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27/09/2008

L'économie "verte" promet des millions d'emplois

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/09/25/l-economie-verte-promet-des-millions-d-emplois_1099399_3244.html

Compte rendu
L'économie "verte" promet des millions d'emplois
LE MONDE | 25.09.08 | 14h20 • Mis à jour le 25.09.08 | 14h20

La croissance verte n'est pas l'ennemie de l'emploi. Au contraire. Le jugement est rendu par l'arbitre le plus intraitable en la matière, l'Organisation internationale du travail (OIT), et s'appuie sur l'inventaire le plus exhaustif jamais réalisé des emplois verts dans le monde. Ce rapport, intitulé "Pour un travail décent dans un monde durable à faibles émissions de carbone", publié mercredi 24 septembre, a été élaboré conjointement avec le Programme des Nations unies pour l'environnement et le Worldwatch Institute. Il évalue à l'horizon 2030 le potentiel d'emplois que porte la mutation - encore timide - vers une économie moins polluante.

Ces "emplois verts" à venir, qui "contribuent à la préservation ou au rétablissement de la qualité de l'environnement", selon la définition retenue, se comptent en dizaines de millions. Si, comme dans toute transition, il y aura entre les différents secteurs d'activité des gagnants et des perdants, le bilan sera au bout du compte positif, affirme le rapport. "C'est notre contribution à la négociation internationale sur le climat, résume Peter Poschen, conseiller pour le développement durable à l'OIT. Ce rapport montre qu'une mutation vers une économie pauvre en carbone n'est pas un danger pour l'emploi." Autrement dit, les gouvernements ne peuvent avancer cet argument pour se soustraire à l'effort collectif que réclament la lutte contre le changement climatique et la dégradation de l'environnement.

Environ une centaine de millions d'emplois sont aujourd'hui générés par les énergies renouvelables, les activités de recyclage, de traitements des déchets, les nouveaux modes de construction... C'est peu au regard des 3 milliards d'actifs que compte la planète mais toutes ces activités sont en forte croissance. Le marché des produits et des services environnementaux est évalué à 1 370 milliards de dollars par an aujourd'hui. Il devrait doubler d'ici à 2020. En Allemagne, le secteur des technologies de l'environnement devrait quadrupler pour atteindre 16 % de la production industrielle d'ici à 2030. Il fournirait alors plus d'emplois que les secteurs de l'automobile et de la machine-outil réunis, les deux vitrines de l'industrie outre-Rhin.

Dans son plaidoyer, l'OIT montre qu'abandonner les énergies fossiles ou mettre en oeuvre une politique d'économies d'énergie dans l'habitat tout en s'attaquant à deux des principales sources d'émissions de gaz à effet de serre se traduiraient par une croissance plus riche en emplois. Le secteur des énergies renouvelables crée déjà, au niveau mondial, plus de nouveaux postes que ceux générés chaque année par les secteurs produisant de l'énergie à partir de ressources fossiles. "Les centrales à charbon sont de plus en plus gigantesques et utilisent de moins en moins de main-d'oeuvre", observe le rapport. En Chine, par exemple, là où 1 000 ouvriers étaient autrefois nécessaires pour produire 100 mégawatts, il n'en faut plus que 270 pour une production dix fois supérieure.

A l'inverse, toutes les études réalisées sur les énergies renouvelables démontrent une plus forte intensité en main-d'oeuvre, le "premier prix" revenant à la production d'énergie solaire photovoltaïque. Cette technologie a en plus, aux yeux de l'OIT, le mérite d'être accessible aux populations pauvres privées d'électricité. "Nous cherchons depuis vingt ans comment dépasser le coût insurmontable que réprésente, dans les régions déshéritées, le coût d'un raccordement à des réseaux électriques classiques. Les renouvelables nous donnent une des clés de la solution. Et lèvent ainsi un des principaux obstacles au développement", observe Peter Poschen. Au Bangladesh, le fondateur du microcrédit et Prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus, a aidé 100 000 foyers ruraux à s'équiper de systèmes solaires domestiques. Un million de familles pourraient en bénéficier d'ici à 2015.

Pour autant, l'OIT ne verse pas dans une vision angélique de l'économie verte. La défense des droits du travail reste le fondement de sa mission, et elle sait pointer les pratiques condamnables observées dans le secteur des agrocarburants ou dans les métiers du recyclage qui emploient des millions de personnes dans les pays en développement. Elle reconnaît que cette révolution verte se heurte déjà à deux problèmes : son financement et une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée dont se plaignent l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Australie, le Brésil, la Chine... La crise financière mondiale risque, qui plus est, de geler bon nombre d'investissements.

A moins que les gouvernements ne décident qu'ils auraient finalement tout à gagner à relancer l'économie en traitant les maux de la planète. Il y a quelques jours, des chercheurs de l'université du Massachusetts ont suggéré à George Bush d'opter pour une relance verte. Avec de solides arguments en ces temps de campagne électorale. Pour 100 milliards de dollars investis dans des technologies propres, ces chercheurs promettent d'ici deux ans, outre une moindre dépendance énergétique du pays, 2 millions d'emplois, soit quatre fois plus, disent-ils, que si cet argent était investi dans l'industrie pétrolière, et 300 000 de plus que s'il était distribué sous forme de baisse d'impôts aux contribuables.

Laurence Caramel

Chiffres

2,3 millions d'emplois ont été créés dans le secteur des énergies renouvelables au cours des dernières années. Les prévisions tablent sur 20 millions d'emplois supplémentaires d'ici à 2030, principalement pour des énergies issues de la biomasse ou du solaire.

2 À 3,5 millions d'emplois pourraient être créés aux Etats-Unis et en Europe si des grands chantiers d'efficacité énergétiques dans le secteur de la construction étaient lancés.

148 milliards de dollars ont été investis dans les technologies propres en 2007, un chiffre en hausse de 60 % sur un an.

19 %, c'est la part du capital-risque investi dans les technologies propres en Chine. Leur part a doublé en quelques années. Aux Etats-Unis, les technologies bénéfiques à l'environnement sont le troisième secteur privilégié par les investisseurs derrière les communications et les biotechnologies.

Article paru dans l'édition du 26.09.08

09:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

Réinventer le télétravail pour réduire les transports urbains

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/09/24/reinventer-le-teletravail-pour-reduire-les-transports-urbains_1098931_3244.html

Reportage
Réinventer le télétravail pour réduire les transports urbains
LE MONDE | 24.09.08 | 14h03 • Mis à jour le 24.09.08 | 14h03
AMSTERDAM ENVOYÉ SPÉCIAL

Les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) sont la clé pour marier croissance urbaine et développement durable. Cette conviction, les dirigeants de Cisco l'ont martelée tout au long de la deuxième "conférence globale" du programme international Connected Urban Development (CUD), les 23 et 24 septembre, à Amsterdam, face à quelques centaines d'émissaires de villes du monde entier.

Inspiré par la Clinton Global Initiative de l'ancien président américain, le géant californien de l'informatique et des réseaux a créé ce programme fin 2006 et y a investi 15 millions de dollars en recherche et en matériel. D'abord conclu avec San Francisco, Séoul et Amsterdam, le partenariat s'est étendu en 2008 à Birmingham, Lisbonne, Hambourg et Madrid. Le but : "Démontrer par des expériences pilotes que les réseaux informatiques peuvent faire baisser la consommation énergétique et les émissions de gaz carbonique des villes, tout en contribuant à leur développement économique et social", résume Nicola Villa, directeur du CUD. Un enjeu de taille, alors que les villes consomment 80 % de l'énergie mondiale et produisent 75 % des gaz à effet de serre. Dans la ligne de mire, la gestion des réseaux de transport en commun, la régulation du trafic automobile, la planification urbaine, la distribution d'électricité, l'efficacité énergétique des bâtiments...

