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21/12/2012

Mariage et homosexualité : parent 1 et parent 2

 Le mariage, la procréation

Denise Mendez, membre du Conseil scientifique d’Attac-France, grande connaisseuse de l’Amérique latine en général et militante de droits indigènes en particulier, s’interroge dans "LE MARIAGE HOMOSEXUEL ET LA GAUCHE DE GAUCHE", sur la légitimité, pour la gauche de gauche, de ce type de combat qu’elle n’assimile pas à un progrès mais à une négation anthropologique. Elle souhaite ainsi alimenter le débat sur ce thème de société, comme on dit. 
JC


Vous ne trouverez pas ce texte sur le site d'ATTAC France : il a été interdit de publication ! 

Le voici en fichier joint ; faites-vous votre opinion vous même.

le_mariage_homosexuel_et_la_gauche.pdf  

 

LE MARIAGE HOMOSEXUEL ET LA GAUCHE DE GAUCHE 

(les surlignages sont de moi)


On présente le mariage homosexuel, dit mariage pour tous, comme un progrès de civilisation et, en toute logique, la gauche  de gauche toujours à l’avant-garde des droits humains se lance dans sa promotion et abandonne à la droite toute critique et réflexion anthropologique sur le sujet.  Ainsi le projet législatif du gouvernement serait-il  une avancée dans l’égalité du droit à fonder une famille, indépendamment de la différence biologique entre sexe  masculin et sexe  féminin ; le projet  rejette donc la distinction entre genre masculin et genre féminin (1) qui était jusqu’ici au centre de la fondation de la famille et au cœur de la filiation. 


 Cette  initiative législative  prévoit donc la modification de plusieurs articles du code civil sur la filiation, effaçant en particulier les termes « père et mère » pour les remplacer par « parent-1 et parent -2 ». Selon ses promoteurs, elle est  le reflet  d’une évolution de la société dans un sens démocratique. Cette initiative  suppose   l’assentiment général des homosexuels qui tous seraient censés aspirer à fonder une famille selon la manière traditionnelle, surmontant  les limitations imposées par la biologie, au moyen de modifications du droit et du recours  aux nouvelles techniques de reproduction  des mammifèresOn peut douter de cette unanimité des homosexuels, et on peut également douter  de l’assentiment d’une opinion publique consultée  par des sondages qui se réfèrent au terme mariage et omettent les questions  de filiation. 


L’argument massue des promoteurs du projet est la référence empirique, il prend appui sur un état de fait, à savoir l’existence de milliers de personnes homosexuelles vivant actuellement en couple (pacsées ou non ) et élevant des enfants adoptés ou obtenus par PMA (environ 40 000 enfants). Selon l’INED, en France, il y aurait  6 % d’homosexuels et  parmi eux, 1% seraient  engagés dans une forme de mariage. 


La gauche pensant se situer à  l’avant-garde  des revendications progressistes, néglige volontiers l’opinion  des homosexuels qui restent  étrangers  à l’idée de mariage traditionnel. 

On sait que, à travers l’histoire, les homosexuels, les plus originaux, les plus sincères, les plus 

créatifs ont toujours refusé les modes de vie  ordinaires fondés sur la famille ; ils ont privilégié des formes de vie  autonomes, indépendantes.  Il est curieux de voir que la gauche ignore ces homosexuels-là , elle privilégie  ceux qui constituent  dans le monde occidental  un lobby puissant qui fonde son succès sur une interprétation biaisée des droits humains et du principe de non discrimination. 


En somme, on s’apprête à modifier le code civil qui concerne 65 millions de personnes pour satisfaire la demande de quelques centaines de milliers (600 000 environ). On établit ainsi le droit de la minorité  à imposer ses vues à la majorité la plus large (le gouvernement refusant un référendum). On sait que dans l’histoire, il arrive que les minorités soient à l’avant-garde du progrès de tous et donc agissent pour le bien de tous. Qu’en est-il en l’occurrence ? Ces homosexuels partisans  du mariage ordinaire sont-ils une avant-garde  de la civilisation ou bien sont-ils plutôt des passéistes qui rêvent de vivre comme les hétérosexuels les plus traditionnels, ceux qui choisissent  la cérémonie de mariage religieux, robes blanches et couronnes de jasmin. Voici une question qu’on aimerait voir poser par la gauche, justement à une époque où les couples hétérosexuels refusent de se marier alors même qu’ils  fondent des familles très stables. 


