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03/02/2014

Europe : Hollande a peur d'un référendum des français

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www.lemonde.fr/europe/article/2014/02/01/l-europe-au-c...

 

LE MONDE | 01.02.2014 à 10h38 • Mis à jour le 03.02.2014 à 10h22 |Eric Albert (Brize Norton, envoyé spécial) et Thomas Wieder (Brize Norton, envoyé spécial)

Ils n'ont cessé de se donner du « François » et du « David ». Ont souligné leurs convergences de vue sur les grands dossiers internationaux, de la Syrie à l'Ukraine en passant par l'Afrique. Ont plaisanté sur le match de rugby qui devait opposer les deux équipes nationales, le lendemain, au Stade de France. Le tout au pied d'une maquette de drone et d'un Airbus A330 de la Royal Air Force (RAF) censés montrer « le lien très profond et très étroit » qui unit les deux pays en matière de défense.
 

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Seul un symbole manquait, vendredi 31 janvier, derrière les pupitres de François Hollande et David Cameron, lors de leur conférence de presse conjointe en clôture du sommet franco-britannique organisé sur la base militaire de la RAF à Brize Norton, près d'Oxford : le drapeau européen.

L'Europe a été le grand point de désaccord du sommet. M. Hollande a opposé une fin de non-recevoir à la demande du premier ministre conservateur britannique d'ouvrir une renégociation dans le domaine des institutions. « La révision des traités n'est pas la priorité », a déclaré le président français. Avant d'ajouter : « Le Royaume-Uni a le droit d'organiser un référendum. Mais on ne peut pas faire peser sur l'Europe le choix britannique. »

ÉLECTORAT EUROSCEPTIQUE

M. Cameron maintient qu'il organisera en 2017 – s'il est réélu en 2015 – un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Il veut préparer le terrain en rapatriant des pouvoirs de Bruxelles vers Londres. Une renégociation unilatérale serait toutefois très difficile. Sous la pression d'un électorat eurosceptique et du parti anti-européen UKIP, le premier ministre britannique propose plutôt un nouveau traité européen qui donnerait lieu à une grande remise à plat des règles communautaires.

Le visage empourpré, comme c'est souvent son cas quand il s'agace, M. Cameron a donc fermement répliqué à M. Hollande, sans changer sa position d'un iota. « Nous voulons ces changements, nous voulons cette renégociation, cette renégociation impliquera des changements dans le traité. Non seulement des modifications de traité se sont produites durant les trois ans et demi passés mais il y aura clairement d'autres changements à venir. »

M. Cameron emploie pourtant un langage plus alambiqué pour se ménager une porte de sortie. Il évoque une renégociation qui comprendra « des éléments de changement de traité ». En d'autres termes, il n'envisage pas nécessairement un nouveau traité majeur, comme ont pu l'être ceux de Maastricht ou de Lisbonne, mais plutôt une procédure simplifiée, qui ne comprendrait pas une grande conférence intergouvernementale. Cette méthode a, par exemple, été utilisée en 2010 pour la création du fonds permanent de secours, destiné à venir en aide à la zone euro en cas de crise.

« BEAUCOUP DÉPENDRA D'ANGELA MERKEL »

Le premier ministre britannique n'en est pas moins dans une situation délicate, car il est loin d'être assuré d'obtenir quoi que ce soit. En l'absence du soutien de la France, il espère pouvoir compter sur l'Allemagne. Mais de ce côté-là aussi, Londres n'a pas d'assurance. Si la chancelière allemande s'est toujours montrée clémente envers M. Cameron, elle ne s'est pas engagée sur un quelconque traité. « A la fin, beaucoup dépendra d'Angela Merkel, à quel point elle veut un changement de traité pour renforcer la coopération dans la zone euro, et le prix qu'elle est prête à payer pour que le Royaume-Uni reste dans l'UE », analyse Vincenzo Scarpetta, analyste à Open Europe, un think tank qui prône une Europe plus libérale.

M. Hollande a pour la première fois insisté sur une autre raison pour s'opposer à toute renégociation des traités : il ne veut pas de référendum sur le sujet en France.

Partisan du « oui » au traité constitutionnel européen en 2005, il garde en souvenir la victoire du « non » et la division provoquée à l'époque au sein du Parti socialiste, dont il était le premier secrétaire. Il suffisait, pour s'en rendre compte, de remarquer le coup d'oeil furtif jeté à Laurent Fabius, assis en face de lui, au moment d'évoquer cette question du référendum lors de la conférence de presse de vendredi. En 2005, l'actuel ministre des affaires étrangères était le principal partisan du « non », contre M. Hollande, au sein du PS.

Sujet de désaccord entre la France et le Royaume-Uni, l'Europe reste un thème sensible du débat politique dans chacun des deux pays. C'est cela, aussi, qui transparaissait lors de ce sommet bilatéral de quelques heures qui, malgré les amabilités échangées de part et d'autre, a surtout frappé les observateurs par son manque de chaleur et d'enthousiasme.

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