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26/08/2008

la démocratie aux USA

C'est article est intéressant par les analogies existant entre l'évolution des options politiques aux USA et en France, en particulier depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de notre République.

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lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/08/25/comment-les-republicains-ont-demoli-le-new-deal_1087459_829254.html

Professeur d'économie à l'université de Princeton (New Jersey), Paul Krugman est l'un des éditorialistes vedettes du "New York Times".
Comment les républicains ont démoli le New Deal
LE MONDE | 25.08.08 | 11h26 • Mis à jour le 25.08.08 | 14h37

Je suis né en 1953. Comme à tous ceux de ma génération, l'Amérique où j'ai grandi me paraissait aller de soi – comme beaucoup, d'ailleurs, je dénonçais les injustices bien réelles de notre société, manifestais contre les bombardements au Cambodge, faisais du porte-à-porte pour des candidats libéraux (de gauche et favorables à l'Etat-providence au sens américain). Ce n'est qu'avec le recul que l'environnement économique et politique de ma jeunesse a pris l'allure d'un paradis perdu, d'un épisode exceptionnel dans l'histoire de notre pays.

L'Amérique d'après-guerre était d'abord une société de classe moyenne. La grande ascension des salaires inaugurée par la seconde guerre mondiale avait fait passer des dizaines de millions d'Américains – dont mes parents – des taudis urbains ou de la pauvreté rurale à une vie de propriétaire et de confort sans précédent. Les riches, eux, avaient régressé : il y en avait fort peu et, par rapport à cette classe moyenne prospère, ils n'étaient pas si riches que cela. Quant aux pauvres, s'ils étaient plus nombreux que les riches, ils constituaient malgré tout une minorité assez réduite. Il y avait donc un sentiment très fort de communauté, d'égalité économique : la plupart des Américains vivaient dans des conditions matérielles assez homogènes et tout à fait décentes.

A la mer égale de notre économie répondait un climat politique tempéré. Durant l'essentiel sinon l'ensemble de ma jeunesse, un large consensus unissait démocrates et républicains sur la politique étrangère et bien des aspects de la politique intérieure. Les républicains n'essayaient plus de démanteler les acquis du New Deal : un certain nombre ont même soutenu Medicare (Système universel d'assurance-maladie). Et "bipartisan" n'était pas un vain mot. Malgré les poussées de fièvre sur le Vietnam et sur les relations interraciales, malgré les sinistres machinations de Nixon et de ses sbires, le processus politique américain restait régi, pour l'essentiel, par une coalition bipartisane, dont les membres étaient d'accord sur les valeurs fondamentales.

(…) Désormais, une société relativement égalitaire, avec une classe moyenne forte, et une vie politique apaisée constituaient, pensions-nous, l'état normal d'un pays parvenu à maturité. Or, dans les années 1980, il s'est peu à peu avéré que la mutation progressive des Etats-Unis en pays de classe moyenne politiquement modéré n'était pas la fin de l'histoire. Les économistes se sont mis à enregistrer une forte hausse de l'inégalité : un petit nombre d'individus prenaient une avance considérable, tandis que la situation économique de la plupart des Américains s'améliorait fort peu ou pas du tout. Les politologues ont noté un mouvement de polarisation de la vie publique : les hommes et femmes politiques gravitaient vers les extrémités de l'éventail droite-gauche; de plus en plus, "démocrate" et "républicain" devenaient respectivement synonymes de "libéral" et "conservateur". Ces évolutions sont toujours à l'œuvre : aujourd'hui, l'inégalité des revenus est aussi forte que dans les années 1920 et la polarisation politique plus tranchée qu'à toute autre époque.

Cette polarisation n'est pas l'effet d'un durcissement extrémiste des deux partis. Il serait bien difficile de soutenir que les démocrates ont évolué vers la gauche : sur les questions économiques, de l'aide sociale aux impôts, non seulement Bill Clinton a gouverné plus à droite que Jimmy Carter, mais même plus à droite que Richard Nixon. En revanche, il est évident que les républicains ont évolué vers la droite : il suffit pour s'en convaincre de comparer le conservatisme intransigeant d'un George W. Bush à la modération d'un Gerald Ford. En fait, certaines politiques de Bush – sa tentative visant à supprimer les droits de succession, par exemple – ne ramènent pas l'Amérique à ce qu'elle était avant le New Deal, mais avant l'ère progressiste (la période 1900-1918).