Première manifestation concrète de ce travail aux Pays-Bas, un "Smart Work Center" (Centre du travail intelligent), immeuble de bureaux décentralisé, partagé et hyper-connecté, a été inauguré mardi à Almere, ville nouvelle de la banlieue d'Amsterdam. Ce "centre communautaire de proximité" - avec crèche et restaurant d'entreprise - réinvente le télétravail en rapprochant les bureaux des salariés. Des postes de travail sont loués aux entreprises et aux administrations, qui les partagent de manière souple entre leurs salariés, leur évitant, certains jours ou aux heures de pointe, de longs trajets vers le centre-ville.

"QUALITÉ DE VIE"

Pour Bas Boorsma, responsable du CUD à Amsterdam, "ce système est positif pour l'environnement. Il contribue à réduire l'énorme congestion automobile autour d'Amsterdam. Or une diminution de 20 % du trafic, c'est 40 % de CO2 en moins. Il est aussi intéressant pour les salariés, dont il améliore la qualité de vie, que pour les entreprises : les banques ont calculé que le poste de travail d'un salarié leur coûte 15 000 euros par an. Dans le Smart Work Center, c'est moitié moins." Une dizaine de centres similaires sont en préparation dans l'ouest du pays, dont le réseau routier est un des plus saturés d'Europe.

Ces débats sur l'urbanisme et l'environnement sont aussi l'occasion d'une intense opération de lobbying. "Cisco espère remporter des contrats commerciaux grâce aux solutions développées par CUD", reconnaît M. Villa. Pour l'entreprise, le marché est stratégique. Ses dirigeants sont convaincus que les réseaux à haut débit vont révolutionner l'urbanisme, avec le même impact que l'électricité ou l'automobile autrefois. "Si on synthétise ce que les travaux de CUD nous enseignent, nous pourrons inventer des villes dont la forme et l'organisation seront issues des possibilités offertes par les NTIC", assure Nicola Villa. Premier terrain de jeux : la Chine, où prolifèrent les villes nouvelles et où Cisco a conclu un partenariat avec les autorités.

Grégoire Allix
Article paru dans l'édition du 25.09.08

09:25 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

26/09/2008

A l'ONU, le Sud dénonce un système financier "cupide"

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/24/a-l-onu-le-sud-denonce-la-cupidite-du-systeme-financier_1098905_3234.html

A l'ONU, le Sud dénonce un système financier "cupide"
LE MONDE | 24.09.08 | 11h49 • Mis à jour le 24.09.08 | 11h53
NEW YORK (Nations unies), envoyés spéciaux

Prenant la mesure de la crise financière mondiale, plusieurs représentants des pays du Sud, venus participer à l'Assemblée générale de l'ONU, mardi 23 septembre, ont dénoncé un système financier "cupide" dont les soubresauts menacent les pays pauvres et appellent à un renforcement des contrôles internationaux. "L'incertitude économique s'est propagée comme un effroyable tsunami à travers la planète, annulant les progrès accomplis, non seulement sur l'île de Manhattan, mais aussi sur les îles des Philippines", a déclaré Gloria Macapagal-Arroyo, la présidente des Philippines.


La crise a cristallisé le ressentiment de nombreux pays. "L'euphorie des spéculateurs a laissé la place à l'angoisse de peuples entiers", a affirmé le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, qui s'en est pris aux "fondamentalistes des marchés". Citant l'économiste brésilien Celso Furtado, il a jugé qu'il ne fallait pas laisser "les profits des spéculateurs être toujours privatisés, tandis que leurs pertes sont invariablement nationalisées". "Ce sont toujours les pauvres qui payent le prix de la cupidité débridée et de l'irresponsabilité des puissants", a aussi déclaré le président nicaraguayen de l'Assemblée générale de l'ONU, Miguel d'Escoto.

Chez certains pointait un sentiment de revanche. Pour la présidente argentine, Cristina Kirchner, ceux qui, hier, "conformément au consensus de Washington, disaient aux pays d'Amérique du Sud que le marché réglait tous les problèmes", ont produit "la plus formidable intervention de l'Etat de mémoire d'homme" – le plan de 700 milliards de dollars proposé par la Maison Blanche pour sauver le système bancaire. La seule différence, a-t-elle ironisé, est que Washington n'aura pas à subir les directives du Fonds monétaire international (FMI).

"La crise financière mondiale menace l'ensemble de notre travail", a par ailleurs prévenu le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui appelle à un "leadership mondial" pour "restaurer l'ordre dans les marchés financiers internationaux". "Nous appelons la communauté internationale et les acteurs clés de l'économie mondiale à agir rapidement" sous la "direction" des Nations unies, a ajouté Jakaya Kikwete, le président tanzanien, qui préside aussi l'Union africaine.

Face aux représentants des 191 autres pays membres de l'ONU, le président George Bush s'est voulu rassurant. "Nous avons pris des mesures audacieuses pour prévenir une perturbation grave de l'économie américaine, qui aurait un effet dévastateur sur d'autres économies à travers le monde", a-t-il assuré. Selon le président américain, le plan de sauvetage des banques de la Maison Blanche devrait être adopté "rapidement" par le Congrès.

Le président français, Nicolas Sarkozy, qui a succédé à M.Bush à la tribune de l'ONU, a appelé de ses vœux "un capitalisme régulé, où des pans entiers de l'activité financière ne sont pas laissés à la seule appréciation des opérateurs de marché". Le dirigeant français a par ailleurs proposé une réunion, qui pourrait se tenir en novembre, en présence des pays du G8, et auxquels pourraient se joindre les grands pays émergents, "pour réfléchir aux leçons à tirer de la crise financière la plus grave qu'ait connue le monde depuis celle des années 1930".

Estimant que le problème ne remontait pas à la crise des subprimesmais à la création des hedge funds, ces fonds spéculatifs, M. Sarkozy s'en est pris à l'absence de responsabilité des traders et des banquiers, qui auraient dévoyé le système capitaliste. "On dit qu'on ne sait pas qui est responsable. Ah bon! Quand tout allait bien, on savait qui touchait les bonus", a critiqué le chef de l'Etat, au cours d'une conférence de presse. Le président français veut que les agences de notations soient aussi "contrôlées et sanctionnées si nécessaire".

De son côté, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a pointé du doigt "une minuscule minorité" de "sionistes" qui auraient "dominé une partie importante des centres monétaires et financiers" – propos "antisémites", a dit le président israélien, Shimon Pérès. "L'empire américain dans le monde touche à sa fin", a aussi prédit le dirigeant iranien, selon lequel "les piliers du système oppressif s'effondrent".

Pour juguler la crise, le président Lula da Silva a appelé à "reconstruire" les institutions économiques internationales pour qu'elles puissent "entraver l'anarchie de la spéculation". L'ONU doit être le lieu d'une "réponse vigoureuse", a-t-il dit, ce qui passe, ont relevé plusieurs chefs d'Etat, par une réforme de l'organisation, et notamment un élargissement du Conseil de sécurité. Ce dernier ne peut "plus attendre" pour intégrer de nouveaux membres, a jugé Nicolas Sarkozy, qui souhaite aussi élargir le G8 pour y intégrer la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Mexique et le Brésil.

Philippe Bolopion et Natalie Nougayrède (avec Arnaud Leparmentier)
M.Sarkozy prône un espace économique UE-Russie

Nicolas Sarkozy a proposé la création d'un "espace économique commun" entre la Russie et l'Europe, dans son discours devant les Nations unies. "C'est parce qu'elle veut la paix que l'Europe dit à la Russie qu'elle veut avoir avec elle des liens de solidarité, qu'elle veut bâtir avec elle un avenir partagé, qu'elle veut être son partenaire", a-t-il assuré. Les négociations sur un partenariat stratégique entre l'UE et la Russie ont été suspendues en raison de la guerre en Géorgie.

22/09/2008

Lutter contre la spéculation, c'est possible.

LA PREUVE.

