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27/11/2013

Acheter français pour l'État et les collectivités locales, une évidence, mais pas pour tout le monde !

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/27/arnaud-montebourg-somme-l-ugap-de-favoriser-le-made-in-france_3520949_3234.html

Arnaud Montebourg somme l'UGAP de favoriser le « made in France »

 LE MONDE | 27.11.2013 à 12h04 |

Par Denis Cosnard

Arnaud Montebourg a une nouvelle cible dans son viseur : l'Union des groupements d'achats publics (UGAP), la principale centrale d'achat par laquelle passent l'Etat et les collectivités locales. Cet organisme public ne soutient pas assez les entreprises françaises aux yeux du ministre du redressement productif. Au point que celui-ci menace de demander sa dissolution au président de la République.

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« Je considère qu'il y a un grave problème patriotique avec l'UGAP », a tonné le ministre, mardi 26 novembre, devant les présidents des régions qu'il recevait à Bercy. « J'ai des remontées de partout. C'est le carnet de commandes du monde entier, sauf de la France, que l'UGAP favorise », a-t-il affirmé.

« ILS SONT HERMÉTIQUES »

Son président depuis 2001, Alain Borowski, un haut fonctionnaire qui a notamment dirigé le cabinet de Jacques Mellick quand celui-ci était ministre délégué à la mer durant le second septennat de François Mitterrand, a déjà été « convoqué » à Bercy. Il va l'être à nouveau, a précisé M. Montebourg, pilonnant soudain comme dans Les Tontons flingueurs : « Ça fait maintenant un an et demi que ça dure, (…) ils sont hermétiques et s'ils restent hermétiques, on va dissoudre ! »

Peu de chance, en vérité, que l'Etat dissolve un organisme public, créé en 1968, qui compte plus de 1 000 salariés et a acheté l'an dernier pour 1,7 milliard d'euros de voitures, de meubles ou encore d'ordinateurs.

Mais les attaques du ministre souligne une réalité banale : l'Etat et les collectivités, qui achètent chaque année pour plus de 100 milliards d'euros, se fournissent en partie à l'étranger, notamment par l'intermédiaire de l'UGAP.

« CHEVAL DE TROIE »

La mission première de cet organisme n'est pas de jouer les patriotes, mais de permettre à ses clients publics de gagner du temps et de l'argent, en profitant des prix obtenus grâce à ses appels d'offres massifs. Qui plus est, le cadre juridique européen des marchés publics interdit un achat en fonction de l'origine géographique. Si, pour une même prestation, le fournisseur le moins disant est étranger, l'UGAP doit lui passer commande.

Une situation qui fait évidemment des mécontents. Parmi eux, Pierre Lahutte, l'un des dirigeants d'Iveco. Depuis 2004, cette filiale de Fiat fournissait régulièrement les bus de Châtellerault (Vienne). Mais cette année, la ville a choisi de passer par l'UGAP, et c'est Mercedes-Benz qui l'a emporté.

Pour Iveco, il y a maldonne. Les deux rivaux sont certes l'un italien, l'autre allemand. « Mais les usines d'Iveco sont en France, alors que les bus Mercedes sont juste finis dans la Meuse et que ses autocars présentés comme français viennent de Turquie ! », peste M. Lahutte. Selon lui, « l'UGAP fait office de cheval de Troie pour des fabricants étrangers, et fragilise le tissu industriel français ».

« RÉFORMER EN PROFONDEUR »

Jean-Lou Blachier, vice-président de la CGPME et médiateur de marchés publics depuis bientôt un an, confirme le souci. « Dans mes visites de terrain, on me rapporte presque à chaque fois des problèmes avec l'UGAP, assure-t-il. Il faut la réformer en profondeur. »

M. Montebourg, lui, aimerait simplement que l'UGAP « joue le rôle qu'on lui demande de jouer ». C'est-à-dire qu'elle sorte d'une logique trop étroitement comptable et favorise le « made in France ».

Bien sûr, la France n'a pas l'équivalent du « Buy American Act », une loi qui, depuis 1933, impose au gouvernement l'achat de biens produits sur le territoire américain. Mais « l'acheteur public peut calibrer le cahier des charges de telle sorte que des considérations techniques, environnementales ou sociales deviennent des critères de sélection du marché public », plaidait, il y a peu, M. Montebourg dans son livre La Bataille du made in France (Flammarion, 2013). Une feuille de route claire pour M. Borowski.

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