Regardons l'histoire sur la longue durée : tant le début que la fin de l'ère du consensus bipartisan (les années 1950, 1960 et 1970) ont été dus à des changements fondamentaux du Parti républicain. Cette époque a commencé au moment où les républicains qui avaient farouchement combattu le New Deal ont pris leur retraite ou jeté l'éponge : après la victoire surprise d'Harry Truman en 1948, la direction du Grand Old Party (surnom traditionnel du Parti républicain) a admis que le New Deal ne disparaîtrait pas, et, pour son propre salut politique, elle n'a plus cherché à ramener le pays aux années 1920. La période du consensus bipartisan a cédé la place à une nouvelle ère de lutte partisane acharnée lorsque le Parti républicain a été conquis par une nouvelle force radicale sur la scène politique américaine, le "conservatisme de mouvement" (movement conservatism), qui va jouer un grand rôle dans ce livre. Cet esprit partisan a atteint son apogée après l'élection présidentielle de 2004, quand un George W. Bush triomphant a tenté de démanteler la Caisse de retraite publique (la Social Security), le "joyau de la couronne" des institutions du New Deal (…).

LA POLITIQUE DE L'INÉGALITÉ

Pour comprendre comment George W. Bush et Dick Cheney ont fini par gouverner le pays, il faut remonter le temps d'un demi-siècle, et partir des années où la National Review, dont le rédacteur en chef était le jeune William F. Buckley, défendait le droit du Sud à interdire aux Noirs de voter – "la communauté blanche en a le droit parce qu'elle est, pour le moment, la race avancée" – et qualifiait élogieusement le généralissime Francisco Franco, qui avait renversé un gouvernement démocratiquement élu au nom de l'Eglise et de la propriété, d'"authentique héros national". Le petit mouvement qu'on appelait alors "nouveau conservatisme" était essentiellement une réaction de protestation contre la décision de Dwight Eisenhower et d'autres dirigeants républicains de faire la paix avec l'héritage de Franklin Roosevelt.

Au fil des ans, ce petit mouvement a grandi pour devenir une force politique puissante, baptisée par ses partisans comme par ses adversaires le "conservatisme de mouvement". C'est un réseau de personnes et d'institutions qui s'étend bien au-delà de la "vie politique" au sens habituel. En plus du parti républicain et de ses personnalités, le conservatisme de mouvement comprend des groupes de presse et de télévision, des instituts de réflexion (think tanks), des maisons d'édition, etc. Il est possible de faire une carrière complète à l'intérieur de ce réseau, et certains le font, avec la certitude tranquille de voir leur fidélité politique récompensée quoi qu'il arrive. Un libéral qui aurait salopé une guerre puis violé les règles éthiques pour enrichir sa maîtresse pourrait s'inquiéter de ses perspectives d'avenir. Paul Wolfowitz avait un fauteuil qui l'attendait à l'American Enterprise Institute.

Autrefois, bon nombre d'hommes politiques républicains n'étaient pas des "conservateurs de mouvement". Il n'en reste que quelques-uns, en grande partie parce que les éléments jugés politiquement peu fiables se heurtent aux pires difficultés. Posez donc la question à Lincoln Chafee, l'ex-sénateur modéré de Rhode Island : aux primaires de 2006, la droite a mené contre lui une violente campagne de dénigrement qui a contribué à sa défaite aux élections générales, même s'il était clair que les républicains allaient peut-être avoir vraiment besoin de lui pour garder la majorité au Sénat.

L'argent est la colle forte du conservatisme de mouvement, essentiellement financé par une poignée de super-riches et un certain nombre de grandes entreprises qui ont quelque chose à gagner à la montée de l'inégalité, à la suppression de la fiscalité progressive, à l'abrogation de l'Etat-providence – bref, à un New Deal à l'envers. Revenir à la période antérieure aux politiques économiques qui limitent l'inégalité est, au fond, la raison d'être du conservatisme de mouvement. Grover Norquist, militant antifiscal qui est l'une de ses grandes figures, a confié un jour qu'il voulait ramener l'Amérique à ce qu'elle était "avant Teddy Roosevelt, l'époque où les socialistes sont arrivés au pouvoir. L'impôt sur le revenu, l'impôt sur la mort (nom donné par les conservateurs de mouvement pour les droits de succession), la réglementation, tout ça".