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/22/les-hedge-funds-prochaine-vague-du-tsunami-financier_1097929_3234.html

Des opérateurs puissants et discrets qui restent à réguler
LE MONDE ECONOMIE | 22.09.08 | 12h00 • Mis à jour le 22.09.08 | 12h12

En juin 2007, la crise des subprimes avait commencé par une mauvaise nouvelle : la banque d'affaires Bear Stearns annonçait que deux des fonds spéculatifs (hedge funds) qu'elle gére avaient perdu la quasi-totalité de leur capital. Pour autant, d'autres fonds brillaient encore de mille feux, à l'image de RAB Special Situations, désigné en octobre 2007 par le magazine financier Barron's comme le meilleur, en raison de sa rentabilité de 47,7 % sur trois ans. Depuis, le vent a tourné. Cet été, Philip Richards, gérant-fondateur de RAB, a démissionné après la chute de la valeur des actifs de son fonds. Le Sunday Times du 14 septembre relate les paris hasardeux de RAB sur Northern Rock ou le rachat du championnat de formule 1 A1GP. Coté sur le marché libre de Londres (Alternative Investment Market), le fonds y a perdu plus de 70 % depuis le début de 2008. RAB n'est pas le seul touché. L'américain Ospraie Management, victime du retournement, cet été, du marché des matières premières, a annoncé début septembre la fermeture de son fonds vedette (Ospraie Fund Ltd). Dans ce climat, le fonds Atticus a dû démentir, jeudi 4 septembre, la rumeur selon laquelle il allait se délester en urgence de certains de ses avoirs : "Les investisseurs qui détenaient les mêmes titres qu'Atticus ont craint que le fonds ne se débarrasse des siens et, pour tenter de se sauver, ont cherché à les vendre avant qu'ils ne se déprécient", explique l'économiste Paul Jorion. "Ensuite, analyse-t-il, d'autres opérateurs ont spéculé à la baisse sur ces titres, pariant sur leur recul et l'amplifiant."


Après la déconfiture de Bear Stearns, la faillite de sa concurrente Lehman Brothers et l'effondrement de l'assureur AIG, il aurait été surprenant que les hedge funds, autres acteurs majeurs de la bulle financière, puissent sortir indemnes de la crise actuelle. Peu ou pas contrôlés, gérés le plus souvent de New York ou Londres mais basés pour plus des deux tiers dans des centres offshore - les îles Caïman en tête -, ces acteurs discrets ont joué un rôle-clé dans les innovations financières des dernières années, la titrisation des dettes, les investissements dans des produits dérivés opaques. Ils ont ainsi participé au système bancaire de marché, parallèle à celui des banques de dépôts, qui a pris tous les risques. Acteurs de la crise, ils sont en train d'en devenir victimes et pourraient en être des amplificateurs, même si quelques-uns parviennent à en tirer parti, comme John Paulson : le fonds qui porte son nom a joué gagnant l'effondrement des subprimes.

L'argent investi dans les hedge funds n'est pas disponible à tout moment pour les souscripteurs. Des périodes de blocage (lock-up) sont prévues et diffèrent selon les fonds. Mais pour nombre d'entre eux, les investisseurs doivent confirmer à la fin du mois de septembre s'ils souhaitent retirer des fonds à la fin de l'année, selon le Wall Street Journal du mardi 2 septembre. Pour M. Jorion, qui parle de "machine infernale", un risque de krach existe si les hedge funds sont obligés de vendre aussi des actions d'entreprises prospères pour dégager des liquidités.

Dans une note du 16 septembre, les économistes de la Société générale Claudia Panseri et Guy Stear estiment que des retraits des hedge funds pourraient déclencher des "ventes forcées". "Il devient de notoriété publique que l'industrie des hedge funds est maintenant en train de vivre des sorties nettes (de capitaux), probablement depuis la première fois depuis son développement comme marché de masse dans les années 1990", expliquent-ils. Les investisseurs semblent prendre du recul vis-à-vis des fonds spéculatifs. Selon le magazine spécialisé Absolute Return, cité par Reuters, leurs actifs ont progressé de seulement 4,3 % au premier semestre 2008, contre +10 % au second semestre 2007 et +23 % au premier. Ainsi, les avoirs de 35 % des hedge funds se sont réduits, en raison de leurs performances négatives et des retraits des souscripteurs. Cette enquête porte sur les fonds de plus d'un milliard de dollars, probablement les plus solides.

Certains experts doutent que les chiffres de rentabilité alléchants avancés par les hedge funds, acteurs peu transparents, soient parfaitement exacts. Mais leurs performances se sont nettement dégradées cet été : l'indice Credit Suisse Tremont a perdu 2,61 % en juillet et 1,47 % en août, faisant plonger dans le rouge (- 3,55 %) sa performance sur les huit premiers mois de l'année.

Leur modèle même de gestion dite alternative - déconnectée de l'évolution des indices financiers - semble mis à mal : "Pour leurs investissements intraday (dans la journée) comme pour composer leur portefeuille, les hedge funds utilisent des tables de corrélation entre le rendement de différents produits financiers. Mais ces calculs ne fonctionnent plus. Les bases de données ne sont plus fiables", explique M. Jorion. "En principe, tous ces produits sont décorrélés des indices mais, en fait, ils sont corrélés puisqu'ils sont à la baisse", note-t-il.

Confrontés au moindre appétit des investisseurs et au risque de perte, les hedge funds réduisent donc la voilure. Ils sont affectés par la situation de leurs "prime brokers", les banques d'affaires, qui leur font crédit et réalisent leurs opérations de marché : "Les banques réduisent leurs prêts et elles augmentent leurs appels de marge (garantie sur les opérations à terme) : emprunter de l'argent devient difficile", explique Xavier Lépine, président du directoire du groupe de gestion UFG et de sa filiale UFG Alteram, spécialisée dans la sélection de hedge funds. "Ces derniers limitent donc leur effet de levier (taux d'endettement) : c'est presque l'aspect sain de cette crise." Le spectre de la faillite du fonds LTCM - qui, en 1998, avait failli faire sauter la place financière après avoir emprunté près de 25 fois sa mise, selon des sources de marché - est encore dans les esprits. Le repli dû à la crise serait spectaculaire : "Les fonds utilisant l'effet de levier l'ont réduit de quatre ou cinq fois leur mise, à entre une et deux fois. Les autres fonds ont une exposition moyenne nette au marché de 25 % à 30 %. Ils ont toujours des idées sur les valeurs surévaluées et sous-évaluées mais personne n'a envie de s'aventurer dans de nouveaux risques et de prendre dans la figure le retour de la porte du saloon", explique M. Lépine. Au Far West, l'ambiance n'est plus à la fête.

Adrien de Tricornot
Article paru dans l'édition du 23.09.08

20:50 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

14/09/2008

La justice britannique estime "justifiée" une action spectaculaire de Greenpeace

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/09/12/la-justice-britannique-estime-justifiee-une-action-spectaculaire-de-greenpeace_1094468_3244.html

La justice britannique estime "justifiée" une action spectaculaire de Greenpeace
LE MONDE | 12.09.08 | 15h24 • Mis à jour le 12.09.08 | 15h24
LONDRES CORRESPONDANT

Anges et non pas démons, idéalistes et non pas vandales, les militants de Greenpeace ! Ainsi en a décidé, mercredi 10 septembre, la justice britannique en estimant qu'une action de l'organisation écologiste était "légalement justifiée".

En octobre 2007, six militants avaient pris d'assaut, avec une technique de commando et l'intrépidité d'acrobates, la cheminée, haute de 200 m, de la centrale au charbon de Kingsnorth (Kent), dans le but d'arrêter l'usine. Le groupe avait peint en grandes lettres blanches le prénom du premier ministre, Gordon Brown, sur la cheminée.

Le jury a estimé que les dégâts causés - estimés par l'opérateur E.ON à 30 000 livres (37 688 euros) - étaient motivés par une juste cause, dont les conséquences pourraient avoir un coût bien plus important : la sauvegarde de la planète. Le site de Kingsnorth avait été choisi en raison du projet du numéro un allemand de l'énergie d'y construire une nouvelle centrale, un investissement s'élevant à 1,5 milliard de livres (1,89 milliard d'euros).

