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06/12/2012

Politique et argent (3)

lu sur :

http://www.lepoint.fr/societe/enquete-sur-la-saisie-de-fonds-de-takieddine-de-retour-de-libye-06-12-2012-1543232_23.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20121206

SOURCE AFP

Une information judiciaire pour blanchiment et corruption visant Ziad Takieddine a été ouverte concernant la saisie de 1,5 million d'euros en liquide que transportait l'homme d'affaires de retour de Libye le 5 mars 2011, a-t-on appris jeudi de source judiciaire, confirmant une information du Monde.

 
 

Cette enquête a été confiée aux juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire qui enquêtent par ailleurs sur un éventuel financement illicite de la campagne d'Édouard Balladur en 1995, instruction dans laquelle Ziad Takieddine est mis en examen, a-t-on précisé. L'intermédiaire avait été interpellé le 5 mars 2011 par les douanes à l'aéroport du Bourget (Seine-Saint-Denis) de retour de Libye et alors qu'il transportait 1,5 million d'euros en espèces. À l'époque, Ziad Takieddine avait indiqué qu'il s'était rendu en Libye "pour affaires".

Deux journalistes du Journal du dimanche se trouvaient également dans l'avion, de retour de Tripoli où ils avaient réalisé une interview du dirigeant libyen Muammar Kadhafi. Ils n'avaient pas été inquiétés. Une enquête préliminaire sur des "manquements aux obligations déclaratives" et "suspicion de blanchiment" avait alors été ouverte.

L'information judiciaire, ouverte pour "manquement à l'obligation déclarative, blanchiment, corruption et recel" de ces délits, prend le relais de l'enquête préliminaire. Elle offre "un cadre plus approprié aux investigations", a-t-on précisé de source judiciaire. Les juges d'instruction disposent de pouvoirs plus adaptés que le parquet pour mener des investigations internationales.

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sur le même sujet, lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/12/06/un-juge-enquete-sur-l-argent-libyen-de-ziad-takieddine_1800851_3224.html

LE MONDE | 06.12.2012 à 10h52 • Mis à jour le 06.12.2012 à 11h19 Par Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Le juge Renaud Van Ruymbeke va pouvoir enquêter sur les liens financiers entretenus par la France de Nicolas Sarkozy avec le régime libyen de Mouammar Kadhafi. Le 29 novembre, le magistrat, qui enquête avec Roger Le Loire sur l'affaire de Karachi, s'est vu confier une information judiciaire ouverte deux jours plus tôt par le parquet de Paris pour "manquement à l'obligation déclarative, blanchiment, corruption, recel et complicité de ces délits".

Cette procédure, très sensible, vise, pour l'instant, principalement l'intermédiaire Ziad Takieddine. L'un de ses avocats, Me Marcel Ceccaldi, a dénoncé au Monde une "nouvelle procédure témoignant d'un acharnement judiciaire contre [son] client destiné à lui faire dire qu'il a financé la campagne de M. Balladur".

INTERPELLÉ AU BOURGET AVEC 1,5 MILLION D'EUROS EN ESPÈCES

Au cœur du dossier des ventes d'armes avec le Pakistan et l'Arabie Saoudite sous le gouvernement d'Edouard Balladur (1993-1995), M. Takieddine est soupçonné d'avoir financé illicitement les balladuriens puis le camp sarkozyste en marge de gros contrats. L'instruction ouverte le 27 novembre est l'aboutissement d'une enquête préliminaire – qui ne visait pas les faits de corruption, de recel et de complicité – diligentée au printemps 2011 à la suite d'une mésaventure survenue à M. Takieddine.

L'homme d'affaires avait été interpellé le 5 mars 2011 par la douane à l'aéroport du Bourget, d'où il revenait de Tripoli, porteur de 1,5 million d'euros en espèces. M. Takieddine était accompagné d'un journaliste et d'un photographe du Journal du Dimanche. Il les avait convoyés auprès de M. Kadhafi afin de faciliter la réalisation d'une interview du "guide" libyen et ce en pleine guerre civile.