Puisqu'il a pour but, en dernière analyse, d'abolir des politiques qui frappent une toute petite élite très fortunée, le conservatisme de mouvement est foncièrement antidémocratique. Mais, si vive qu'ait pu être l'admiration de ses fondateurs pour les méthodes du généralissime Franco, aux Etats-Unis, la route du pouvoir passe par les élections. L'argent serait loin d'affluer à ce point si les donateurs potentiels croyaient encore, comme ils avaient toutes les raisons de le croire au lendemain de la défaite cuisante de Barry Goldwater en 1964, que proposer des mesures économiques aggravant l'inégalité était un suicide politique. Le conservatisme de mouvement est passé des marges de la politique américaine à son centre nerveux parce qu'il s'est révélé capable de gagner des élections.

Plus que tout autre, c'est Ronald Reagan qui a montré le chemin. Le discours de 1964 qui a lancé sa carrière politique, "L'heure du choix", et ceux qu'il a prononcés au cours de sa campagne victorieuse de 1966 pour être élu gouverneur de Californie anticipaient les stratégies qui allaient fonctionner pour lui et pour d'autres conservateurs de mouvement durant quarante ans. Après coup, des hagiographes ont représenté Reagan en parangon des principes conservateurs de haute tenue, mais ce n'était pas du tout ça. Il a remporté ses premiers succès politiques en parlant aux angoisses culturelles et sexuelles, en jouant sur la peur du communisme, et surtout en exploitant à mots couverts la réaction hostile des Blancs face au mouvement des droits civiques et à ses conséquences.

Un message crucial de ce livre risque de mettre mal à l'aise de nombreux lecteurs : la grande raison de ce qui est arrivé au pays où j'ai grandi, c'est le racisme. C'est à cause de l'héritage de l'esclavage, le péché originel de l'Amérique, que nous sommes la seule économie avancée qui ne garantit pas les soins médicaux à ses citoyens. C'est à cause de l'hostilité des Blancs au mouvement des droits civiques que les Etats-Unis sont le seul pays avancé où un grand parti politique veut abroger l'Etat-providence. Ronald Reagan a lancé sa campagne de 1980 par un discours sur les droits des Etats qu'il a prononcé près de Philadelphie, Mississippi, une ville où trois militants des droits civiques avaient été assassinés (le 21 juin 1964). Newt Gingrich a réussi à prendre le contrôle total du Congrès en 1995 à cause du grand retournement du Sud – dont la population blanche est passée du vote massif pour les démocrates au soutien total aux républicains.

POUR UN NOUVEAU NEW DEAL

Quelques mois après l'élection présidentielle de 2004, j'ai subi des pressions de certains de mes confrères en journalisme : je devais, à leur avis, cesser de passer mon temps à critiquer l'administration Bush et les conservateurs en général. "Les urnes ont parlé", m'a-t-on dit. Avec le recul, cependant, l'élection de 2004 apparaît comme l'ultime exploit du conservatisme de mouvement avant sa chute. Les républicains avaient remporté une victoire retentissante aux élections législatives de mi-mandat de 2002 en exploitant le terrorisme jusqu'à la corde. Tout porte à croire qu'une des raisons pour lesquelles Bush nous a fait intervenir militairement en Irak était son désir de perpétuer la psychologie de guerre; il se disait aussi que la victoire attendue dans une splendide petite guerre serait bonne pour ses perspectives de réélection. D'ailleurs, l'Irak lui a probablement valu d'être réélu en 2004, même si la situation là-bas commençait déjà à se dégrader.

Mais la guerre a vraiment mal tourné, et ce n'est pas un hasard. Quand Bush est entré à la Maison Blanche, le conservatisme de mouvement s'est enfin trouvé en mesure de contrôler tous les leviers du pouvoir, et s'est vite révélé inapte à gouverner. Son choix de tout politiser, de donner priorité absolue au loyalisme partisan, crée une culture du copinage et de la corruption omniprésente dans ce que fait l'administration Bush, de son insuccès à reconstruire l'Irak à son impuissance devant les désastres de l'ouragan Katrina. Ses multiples échecs s'expliquent aisément : c'est ce qui se passe quand le gouvernement est aux mains d'un mouvement attaché à des politiques contraires aux intérêts de la grande majorité des Américains, donc qui doit essayer de compenser cette faiblesse intrinsèque en mentant, en donnant le change, en récompensant généreusement ses partisans. Le mépris croissant du pays pour Bush et son administration a aidé les démocrates à remporter en 2006 une victoire spectaculaire aux élections de mi-mandat.

