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21/03/2013

Il faut mieux choisir les ministres de la République !

lu sur :

http://www.sudouest.fr/2012/12/16/cahuzac-et-les-labos-une-relation-tres-ancienne-910990-4778.php

Publié le 16/12/2012 à 06h00 | Mise à jour : 16/12/2012 à 10h03
Par Yann Saint-Sernin

 Années 90 : quand Jérôme Cahuzac travaillait avec les labos pharmaceutiques

Accusé de fraude fiscale par Mediapart, le ministre délégué au Budget a travaillé pour l'industrie pharmaceutique avant de devenir un as de la fiscalité

 Un samedi de marché, sur la place de Villeneuve-sur-Lot, en pleine campagne pour les législatives de 1997, Jérôme Cahuzac a sans doute marqué des points. Alors qu'il distribue des tracts, une femme s'effondre à quelques mètres de lui, victime d'un malaise. Le candidat se porte immédiatement à son secours et la ranime devant le tout-Villeneuve. « Pour le pékin moyen, il est instantanément devenu le bon docteur Cahuzac », sifflent, mi-amers, mi-admiratifs, deux anciens proches du député.

Pourtant, le parcours médical de Jérôme Cahuzac est à mille lieues de celui d'un simple médecin de campagne. Entré dans le cabinet du ministre de la Santé grâce à l'entregent de Guy Carcassonne, en 1988, le chirurgien se pose en héraut de la loi Évin, intraitable face aux lobbys de l'alcool et du tabac. Mais son autre casquette est plus mystérieuse. Conseiller technique pour le médicament, il est l'interface du ministère avec la très autarcique Direction de la pharmacie et du médicament (DPHM).

Déjà, en 1989, l'empereur castrais du médicament, Pierre Fabre, n'avait pas eu à se plaindre de l'action du jeune conseiller technique. Épinglé par la cour des comptes, son Mexapa bénéficia grâce à Jérôme Cahuzac (sur consigne du ministre Claude Évin) d'un traitement maison. Soit un prix de vente trois fois supérieur à ses concurrents ! À l'époque, « Le Canard enchaîné » avait évoqué la promesse de Fabre d'implanter une usine dans la circonscription… de Claude Évin. Un deal qui ne fut pas démenti.

En 1991, Rocard tombe. Et avec lui Claude Évin. « Jérôme a mal vécu cette fin. Il cherchait à rebondir », se souvient une ancienne collaboratrice. D'autant que la période coïncide pour le conseiller avec un contrôle fiscal carabiné.

Cahuzac Conseil

Pour rebondir, Jérôme Cahuzac, qui aurait déjà effectué du temps d'Évin quelques discrets extras dans une clinique de chirurgie esthétique, se lance avec sa femme dans la chirurgie capillaireDe nombreux députés devront par la suite leur chevelure restaurée à la clinique Cahuzac.

Proche de Bernard Charles, le député maire de Cahors - notoire courroie de transmission de Pierre Fabre à l'Assemblée -, Jérôme Cahuzac ne perd pas non plus ses contacts avec les labos. Au début des années 1990, c'est en jet privé, avec Michel Rocard, qu'il se rend à la villa Carla, la tanière de l'industriel à Castres, pour un dîner avec Jacques Limouzy et Philippe Douste-Blazy.

Puis, en 1993, il dépose les statuts de Cahuzac Conseil, une société qui travaillera exclusivement pour l'industrie pharmaceutique. En privé, Jérôme Cahuzac reconnaît avoir gagné beaucoup d'argent en officiant comme « conseiller purement technique » de la plupart des labos.

Quelle que soit la sincérité des conseils apportés par Jérôme Cahuzac aux laboratoires, il est peu probable qu'il ait pu échapper totalement à une stratégie de lobbying bien rodée : repérer les jeunes pousses prometteuses dans les cabinets ministériels, tisser des liens d'amitié et financiers avec elles dans l'espoir qu'un jour ces personnalités, parvenues aux responsabilités, seront dans les meilleures dispositions à leur égard. Une pratique de plus en plus questionnée dans la perspective de l'encadrement des conflits d'intérêt.

Ce parcours professionnel n'empêchera pas en 1998 le député Cahuzac de défendre un amendement imposant une taxation supplémentaire sur les bénéfices des labos. L'industrie pharmaceutique ne se montrera pas rancunière. Député de Lot-et-Garonne, Cahuzac n'aura aucun mal à attirer Fabre et Upsa (un labo agenais) pour financer les associations sportives de Villeneuve-sur-Lot. Cette générosité déclenchera l'ire de la droite, qui accusera publiquement le député de bénéficier des « largesses des labos ». « Cahuzac n'était pas notre favori, nous avions nos propres relais avec les parlementaires agenais », assure un ancien cadre d'Upsa. Faux, pour un ex-élu de droite lot-et-garonnais qui se souvient de s'être fait intimer l'ordre, par Upsa, de faire cesser ces accusations. Selon cet élu, le laboratoire ne lui avait pas caché placer de grands espoirs dans Jérôme Cahuzac.

politique · Agen · Villeneuve-sur-Lot · Jérôme Cahuzac

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