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21/12/2012

Démocratie et élus du Peuple : les financements occultes

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http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/12/21/affaire-de-karachi-le-temoin-cle-qui-a-mis-fin-aux-retrocommissions_1809510_3224.html

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Affaire de Karachi : le témoin-clé qui a mis fin aux rétrocommissions

LE MONDE | 21.12.2012 à 14h43 • Mis à jour le 21.12.2012 à 14h44 Par Fabrice Lhomme

S'il y avait encore un doute, il est levé : une fois élu président de la République en 1995, Jacques Chirac a bien ordonné l'interruption des commissions promises en marge de contrats d'armement signés par le gouvernement précédent, dirigé par son rival Edouard Balladur qu'il soupçonnait d'avoir été financé par ce biais.

C'est ce qu'il ressort de l'audition, le 15 novembre, d'un témoin-clé par le juge antiterroriste Marc Trévidic, qui enquête sur les causes de l'attentat de Karachi (onze salariés français de la Direction des constructions navales furent tués dans la ville portuaire pakistanaise le 8 mai 2002). Ce témoin n'est autre que l'actuel président d'EADS France, Marwan Lahoud, chargé de mission, entre 1995 et 1997, au cabinet du ministre de la défense de M. Chirac, Charles Millon.

"Est-il exact que vous avez été chargé par le directeur du cabinet de M. Millon d'identifier les contrats d'armement susceptibles de donner lieu à des rétrocommissions ?", l'a interrogé d'emblée le juge. "Tout à fait. Le directeur de cabinet m'a demandé de regarder les contrats atypiques", a confirmé M. Lahoud. Atypiques, et surtout suspects. En l'occurrence, il s'agit des marchés Agosta (la vente de sous-marins au Pakistan) et Sawari II (la cession de frégates à l'Arabie saoudite), signés fin 1994.

 
 

 

Dans les deux cas, le ministère de la défense, dirigé par François Léotard - soutien de poids de M. Balladur dans sa campagne présidentielle de 1995 -, avait imposé in extremis un duo d'intermédiaires d'origine libanaise, Ziad Takieddine et Abdul Rahman El-Assir, ainsi qu'un Saoudien, Ali Ben Mussalam, mort en juin 2004. Ainsi, s'agissant de Sawari II, M. Lahoud affirme avoir "découvert qu'un réseau d'agents avait été ajouté à la dernière minute, sans avoir été validé, (...) à la demande du cabinet du ministère de la défense (...) Je me suis rendu compte que le même phénomène existait pour le Pakistan et concernait d'ailleurs les mêmes agents".

Informé de l'existence de ce possible circuit de financement occulte, le chef de l'Etat se rend en juillet 1996 en Arabie saoudite. "Le président Chirac a dit qu'il allait poser la question [de la destination finale des fonds] au roi d'Arabie saoudite (...) Quand il est revenu, il a décidé l'interruption immédiate des deux réseaux qui concernaient les mêmes agents dans les deux contrats", raconte M. Lahoud, qui se fait précis : selon lui, la décision d'arrêter le versement des commissions - qui pourrait avoir été à l'origine de l'attentat commis en 2002 contre les salariés de la DCN chargés d'exécuter le contrat Agosta - "a été prise le 13 juillet 1996".

A propos des intermédiaires imposés par le cabinet de M. Léotard, Marwan Lahoud a la dent dure : "J'étais convaincu ,et je le reste, qu'il s'agit de petits truands qui ont vu là une occasion de se faire plusieurs millions à leur bénéfice ou au bénéfice d'amis." Ces "amis" étaient, à l'évidence, à chercher du côté des balladuriens, même si les preuves manquaient...

"J'ai essayé mais je n'ai pas pu savoir qui en France touchait éventuellement des rétrocommissions, a expliqué M. Lahoud. Il faut savoir qu'à l'époque tout le microcosme en parlait. Il y avait des rumeurs sur le cabinet Léotard, sur la campagne de Balladur." Depuis, l'enquête des juges chargés du volet financier de l'affaire a confirmé ces soupçons initiaux, mettant en lumière les liens entre M. Takieddine et les proches de MM. Léotard et Balladur, ainsi que les bizarreries du financement de la campagne présidentielle de ce dernier.

M. Lahoud a aussi été questionné sur un témoignage recueilli la veille, celui de Pierre Conesa, un ancien de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), en poste à la direction générale de l'armement à l'époque des faits. Il s'est souvenu de discussions avec Gérard-Philippe Ménayas, directeur financier de la DCN, qui lui avait "précisé que lors des négociations sur Agosta, Renaud Donnedieu de Vabres [bras droit de M. Léotard à la défense] était arrivé et avait fait sortir tout le monde de la pièce en disant qu'il s'occupait de la suite de la négociation".

"RÉSEAU BIDON"

M. Conesa a ensuite confirmé que M. Lahoud "avait été chargé d'identifier les contrats pakistanais et saoudiens porteurs de rétrocommissions. Ils avaient procédé par sondages en s'intéressant plus spécifiquement aux contrats de conseil et avec cette idée que s'il y avait des Libanais, ils pouvaient être en lien avec M. Léotard". S'il dit ne pas avoir mémorisé le nom des "deux intermédiaires libanais" - il s'agit à l'évidence de MM. Takieddine et El-Assir - dont lui avait parlé M. Lahoud, M. Conesa assure en revanche que ce dernier lui avait confié "que des représentants de ces consultants étaient venus protester [après l'arrêt des commissions] en proférant des menaces au ministère de la défense. M. Lahoud m'a dit qu'il avait fallu leur envoyer le service Action de la DGSE pour leur faire baisser le ton (...) La façon dont il m'a raconté la chose m'a laissé penser qu'ils étaient dangereux".