Certes, une élection ne fait pas une tendance de longue durée. Mais des évolutions de fond ébranlent la tactique politique qu'utilisent les conservateurs de mouvement depuis la candidature de Ronald Reagan aux fonctions de gouverneur de Californie. La principale, c'est que l'électorat américain, pour le dire crûment, devient moins blanc. Les stratèges républicains tentent d'introduire un distinguo entre les Afro-Américains et les électeurs asiatiques et hispaniques qui pèsent de plus en plus lourd dans les scrutins, mais – le débat sur l'immigration l'a bien montré –, c'est une distinction que les électeurs de la "réaction blanche", dont dépend le parti républicain moderne, ne sont pas prêts à faire. Un facteur plus subtil est l'évolution graduelle des esprits aux Etats-Unis. Les sondages suggèrent que le centre de gravité de l'électorat s'est nettement déplacé vers la gauche sur les problèmes intérieurs depuis les années 1990, et que la race est une force en perte de vitesse dans un pays qui, réellement, devient de moins en moins raciste.

Le conservatisme de mouvement a encore l'argent de son côté, mais cela n'a jamais suffi. Si tout reste possible dans l'élection présidentielle de 2008, on peut raisonnablement imaginer qu'en 2009 les Etats-Unis auront un président démocrate et une majorité démocrate solide au Congrès. De plus, si cette nouvelle majorité existe, elle sera beaucoup plus cohérente idéologiquement que la majorité démocrate des deux premières années de Bill Clinton, qui était une alliance difficile entre des libéraux du Nord et des conservateurs du Sud.

D'où la question : cette nouvelle majorité, que doit-elle faire? Ma réponse : elle doit, pour le bien du pays, suivre une politique résolument progressiste. Expansion de la sécurité sociale et réduction de l'inégalité. Un nouveau New Deal. Le coup d'envoi de ce programme, l'équivalent de la Caisse des retraites publiques au XXIe siècle, doit être l'assurance-maladie universelle – que tous les autres pays avancés ont déjà.

18/08/2008

Prospérité n'égale pas démocratie, et vice versa

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/08/16/prosperite-n-egale-pas-democratie-et-vice-versa-par-pierre-antoine-delhommais_1084435_3232.html

Chronique
Prospérité n'égale pas démocratie, et vice versa, par Pierre-Antoine Delhommais
LE MONDE | 16.08.08 | 13h13 • Mis à jour le 16.08.08 | 13h13

C'est une des - tristes - leçons économiques du printemps et de l'été : la prospérité d'un pays n'adoucit pas les moeurs de ses dirigeants. La Chine et la Russie ont enregistré toutes les deux au cours des dernières années des performances de croissance exceptionnelles. Cela n'a pas empêché la première de réprimer durement les manifestations au Tibet, la seconde de bombarder la Géorgie.

On est loin du monde idéal, idéalisé, de cette fin de l'histoire rêvée par certains, où l'amélioration du niveau de vie de la population d'un pays, le développement de ses échanges commerciaux, l'ouverture aux capitaux étrangers conduiraient spontanément son gouvernement à se montrer moins autocratique et plus pacifique.

C'est même le contraire, l'augmentation de la richesse nationale semblant s'accompagner d'une hausse parallèle du sentiment de toute-puissance chez les dirigeants. A Moscou, l'arrogance militaire monte au même rythme qu'entrent les devises tirées des exportations de pétrole et de gaz. Plus le cours du baril est élevé, plus le Kremlin se sent fort et désireux de le montrer au reste de la planète.

Et pour son attitude au Tibet quelles représailles pouvait bien redouter Pékin, le banquier des Etats-Unis, avec ses 1 500 milliards de dollars de réserves de changes majoritairement investis dans des emprunts du Trésor américains ?

Si la prospérité économique ne rend pas un régime moins autoritaire, la démocratie ne semble pas non plus avoir d'impact positif - et c'est encore plus décevant - sur le taux de croissance. C'est du moins la conclusion de la bonne dizaine d'études très sérieuses qui ont été menées sur ce sujet. Le fait que le monde vienne de connaître une expansion économique sans précédent et qu'en même temps le pourcentage de démocraties n'ait jamais été aussi élevé (64 % selon l'ONG Freedom House) ne doit pas faire illusion. "Il n'existe pas de lien de causalité linéaire et clair entre démocratie et croissance", constate Daniel Kaufmann, directeur du programme gouvernance à l'Institut de la Banque mondiale.

