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17/12/2013

L'esclavage au XXIème siècle (suite): les prisonniers nord-coréens réduits " à l'état d'esclaves ".

lu sur :

www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/12/10/les...

 

LE MONDE GEO ET POLITIQUE | 10.12.2013 à 20h37 |Par Jacques Follorou

Alors que la Corée du Nord est, à l'intérieur, engagée dans des opérations de purges politiques et multiplie, à l'extérieur, les actes de propagande pour fairecroire à une modernisation du pays, ce régime continue de développer son système concentrationnaire. C'est le constat fait par Amnesty International qui s'appuie sur l'analyse d'images satellites des camps de prisonniers politiques, qui gardent au secret plus de 200 000 personnes dans de vastes prisons. L'ONG avait déjà réalisé un travail à ce sujet, en 2001 et 2011.

En observant les clichés pris en mai 2013, Amnesty a noté l'extension des infrastructures de Kwanliso 16, un camp situé près de Hwaseong, dans la province du Hamkyung du Nord, qui couvre environ 560 km².

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Images satellite d'un camp de prisonniers politiques, qui suggèrent selon Amnesty International, une augmentation de sa population.

De nouveaux bâtiments destinés au logement ont été érigés ainsi que des installations destinées à la production. Les images mettent en évidence une activité économique substantielle liée à l'exploitation minière, forestière et agricole. Ces nouvelles constructions sont entourées d'un solide dispositif de sécurité : clôtures autour des camps, déplacementscontrôlés, tours de garde et points de contrôle situés à l'intérieur des camps.

Pour décrire cet univers, Amnesty s'est appuyée sur le témoignage inédit d'un responsable, jusqu'au milieu des années 1990, de la sécurité du camp n° 16, présenté comme le plus grand camp de prisonniers politiques du pays. Il évoque le cas de détenus forcés decreuser leur propre tombe avant d'être tués à coups de marteau sur la nuque. Il affirme aussi avoir vu des fonctionnaires pénitentiaires étrangler des prisonniers avant de lesachever en les battant à mort à l'aide de bâtons en bois.

TRAITEMENTS « INHUMAINS »

D'après lui, des femmes étaient violées puis « disparaissaient » : « Après avoir passé une nuit “au service” de hauts responsables, les femmes devaient mourir pour que personne ne découvre ce secret. C'est la même chose pour la plupart des camps de prisonniers politiques. » Selon Amnesty, ce système concentrationnaire existe depuis les années 1950. L'ONG distingue deux types de camps : les « zones sous contrôle total », dans lesquelles on reste à vie, et les « zones révolutionnaires », d'où quelques prisonniers sont parfois libérés. L'immense majorité des détenus politiques sont enfermés dans les « zones sous contrôle total ». Seules trois personnes ont pu s'en « échapper » ou les « quitter » en soixante ans. Un système dont Pyongyang nie l'existence.

La plupart des individus emprisonnés ignorent les raisons de leur arrestation et de leur incarcération. L'accusation d'« espionnage » est souvent avancée par les rares prisonniers qui ont pu quitter ces camps de « l'horreur », selon leur propre expression. A Kwanliso 16, des milliers de personnes sont emprisonnées pour de simples liens de parenté avec des prisonniers. Des familles, sur plusieurs générations, sont placées au secret par les autorités au titre d'une « culpabilité par association ». Les détenus mangent des rats ou des graines retrouvées dans les excréments d'animaux pour survivre. Forcés de travailler dix heures par jour et sept jours sur sept dans les champs situés à l'intérieur des camps, les prisonniers sont réduits « à l'état d'esclaves » et soumis à des traitements « cruels, inhumains et dégradants », selon l'ONG.

L'analyse des images du camp n° 15 montre, elle, une légère diminution du nombre de constructions. Beaucoup moins étendu que le camp n° 16, il comptait, en 2011, près de 50 000 personnes. Amnesty affirme ne pas être en mesure de vérifier combien de prisonniers se trouvent dans ce camp ou ce qu'il advient d'eux. L'ensemble de ces informations a été transmis à la commission des Nations unies chargée d'enquêter sur les violations des droits humains en Corée du Nord.

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