Le témoignage de Jim Hansen, une des sommités mondiales sur la question du réchauffement, a fait pencher la balance. Selon le climatologue en chef de la NASA, également conseiller de l'ancien vice-président américain Al Gore, les 20 000 tonnes de dioxyde de carbone émises quotidiennement par la centrale de Kingsnorth pourraient être responsables de la destruction de 400 espèces.

Par ailleurs, Zac Goldsmith, une des figures du mouvement écologiste, proche du leader conservateur David Cameron, a souligné que la construction d'une nouvelle centrale sur ce site "rendrait plus difficile d'exercer des pressions sur des pays comme l'Inde ou la Chine pour qu'ils réduisent leur recours au charbon pour produire de l'électricité".

E.ON INQUIET

Ce verdict n'est pas le premier du genre. En 2000, des "éco-combattants" de Greenpeace, qui avaient détruit des cultures d'organismes génétiquement modifiés dans le Norfolk, avaient été relaxés pour des motifs similaires. Et cinq activistes ayant occupé un incinérateur avaient été déclarés non coupables.

Les grands groupes énergétiques redoutent que ce jugement n'encourage les écologistes à multiplier les actions contre les projets de construction de réacteurs. E.ON, qui vient de montrer son intérêt pour la construction de nouvelles centrales nucléaires au Royaume-Uni, en signant, jeudi 11 septembre, un accord avec le distributeur d'électricité britannique National Grid, n'est peut-être pas au bout de ses peines.

Marc Roche
Article paru dans l'édition du 13.09.08

Comment Internet a mis Edvige au cœur de l'actualité

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/09/12/comment-internet-a-mis-edvige-au-c-ur-de-l-actualite_1093920_3224.html

Comment Internet a mis Edvige au cœur de l'actualité
LEMONDE.FR | 12.09.08 | 15h04 • Mis à jour le 12.09.08 | 16h19

Le décret du 27 juin créant le fichier de police Edvige (acronyme d'Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale), qui remplace l'ancien fichier des Renseignements généraux, a été publié le 1er juillet. Ce décret, complexe et technique, devait profiter de l'effet des vacances estivales pour ne pas provoquer trop de remous.

C'était sans compter la formation du collectif "Non à Edvige", emmené notamment par la Ligue des droits de l'homme (LDH), qui met en ligne dès le 3 juillet une pétition sur Internet (*). En quatre semaines, celle-ci rassemble quelque 70 000 signatures – elle en compte aujourd'hui plus de 150 000 –, dont celles de près de 840 associations, syndicats, partis et collectifs. Si la mobilisation a été soutenue pendant l'été, elle augmente de façon exponentielle depuis la rentrée, comme le souligne Jean-Claude Vitran, chargé du groupe de travail "liberté et technologies de l'information" à la LDH. "Depuis quelques jours, on recense environ 5 000 nouveaux pétitionnaires quotidiens. Mais notre site étant fréquemment saturé, on estime que s'il était plus performant, on dépasserait les 10 000 signatures par jour."

Pour Jean-Claude Vitran, le fait que les associations dénonçant les dérives d'Edvige se soient regroupées en collectif a favorisé la diffusion virale de la pétition. "Le fichier Edvige est un des points d'orgue – mais pas le point final, car il y en aura d'autres – d'une mobilisation qui remonte à très loin, explique Jean-Claude Vitran. Grâce à RESF [le Réseau éducation sans frontières, qui avait lancé la mobilisation contre les expulsions d'enfants scolarisés de parents sans papiers durant l'été 2006], les associations ont appris à travailler en collectif et à mettre en place des réseaux. Et bien sûr, en tant que collectif, Internet a été l'outil idéal" : outil d'information, outil de communication et outil de mobilisation.

Depuis la rentrée, la mobilisation contre Edvige a pris un autre tour, plus humoristique. Une façon de rendre le débat sur les fichiers policiers plus ludique, plus accessible et surtout de provoquer le buzz. La LDH propose ainsi aux citoyens de prendre les devants et de "faciliter le travail des policiers" en téléchargeant et remplissant eux-mêmes leur propre fiche Edvige, puis en la déposant le 16 octobre, jour de la Sainte-Edwige, devant leur préfecture. Le questionnaire reprend avec ironie les points les plus controversés du fichier, notamment le recensement des données concernant l'orientation sexuelle et la santé des fichés. L'internaute qui répond "oui" à la question "Avez-vous une vie sexuelle active ?" est ainsi invité à "Préciser la fréquence, la nature et le nombre de vos partenaires", puis de "Régaler les lecteurs : détaillez vos pratiques" ! Dans le chapitre des "Opinions politiques", les questions "Pour qui avez-vous voté en 2007 ? Et avant ?" sont assorties d'une précision rassurante : "Vous pouvez répondre sereinement à cette question, elle a été validée par la CNIL." Et enfin, en question bonus : "Considérez-vous que votre simple existence constitue une menace pour l'ordre public ?"

La bataille contre Edvige s'invite également depuis quelques jours sur les sites communautaires, comme Facebook, où l'on dénombre soixante-dix groupes qui se consacrent au fichier policier, allant de l'ironique "Je veux être sur Edvige", au "Comité de soutien à toutes les Edvige/Hedwige/Edwige", ou encore les sites de partage vidéo. Ainsi, une inquiétante vidéo, réalisée par la Web-TV Télétoc, présente les changements induits par la mise en place d'Edvige, sur fond de bruits compulsifs de machine à écrire :
Le projet Edvige
envoyé par teleTOC
Ou encore, "Edvige salope !", le titre rentre-dedans d'un rap au ton très direct. "Je vais lui dire deux mots moi à Edvige. (...) Tu t'es pris pour Big Sister ?" La musique n'est pas des plus élaborées et la dénonciation est lourde, mais le message de ce clip a la faveur des internautes, à en croire les messages postés sur le site Dailymotion. En trois jours seulement, la vidéo a déjà été vue près de dix mille fois. Mission réussie pour les anti-Edvige.
Edvige Salope ! Chanson de bon ton
envoyé par torapamavoa

Le Monde.fr

(*): http://nonaedvige.ras.eu.org/

La Norvège se retire de Rio Tinto pour mauvaises pratiques environnementales

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/09/10/la-norvege-se-retire-de-rio-tinto-pour-mauvaises-pratiques-environnementales_1093605_3244.html

La Norvège se retire de Rio Tinto pour mauvaises pratiques environnementales
LE MONDE | 10.09.08 | 15h19 • Mis à jour le 10.09.08 | 15h19

Le fonds souverain norvégien a annoncé, mardi 9 septembre, son retrait du groupe minier anglo-australien Rio Tinto, en raison des risques que fait peser l'entreprise sur l'environnement. Le gouvernement norvégien reproche à Rio Tinto d'être impliqué avec l'Américain Freeport - déjà exclu du fonds en 2006 - dans l'exploitation de la mine Grasberg en Indonésie, qui rejette des produits toxiques dans la rivière voisine. "Il n'y a aucun signe que les pratiques de l'entreprise changeront", a expliqué le ministère des finances.

Le fonds de pension public norvégien, créé pour préparer l'après-pétrole, est un des plus importants au monde. Fin juin, il capitalisait 251,8 milliards d'euros. Sa participation dans Rio Tinto s'élevait à 650 millions d'euros fin 2007. En revanche, Oslo a décidé de conserver sa participation dans Monsanto, estimant que sa présence dans le groupe semencier lui avait permis d'influencer positivement les pratiques du groupe. Une trentaine d'entreprises dont Boeing ou Wal-Mart figurent sur la "liste noire" du fonds norvégien. - (AFP.)

Article paru dans l'édition du 11.09.08

12/09/2008

le fichier EDVIGE

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/09/11/jean-marc-manach-edvige-n-est-pas-fait-pour-lutter-contre-l-insecurite_1094018_3224.html

Jean-Marc Manach : "Edvige n'est pas fait pour lutter contre l'insécurité"
LEMONDE.FR | 11.09.08 | 12h50 • Mis à jour le 11.09.08 | 13h15

PGP : Les critères d'Edvige semblent assez larges ; a-t-on une idée du nombre de Français qui pourraient se retrouver fichés dans cette base de donnée ?

