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29/03/2013

La méthanisation pour produire de l'énergie et des fertilisants

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/03/29/le-gouvernement-pousse-l-agriculture-francaise-a-developper-la-methanisation_3150276_3234.html

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LE MONDE | 29.03.2013 à 11h20

Laurence Girard

La production d'énergie mais aussi de fertilisants à partir de lisier, de fumier ou de tout autre résidu de culture, c'est-à-dire la méthanisation agricole, cherche sa voie en France.

Le gouvernement avait promis, lors de la conférence environnementale de septembre 2012, de donner un nouvel élan à ces initiatives. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, et Delphine Batho, ministre de l'écologie, ont présenté, vendredi 29 mars, le plan Energie méthanisation autonomie azote (EMAA). Ils reprennent le cap fixé lors du Grenelle de l'environnement : atteindre un parc installé de 1 000 unités de méthanisation agricole d'ici à 2020.

La nouveauté du plan EMAA est de vouloir combiner deux objectifs. Le premier est de valoriser l'azote organique issu des effluents d'élevage en excès dans certaines régions - comme dans le Grand Ouest où la densité des élevages porcins ou volaillers pose problème - et de réduire la dépendance de l'agriculture française à l'azote minéral dans d'autres zones.

Le second objectif est de développer "un modèle français de la méthanisation agricole pour [en] faire un complément de revenu pour les exploitations agricoles".

LA MÉTHANISATION NE SUPPRIME PAS LA POLLUTION

Le plan n'évoque pas d'enveloppe budgétaire spécifique. Le ministère du redressement productif, Arnaud Montebourg, dit apporter son concours à la structuration financière de la filière et au soutien à l'innovation et au financement des projets par le biais d'Oseo ou de la Banque publique d'investissement. Seule précision : un fonds de 10 millions d'euros sera consacré à un appel à projets sur le thème de la gestion collective de l'azote.

Toutefois, le ministère de l'agriculture le reconnaît : la méthanisation ne supprime pas la pollution liée à l'excès des effluents d'élevage. Pas une molécule d'azote ne disparaît dans le méthaniseur. L'azote se retrouve dans le résidu organique issu du processus de méthanisation, le "digestat", produit avec le biogaz. L'enjeu est de considérer ce digestat à composition agricole non pas comme un déchet, mais de lui accorder une homologation pour qu'il puisse être vendu comme fertilisant par des agriculteurs ou des coopératives dans des régions très dépendantes des engrais chimiques.

Il a fallu attendre, en 2006, la fixation d'un prix de rachat de l'électricité produite et surtout la revalorisation de ces tarifs en 2011, pour lancer le mouvement de méthanisation en France. De même que la possibilité donnée en 2011, d'injecter le biogaz produit par le méthaniseur dans les réseaux de gaz naturel, en fixant un prix d'achat.

LE COÛT DE L'INVESTISSEMENT, UN DES PRINCIPAUX ÉCUEILS

Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, qui participe au financement des projets, on est passé de 10 dossiers d'installations en France en 2007, à 66 en 2011 et à 92 en 2012. Cumulé, cela représente près de 200 installations. L'agence y a consacré 37 millions d'euros en 2012 et s'attend à une enveloppe comparable en 2013.

Le coût de l'investissement reste un des principaux écueils. C'est ce que souligne Jean-Marc Onno, à la tête d'un gros élevage de porcs dans le Morbihan, chez qui M. Le Foll et Mme Batho devaient se rendre pour présenter leur plan. Il vient de terminer une deuxième tranche d'investissement dans son méthaniseur pour un coût de 1,4 million d'euros, après un investissement initial de 800 000 euros. Il a renforcé la puissance de son cogénérateur qui produit de l'électricité à partir du biogaz. Il l'a porté à 350 kilowatts-heure.

Résultat, EDF va lui reverser non plus 180 000 mais 380 000 euros pas an. "C'est ce qui fait la rentabilité du projet", affirme Jean-Marc Onno. Son installation produit aussi de la chaleur pour son élevage, ainsi que pour une champignonnière et un producteur d'algue alimentaire qui se sont implantés sur le site avec son soutien.

"IL FAUT ARRÊTER D'ACHETER DU MATÉRIEL ALLEMAND"

L'éleveur a ainsi créé une mini-zone d'activité autour de son exploitation agricole. Le lisier de porc ne représente qu'un quart de l'alimentation de son méthaniseur, un autre quart est fourni par les déchets organiques livrés par Sita, la filiale de Suez Environnement. Le reste, soit la moitié, provient de cultures dites intercalaires, comme le tournesol, le pois ou l'orge, placées après ou avant un blé, par exemple.

Ce sont des installations de ce type, des projets de 2 à 2,5 millions d'euros, pour des puissances électriques de plus de 300 kilowatts-heure, que souhaite favoriser le plan du gouvernement. Des projets qui ne sont à la portée que de gros éleveurs, de groupements d'agriculteurs ou de coopératives.

Rien de comparable à ce qu'a réalisé Pierre Lebbe, dans les Hautes-Pyrénées, en 2001. Ce pionnier a investi 40 000 euros en concevant sa propre installation pour exploiter le fumier de ses chèvres. Eleveur "bio", il exploite le digestat comme engrais dans ses champs et vend son électricité pour 3 000 euros. Pour M. Lebbe, "il faut arrêter d'acheter du matériel allemand, qui coûte deux fois plus cher car les moteurs sont surdimensionnés pour tenir compte des mauvais rendements".

L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie vient de lancer sept projets, en 2013, de petites installations conçues par des entreprises françaises pour tenter de rendre la technologie accessible à plus d'exploitants agricoles.

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