QUELS SONT LES ARGUMENTS QUI FONDENT LE PROJET  DE MARIAGE 

POUR TOUS ? 


Les homosexuels revendiquent le droit à un mariage civil du même  type que celui des hétérosexuels au nom de l’égalité des  droits, parmi lesquels le droit au mariage. Il y a en 

l’espèce une interprétation biaisée du droit : la confusion entre l’égalité des droits et le droit à 

l’égalité au nom de la non-discrimination entre les individus. La discrimination consiste à ne 

pas accorder les mêmes droits dans des conditions similaires.  Or il est clair que, vis-à-vis de 

la procréation, les couples homosexuels ne sont pas dans la même condition que les couples 

hétérosexuels, puisqu’ils ne peuvent pas procréer ; on n’a jamais vu un enfant naître de 

l’accouplement de 2 hommes ou de 2 femmes. La revendication des homosexuels du droit à 

fonder une famille selon le même régime juridique que les  hétérosexuels, n’a aucun fondement anthropologique, elle n’a qu’un fondement idéologique. Si les homosexuels n’avaient recherché que la protection de leur type spécifique de famille, ils auraient trouvé suffisamment de garanties dans le PACS, lequel protège l’avenir du compagnon ou la compagne et des enfants adoptés en cas de séparation ou mort. Aussi, peut-on douter de l’intention qui sous-tend cette recherche d’égalité dans le mariage. Il est probable  que ces homosexuels  oursuivent un autre objectif  ou d’autres objectifs. 


Il  semble  plutôt  que ces homosexuels  soient engagés dans une  guerre idéologique autour de la question du genre. Cette guerre a été initiée dans les  universités des États-Unis, par les Gender studies  et  les Queer studies  (2):  études  ayant  pour objet de démontrer que le genre  masculin/féminin n’existe pas  au niveau  de la nature.  Selon  leurs conclusions, on ne naît pas garçon ou fille, on le devient ; le genre est une création sociale et, de plus,  transitoire. On peut en changer, c‘est pourquoi  on revendique la variabilité du genre au cours de la vie

le « transgenre ». 


 La revendication du mariage homosexuel obéit donc à une logique : la déconnexion du mariage et du genre, déconnexion du mariage et de la procréation et surtout la déconnexion 

du mariage et de la filiation. Par le mariage tel que prévu dans le nouveau code civil, la 

filiation n’est plus liée au genre masculin/féminin, au sens traditionnel, elle est liée à la 

volonté des partenaires  appartenant au même genre dans l'acception nouvelle.  La notion de 

père et mère  résultait  d’un engendrement  par un homme et une femme.  Désormais, il n’y a 

plus besoin, l’engendrement  étant impossible, on passe outre ; on crée une filiation sans 

engendrement, c’est pourquoi le code civil doit supprimer les mots père et mère et les 

remplacer par  « parent 1 et parent 2 ».  Plus question de filiation liée à la transmission 

biologique, plus question pour l’enfant de connaître son origine, ses ancêtres, sa lignée. Il a 

des parents  ex nihilo  qui l’élèvent  avec amour ; l’histoire s’arrête là. Quant aux 

hétérosexuels, ils  doivent  se plier à la nouvelle loi. 


Ainsi, puisque  les homosexuels  ne peuvent pas avoir le statut  biologique de père et 

mère, ils  exigent  que les hétérosexuels ne se désignent plus comme père et mère ; afin de 

garantir l’égalité de statut dans le mariage pour tous. Ceci  ressemble à une guerre contre 

l’hétérosexualité ou contre les hétérosexuels. Mais apparemment, les hétérosexuels de gauche 

acceptent de recevoir des coups, au nom de la modernité... 


