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18/09/2012

Toujours moins d'usines en France

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http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/09/17/toujours-moins-d-usines-en-france_1761293_3234.html

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Toujours moins d'usines en France

LE MONDE | 17.09.2012 à 12h09

Par Denis Cosnard

Cette usine-là avait résisté à tout. Trois guerres, trois faillites, divers changements de propriétaire. Depuis sa fondation en 1820 dans un gros village des Vosges, la papeterie du Souche avait tenu bon. Il y a un siècle, un procès intenté par des pêcheurs à la ligne avait obligé à démonter l'unité de pâte à papier. En 1944, les installations avaient été détruites par l'armée allemande. Elles furent reconstruites deux ans plus tard.

 

Cette fois, le couperet semble être tombé. Le 11 septembre, le tribunal de commerce d'Epinal a prononcé la liquidation du site, en sursis depuis plusieurs années. L'ultime relance tentée il y a un an par les salariés a échoué. Ils n'étaient plus que 114, dans cette papeterie qui avait compté jusqu'à 1 000 personnes.

L'histoire de ce lieu d'où sortit le vélin utilisé pour la première édition des œuvres complètes de Chateaubriand a valeur de symbole. L'industrie française est-elle condamnée à parler d'outre-tombe ? La désindustrialisation engagée de longue date s'est, en tous les cas, nettement accentuée avec le plongeon de l'activité en 2008-2009. Depuis, la crise n'en finit pas, et met à bas des entreprises dont les origines remontaient parfois à la révolution industrielle. Comme Souche, dont la liquidation laisse au personnel un immense sentiment de gâchis.

Un marché européen difficile, des coûts de production en hausse : le changement de gouvernement a poussé certaines entreprises à repousser après les élections des plans sociaux sensibles, mais n'a pas bouleversé la donne.

UN SOLDE NET NÉGATIF DE 346 USINES

Les chiffres rassemblés par l'Observatoire Trendeo des investissements pour Le Monde sont spectaculaires. Un peu plus de 200 fermetures de sites industriels ont été annoncées en France depuis le début de l'année, soit 50 % de plus que durant la même période de 2011.

"Les grands sites arrêtés comme celui de PSA à Aulnay font la "une" des journaux, mais la taille moyenne des installations concernées est de 73 emplois", précise David Cousquer, créateur et gérant de Trendeo, une société qui recense les créations et les suppressions d'emplois. A vrai dire, ces disparitions ne seraient pas catastrophiques si autant d'usines surgissaient de terre simultanément. Mais, pour 208 fermetures, seules 130 ouvertures ont été annoncées depuis le 1er janvier, selon Trendeo.

Ce décalage n'est pas nouveau. "Depuis le 1er janvier 2009, nous recensons 1 132 fermetures de sites industriels employant plus de 10 salariés, indique M. Cousquer. Dans le même temps, 786 sites ont été créés, soit un solde net négatif de 346 usines."

Après le coup de massue de la fin 2008-début 2009, l'industrie était parvenue à un faible solde positif de création de sites au quatrième trimestre 2010. Mais cette amélioration s'est interrompue. A présent, "les fermetures d'usines se poursuivent alors que les créations d'usines ralentissent", relève Trendeo.

LE CAS D'AULNAY A SERVI DE RÉVÉLATEUR

Rien ne laisse augurer un retournement de tendance. La gauche a certes créé un ministère du redressement productif, nommé 22 commissaires régionaux chargés d'aider les entreprises en difficulté, et pesé de tout son poids pour inciter des groupes comme PSA, Alcatel-Lucent ou Sanofi à limiter les restructurations.

Mais le cas d'Aulnay a servi de révélateur : après un rapport d'expert, le gouvernement a dû reconnaître qu'il était difficile de sauver l'usine. Jugeant le plan de PSA "toujours inacceptable en l'état", Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, se bat désormais pour une amélioration de son volet social.

Les mauvaises nouvelles, elles, affluent. Ces derniers jours ont ainsi vu la liquidation de l'ex-leader européen du contreplaqué Plysorol, celle de la fabrique de bas Fontanille, implantée en Auvergne depuis 1864, et la fermeture de l'abattoir Doux de Graincourt (Pas-de-Calais). Le cas de l'usine Sodimedical de Plancy-l'Abbaye (Aube) sera examiné par les juges le 18 septembre. Et la menace d'autres sinistres plane sur ArcelorMittal à Florange, et sur Petroplus à Petit-Couronne, en Normandie : aucun des deux candidats à la reprise de la raffinerie n'a encore prouvé son sérieux. Ils ont jusqu'au 2 octobre.

En termes d'emplois, la dégradation est très nette. Le cap des 3 millions de chômeurs vient d'être franchi. "Il est à craindre, compte tenu des efforts budgétaires annoncés pour 2013, que la baisse des emplois publics accompagne celle du privé", estime M. Cousquer.

L'éolien maritime constitue l'un des rares secteurs dans lequel d'importantes créations de postes ont été promises, à la suite des appels d'offres gouvernementaux. Avec la fragilité inhérente aux investissements liés à des subventions. Dans le solaire, la récente remise en cause des aides a entraîné un effondrement de la filière.

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