Jean-Marc Manach : Il y a un article ce matin dans Libération qui explique que 80 % des fichiers des RG sont récupérés par Edvige. D'après la CNIL, deux millions cinq cent mille personnes étaient inscrites dans les fichiers des RG. Cela fait donc plus de deux millions de personnes.

Bastien Gaudray : Je me demande quel gain de sécurité apportent des détails aussi personnels de la vie privée des gens. L'argument qui défend EDVIGE est celui d'une plus grande sécurité. Mais quelle réalité se cache derrière cet argument fourre-tout ?

Jean-Marc Manach :Il paraît qu'on n'a pas de police politique, mais quand on voit l'explication du ministère de l'intérieur, on voit que c'est pour aider les autorités à mieux connaître leurs interlocuteurs.

Martin B. : N'y a-t-il pas un grand écart entre le but affiché du fichier Edvige – lutter contre la délinquance – et les personnes qui vont y figurer (dirigeants d'association, syndicalistes...) ? Ne mélange-t-on pas la mission "classique" des RG et des missions de police plus traditionnelles ?

Jean-Marc Manach :Il faut bien comprendre qu'Edvige n'est pas fait pour lutter contre l'insécurité. C'est un fichier de renseignements destiné aux autorités, et donc aux hommes politiques. D'autre part, il est destiné à lutter contre certaines formes de délinquance : certains trafics de drogue, les violences en banlieue, et contre certaines formes d'extrémisme politique et religieux (surtout l'islamisme).

Et là-dessus ont été greffés les mineurs de 13 ans parce que, suite à l'agression de la rue Petit dans le 19e arrondissement à Paris, Rachida Dati avait annoncé le fichage des mineurs qui font partie de bandes. Et ils ont ajouté ça à l'ancien fichier des renseignements généraux devenu Edvige.
T. brow : On dit que les agences de détectives privés ont accès (illégalement) aux fichiers de police. Qu'en est-il ?

Jean-Marc Manach :Beaucoup d'anciens policiers, gendarmes ou membres des services de renseignements intègrent des sociétés de sécurité privée, de détectives privés, ou d'intelligence économique.

Une fois passés dans le privé, un certain nombre d'entre eux contactent leurs anciens collègues qui sont encore dans la "maison" pour leur demander de l'aide, ce qu'on appelle "la tricoche", ce qui est puni par la loi.

On a de plus en plus d'affaires impliquant de tels policiers "ripoux". Certains sont condamnés en justice.

Jonathan Hacker: Les hommes politiques ont-ils accès aux fichiers de la police ? Le chef de l'Etat, le gouvernement peuvent-ils les consulter ?

Jean-Marc Manach : Oui. Ce n'est pas forcément eux directement qui y auront accès, mais ils peuvent le demander.
Ils ne vont pas voir la fiche de l'individu en question, mais ils peuvent se renseigner sur la teneur des informations qu'on y trouve. On ne peut rien refuser à un président de la République ou à un ministre en exercice...

"EN 2006, 53% DES FICHES DU STIC CONTRÔLÉES PAR LA CNIL ÉTAIENT ERRONÉES"

Jonathan Hacker: Comment puis-je accèder aux informations me concernant dans les fichiers de la police et quels sont les recours en cas de questionnement sur son fichage ? En clair, que fait la CNIL, quel est sont véritable pouvoir ?

Jean-Marc Manach : Pour accéder à un fichier policier, on utilise la méthode d'accès indirect, parce qu'il n'y a pas d'accès direct aux données. Il faut donc saisir la CNIL en lui écrivant un courrier précisant la liste des fichiers auxquels on veut accéder. La CNIL diligente ensuite l'un de ses commissaires pour vérifier la teneur du fichier, ainsi que sa licéité.

Il faut savoir qu'en 2001, 25 % des fichiers STIC (système de traitement des infractions constatées, un "casier judiciaire bis" qui recense cinq millions de personnes mises en cause, et donc y compris de simples suspects) contrôlés par la CNIL étaient erronés ou manifestement non justifiés. En 2006, le taux d'erreur était passé à 53 %, toujours selon la CNIL. C'est un taux d'erreur énorme.

Normalement, la CNIL et les autorités sont tenues de répondre aux demandes d'accès aux fichiers sous trois mois. Devant l'afflux de demandes d'accès, le délai d'attente moyen est aujourd'hui de plus d'un an. La loi a donc été changée pour que le délai soit prolongé jusqu'à six mois. En tout état de cause, la CNIL et le ministère de l'intérieur ne respectent pas la loi.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la procédure d'accès aux fichiers, il y a un site Web à consulter : renseignementsgeneraux.net.

Philippe B: Edvige n'est-elle que la partie émergée d'un iceberg qui comprendrait des fichiers comme Cristina, beaucoup plus dangereux en termes d'atteintes aux libertés et non controlés par la CNIL ?

Jean-Marc Manach : Le jour où le décret créant Edvige a été publié au Journal officiel, un autre décret créait Cristina. C'est le fichier de la DCRI (direction centrale du renseignement intérieur), qui réunit les deux mille policiers de la DST et récupère également deux mille anciens RG. La DST voit ainsi ses effectifs multipliés par deux, et a récupéré 20 % du fichier des RG, soit cinq cent mille fiches.

Les missions de la DCRI sont : l'antiterrorisme, le contre-espionnage, la protection du patrimoine économique et informationnel, ainsi que la surveillance des "mouvements subversifs" susceptibles de porter atteinte à la sûreté nationale. Une définition un peu vague qui viserait à surveiller aussi bien les islamistes, l'extrême droite et l'extrême gauche, ou les mouvements identitaires du type Tribu Ka. Mais on se demande bien jusqu'où peut aller la notion de "subversif".
T.brow: Que signifie l'expression "susceptible de porter atteinte à l'ordre public", mentionnée dans les critères de fichage d'Edvige ? Est-elle définie par une loi, un réglement... ?

Jean-Marc Manach : Non, ce n'est pas défini. C'est vague et ça permet un peu tout et n'importe quoi.

PhilippeB : Les fichiers regroupés dans la base de données d'Edvige seront-ils vraiment protégés de toute tentative de piratage ? On a vu plusieurs couacs en Grande-Bretagne, qui laissent à penser que la sécurité n'est pas toujours le point privilégié...

Jean-Marc Manach : La sécurité informatique à 100 % n'existe pas. Les principales failles de sécurité, ce sont les utilisateurs. Soit parce qu'ils conçoivent mal la sécurité du système, soit parce qu'ils se débrouillent pour contourner les mécanismes de sécurité. Il y aura bien évidemment des fuites.

Maintenant, le décret stipule qu'il y aura une traçabilité des consultations de ces fichiers, mais aucun élément probant n'a été présenté à la CNIL.

Bastien Gaudray : Il y a quelques mois, une fronde avait été lancée contre Ardoise. Notre gouvernement a reculé, et nous présente Edvige. N'est-ce pas une tentative de nous imposer le même produit avec un nom différent ?

Jean-Marc Manach : Ce n'est pas la même chose. Ardoise est un logiciel de procédure qui permet de renseigner les fichiers type Judex ou Ariane, utilisés par la police et la gendarmerie.

Edvige et Cristina sont des fichiers de services de renseignement, qui n'ont pas les mêmes finalités.
Les décrets stipulent qu'il n'y aura pas d'interconnexion informatique entre tous ces fichiers, mais dans le même temps, stipulent que tout policier peut demander à y accéder.

PRÈS DE 40 FICHIERS POLICIERS EXISTENT AUJOURD'HUI EN FRANCE

Ptitgoron : Existe-t-il des liens entre les fichiers policiers français et ceux des autres pays européens ? Sont-ils mis en commun dans le "système d'information Schengen", par exemple ?

Jean-Marc Manach : Normalement, non. Chaque pays de l'espace Schengen a son propre fichier Schengen national, qui est partagé dans le pot commun du système Schengen, mais ces fichiers sont déconnectés des fichiers type Judex, Edvige, Cristina...

