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13/10/2013

Le Maoisme dans la Chine d'aujourd'hui

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/10/10/les-sept-perils-chinois_3493442_3232.html

Les sept périls chinois

LE MONDE | 10.10.2013 à 11h22 • Mis à jour le 10.10.2013 à 11h24 |Par François Bougon (Rédaction en chef)

Cent-vingt ans après la naissance de Mao, son influence sur la vie politique chinoise reste puissante. Pour ceux, intellectuels libéraux ou simples citoyens, qui espèrent toujours une évolution démocratique du régime, c'est un héritage encombrant. Aussi imposant que le mausolée construit après son décès, en 1976, sur la place Tiananmen, en plein coeur de Pékin, où se presse quotidiennement une foule de touristes qui défilent devant le corps embaumé du grand homme avant de dépenser leur argent dans une boutique regorgeant de souvenirs kitsch.

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Après la Révolution culturelle, durant laquelle Mao Zedong faillit précipiter le pays dans la guerre civile, Pékin a exclu toute "démaoï-sation". Le travail d'inventaire, approuvé par Deng Xiaoping, le père des réformes, a conclu en 1981 en faveur du fondateur de la République populaire malgré les millions de morts des diverses campagnes politiques : 30 % d'erreurs, mais 70 % de succès. Depuis, cela n'a pas bougé. Pour ceux qui s'intéressent à l'histoire chinoise, il est fascinant de constater l'échec de la théorie prônée dans les années 1980, selon laquelle l'ouverture économique allait aboutir à la démocratisation. Et de voir, en 2013, comment une Chine de plus en plus capitaliste embrasse un "maoïsme" réinventé. Symbole de ce phénomène, la prochaine édition du Petit Livre rouge sera vendue, en version de luxe, à 2 000 yuans (242 euros).

Bo Xilai, qui avait mis cet héritage historique au service de son ascension politique, a été sacrifié. Condamné en première instance à passer sa vie en prison pour corruption, l'ancien membre du bureau politique du Parti communiste chinois (PCC) s'est vu accorder, mercredi 9 octobre, la possibilité de faire appel. Xi Jinping peut mener son "retour à Mao" sans craindre une surenchère sur son aile gauche. Bo n'est plus là pour exploiter le terreau des inégalités sociales croissantes.

En juillet, il s'est rendu dans une villa où Mao passait ses étés et qui a été transformée en centre d'éducation sur le patriotisme et la révolution. "Notre nation rouge ne changera jamais de couleur", a affirmé Xi Jinping, en référence à ces révolutions de couleur dans les anciens pays communistes européens qui ont tant effrayé les hiérarques chinois. Il a aussi appelé les cadres à se souvenir des paroles de Mao leur enjoignant de "rester modestes, prudents et sans arrogance ni témérité dans leur travail" et de "préserver un mode de vie simple". Des paroles qui entrent en résonance avec la volonté de lutter contre la corruption, un cancer qui ronge le parti. Avec de tels discours, Xi Jinping a gagné le surnom de "Nouveau Mao Zedong". En 2012, n'avait-il pas déclaré: "On ne peut pas mettre de côté le marxisme-léninisme et la pensée Mao Zedong, ce serait perdre nos racines." Cette insistance sur "la gauche" va de pair avec une attaque contre "la droite". Le pouvoir s'en prend à ceux qui osent revendiquer un plus grand respect de la Constitution ou un équilibre des pouvoirs face à la toute-puissance du Parti.

FRAGILITÉ DES NOUVEAUX DIRIGEANTS

Une offensive est en cours pour "nettoyer" les microblogs, les fameux weibo, afin de les faire rentrer dans le rang. Depuis 2009, ils étaient devenus des espaces où l'esprit critique pouvait s'épanouir malgré une censure de plus en plus forte. "Le Parti va essayer de les réformer pour faire en sorte qu'ils deviennent comme les médias traditionnels", a souligné Chang Ping, ancien rédacteur de l'hebdomadaire libéral Nanfang Zhoumo, qui vit en Allemagne. Il s'exprimait lors d'un colloque sur la stabilité sociale et la réforme politique organisé à l'université de Cergy-Pontoise par le sociologue Zhang Lun.

Un document interne, dévoilé par les médias de Hongkong et connu comme le "document central numéro neuf", a appelé les responsables à combattre "les valeurs occidentales dangereuses" en désignant les sept périls : les valeurs universelles prônant les droits de l'homme, l'indépendance des médias, la société civile, les droits des citoyens, les critiques "nihilistes" des erreurs du Parti, la classe capitaliste privilégiée et l'indépendance de la justice. Ce "retour à Mao", avec un pouvoir qui laisse peu de respiration à la société civile, est l'une des trois options du régime pour faire face aux défis posés à la deuxième économie mondiale, a souligné, lors de ce même colloque, Wu Guoguang, ancien membre du bureau de la réforme politique au sein du PCC dans les années 1980 avant de devenir professeur au Canada. Les deux autres sont l'accentuation du modèle de Deng, où on laisse le marché s'épanouir, et, voie la moins probable actuellement, une démocratisation graduelle.

Ce recours à Mao montre aussi la fragilité des nouveaux dirigeants chinois qui ne bénéficient plus de la légitimité des grands anciens, comme avaient pu en profiter Jiang Zemin ou Hu Jintao. Même si le régime affirme avoir résolu la question institutionnelle de la succession, les secousses provoquées par le scandale Bo Xilai en ont montré les limites. Cette fragilité est une source potentielle d'instabilité pour une nation qui ambitionne de dépasser les Etats-Unis au XXIe siècle. La montée des revendications, les crises écologiques, le ralentissement de la croissance économique et les défis de l'urbanisation pourraient faire de l'Empire du milieu un géant aux pieds d'argile.

bougon@lemonde.fr

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