Tous les cas de figure se présentent dans les nations en développement : croissance forte et régime autoritaire (Vietnam, Chine), croissance forte et régime démocratique (Botswana, Chili), croissance faible et régime autoritaire (Cuba, Congo), croissance faible et régime démocratique (Hongrie, Sénégal).

La seule vraie supériorité des pays démocratiques en matière de croissance, soulignée par l'économiste américain Joseph Siegle, est que celle-ci y est moins volatile. En d'autres termes, un pays gouverné de façon démocratique est moins exposé à une catastrophe économique - un épisode de récession aiguë ou d'hyperinflation -, qu'une nation à régime autoritaire.

En Amérique latine, le processus de démocratisation en cours depuis les années 1990 a entraîné une baisse significative de ce genre de désastres : 36 phases d'inflation annuelle à plus de 100 % dans les années 1980, seulement cinq depuis 1992. Et parmi les 80 performances de croissance annuelle les plus mauvaises enregistrées depuis 1960, cinq seulement sont imputables à des Etats démocratiques.

Enfin, les deux pays - on n'ose pas dire en développement - à voir aujourd'hui leur économie s'effondrer sont deux dictatures : la Corée du Nord, qui va de famine en famine, et le Zimbabwe, dont l'inflation dépasse le million de pour cent. Un gouvernement élu dans le cadre d'une démocratie se fera chasser du pouvoir avant que la situation économique puisse devenir aussi calamiteuse. On en connaît même, plus proche de nous, qu'une croissance un peu trop molle a suffi à faire tomber.

Pierre-Antoine Delhommais

Courriel : delhommais@lemonde.fr

Article paru dans l'édition du 17.08.08

17/08/2008

Mers mourantes, quel futur ?

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/08/16/mers-mourantes_1084432_3232.html

Editorial
Mers mourantes
LE MONDE | 16.08.08 | 13h40

Le mot "désert" est associé aux terres, jamais aux mers. Pourtant, les océans sont menacés de se transformer en déserts liquides, par la faute de l'activité humaine. La surpêche est la cause la plus voyante de cette grande vidange de la vie marine. Mais un autre phénomène délétère, plus discret, monte en puissance : l'eutrophisation, qui prive les eaux d'oxygène. Aujourd'hui, plus de 400 zones côtières dans le monde étouffent, ainsi que le décrit une étude publiée dans la revue Science du vendredi 15 août. Les auteurs le précisent, "le nombre de zones mortes a approximativement doublé chaque décennie depuis les années 1960".

A l'origine de ces asphyxies océaniques, on trouve une nouvelle fois l'homme, via ses eaux usées, ses rejets industriels dans les fleuves, la pression de son tourisme sur les côtes et surtout ses engrais. Pour faire bonne mesure, on pourrait ajouter à ce sombre tableau les effets à venir du réchauffement climatique. Ce phénomène favorise l'eutrophisation par l'augmentation de la température, renforce la stratification des eaux - et donc empêche qu'elles se mélangent. Il risque aussi de lessiver les sols par des pluies plus importantes et d'apporter aux mers encore plus de matière organique... et encore plus d'engrais.

Le temps semble par conséquent venu, tant pour l'avenir des terres qui s'épuisent que pour celui des mers qui se vident, de reconsidérer certaines pratiques de l'agriculture intensive. Plusieurs exemples, notamment après la disparition de l'URSS, ont montré que l'arrêt des fertilisants entraînait rapidement une réoxygénation des eaux côtières. Dans un rapport d'expertise scientifique rendu en juillet à la demande des ministères de l'agriculture et de l'écologie, l'Institut national de la recherche agronomique reconnaît que, pour une meilleure prise en compte de la biodiversité, il faut tâcher de "diminuer l'utilisation des engrais et des produits phytosanitaires". Ce qui peut se faire sans perte notable de rendement.

Si l'on en croit un document prospectif de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) publié cette année, le mouvement est timidement enclenché : d'ici quatre ans, la consommation de nitrates et de phosphates devrait diminuer en Europe de l'Ouest. Mais augmenter partout ailleurs dans le monde...

