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19/02/2009

Privatisation de la collecte des emballages : résultats

"IL N'Y A RIEN DE DÉLICTUEUX DANS CETTE AFFAIRE..."

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/12/un-audit-accable-eco-emballages-pour-la-gestion-hasardeuse-de-sa-tresorerie_1154365_3234.html

Compte rendu
Un audit accable Eco-Emballages pour la gestion hasardeuse de sa trésorerie
LE MONDE | 12.02.09 | 14h39 • Mis à jour le 12.02.09 | 20h17

Le ministère de l'environnement a décidé de jouer la transparence à propos des placements hasardeux d'Eco-Emballages et a rendu public, mercredi 11 février, l'audit mené par le cabinet Deloitte, qui chiffre la perte potentielle de la trésorerie de cet organisme, placée sur des fonds spéculatifs, entre 23 millions et 70 millions d'euros.

Eco-Emballages a pour mission de collecter auprès des industriels une contribution d'en moyenne 0,6 centime d'euro par emballage et de la redistribuer aux collectivités locales pour les aider à financer la collecte sélective des déchets et leur recyclage.

L'affaire a été révélée début décembre 2008, par Olivier Guichardaz, journaliste du magazine spécialisé Pro-environnement, qui a alerté un conseiller de Jean-Louis Borloo sur des placements risqués d'une fraction de l'opulente trésorerie d'Eco-Emballages. Le 10 décembre, le ministre de l'environnement se déclarait "scandalisé", trouvant "hallucinant que 60 millions d'euros destinés aux collectivités locales soient placés dans un paradis fiscal". Dès le 14 décembre, les administrateurs d'Eco-Emballages limogeaient le directeur général, Bernard Hérodin, pour faute grave.

L'audit du cabinet Deloitte est sévère pour M. Hérodin, qui fut directeur financier à la création d'Eco-Emballages, en 1992, avant d'être nommé directeur général en 2003. Brillant et sûr de lui, ce spécialiste des finances a écrit deux ouvrages consacrés à la gestion de trésoreries, dont l'un est sous-titré "Vers l'excellence financière"...

RISQUES ACCRUS

Sous sa direction, Eco-Emballages thésaurisait des sommes de plus en plus importantes et prenait des risques accrus. Les montants placés sont passés de 34 millions d'euros, fin décembre 2001, à près de 300 millions d'euros, fin décembre 2006, pour retomber à 225,6 millions d'euros en 2008. Une part significative - jusqu'à 43 % des réserves - a été logée dans trois fonds très spéculatifs, gérés par une petite société de neuf salariés, basée à Zurich (Suisse), Primores. Eco-Emballages détenait 37 % du fonds appelé Primores Opportunity et 13 % de Primores Growth, domiciliés aux îles Caïman, et y avait investi 70,8 millions d'euros.

Fin décembre 2008, les fonds Primores affichaient une perte de leur valeur liquidative de 23,7 millions d'euros. Parmi la liste des produits de ces fonds, on retrouve le fonds Madoff, pour une part minime, de 0,5 %. Mais la perte est plus importante que cette moins-value, car le capital de 70,8 millions d'euros reste gelé par le gestionnaire zurichois.

"Nous espérons récupérer très vite 17 millions d'euros et allons tout faire pour nous voir restituer le reste, quitte à entamer une procédure", explique Olivier Desforges, administrateur qui a pris la tête du comité chargé d'élucider les comptes. Deloitte préconise de provisionner 50 millions d'euros.

Jusqu'en 2007, ces placements étaient profitables, bien que le rapport Deloitte juge leur rentabilité modeste : le rendement était de 4,3 % par an en moyenne, entre 1993 et 2007, alors qu'une simple sicav monétaire sécurisée aurait rapporté 3,9 %.

L'audit révèle que Bernard Hérodin était conseillé par un intermédiaire financier de ses amis, Michael Kraland, Néerlandais domicilié en Irlande, qui a créé en France Trinity Capital Partners, à laquelle la Commission bancaire a retiré son agrément en août 2002. Sur les fonds investis par Eco-Emballages, M. Kraland a perçu des commissions "élevées pour le service rendu", selon Deloitte, qui les estime entre 3 millions et 5 millions d'euros. On apprend que Bernard Hérodin avait investi à titre personnel dans un des fonds recommandés par son ami et réalisé une plus-value globale de 10 765 euros.

"Il n'y a rien de délictueux dans cette affaire, même si ce n'est pas très éthique", admet Olivier Desforges. "Le comité de direction d'Eco-Emballages était au courant de ces placements, même s'il n'en connaissait pas le détail, et avait rencontré Michael Kraland à l'occasion d'un déjeuner, à l'hôtel Evergreen de Levallois", se souvient un ancien cadre. "Quant à prétendre que le conseil d'administration, le censeur de l'Etat ou le commissaire aux comptes n'étaient pas au courant de l'existence de ces fonds exotiques, c'est risible puisqu'il suffisait de lire les bilans", ajoute-t-il.

Les vraies victimes sont les collectivités locales. "Ces pertes et cette trésorerie pléthorique nous choquent", s'insurge Philippe Rappeneau, vice-président d'Amorce, association des collectivités locales et des professionnels de la collecte des déchets. Il ajoute : "Nous souhaitons une meilleure régulation, un contrôle de l'Etat et que les fonds nous soient versés plus rapidement après leur collecte."

Isabelle Rey-Lefebvre

47 000 entreprises ont versé 411 millions d'euros

Création. Fondée en 1992, Eco-Emballages est une société anonyme de droit privé mais sans but lucratif et exonérée d'impôt.

Actionnariat. Elle est détenue par 210 actionnaires, via la holding Ecopar, propriété à 70 % des industriels contributeurs, à 10 % des distributeurs (Auchan, Carrefour...) et à 20 % des professionnels du recyclage.

Fonctionnement. Eco-Emballages a une mission d'intérêt général, est agréé par le ministère de l'environnement et chapeauté par une commission d'agrément (industriels, consommateurs, collectivités locales et pouvoirs publics).

Financement. 47 000 entreprises ont versé 411 millions d'euros en 2007 pour financer 1 331 collectivités locales.

Article paru dans l'édition du 13.02.09

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