Il existe aujourd'hui près de quarante fichiers policiers en France. Les deux plus emblématiques, le STIC et Judex (l'équivalent du STIC mais pour les gendarmes) vont être fusionnés dans un nouveau fichier qui s'appelle Ariane, alors que le STIC a fonctionné dans l'illégalité pendant six ans, et que Judex a fonctionné dans l'illégalité pendant vingt et un ans.

Par ailleurs, il faut savoir que la loi Informatique et libertés donne aux fichiers policiers un délai courant jusqu'en 2010 pour qu'ils se conforment à la loi. Les fichiers policiers ont donc le droit d'être hors la loi jusqu'en 2010.

T.brow: Pour le moment ce sont principalement des personnalités et des associations qui ont réagi contre Edvige. Y a-t-il eu des sondages plus larges donnant l'opinion de la population ?

Jean-Marc Manach : Je ne fais pas forcément confiance aux sondages ; tout dépend de la façon dont sont posées les questions. Mais il y a plus de cent trente mille personnes qui ont signé la pétition en plein été, et le débat fait maintenant la une des médias. Chose qui n'était pas arrivée lorsque les défenseurs des droits de l'homme avaient dénoncé les erreurs dans les fichiers STIC et Judex et leur interconnexion.

Bastien Gaudray: Compte tenu de l'existence de la Cour européenne des droits de l'homme, de la Halde, de la CNIL, n'est-ce pas un risque politique pour le gouvernement de persister sur ce fichier ?

Jean-Marc Manach : Frédéric Rolin, un professeur de droit, soulignait récemment qu'en matière de contentieux, 80 % des décisions de refus d'accès au fichier des RG étaient cassées par la justice. Ce serait un record en matière de contentieux.

Au-delà de cette jurisprudence, qui prend de toute façon beaucoup de temps, jusqu'ici, la gestion politique des fichiers se moquait bien des questions des droits de l'homme, voire de la légalité. A preuve, le fait que la loi Informatique et libertés autorise les fichiers policiers à rester hors la loi jusqu'en 2010.

Ginette : Alex Türk, le président de la CNIL, sera-t-il fiché dans Edvige ?

Jean-Marc Manach : C'est fort possible !

C'est un homme politique, il a un poids dans la vie politique et médiatique, il participe aux débats publics sur les sujets sensibles... Quand on voit qu'il y a deux millions cinq cent mille personnes qui étaient fichées aux RG, on mesure bien que le profil des personnes fichées est extrêmement vaste.

Cela fait des années que je m'intéresse à ces questions, et selon moi l'une des choses les plus importantes, c'est de se renseigner sur ces fichiers, de surveiller les surveillants, mais de ne surtout pas tomber dans la paranoïa.

L'objectif est avant tout de vérifier que nous restons bien en démocratie ; la paranoïa ne profite jamais qu'à ceux qui cherchent à vous faire peur.


Chat modéré par Damien Leloup

10/09/2008

Économie spéculative : jusqu'où ?

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/05/faire-face-a-la-deraison-financiere-par-lionel-jospin-et-francois-morin_1091882_3232.html

Point de vue
Faire face à la déraison financière, par Lionel Jospin et François Morin
LE MONDE | 05.09.08 | 13h43 • Mis à jour le 05.09.08 | 13h43

Pour comprendre et pour traiter la crise financière qui nourrit aujourd'hui la récession économique, il faut aller à son coeur : l'écart insensé creusé ces dernières décennies entre la sphère financière et l'économie réelle.

Cette crise ne se réduit pas à des dérèglements (comme l'excès des créances immobilières américaines, dites subprimes), ni au manque de prudence et de vigilance des acteurs financiers (opérateurs, agences de notation, banques privées, banques centrales) : elle trouve son fondement dans un déséquilibre majeur, dont le tableau ci-contre révèle l'ampleur.

Comment en est-on arrivé là ? Par la dérégulation des marchés monétaires et financiers intervenue dans l'économie globalisée. La vision néolibérale a imposé la croyance qu'une nouvelle croissance favorable à l'épargne se produirait en libérant les taux de change, puis les taux d'intérêt de la tutelle des Etats.

Mais les nouveaux doctrinaires n'avaient pas anticipé que le règne sans contrôle de l'offre et de la demande entraînerait des variations incessantes de ces deux taux, avec des conséquences néfastes pour l'avenir des entreprises. Comment accepter, par exemple, qu'un bénéfice anticipé puisse se transformer, à terme, en perte, sous le simple effet de la variation du taux de change ?

Les marchés ont alors proposé leur parade, qui consistait, pour les banques, au nom de "l'innovation financière", à offrir des produits de couverture permettant aux entreprises de s'assurer contre les variations de prix (des taux de change et des taux d'intérêt). Bref, on a libéralisé les prix pour se protéger ensuite contre leurs variations ! En a résulté une explosion folle de la sphère financière, à travers l'énorme développement des produits dérivés (fondés sur les taux d'intérêt, les cours de Bourse, ou encore des crédits, dont les fameux subprimes) et des spéculations sur les changes. Car ces opérations ont pris rapidement une double face : de couverture, bien sûr, selon leur objet initial, mais aussi spéculative, le risque étant transféré, selon des chaînes souvent longues, à des spéculateurs qui en jouent grâce notamment aux hedge funds. Désormais, dans les transactions interbancaires de la planète, là où se nouent tous les règlements monétaires, le volume des transactions consacrées à l'économie réelle (biens et services produits pendant une année, par exemple l'année 2005) est absurdement faible, puisque celui-ci représente moins de 2,2 % de la totalité des échanges monétaires.

FRÉNÉSIE SPÉCULATIVE

Par contre, les transactions sur produits dérivés, toutes catégories confondues, qui représentaient moins de 1 T$ (soit mille milliards de dollars) au début des années 1980 se montent vingt-cinq ans plus tard à 1,406 T$ (soit 1 million quatre cent six mille milliards de dollars !). On le voit, l'économie mondiale marche sur la tête, une tête financière hypertrophiée et malade. Le capitalisme, désormais seul mode de production sur la planète, est aspiré et déréglé par sa finance.

C'est dans ce cadre que s'est produite la crise des subprimes (créances immobilières américaines accordées à des ménages fragilisés) qui a pris sa source dans les produits dérivés de crédits, liés au surendettement global des ménages américains. Des actifs ont été dévalorisés, des banques ont chuté, de nouveaux besoins de liquidités se sont fait jour.

Les banques centrales ont injecté des liquidités supplémentaires. Mais ces injections, insuffisantes ou mal réparties, n'ont pu empêcher les banques privées de restreindre le crédit (credit crunch), provoquant un début de récession, une crise de confiance et une chute progressive des cours des marchés boursiers. Aussi, la frénésie spéculative de la finance mondiale, délaissant les subprimes fragilisées, s'est-elle reportée depuis plusieurs mois sur d'autres produits dérivés ayant pour points d'appui le pétrole, les matières premières et les produits alimentaires contribuant à la hausse de leurs prix. L'économie réelle est de plus en plus affectée par l'énormité et les dérèglements de la sphère financière.

Dernier trait saillant de la finance globale : son extrême concentration autour d'une caste qui s'approprie une part considérable de la richesse mondiale. Le dernier rapport Capgemini et Merrill Lynch sur la richesse mondiale et sa répartition (de juin 2008) montre que 95 000 personnes dans le monde possédaient chacune en 2006 un patrimoine supérieur - et pour certains très supérieur - à 30 millions de dollars. Le montant total de leur richesse s'élevait à 13,1 T$, soit plus du quart de la richesse produite dans le monde durant toute l'année 2006.

Un fossé entre la sphère financière et la sphère productive, une finance globale à la dérive et en proie à la spéculation, un oligopole de grandes banques devenu facteur d'instabilité et une "élite" financière qui crée d'immenses inégalités : tel est l'un des germes de l'instabilité de l'économie globalisée.

Que faire alors ? Face à une finance globale qui s'est libérée des contraintes, il faut rétablir un contre-pouvoir global à travers un nouveau système de régulation, à légitimité incontestable.