Sur ce point, les versions de M. Conesa et M. Lahoud divergent. Le responsable d'EADS a assuré au juge qu'il n'avait "pas parlé du service Action " ni été informé de menaces venant des intermédiaires. Au contraire : "Je m'attendais à ce qu'ils protestent. Mais l'absence de protestation m'a conforté dans mon analyse que c'était un réseau bidon." Il a toutefois concédé que le consultant en sécurité Frédéric Bauer s'était, en 2002, "vanté" auprès de lui "que le président Chirac lui avait demandé d'aller dire à Takieddine qu'il fallait qu'il renonce à son contrat de consultant". Si rien n'établit que cet épisode ait un lien avec l'attentat du 8 mai 2002, le juge se pose tout de même la question. "Michel Mazens (nommé, en 1995 par les chiraquiens, PDG de la Sofresa, chargée du dossier Sawari II) était-il inquiet des conséquences que pouvait avoir l'arrêt de versement des commissions ?", a ainsi demandé M. Trévidic à M. Conesa.

"Non, ce n'était pas du tout son problème, a répondu le témoin. Il estimait qu'il avait fait la part de boulot qui lui incombait. Il n'était pas dans un état de préoccupation d'un point de vue de sécurité." Pour M. Conesa, une chose est sûre : "M. Mazens avait été mis à son poste pour apurer le passif, c'est-à-dire la vengeance de Chirac contre Balladur."

Lire Un témoin évoque un rapport sur la piste financière rendu à la DST dès 2002

Les deux volets de l'affaire

L'enquête antiterroriste Depuis mai 2002, la justice française est saisie de l'attentat de Karachi au Pakistan, longtemps imputé à Al-Qaida. Le juge Marc Trévidic, qui a repris l'enquête en 2007, l'a relancée fin 2008 en direction d'une piste financière. L'attentat serait lié à l'arrêt, décidé par Jacques Chirac en 1996, du versement de commissions provenant de ventes d'armes.

L'enquête financière

La piste financière a déclenché l'ouverture d'une procédure confiée à Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire. Les juges suspectent que la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995, a été financée par des fonds prélevés en marge des contrats d'armement.

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http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/12/21/un-temoin-evoque-un-rapport-sur-la-piste-financiere-rendu-a-la-dst-des-2002_1809479_3224.html

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LE MONDE | 21.12.2012 à 14h43 Par Fabrice Lhomme

Le juge Marc Trévidic a recueilli, le 30 novembre, une déposition qui sème le trouble. Il s'agit de l'audition, en qualité de témoin, du journaliste Guillaume Dasquié, dont les déclarations laissent supposer que, une nouvelle fois dans cette affaire, des documents importants susceptibles d'éclairer les circonstances de l'attentat de Karachi ont été dissimulés à la justice.

M. Dasquié a enquêté très tôt, alors qu'il était directeur de recherche sur le terrorisme à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), sur les dessous de l'attaque du 8 mai 2002. Il a été questionné sur les liens qu'il a entretenus avec un ancien policier de la direction de la surveillance du territoire (DST, fondue depuis dans la DCRI), Claude Thévenet, qui fut mandaté à l'époque par la Direction des constructions navales, dont le personnel avait été visé par l'attentat, pour mener ses propres investigations. Cette mission confidentielle, baptisée "Nautilus", et effectuée en marge de l'enquête officielle de la justice française, déboucha sur six rapports, rédigés entre mai et novembre 2002.

Dès le 26 juin 2002, le deuxième rapport évoquait "une demande de commission supplémentaire de la part d'officiels pakistanais" en marge du contrat Agosta (la livraison de sous-marins au Pakistan). Beaucoup plus spectaculaire, le troisième rapport "Nautilus", daté du 11 septembre 2002, avançait la piste des rétrocommissions comme la plus crédible pour expliquer l'attentat. Ce dernier aurait été commis par des militaires pakistanais furieux de l'arrêt du versement de commissions, décidé par Jacques Chirac après son élection en 1995 par mesure de rétorsion contre les balladuriens, suspectés d'avoir touché de l'argent en marge du contrat Agosta.

"VOLONTÉ DE DISSIMULATION"

Or, devant le juge, M. Dasquié a révélé que les services secrets français étaient parvenus aux mêmes conclusions que M. Thévenet - avant lui -, et ce sans jamais en avoir averti la justice. "Je suis certain qu'il y a une personne qui a remis à la DST un rapport sur l'hypothèse d'un attentat en relation avec les enjeux financiers, a-t-il assuré. Cette personne, à ma connaissance et sauf élément qui me surprendrait, n'a jamais été en relation avec Claude Thévenet. Cette personne a été longtemps rémunérée par la DST selon des éléments officiels qui peuvent être facilement vérifiés, et son rapport a été remis vraisemblablement avant le mois de juillet 2002. En quelque sorte, c'était un deuxième rapport Nautilus ou un précurseur du rapport Nautilus, établi par quelqu'un qui avait la confiance de la DST."

M. Dasquié affirme qu'il a appris de la bouche même de son auteur l'existence de ce rapport, et ce "après 2010""Le fait que ce rapport n'ait jamais été coté au dossier montre qu'il y a eu une volonté de dissimulation" de la part de la DST, note M. Dasquié.

Prié de livrer l'identité de l'auteur du fameux rapport, le journaliste a préféré indiquer qu'il allait d'abord "essayer de prendre contact avec [lui] pour voir s'il accepte de témoigner". Reste à savoir si le témoin mystère évoqué par M. Dasquié, qui serait une figure du monde du renseignement privé, acceptera de confirmer ces nouvelles révélations sur procès-verbal.

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