Article paru dans l'édition du 17.08.08

16/08/2008

"Le Principe responsabilité"

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/08/16/le-principe-responsabilite-par-herve-kempf_1084478_0.html

Chronique
Rétrolecture 1991 : "Le Principe responsabilité"
LE MONDE | 16.08.08 | 13h19

Quelle étrange sensation de fraîcheur ! Le mot peut sembler étrange concernant un livre aussi âpre et dénué de concessions à la facilité que Le Principe responsabilité : une éthique pour la civilisation technologique, mais c'est bien celui que fait jaillir sa relecture près de trente ans après sa parution en allemand (1979) et dix-sept ans après sa traduction en français (1991). Une fraîcheur comme celle de l'acier froid : "Quelque chose de dur est nécessaire", écrivait Hans Jonas (1903-1993), avertissant le lecteur qu'il ne trouverait pas chez lui "la ouate des bonnes intentions". Une fraîcheur, surtout, d'idées et de concepts toujours opératoires, parce que pensés en fonction d'une perception de la crise écologique que l'information scientifique a largement confirmée depuis l'écriture de ce maître ouvrage.

La fortune en a été extraordinaire : diffusé depuis sa parution à plus de 200 000 exemplaires, cet essai a influencé la vie politique allemande, inspiré des normes internationales, comme la "prise en compte des générations futures" et "le principe de précaution", et constitue toujours une des bases majeures sur lesquelles s'élabore la réflexion des intellectuels sur l'écologie.

Il est rétrospectivement étonnant qu'elle ait été posée aussi tôt : l'alerte sur la dégradation de l'environnement avait été lancée à peine une dizaine d'années auparavant, même si elle avait eu en 1972, avec la parution du rapport du Club de Rome "Les limites de la croissance" et le premier Sommet de la terre, à Stockholm. L'itinéraire philosophique d'Hans Jonas le prédisposait sans doute à penser précocement la catastrophe écologique que le "progrès monstrueux de la technique" rendait crédible.

Il avait suivi avec Hannah Arendt les séminaires de Martin Heidegger, dans la pensée duquel la technique tenait une place essentielle. Devant la montée du nazisme, Jonas quittait l'Allemagne pour enseigner en Palestine, avant de combattre pendant le conflit mondial dans l'armée britannique. Auschwitz, où sa mère périssait en 1942, nourrissait sa méditation horrifiée sur la Shoah. Il allait ensuite enseigner aux Etats-Unis, où son oeuvre se constituerait. Etrangère au marxisme qui dominait alors la scène intellectuelle, elle se centrait sur la métaphysique et sur la religion gnostique, avant d'évoluer vers l'analyse philosophique de la technique, avec Le Phénomène de la vie. Vers une philosophie biologique (1966) : Jonas s'y interrogeait sur la dualité entre un homme métaphysiquement seul au monde et une science effaçant la frontière entre animé et inanimé.

Ses réflexions sur la génétique, sur la philosophie de l'organisme, sur les rapports de la technique et de la nature allaient conduire au Principe responsabilité, écrit et publié alors que le mouvement écologiste balbutiait dans une Allemagne à peine sortie des impasses du gauchisme.

Dans son ouvrage, le philosophe vise à définir les normes d'une éthique adaptée aux conditions nouvelles créées par le pouvoir, devenu immense, de l'homme sur la nature. Le philosophe était étonnamment bien informé, puisque dès 1979 il évoquait précisément la question de l'accroissement de l'effet de serre, soulignant ce que signifiait l'expansion économique qui en est la cause : "Ainsi la fête humaine frivole joyeuse de quelques siècles industriels serait-elle peut-être payée par des millénaires d'un monde terrestre transformé."

DES NOUVELLES RÈGLES ÉTHIQUES

Dès lors, Jonas posait nettement son propos : "Notre thèse est que les nouveaux types et les nouvelles dimensions de l'agir réclament une éthique de la prévision et de la responsabilité qui leur soit commensurable (...)." Les potentialités de l'activité humaine, en menaçant l'espèce, ou du moins les conditions d'une vie digne, créent un devoir que ne pouvaient imaginer les moralistes antérieurs.

Comment alors fonder les règles de la conduite liée à cette obligation ? Sur une "heuristique de la peur". On ne peut être certain de l'avenir, mais connaître ses possibilités suffit à définir les règles éthiques nouvelles. Jonas renversait le principe du doute cartésien : "Pour établir le vrai indubitable, nous devons d'après Descartes tenir tout ce qui d'une façon ou d'une autre peut être mis en doute comme équivalent au faux démontré. Ici, au contraire, nous devons traiter ce qui certes peut être mis en doute, tout en étant possible, à partir du moment où il s'agit d'un possible de certain type, comme une certitude en vue de la décision."