BIEN PUBLIC MONDIAL

Dans ce système, la transparence et l'information financière devront être considérées comme une exigence publique mondiale. Par leur action à contretemps, les agences de notation ont joué un rôle néfaste dans le déroulement de la crise. Leur régulation par la communauté internationale est nécessaire. Nous proposons que cette régulation soit assurée par le FMI, avec l'appui d'un organe de règlement des conflits financiers.

Toute aussi décisive, une identification beaucoup plus large des porteurs de risques avec une information sur leur portefeuille, accroîtrait la transparence souhaitée partout. Au sein de l'Europe, il faut soutenir la position allemande qui, au sein du G8, réclame la clarté pour l'activité des hedge funds. Mais il faut aller plus loin. La présidence française de l'Union européenne devrait exiger cette transparence pour toutes les opérations des grands groupes bancaires internationaux réalisés dans les paradis fiscaux, que ces opérations relèvent des hedge funds contrôlés par ces banques, ou bien des sociétés transformant des crédits en titres dont elles sont les conseils.

Plus fondamentalement et progressivement, la monnaie devrait être considérée comme un bien public mondial et mise au centre de la nouvelle régulation. Par leurs montants considérables, les émissions monétaires sont devenues indissociables des logiques financières, comme la crise actuelle l'a montré amplement. Mais, on l'a vu, il faut porter remède à la distorsion, immense, creusée au fil des ans, entre la sphère financière et la sphère productive.

Pour aller vers un dimensionnement plus raisonnable d'une finance aujourd'hui hypertrophiée, une fusion entre le FMI et la Banque des règlements internationaux (BRI) pourrait consacrer le nouveau rôle qu'il faudrait confier à la monnaie. Les premiers ingrédients d'une monnaie internationale seraient ainsi posés, tant du point de vue de sa circulation (taux de change) que de sa rémunération quand elle est prêtée (taux d'intérêt).

Avec cette dernière réforme, les éléments d'une fiscalité sur les mouvements des capitaux seraient enfin réunis, permettant de taxer les dérives spéculatives, mais aussi de financer des projets pouvant répondre aux enjeux environnementaux de notre planète, aux défis du développement durable, ou encore aux inégalités et à la pauvreté dans le monde.

Lionel Jospin est ancien premier ministre.

François Morin, économiste, est ancien membre du conseil général de la Banque de France.

Article paru dans l'édition du 06.09.08

MON POINT DE VUE : il est possible de freiner la spéculation en taxant les mouvements de capitaux (voir: "taxe TOBIN")

19:56 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

L'impact des agrocarburants dénoncé en Amérique latine

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/09/10/l-impact-des-agrocarburants-denonce-en-amerique-latine_1093604_3244.html

Compte rendu
L'impact des agrocarburants dénoncé en Amérique latine
LE MONDE | 10.09.08 | 15h17 • Mis à jour le 10.09.08 | 18h54

Avec son éthanol fabriqué à partir de canne à sucre, dont il est le deuxième producteur mondial, le Brésil éclipse ses voisins latino-américains. La ruée vers les agrocarburants est pourtant chez eux aussi une réalité de plus en plus criante. L'organisation non gouvernementale Friends of the Earth (Amis de la Terre) a publié, mercredi 10 septembre, un rapport dans lequel elle dresse un état des lieux de cette nouvelle donne régionale.

"Le carburant de la destruction en Amérique latine" : le titre laisse peu de place au suspense sur le ton de ce réquisitoire. Il accuse les agrocarburants d'exacerber la concentration de la propriété foncière, la flambée des prix agricoles et la dégradation de l'environnement. "Tous les pays étudiés ont accru ou projettent d'accroître leur production d'agrocarburants à des niveaux alarmants en menant à coups de subventions, d'exonération de taxes... des politiques très attractives pour les investisseurs", écrit le rapport, qui déplore les conséquences en termes de déforestation et de pollution liée à l'utilisation accrue des pesticides et des engrais.

RECUL DES CULTURES VIVRIÈRES

L'Argentine est encore un nain sur le marché du nouveau "pétrole vert", mais elle est le deuxième producteur mondial de soja. Friends of the Earth a calculé que les projets d'investissements programmés au cours des trois prochaines années pourraient lui permettre de produire 4 millions de tonnes de biodiesel. Pour cela, il faudra convertir ou défricher 9 millions d'hectares, l'équivalent de 60 % des surfaces actuellement cultivées en soja. Au cours des deux dernières décennies, l'expansion du soja a fait reculer les surfaces consacrées à l'agriculture vivrière et à l'élevage de 25 %. Celles destinées au fourrage ont été réduites de 50 %.

Pour alléger leur facture énergétique, l'Uruguay et la Colombie se sont aussi fixé des objectifs d'incorporation de ces carburants alternatifs à l'essence traditionnelle. En Colombie, cela suppose notamment de multiplier par trois d'ici à 2020 les surfaces consacrées au palmier à huile.

L'explosion de la demande aux Etats-Unis et en Europe joue par ailleurs un rôle croissant dans la recomposition du paysage agricole du sous-continent. Les multinationales du secteur ont pris pied dans la plupart des pays, constate le rapport en pointant la multiplication des conflits avec les communautés locales pour l'usage de la terre. La Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID), qui soutiennent le déploiement des agrocarburants, sont jugés coupables d'indifférence à ces enjeux.

Cette vision est évidemment contestée par les accusés. "Aucun des projets financés par notre institution ne concurrence des cultures alimentaires", affirme Carla Tully, chargée du financement des agrocarburants à la BID. "Les réserves de terre dans la région sont considérables, les possibilités de gains de productivité aussi. Il est important de construire une nouvelle stratégie énergétique et les agrocarburants en font partie", poursuit-elle. Mardi 9 septembre, la BID a lancé sur son site web une plateforme interactive pour permettre aux gouvernements et aux entrepreneurs de passer au crible de 23 critères environnementaux et sociaux leurs projets d'investissements. Une forme de réponse aux Amis de la Terre ?

Laurence Caramel
Article paru dans l'édition du 11.09.08

information pour les anciens combattants "indigènes"

lu sur lemonde.fr :

Un espoir pour les retraites des "indigènes" marocains
10.09.08 | 17h27

BORDEAUX (Reuters) - Le commissaire du gouvernement a donné un avis favorable devant le tribunal administratif de Bordeaux chargé d'examiner le relèvement des pension de retraite militaire de six anciens combattants "indigènes" marocains.

Le tribunal administratif a mis sa décision en délibéré à une date qui n'a pas été précisée.

Le commissaire du gouvernement, magistrat chargé de dire le droit devant la juridiction administrative et dont l'avis est souvent suivi par les magistrats, a étayé son intervention par les accords Euro-Méditerranée signés en février 1996.

Il a demandé la rétroactivité de cette mesure sur quatre ans avant la date de la demande.

Me Christelle Jouteau, l'une des avocates de la commission "décristallisation" créée à Bordeaux, a regretté alors que soixante dossiers sont en cours devant cette juridiction que cet avis ne concerne que les anciens combattants marocains.

Le commissaire du gouvernement a ainsi rejeté une demande émanant d'un ancien tirailleur sénégalais.

"Les décisions concernant les autres seront rendues par ordonnance dans la foulée puisqu'il s'agit de dossiers similaires", a précisé Me Jouteau.

Les combattants des anciennes colonies qui ont porté l'uniforme français touchent une pension de retraite militaire 8 à 10 fois inférieure à celle des anciens combattants français.

Pour Me Jouteau, après la sortie du film "Indigènes" de Rachid Bouchareb seules les retraites de combattant et les pensions d'invalidité ont été "décristallisées" dans le cadre de la loi de finances 2007 "mais pas la pension de retraite militaire qui est la part la plus importante des prestations qui leur sont dues".

"La confusion a été volontairement entretenue à l'époque par le gouvernement", a-t-elle dit à Reuters.

Selon la coordination, près de 180 anciens combattants vivant en Gironde survivent avec 600 euros par mois environ de minimum vieillesse.

