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29/10/2012

Démocratie : Agir contre la corruption (suite)

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Le justicier du 1% logement - L'EXPRESS

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6 févr. 2012 – Ce lundi s'ouvre devant le tribunal correctionnel de Nanterre, le procès dit du 1% logement. Un procès qui n'aurait sans doute pas eu lieu sans ...

Le justicier du 1% logement

Par Anne Vidalie, publié le06/02/2012 à 09:26, mis à jour à 09:29

Ce lundi s'ouvre devant le tribunal correctionnel de Nanterre, le procès dit du 1% logement. Un procès qui n'aurait sans doute pas eu lieu sans l'ex-syndicaliste Jean-Claude Duret qui a dévoilé les turpitudes des dirigeants de cet organisme d'aide à l'habitat. Parmi eux, Thierry Gaubert, proche de Nicolas Sarkozy. 

Julien DANIEL / MYOP

La chronique judiciaire ne retiendra peut-être pas son nom. Pourtant, sans Jean-Claude Duret, le procès du 1 % logement, qui s'ouvre le 6 février devant le tribunal correctionnel de Nanterre, n'aurait peut-être pas lieu. Sans ce retraité parisien de 70 ans, ancien syndicaliste de la CFTC, peut-être le sémillant Thierry Gaubert, ancien collaborateur et proche de Nicolas Sarkozy, et son comparse Philippe Smadja, seraient-ils encore à la tête du CIL Habitation française, organisme collecteur de la participation des entreprises à l'effort de construction dans les Hauts-de-Seine. Seulement, voilà: en 1999, Jean-Claude Duret, alors administrateur salarié du CIL, a mis la justice en branle en déposant plainte pour détournement de fonds publics avec le soutien d'un autre administrateur, Pierre Morlier, de la CGT.  

Dossiers bâclés, procès-verbaux tronqués

Treize années ont passé, mais l'indignation est intacte. L'ex-officier de marine pétri de morale et de civisme, devenu ingénieur chez Thomson, n'a rien oublié des manières peu orthodoxes du tandem Gaubert-Smadja. Les dossiers "bâclés mais dûment ficelés", auxquels le conseil d'administration du CIL Habitation française était prié de donner sa bénédiction les yeux fermés. Les gueuletons entre dirigeants de cet organisme à but non lucratif au très chic Polo de Bagatelle ou à l'Espérance, le restaurant triplement étoilé du chef Marc Meneau, à Vézelay (Yonne). Les procès-verbaux tronqués, les désaccords des quelques dissidents jamais actés. 

Des broutilles, à côté des petits arrangements entre amis dévoilés par un audit de l'Inspection générale des finances. Ainsi, une partie de l'argent collecté aurait financé des subventions ou des prêts accordés à des sociétés immobilières... dont Thierry Gaubert et Philippe Smadja étaient actionnaires. "Les modalités d'organisation [...] se sont traduites par des transferts financiers vers des patrimoines privés", concluent les enquêteurs, qui pointent également le "train de vie excessif" des dirigeants du CIL.  

Jean-Claude Duret a payé cash son audace. Son syndicat, la CFTC, l'a lâché. On lui a retiré son mandat d'administrateur du CIL, puis sa délégation syndicale chez Thomson, devenu Thales. "En juin 2000, Thierry Gaubert m'a donné rendez-vous à l'hôtel Marriott, à Paris, et m'a demandé de retirer ma plainte, raconte-t-il. Si je n'obtempérais pas, il m'a laissé entendre qu'il me ferait virer, étant donné ses excellentes relations avec Alexandre de Juniac, le secrétaire général de Thales." Des pressions que l'intéressé dément fermement. Néanmoins, six mois plus tard, Duret était contraint à une retraite forcée, à 60 ans. 

Puis l'affaire du 1% logement a rejoint la cohorte des dossiers délicats, menacés d'enterrement judiciaire, guettés par l'oubli médiatique. Ni les grandes entreprises ni les ministères qui avaient versé leur écot au CIL des Hauts-de-Seine n'ont jugé bon de demander des comptes au duo Gaubert-Smadja. Isolé, ostracisé, Jean-Claude Duret a plongé dans la dépression. C'est le juge d'instruction Richard Pallain qui lui a redonné espoir. "Un homme méticuleux, courageux, intègre", admire Duret. En 2007, huit ans après avoir porté plainte, l'ancien syndicaliste a été entendu pour la première fois.  

Cahin-caha, la procédure a suivi son cours, les tentatives du parquet de vider l'accusation de sa substance ont été contrées, les manoeuvres dilatoires de la défense, déjouées. Malgré le cancer qui lui empoisonne la vie, Jean-Claude Duret est heureux. Ce procès, pour lui, ce n'est pas seulement "une victoire de la démocratie et de la justice". C'est aussi "la meilleure des thérapies". 

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