appliqués dans l'île.

A la veille du sommet, la sécurité d'Etat a procédé à des dizaines d'interpellations de dissidents, pour éviter tout contact avec les délégations ou la presse étrangères. Parmi eux figure l'opposant social-démocrate Manuel Cuesta Morua. Et l'ex-prisonnier politique José Daniel Ferrer a été déporté de La Havane à Santiago de Cuba.

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