Il s'agit d'infléchir la trajectoire sur laquelle la révolution industrielle a placé l'humanité. Ce ne sera pas facile, Jonas ne le cachait pas, parlant de "l'époque d'exigences et de renoncements âpres qui nous attend", évoquant un "esprit de frugalité étranger à la société capitaliste" et, compte tenu de l'inégalité planétaire, invitant les pays riches à "renoncer à la prospérité au bénéfice d'autres parties du monde".

Il n'est pas sûr que cette partie du message de Jonas soit passée dans la conscience commune. En revanche, l'idée de responsabilité à l'égard des générations futures s'est imposée. En fait, Jonas a été peu critiqué, sauf en France, où la parution de cet essai, en 1991, a coïncidé avec un moment où, la gauche étant en lambeaux, l'écologie politique avait le vent en poupe.

Dans Le Nouvel Ordre écologique (1992), l'essayiste Luc Ferry réagit en insinuant que l'écologie visait un régime totalitaire. Il s'en prenait à Hans Jonas et prétendait qu'il émettait des "professions de foi en faveur des régimes communistes". En fait, le pamphlet de M. Ferry est farci de tant d'erreurs, de citations tronquées et de fautes de raisonnement, qu'il ne constitue pas une réplique sérieuse à l'oeuvre de Jonas. Mais il a pu affaiblir temporairement la pensée de celui-ci auprès du public français. Des philosophes comme Paul Ricoeur ou Jean-Pierre Dupuy ont au contraire saisi et souligné l'importance du travail de Jonas, qui reste vivace et fertile.

Hervé Kempf

Le Principe responsabilité : une éthique pour la civilisation technologique
Hans Jonas (traduction Jean Greisch)
Flammarion "Champs essais", 13 €

Article paru dans l'édition du 17.08.08

09/08/2008

les pauvres représentent un marché d'avenir pour les banques ? (une idée à creuser)

Est-ce bien de laisser les banques s'emparer de ce créneau ?
Ne vaudrait-il pas mieux essayer de créer un système d'épargne s'affranchissant des banques et de leurs frais imposés et non justifiés, ceci dans tous les pays, pas seulement les pays en voie de développement ?

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/08/09/la-grameen-propose-aux-indiens-demunis-un-service-bancaire-par-telephone_1081923_3216.html

La Grameen propose aux Indiens démunis un service bancaire par téléphone
LE MONDE | 09.08.08 | 14h31 • Mis à jour le 09.08.08 | 14h31
NEW DELHI CORRESPONDANCE

La banque Grameen, fondée au Bangladesh par Muhammad Yunus, lauréat du prix Nobel de la paix, va proposer aux plus démunis d'Inde des services bancaires via le téléphone portable, grâce à un partenariat signé, mercredi 6 août à Bombay, entre sa filiale Grameen Solutions et le spécialiste américain des paiements sur portable Obopay.

Dans les zones rurales et isolées, le manque d'infrastructures bancaires freine le développement de la microfinance. "Il est inconcevable de dépenser en moyenne 20 roupies pour récupérer une somme de 25 roupies. Tout est une question d'accès. Et pour des raisons de coût, il est encore impossible de proposer nos services à certaines personnes isolées", a expliqué Kazi Islam, le président de Grameen Solutions, lors d'une conférence de presse. L'objectif annoncé est de proposer des services bancaires à 1 milliard d'utilisateurs de téléphones portables d'ici dix ans.

Grâce au téléphone, la banque est à portée de main. Quelque 310 millions d'Indiens possèdent un portable, et le pays compte 8 millions de nouveaux abonnés chaque mois. Surtout, le téléphone peut remplacer une agence bancaire à moindres frais. Un rapport publié en avril par le Groupe consultatif d'assistance aux pauvres, qui dépend de la Banque mondiale, estime qu'il permet de réduire de 50 % le coût des services bancaires.

CONTOURNER LES USURIERS

En ouvrant un compte depuis un portable, les utilisateurs pourront non seulement placer leur argent en sécurité mais également percevoir des intérêts. Dans chaque village, un commerçant, nommé "correspondant bancaire", sera formé pour recevoir les sommes en liquide et effectuer les transferts. L'accès aux emprunts via le téléphone permettra également de contourner les usuriers, qui pratiquent des taux exorbitants. Et par un simple SMS, les travailleurs émigrés pourront effectuer des virements à moindre coût, depuis l'étranger, à destination de leur famille.