Le 9 mai 2002, M. Takieddine avait tenu à donner sa version de cet incident au juge Van Ruymbeke qui l'auditionnait dans le cadre de l'affaire de Karachi. L'argent liquide, avait-il assuré, correspondait à ce que lui "devait" la société de technologies Honeywell. "Je devais récupérer cet argent car je pensais, vu la situation, me rendre pour la dernière fois en Libye." Le PDG d'Honeywell Libya SA avait démenti : "Ni le groupe Honeywell ni aucune de ses filiales n'a jamais procédé, directement ou indirectement, au versement de quelconques commissions, honoraires ou paiements analogues à M. Ziad Takieddine".

"IL FAUT QUE SARKOZY RENDE L'ARGENT QU'IL A ACCEPTÉ DE LA LIBYE"

Les enquêteurs envisagent que les fonds aient pu provenir des autorités libyennes elles-mêmes, comme une ultime illustration des liens troubles entretenus par le régime de Tripoli avec Nicolas Sarkozy et ses proches. Lors de son audition de mai 2002, M. Takieddine, manifestement désireux de régler ses comptes avec les sarkozystes, qu'il accuse de l'avoir "lâché", n'a fait qu'accroître les soupçons, évoquant de lui-même un éventuel financement par le régime libyen de la campagne présidentielle de M. Sarkozy en 2007. Une hypothèse apparue au printemps 2011, par la voix de l'un des fils du dictateur, Saïf Al-Islam Kadhafi : "Il faut que Sarkozy rende l'argent qu'il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale", avait-il accusé sur Euronews.

La polémique fut relancée un an plus tard lorsque le site Mediapart publia un document attribué à un ex-dignitaire libyen affirmant que Tripoli avait décidé de financer pour "50 millions d'euros" la campagne de M. Sarkozy en 2007. Une accusation vigoureusement démentie par ce dernier, qui a déposé plainte – une enquête préliminaire pour "faux et usage de faux" est en cours au parquet de Paris.

PROXIMITÉ DE M. TAKIEDDINE AVEC L'ENTOURAGE PROCHE DE M. SARKOZY

Face à M. Van Ruymbeke, M. Takieddine avait soutenu que "les informations révélées par la presse" lui semblaient "tout à fait crédibles". Et d'ajouter, s'agissant des premières accusations du fils Kadhafi : "Saïf Al-Islam, que j'ai rencontré lors de ma dernière visite en Libye le 4 mars 2011, a répondu "oui" à ma question: "Ce que vous avez déclaré à la télévision au sujet du financement de la campagne de M.Sarkozy en 2007, est-ce vrai?". Je lui ai demandé comment cela avait été possible sans que j'aie été mis au courant alors qu'il savait très bien que j'étais tout le temps entre les deux. Il m'a expliqué que cela faisait partie des affaires réservées qui ne me concernaient pas. Le montant n'est pas évoqué."

M. Takieddine se disait même "convaincu" d'avoir été contrôlé au Bourget sur ordre du ministre de l'intérieur: "M. Claude Guéant était persuadé que je détenais des preuves de ce financement, à savoir les éléments dont Saïf avait fait état dans ses déclarations".

Ces dernières années, de nombreux documents et témoignages ont attesté la proximité de M. Takieddine avec l'entourage proche de M. Sarkozy, qu'il s'agisse de Claude Guéant, Brice Hortefeux ou encore Thierry Gaubert. A partir de mai2007, l'homme d'affaires a joué les émissaires officieux au nom du gouvernement français dans de nombreux dossiers sensibles. Plusieurs concernaient la Libye, qu'il s'agisse de la libération des infirmières bulgares ou de la vente au régime Kadhafi par la société française Amesys d'un système d'espionnage du net libyen. Ce contrat fait l'objet depuis le mois de mai d'une instruction distincte ouverte à Paris pour "complicité d'actes de torture".

Gérard Davet et Fabrice Lhomme

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