Le député de la Gironde et président du Conseil régional d'Aquitaine Alain Rousset a annoncé récemment son intention de déposer rapidement une proposition de loi sur la "décristallisation" de l'ensemble des pensions des anciens combattants des ex-colonies françaises.

Le Conseil régional et la Coordination ont collaboré à la réalisation d'un "livret pratique et juridique afin de mettre l'expérience menée depuis deux ans à Bordeaux à disposition des anciens combattants des autres ex-colonies partout en France, la Trésorerie de la Gironde étant chargée seulement des Marocains.

Claude Canellas, édité par Pascal Liétout

07/09/2008

La taxe Tobin et l'économie libérale : rappel

Pour ceux qui en ont entendu parler et tous les autres.

À lire sur wikipédia :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Taxe_Tobin

(extrait) :

La taxe Tobin, suggérée en 1972 par le lauréat du "prix Nobel d'économie" James Tobin, consiste en une taxation des transactions monétaires internationales afin de désinciter à la spéculation. Le taux choisi serait faible, de 0,05 % à 1 %.
L'idée du professeur Tobin a connu un certain engouement depuis la crise mexicaine de 1992-1994. Le projet a été évoqué au sein de l'ONU et du G7 d'Halifax en 1995. Robert Mundell a argumenté que cela constituerait une incitation puissante à la mise en place de monnaies communes comme l'euro.

Depuis sa fondation en 1998, l'association ATTAC défend, entre autres, l'idée de l'instauration de cette taxe et participe au mouvement altermondialiste. Elle s'est depuis implantée dans beaucoup de pays, et propose des analyses étudiant la possibilité pratique de la mise en place de la taxe.

Aux États-Unis il existe aussi l'association Tobin Tax Initiative

James Tobin a fait le commentaire suivant dans une interview à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel reproduite par le journal Le Monde le 8 septembre 2001 : « J’apprécie l’intérêt qu’on porte à mon idée, mais beaucoup de ces éloges ne viennent pas d’où il faut. Je suis économiste et, comme la plupart des économistes, je défends le libre-échange. De plus, je soutiens le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tout ce à quoi ces mouvements s’en prennent. On détourne mon nom. »

D'autres économistes, comme Joseph E. Stiglitz, soutiennent le principe d'une telle taxe.

(extrait) :

Son origine

Les accords de Bretton Woods signés en 1944 ont été ratifiés par 44 pays. Ils visaient à rétablir le système monétaire mondial mis à mal suite à la Seconde Guerre mondiale. Le FMI et la Banque mondiale ont été créés à la suite de ces accords.

Le système de Bretton Woods s'est écroulé à la fin des années 1960, créant, selon les défenseurs de la taxe Tobin, une instabilité excessive du marché monétaire mondial qui serait due à la spéculation.

Principes

L'assiette et le taux seraient identiques dans tous les pays. Collectée et administrée par chaque gouvernement, les fonds recueillis seraient ensuite reversés à un organisme géré par le FMI, la Banque mondiale ou un organisme indépendant placé sous le contrôle de l'ONU. Les sommes ainsi récoltées seraient redistribuées prioritairement aux pays les moins avancés.

La taxe Tobin aurait donc deux avantages selon ses défenseurs : freiner la spéculation et favoriser le développement. Le faible taux ne découragerait pas les échanges non-spéculatifs.

À l'heure actuelle, elle est de plus en plus associée au concept développé par le professeur Spahn et prend le nom de taxe Tobin-Spahn. Celle-ci est une taxe à double niveau : le premier niveau est un faible taux applicable aux transactions financières tant que celles-ci restent dans les limites d'une moyenne convenue, le deuxième niveau est un taux élevé (de l'ordre de 80 %) qui s'applique automatiquement en cas d'instabilité financière.
Le taux du premier niveau, de l'ordre du centième de pourcent, est trop faible pour entraver les transactions productives mais constitue déjà un frein aux transactions spéculatives. Celles-ci, en effet, se caractérisent par des échanges financiers très rapides et très nombreux avec des marges bénéficiaires très faibles. C'est la répétition de ces échanges sur un court laps de temps qui permet d'accumuler des bénéfices importants. La taxe Tobin s'appliquant à chacune des transactions grèverait de façon importante le bénéfice final du spéculateur.

(lire la suite sur wikipedia)

09:35 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

04/09/2008

Un fichier de police destiné à collecter des informations sur tous

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/02/non-a-edvige_1090506_3232.html

Edito du Monde
Non à Edvige !
LE MONDE | 02.09.08 | 13h50

Nom et prénoms : Edvige, autrement dit Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale. Nationalité : française. Date de naissance : 27 juin 2008, par décret publié le 1er juillet au Journal officiel. Profession : fichier de police destiné à collecter des informations sur toute "personne physique ou morale ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui joue un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif", mais aussi sur toute personne à partir de 13 ans ou sur tout groupe ou organisation "susceptibles de porter atteinte à l'ordre public". Signe particulier : tendances obsessionnelles à la sécurité.

En deux mois, un véritable front du refus s'est constitué contre ce fichier. Quelque 700 organisations, associations et syndicats, ainsi que 90 000 personnes ont signé une pétition destinée à en bloquer la création. Des recours ont été déposés devant le Conseil d'Etat. Tous les partis de gauche, mais aussi le Modem de François Bayrou, dénoncent désormais cette volonté gouvernementale de fichage généralisé qui pourrait rapidement concerner plusieurs millions de Français.

Ils ont raison. Certes, l'Etat doit garantir la sécurité des citoyens. C'est une de ses principales missions. C'est également sa responsabilité d'adapter ses moyens de renseignement et de police aux évolutions technologiques. A cet égard, Edvige prolonge et "modernise" l'ancien fichier des Renseignements généraux, dans le cadre de la création, cet été, de la nouvelle direction centrale du renseignement intérieur.

Mais la défense de l'ordre public ne saurait justifier pareille menace sur les libertés individuelles. Par principe autant que par respect de la Convention européenne des droits de l'homme, l'Etat a une obligation au moins égale de protéger la vie privée des citoyens. La mobilisation contre Edvige est d'autant plus justifiée que ce nouveau système d'information sur les Français n'est que le dernier en date : depuis quelques années, les fichiers de police se sont multipliés, sans même parler de la vidéosurveillance. Passer ainsi d'une société dans laquelle chacun est présumé innocent à une autre dans laquelle c'est la culpabilité de tous qui est présumée constitue une dérive dangereuse pour l'état de droit.

Article paru dans l'édition du 03.09.08

“ Une place pour tous !” veut susciter le dialogue citoyen

lu dans lanouvellerepublique.fr :
http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=37&num=908769#

“ Une place pour tous ! ” veut susciter le dialogue citoyen

Depuis juin dernier, Catherine Herbille préside aux destinées de la section montoise de l'association "Une place pour tous !". Une association dont l'objectif est de « promouvoir la participation citoyenne en suscitant le plus possible le dialogue et le débat ».
Pour Catherine Herbille, « il s'agit de créer et de faire vivre, à Monts, un nouvel espace de concertation, de réflexion et de consultation en mobilisant, dans un premier temps, les citoyens autour des questions d'écologie et d'environnement ».
Des préoccupations, une évidente volonté d'action et une manière d'agir qui ne sont pas sans rappeler d'autres initiatives qui ont vu le jour ces derniers mois en Val-de-l'Indre.
"Une place pour tous !" va organiser des réunions-débats avec les Montois. A cet effet, l'association tiendra sa première réunion publique, cette semaine. Cette réunion sera consacrée à l'eau (pollution, accès, qualité et gestion) et sera animée par Jean-Luc Touly, président de l'Association pour un contrat mondial de l'eau (ACME). Les Montoises et Montois sont invités à débattre de toutes ces questions. Le prochain débat, prévu en octobre, concernera l'agriculture biologique.

Réunion publique, jeudi 4 septembre, à 18 h, salle Robert-Doisneau. Catherine Herbille, tél. 02.47.26.60.48,
ou courriel : cat37000@aol.com

Correspondant NR : Jean-Claude Domenger,
tél. 02.47.26.92.87.

(voir ci-contre le lien pour l'ACME)