Pour que la banque puisse fonctionner par téléphone, encore faut-il que les utilisateurs sachent s'en servir, et surtout, qu'ils soient capables de lire et d'écrire. En Inde, 35 % de la population est illettrée. Pour éviter les erreurs de saisie, un service de messagerie vocale, disponible dans une vingtaine de langues, demandera à chaque utilisateur de confirmer l'opération par la saisie d'un code secret. Les "correspondants bancaires", formés par les ONG de microfinance, seront chargés de les assister et de les familiariser avec l'univers bancaire.

"Les ONG de microfinance offrent des services qui vont au-delà de transactions bancaires. Elles jouent un rôle indispensable auprès des plus pauvres qui ne sont pas à l'aise avec les offres d'épargne ou d'emprunts", souligne Carol Realini, présidente d'Obopay. "Le téléphone portable motive les utilisateurs à apprendre à lire et à écrire", ajoute même le directeur d'Obopay en Inde, Aditya Menon, qui cite l'exemple d'utilisateurs, analphabètes, qui ont appris à écrire en rédigeant des SMS à partir du clavier de leur téléphone.

Le projet, expérimenté en Inde et au Bangladesh, sera financé par des établissements bancaires traditionnels, dont la Société générale, et des opérateurs de télécommunications. Il s'agit, pour eux, de se positionner sur un marché prometteur. En Inde, 34 % de la population seulement possède un compte bancaire, et la moitié ne peut y avoir accès plus d'une fois par mois.

D'après une étude publiée par le cabinet de conseil Boston Consulting Group, ceux qui sont aujourd'hui exclus du système bancaire pourraient générer, d'ici à 2015, en Chine, en Inde et au Brésil, 85 milliards de dollars (56,6 milliards d'euros) de revenus supplémentaires dans ce secteur. Grâce au téléphone, les pauvres représentent déjà un marché d'avenir pour les banques.

Julien Bouissou
Article paru dans l'édition du 10.08.08

15:45 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

02/08/2008

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Mieux comprendre les organisations publiques et leurs possibilités de développement organisationnel relève d’une logique de communication originale qui nécessite une connaissance approfondie des institutions, de ses acteurs et de ses enjeux. Une réflexion sur leur fonctionnement, sur les missions de chacun dans la réalisation des objectifs globaux, ainsi que sur le rôle de la communication dans les interactions entre services, est indispensable pour apporter la solution la plus appropriée au problème de communication interne soulevé.

En outre, cette connaissance approfondie des institutions publiques et de leur fonctionnement permet à l’agence de défendre à vos côtés les causes pour lesquelles vous vous battez tous les jours sur le plan législatif et administratif. Le lobbying est devenu en effet un levier non négligeable de développement et de protection pour l’avenir de bon nombre de structures aujourd’hui solides au niveau économique.

C’est dans cet esprit que l’agence Com’Publics travaille depuis douze ans pour de nombreuses institutions publiques et privées.

De la réflexion stratégique à l’élaboration de documents en passant par la création et la gestion d’événements, de la sensibilisation des parlementaires aux entretiens dans les ministères, l’agence mobilise l’ensemble de ses compétences pour atteindre les objectifs de lobbying ou de communication de ses clients. Sa vocation, qui est de servir au mieux l’intérêt public, la conduit à se montrer toujours plus créative et inventive dans la conception des actions qu’elle propose. Pour cela, une équipe de sept personnes dont, pour certaines, le parcours professionnel les a amenées à occuper des fonctions électives ou d’attaché parlementaire, s’organise de façon à élaborer la meilleure réponse à la demande de ses clients.

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Com’Publics vous propose

- Rédaction de recommandations stratégiques et conseil en communication
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Ce qui fait la force de notre offre :

- Analyse de l’environnement politique, économique et social, audit, études qualitatives et quantitatives
- Excellente connaissance du monde des collectivités locales : 60 collectivités clientes ces dernières années.
- Rédaction des éléments de communication sur le fond et sur la forme. Une attention particulière est portée à l’image et à la qualité des documents produits.
- Au-delà du conseil, nos équipes mettent en œuvre la stratégie et les recommandations retenues.
- Constitution, organisation et gestion de structures ad hoc destinées à porter certains dossiers.

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