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30/06/2012

Islande : la démocratie réinventée

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http://www.lepoint.fr/monde/islande-la-democratie-reinventee-29-06-2012-1479258_24.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20120630

Le Point.fr 29/6/2012

Islande : la démocratie réinventée

Le pays s'apprête à réélire pour la cinquième fois Olafur Ragnar Grimsson. Une démocratie à mille lieues d'une "dictature à l'africaine".

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Le président islandais Olafur Ragnar Grimsson va-t-il être réélu président pour la cinquième fois consécutive ? En réalité, l'élection de samedi ne jouit que d'un suspense limité. Pourtant, l'Islande n'est pas du genre à se faire dicter sa loi, et malgré un président à la tête du pays depuis 1996, celui-ci est une démocratie sans faux semblant.

Des électeurs sans a priori

La liberté de pensée n'a jamais fait faux bond à ce pays du Grand Nord. L'Islande a été le premier à élire démocratiquement une femme présidente - elle-même à la tête de l'État pendant 16 ans ! Le premier aussi à assumer une Première ministre, Johanna Sigurdardottir, ouvertement homosexuelle. Le premier dont l'Église a eu le cran d'ordonner une femme archevêque. Les Islandais ont une ouverture d'esprit indéniable, et aiment dire ce qu'ils pensent. Ainsi, quand Grimsson décide de ne pas se présenter à sa propre réélection, 30 000 citoyens signent une pétition l'exhortant à reconsidérer sa décision. En mars, il annonce donc sa candidature, et prend la tête des sondages devant la favorite d'alors, Thora Arnorsdottir.

Certes, la journaliste de 37 ans, animatrice de jeux télévisés et guide touristique, ne revendique ni affiliation à un parti ni expérience politique. Certes, cette militante du droit des femmes a dû faire une petite pause au mois de mai, à moins de deux mois de l'élection, pour accoucher de son troisième enfant hors mariage. Mais Arnorsdottir a de la volonté, et sait que dans son pays, les électeurs ne s'arrêtent pas aux a priori. La jolie blonde aux yeux bleus peut s'appuyer sur la crise économique et financière de 2008, et le "besoin de changement" après la faillite des trois principales banques du pays. Son leitmotiv : la nécessité d'un "nouveau départ". Avec un tel programme, la trentenaire se place en deuxième position des sondages avec 37 % des intentions de vote, bien derrière Grimsson (45 % des suffrages), mais loin devant les autres prétendants, un géophysicien écrivain, une activiste, un agriculteur et une notaire professeur de droit.

Un "capitaine fiable"

Sauf surprise, Grimsson devrait donc être réélu samedi, malgré un parcours politique pourtant pas si rose. Si le président sortant rempilait pour un cinquième mandat, ce ne serait pourtant que la troisième fois qu'il serait élu : en 2000 et en 2008, il était le seul candidat et avait donc été automatiquement reconduit à son poste. Grimsson avait par ailleurs été fortement critiqué pour ses relations avec la Chine, et son opposition à une adhésion de l'Islande à l'Union européenne.

Malgré tout, le président a su susciter un réel engouement auprès des Islandais, en refusant par deux fois, en 2010 et en 2011, une loi fortement défavorable au contribuable. Les projets du gouvernement prévoyaient en effet que les contribuables versent quelque quatre milliards d'euros pour rembourser les pertes de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas après la faillite des banques islandaises. Si ces décisions lui ont valu les lauriers de ses concitoyens, Grimsson a su tenir sa ligne face à la communauté internationale qui n'a, elle, pas apprécié. Fort de cette réussite, l'ancien professeur de droit a pris le contre-pied de sa principale rivale, et fait sa campagne sur son expérience et la nécessité d'avoir à la tête du pays un "capitaine fiable dans une période de crise et d'incertitude", d'autant qu'une incertitude demeure sur la prochaine Constitution.

Car même si les Islandais sont capables de garder plus de seize ans le même président, nous sommes bien loin d'une "dictature à l'africaine". Dernier exemple majeur en date : un gouvernement d'union de différents partis progressistes élu en 2009 a mis en place l'élection d'une nouvelle assemblée constituante en novembre 2010. Une assemblée d'un genre encore peu répandu : 1 000 citoyens islandais âgés de 18 à 89 ans n'ayant jamais eu de mandat d'élu national ont été choisis au hasard dans la population. 522 ont souhaité se présenter et ont pu détailler leur programme à la télévision de manière parfaitement équitable : 25 de ces citoyens ont ainsi été élus pour réécrire la Loi fondamentale de 1944 avant l'été 2011. Le texte sera adopté par référendum en 2012. En matière de démocratie, l'Islande n'a à recevoir de leçon de personne.

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