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04/02/2013

Espagne, Mariano Rajoy, corruption, Suisse

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4b4be802-6cb5-11e2-8abf-80e1b0de70dd#.UQ9tTkb5OTw

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ESPAGNE Samedi2 février 2013

L’argent de la corruption est passé par Genève

PAR LUIS LEMA
Une partie de l’argent de la corruption en Espagne est passée par Genève L’ex-trésorier du Parti populaire de Mariano Rajoy était très actif à Genève. Des documents montrent les dilemmes des banquiers à l’époque

L’énorme scandale de corruption qui menace une bonne partie des dirigeants de la droite espagnole (LT du 01.02.2013) (*) n’est pas seulement en train de dévoiler des recoins fétides de cette démocratie encore jeune. Les documents révélés par l’enquête encore en cours montrent aussi, parfois avec nombre de détails, le secret des conversations qui se sont tenues au sein de banques genevoises, où semble avoir transité en partie le fruit de cette corruption.

Un «mémo» de la Dresdner Bank, daté du 31 août 2005 est particulièrement révélateur. Une cadre de la banque, S. (son nom est indiqué en toutes lettres dans le document, mais elle n’a pu être jointe par ce journal) fait part de ses sentiments à l’un de ses supérieurs. Elle vient de rencontrer Luis Barcenas, tout juste élu à l’époque sénateur du Parti populaire (PP). Celui qui deviendra ensuite le trésorier du PP et qui est soupçonné aujourd’hui d’avoir tenu une comptabilité parallèle visant à «dédommager» pendant des années l’élite du parti, dispose alors d’un compte à la succursale de Genève, après avoir clôturé celui qu’il détenait à Zurich auprès de la même banque.

S. assure que son client est «choqué» de devoir «encore et encore» justifier la provenance de ses biens. Pour l’essentiel, note-t-elle, ses revenus viennent des transactions dans le domaine de l’art, et de ventes dans l’immobilier, des domaines dans lesquels «les profits sont très juteux». «Il est très courant en Espagne que ces transactions (de tableaux) se fassent en cash», insiste-t-elle pour expliquer le manque de traces financières. De plus, la vente de maisons et de chalets date à l’époque «de plusieurs années». D’où le manque de factures.

Selon le juge espagnol Pablo Ruiz, le montant sur le compte du responsable du PP a varié entre 11 et 22 millions d’euros entre 2005 et 2009. A Genève, Luis Barcenas est considéré comme un client important, et au moins trois cadres de la banque, dont S., lui ont déjà rendu visite à Madrid. Surtout, S. prend soin de le rappeler à son supérieur, en lettres capitales: le client espagnol «possède d’autres gros comptes» à Genève. De surcroît, met en garde l’employée, des anciens collègues, qui s’occupaient du client et sont partis entre-temps vers d’autres banques, «ne demandent pas mieux» que de mettre la main sur ces fonds. Deux banques genevoises importantes sont mentionnées nommément.

Contactée par Le Temps, l’une de ces anciennes collègues passée dans une banque rivale et soupçonnée de vouloir «séduire professionnellement» Luis Barcenas a raccroché abruptement le téléphone dès qu’elle a compris le sujet de la sollicitation.

A l’époque, les explications de S. n’ont que partiellement convaincu son supérieur, comme le montre la suite de leur conversation électronique. Il enjoint à sa collaboratrice d’obtenir «plus d’informations» sur la provenance des 14 millions d’euros qui sont à ce moment sur le compte.

Parmi les documents que se transmettent aujourd’hui les rédactions espagnoles, un autre est étonnant. Daté de novembre 2005, il émane de Info4c, une société suisse spécialisée dans l’établissement des profils des «personnes politiquement exposées» (PEP en anglais), à laquelle ont recours les banques et les compagnies d’assurance. Luis Barcenas est bien un PEP, se voit confirmer la Dresdner Bank. Sa qualité de «trésorier du Parti populaire» est précisément mentionnée. Dans son réseau figurent notamment le nom du premier ministre actuel Mariano Rajoy, à l’époque chef de l’opposition, ainsi que celui de Luis Fraga, neveu de Manuel Fraga, fondateur du parti conservateur et ancien ministre du général Franco.

Etablie par l’organisation, la liste des activités commerciales de Luis Barcenas va d’une compagnie agricole en Argentine à une société d’équipements de sport, en passant par une usine de traitement du purin. La démonstration, ajoutée à une nouvelle visite de Luis Barcenas, convainc le responsable de la banque. Pour faire bonne mesure, le sénateur espagnol a ajouté aussi de vive voix son «très grand intérêt» à créer une fondation à Panama. Au passage, S. ne manque pas de réprimander à nouveau gentiment son chef en lui indiquant que son client a été «surpris et un peu fâché» de voir ainsi étaler sa vie privée. Il avait amené avec lui un nouveau montant en cash, à la suite d’une autre transaction financière, se lamente-t-elle, mais il ne l’a pas laissé «chez nous».

Contactée, la société Info4c se refuse à tout commentaire. Quant à la Commerzbank (qui a racheté entre-temps la Dresdner Bank), elle souligne qu’elle «vérifie le statut PEP de chaque client avant d’entamer une relation commerciale avec lui».

En Espagne, l’étau se resserre progressivement autour de Luis Barcenas. Le 20 février 2009, il charge un vieil ami, Angel Sanchis, de s’enquérir à Genève de la manière de transférer ailleurs ses avoirs. Angel Sanchis n’est autre que l’ancien trésorier du PP, prédécesseur de Luis Barcenas entre 1982 et 1987. Grâce à son aide, les fonds partent notamment vers la HSBC à New York (un million d’euros le 26 mars).

Quelques jours plus tôt, le juge espagnol Baltasar Garzon venait tout juste de procéder à l’arrestation de Francisco Correa, l’un des responsables supposés du réseau de corruption mis en place par le PP.



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