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05/12/2013

Les droits de l’homme et de la démocratie à la RICHESSE !

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/12/03/manipulations-et-controle-par-la-classe-dominante_3524671_3224.html 

Manipulations et contrôle par la classe dominante

LE MONDE | 03.12.2013 à 19h41 • Mis à jour le 05.12.2013 à 14h18 |Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon

Comment expliquer que des richesses insolentes, en millions d’euros, soient connues et acceptées par la plupart des Français ? Pour obtenir un acquiescement tacite à ces inégalités, les dominants usent de stratagèmes. Il n’est donc pas nécessaire de recourir à la notion de servitude volontaire pour en rendre compte.

En contrôlant certaines institutions d’enseignement, en ayant un œil attentif sur le droit, en jouant un rôle de mécènes dans la culture, les familles fortunées parviennent à valoriser leurs modes de vie et à en faire des modèles à suivre et même à copier. La valeur universelle de leurs choix s’impose, même s’ils demeurent hors d’atteinte. Cet impérialisme culturel doit rester caché et méconnu pour influencer les consciences sans qu’il soit décelable. Toute réflexion critique et toute velléité de changement sont ainsi invalidées.

Avançant sous la bannière, quelque peu usurpée, des droits de l’homme et de la démocratie, les plus riches exercent un pouvoir d’autant plus étendu qu’ils sont propriétaires de nombreux médias. Sans assurer une censure patente, ils veillent à ce que les contenus n’entrent pas ouvertement en contradiction avec leurs intérêts.

INÉLUCTABILITÉ DES RÈGLES

L’économie financiarisée et mondialisée a pour clef de voûte son évidence car elle est renvoyée à la prétendue inéluctabilité de ses règles. L’assujettissement au néolibéralisme, selon lequel les chefs d’entreprise et les actionnaires ne doivent plus connaître aucun obstacle ni aucune frontière dans leur recherche de profits – qui croissent à deux chiffres –, aboutit à ce que ceux-ci deviennent normaux pour nombre de salariés.

La crise financière de 2008 était celle de financiers recherchant le gain rapide. Elle fut pourtant imputée aux victimes de ces jeux de casino, les pertes étant attribuées aux exigences démesurées des catégories modestes mises dans la situation de renflouer les caisses vidées par l’irresponsabilité de financiers aventuristes.

Le tour de passe-passe s’appuie sur l’image de compétences et de savoirs dont se targuent les as de la finance, qui font porter sur les « coûts », c’est-à-dire les salaires et les protections sociales, les difficultés des économies. Paria, profiteur, bénéficiaire d’avantages acquis, le travailleur se transforme non seulement en parasite, mais aussi en élément néfaste dans la compétitivité généralisée.

Le gouvernement socialiste s’est inscrit dans cette logique dès le 1er juillet 2012, en octroyant un mirobolant « coup de pouce » au smic, revalorisé d’un coup de 20 centimes d’euro par jour. Prenant volontiers la posture de bienfaiteurs altruistes pour l’humanité laborieuse, entrepreneurs et financiers, avec l’aide de politiques de droite et de la gauche libérale, ont donc fait accepter au peuple de France que c’était à lui de payer les pots cassés de l’explosion de leur bulle financière. Quitte pour eux à engranger au passage de nouveaux profits.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon sont sociologues, anciens directeurs de recherche au CNRS. Ils sont les auteurs de « La Violence des riches. Chronique d’une immense casse sociale » (La Découverte, 256 p., 17 €).

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