HYPOTHESES EN MANIERE DE CONCLUSION  PROVISOIRE 


1- On pourrait retenir  l’hypothèse des couples d’homosexuels qui veulent banaliser 

totalement leur appartenance sociale, et pour l’inscrire dans la normalité, passer par le 

mariage commun et la famille commune. Un tel désir de normalité chez les 

homosexuels est insolite et ressemble à une trahison du vécu homosexuel  dans 

l’histoire.  Confirmant  cette  normalisation,  la  psychanalyste  Caroline 

Thompson remarque, dans Le Monde Idées du 8 novembre 2012, qu'il arrive souvent 

que  les couples homosexuels reproduisent  les modèles de couples hétérosexuels, l’un 

des membres des couples hommes adoptant, dans les tâches domestiques, un rôle 

traditionnel féminin, tandis que l’autre adopterait le rôle  du « macho ». Il en est de 

même dans les couples de femmes homosexuelles, dont l’une serait  plus « machora » 

que l’autre.  Pourquoi  ce mimétisme,  ce désir de ressembler aux couples 

hétérosexuels ?  On devine  qu’un grand nombre de questions  pourraient être posées 

par des anthropologues,  psychologues  et sociologues ; ce questionnement   semble un 

tabou  chez les gens de gauche .  


En tout cas on peut se demander quelle est dans cette affaire l’avancée sociale, le 

progrès  de civilisation qui vaille l’engagement de la gauche. 


2- On pourrait  retenir l’hypothèse  d’une avant-garde homosexuelle qui veut renverser 

le mariage traditionnel fondé sur le genre  masculin/féminin et sur la filiation 

biologique. Il s’agirait alors d’une position subversive, révolutionnaire, dirigée  contre 

les hétérosexuels et le système patriarcal ; une position qui anticipe sur les futures 

transformations de la biologie, et l’artificialisation de la procréation.  En revendiquant 

un seul et même mariage pour tous, abolissant le statut de père et mère, les 

homosexuels  voudraient ouvrir  la société à un avenir où la procréation  serait le fruit 

des nouvelles technologies ; où les êtres humains arriveraient  sur terre  ex nihilo.


Peut-on voir dans cette attitude une avancée sociale, un progrès de civilisation qui 

justifie l’engagement de la gauche  dans l’effacement de la filiation ? 


 À moins que  le projet  de « mariage pour tous »  ne soit  qu’un grand dérivatif  face au 

désastre politique : le progrès sociétal à la place du progrès social. La musique du 

« mariage pour tous » recouvre le cri des victimes de la régression des droits 

sociaux. Mais alors, pourquoi  la gauche de gauche se fait-elle complice de cette 

mystification ? 


Denise Mendez 

Novembre 2012


 

(1)

Au sens traditionnel de l'expression avant que les thèses de la littérature étasunienne ne soient reprises plus largement.. 

 

(2)

Pour gender, ou dans la traduction française approximative de genre, il s'agirait d'une dimension d'abord, voire exclusivement, sociale, alors que « sexe » vise à définir une donnée, ou un ensemble de données physiologiques.


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sur le même sujet, lire :


http://agora.qc.ca/documents/le_mariage_homosexuel_est_il_soluble_dans_lecologie


Commentaires

J'ai supprimé le commentaire de "Thieulls" ci-dessous car je souhaite que les commentaires apparaissent sans obligation de communiquer des informations personnelles, ce qui n'était pas le cas.

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"Vous trouverez ci-dessous des liens vers des articles m'ayant intéressé parce qu'ils donnent des éclairages variés sur les arguments pour (surtout) et contre (parfois) ce que l'on appelle le "mariage pour tous". Je les ai trouvés soit à partir d'une al..."

Écrit par : moi | 22/01/2013

Merci de laisser vos informations en accès libre. Je supprime tous les liens qui exigent un enregistrement.

Écrit par : moi | 25/02/2013

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