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27/09/2009

Énergie : EDF entreprise publique ou privée ?

En nommant Henri Proglio, l'Etat veut donner un nouvel élan industriel à EDF

[ 25/09/09  ]

Le patron de Veolia Environnement doit être désigné dimanche soir pour succéder à Pierre Gadonneix à la tête de l'électricien public. Ce capitaine d'industrie devrait pouvoir dynamiser la filière nucléaire française, tout en lui donnant une dimension plus écologique, à deux mois de la conférence de Copenhague sur le Climat.

Le feuilleton de la succession de Pierre Gadonneix à la tête d'EDF touche à sa fin. Dimanche soir, à 20 heures, les administrateurs de l'électricien public se réunissent pour choisir le remplaçant de l'actuel patron, dont le mandat arrive à échéance. A moins d'une surprise de dernière minute, c'est Henri Proglio, le président de Veolia Environnement, qui sera désigné par l'Etat pour présider le groupe public, dont il est déjà administrateur depuis cinq ans. Formellement, le futur PDG d'EDF devra d'abord être accepté en tant qu'administrateur lors d'une assemblée générale, prévue le 5 novembre, puis élu par ses pairs vers le 22 novembre, date de la fin du mandat de Pierre Gadonneix. Une feuille de route en préparation entre le ministre de l'Ecologie et de l'Energie, Jean-Louis Borloo, et le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, devrait être finalisée durant le week-end par le président de la République, tout juste de retour du sommet du G20.

Les derniers éléments restent à fignoler. L'une des questions centrales est celle des liens futurs entre EDF et Veolia. Henri Proglio souhaite en effet, tout en prenant la tête d'EDF, garder un rôle fort au sein de Veolia, indique-t-on de sources concordantes. « N'oubliez pas que Proglio est un homme têtu et qu'il ne veut pas lâcher Veolia en rase campagne », avertit un proche du dossier. Il souhaiterait transformer la gouvernance de Veolia et garder la présidence du conseil de surveillance (lire ci-dessous).

Par ailleurs, EDF envisage de monter au capital de Veolia. Le montage envisagé autour de de leur filiale commune de services énergétiques Dalkia permettrait à EDF de détenir entre 12  % et 13 % de Veolia. Ceci ferait de l'électricien le premier actionnaire du groupe de services, devant la Caisse des Dépôts et Consignations, qui contrôle près de 10 %. L'Etat, qui détient déjà 35,7 % de GDF Suez et contrôle indirectement Suez Environnement, pourrait ainsi devenir de facto l'actionnaire de référence de l'ancienne Générale des Eaux… Il ne s'agit pas, pourtant, d'aboutir à une fusion entre EDF et Veolia. Personne ne met en avant les synergies entre le monde de l'eau et de l'électricité, si ce n'est le concept du « guichet unique », où le consommateur pourrait acheter à la fois l'un et l'autre.

Véritable capitaine d'industrie

La nomination d'Henri Proglio à la tête d'EDF devra s'accompagner d'un projet stratégique. Quand on interroge Jean-Louis Borloo sur la situation d'EDF et de Veolia Environnement, l'homme répond qu'il garde en tête une stratégie industrielle pour EDF, à deux mois de la conférence mondiale sur le Climat à Copenhague. En toile de fond, l'idée qu'il faut faire d'EDF le champion européen de l'énergie, l'acteur majeur d'un monde sans carbone à venir. Un monde où les services à l'énergie et l'efficacité énergétique sont des marchés en plein boom. Un monde où la France doit pouvoir profiter de son champion électronucléaire pour conquérir de nouveaux marchés à l'international plus rapidement et plus sûrement que ce qui s'est passé jusqu'à présent.

Les mauvaises langues rappellent les déboires d'Areva en Finlande et les besoins de transformer l'essai pour EDF en Grande-Bretagne, après son acquisition coûteuse de British Energy. Dans cette perspective, le profil d'industriel d'Henri Proglio pèse lourd. L'ancien lieutenant de Guy Dejouany, fidèle à son entreprise depuis trente cinq ans, est à la tête d'une société qui réalise les trois quarts de son chiffre d'affaires à l'international. Une société qui construit des usines, choisit les technologies et continue à les gérer sur le long terme pour le compte de ses clients élus locaux où industriels.

Le patron de Veolia, par ailleurs président du comité stratégique au conseil d'administration d'EDF depuis 2004, se sent légitime pour donner un nouvel élan à la filière nucléaire française. Il pourra notamment compter sur ses relais auprès des organisations syndicales de la maison, à commencer par la toute-puissante CGT. Celle-ci verrait d'un bon oeil l'arrivée de ce capitaine d'industrie au moment où les relations sociales au sein du groupe sont particulièrement tendues. Les grèves dans les centres de distribution et les centrales nucléaires ont laissé des traces profondes.

Les 500.000 salariés d'EDF et de Veolia ne sont pas les seuls à attendre impatiemment la nouvelle donne. Les associations de consommateurs sont aussi sur le qui-vive. A l'occasion des changements en préparation, le poste de représentant des consommateurs au conseil d'EDF risque en effet de disparaître. Daniel Foundoulis, soixante dix ans, président de la fédération d'associations de consommateurs ConsoFrance, qui siège au conseil d'administration d'EDF depuis 1999, ne devrait pas être reconduit à ce poste lors du prochain conseil. L'Etat actionnaire préfère donner la priorité à de « grands industriels » au conseil de l'entreprise publique.

 

 

JULIE CHAUVEAU ET THIBAUT MADELIN, Les Echos

 

Les accords sur Dalkia en pleine renégociation
EDF et Veolia renégocient depuis plusieurs mois leurs accords sur leur filiale commune de services énergétiques, Dalkia. Le plus probable est que la compagnie d'électricité cède à Veolia sa participation de 34 % dans Dalkia Holding, indiquent des sources bien informées. En échange, EDF serait rémunéré en actions Veolia.Patrice Lambert de Diesbach, analyste chez CM-CIC, qui a envisagé un tel schéma dès juillet, estime que sur la base d'une valeur de Dalkia de 6 milliards d'euros environ, EDF pourrait porter sa participation actuelle de 3,9 % à environ 15 % du capital. En partant d'une valeur de la coentreprise de 3 milliards, la participation monterait à plus de 10 %. D'autres schémas existent, dont celui d'une fusion de Veolia et Dalkia, mais celui-ci présente notamment la possibilité de procéder par étapes. Selon une source proche du dossier, une approche en deux temps permettrait de « ne pas effrayer les populations ».
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(lu sur :
http://www.lesechos.fr/info/energie/020148486500-en-nommant-henri-proglio-l-etat-veut-donner-un-nouvel-elan-industriel-a-edf.htm)


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