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14/04/2013

La lutte contre la pêche illégale dans le monde

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/07/interpol-bat-le-rappel-contre-la-peche-pirate_1844239_3244.html

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Interpol bat le rappel contre la pêche pirate

LE MONDE | 07.03.2013 à 10h50

Par Martine valo

Se livrer à la pêche illégale n'est plus sans risque, même au large des côtes africaines ou loin dans l'océan Indien. Le 1er mars par exemple, c'est sous la surveillance d'hélicoptères sous mandat de la Commission de l'océan Indien que deux bateaux de pêche sri-lankais ont dû rejoindre l'île Maurice. Leurs onze pêcheurs ont été mis en état d'arrestation, leurs filets de plusieurs kilomètres de long – des modèles ravageurs et interdits – placés sous scellés. Leurs cales regorgeaient de thons, d'espadons, de dauphins, de nageoires de requins. L'opération a pu être menée grâce à un accord international récemment signé aux Seychelles entre cinq Etats de la région. 

La lutte contre les pilleurs des mers se renforce dans le monde entier, comme l'a montré la rencontre de 63 pays au siège d'Interpol, à Lyon, du 26 au 28 février. L'occasion pour Interpol de lancer un vaste programme de répression de la criminalité dans le domaine de la pêche, baptisé Scale. Pour l'organisation internationale de police, déjà engagée contre d'autres types d'atteintes à l'environnement (trafic d'espèces protégées, de bois, d'ivoire...), cette mobilisation contre la pêche pirate est une première.

Il ne s'agit pas de cibler quelque marin améliorant son ordinaire à bord de sa pirogue ou de sa barque, mais un trafic organisé qui coûterait 23 milliards de dollars (17,7 milliards d'euros) par an à l'économie mondiale. La pêche frauduleuse, conduite avec des autorisations fausses ou délivrées contre des pots-de-vin, voire sans aucune licence, n'est pas sans liens avec les routes maritimes empruntées par la drogue, la piraterie, la traite d'êtres humains, le blanchiment d'argent, la fraude généralisée.

LE GOUVERNEMENT NORVÉGIEN SOUTIENT L'INITIATIVE

Par la voix de son secrétaire général du ministère des pêches et des affaires maritimes, Arne Benjaminsen, la Norvège a témoigné à Lyon de son expérience en la matière. Pour affronter le problème, elle a créé en 2005 des groupes d'action réunissant douane, autorités fiscales, administration des pêches, garde-côtes, avec un certain succès. Le gouvernement norvégien soutient l'initiative Scale, pour laquelle il a mobilisé un fonds de 285 000 euros, de concert avec le Pew Charitable Trust, une puissante ONG, très impliquée dans la défense de l'environnement maritime, qui a apporté 193 000 euros au projet.

Avec ce programme, outre ses conseils juridiques et ses bases de données, Interpol veut inciter au partage général d'informations entre Etats, polices, administrations, quitte à échanger avec les ONG. Il faut dire que l'accaparement illicite de la ressource halieutique a non seulement des impacts destructeurs sur l'environnement, avec de graves surpêches de certaines espèces et des techniques radicales de capture à l'explosif, mais il peut aussi déstabiliser des populations côtières dépendant des produits de la mer pour leur alimentation.

Lorsqu'il s'agit de coopérer, les gouvernements africains ne sont pas en retard. Le programme Stop Illegal Fishing (SIF) de l'Union africaine illustre, par exemple, cet effort de transparence. Il recense les affaires de thoniers senneurs venus se servir sans limites, de chalutiers géants appartenant à des propriétaires asiatiques et qui battent un tout autre pavillon.

"UN RISQUE D'INSTABILITÉ SOCIALE ET POLITIQUE"

"Nos eaux territoriales abritent beaucoup de thons, d'espadons, de homards. Du coup, nos 618 km de littoral sont la plaque tournante de la pêche illicite, a déploré, à Lyon, le ministre des pêches de Sierra Leone, Momodu Allieu Pat-Sowe. Sans elle, nos revenus tirés de la mer pourraient atteindre 59 millions de dollars par an, au lieu de 6 millions aujourd'hui. Mon ministère prépare une loi répressive. Il y a en effet un risque d'instabilité sociale et politique : nous avons un problème de pauvreté et nous avons besoin du poisson pour nourrir tout le monde."

La riposte s'organise sur les côtes ouest-africaines. "Nous avons aidé le Liberia à arrêter des pêcheurs illégaux et signé un accord avec ce pays, le Ghana et la Guinée. Nous allons publier des listes de bateaux à condamner", énumère le ministre. La Sierra Leone est en train d'acheter une vedette, mais il lui faudrait d'autres bateaux rapides, plaide-t-il : cette zone est aussi en proie aux attaques armées de pirates.

L'UNION EUROPÉENNE N'EST PAS IRRÉPROCHABLE 

Les Etats victimes de la pêche sauvage manquent souvent cruellement de moyens pour en venir à bout. La responsabilité des pays développés à qui sont destinées ces cargaisons est d'autant plus grande. L'Union européenne a fait connaître, en novembre 2012, la liste des pays qu'elle considère comme "non coopérants" en matière de pêche "durable" : Belize, Cambodge, Fidji, Guinée, Panama, Sri Lanka, Togo et Vanuatu.

Mais l'UE n'est pas irréprochable puisque le poisson capturé frauduleusement dans les eaux africaines pénètre aisément son marché par les Canaries, comme le dénoncent plusieurs organisations militantes de défense des océans. "Les ONG qui nous alertent sur des activités suspectes sont nos meilleures alliées", a lancé Valérie Lainé, chargée du contrôle des pêches à la Commission européenne. Le combat est lancé.

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Pêche et surpêche

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