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31/07/2008

Une initiative intéressante ! À suivre

lu sur univers-nature.com
30-07-2008

Les voitures trop polluantes interdites d’immatriculation suisse ?

Les articles les plus lus
Echo Nature
Le magazine d'information environnementale

La pétition « Pour des voitures plus respectueuses de l’homme », lancée en février 2007 par le mouvement écologiste suisse des Jeunes Verts, vient de récolter quelque 147 000 signatures. L’objectif premier de l’initiative est donc désormais atteint. Celui-ci consistait à réunir un minimum de 100 000 signatures, en l’espace de 18 mois, afin d’organiser un référendum visant à déterminer si les véhicules hautement pollueurs se verraient privés d’homologation. Cette démarche n’est applicable que dans le cadre législatif spécifique de la Suisse, lequel octroie au « corps électoral » le « droit de soumettre à référendum une proposition de révision constitutionnelle ».

Si les conditions requises pour la tenue du référendum ont dûment été remplies, à l’heure actuelle rien n’est encore joué. Perçu par certains comme la négation de la liberté individuelle, le texte devrait faire polémique et alimenter de multiples débats. Cibles principales, les véhicules considérés comme les plus grands pollueurs seront interdits d’immatriculation. Loin de ne s’appliquer qu’aux 4x4 et autres SUV, cette mesure exclura également du territoire suisse les voitures de sport et de marques prestigieuses telles que les Lamborghini, les Porsche et les Ferrari. Points communs de ces véhicules « délinquants », ils rejettent plus de 250 g de CO2/km et plus de 5 mg de particules fines par km.
Les émissions de CO2 ne constituent pas cependant le seul critère restrictif. Autre revendication, seront proscrites du parc automobile national toutes les voitures de tourisme dont le poids à vide est supérieur à 2,2 tonnes.
Les véhicules concernés par ce texte, mais dont la mise en circulation serait antérieure à la promulgation de ce décret, pourront continuer à circuler sous réserve de ne pas dépasser les 100 km/h. Une dérogation supplémentaire est accordée aux agriculteurs, forestiers et autres professionnels qui, de par leurs activités, restent tributaires de ce type de véhicules. Pour ceux qui voudraient contourner la loi en faisant immatriculer leurs véhicules hors frontières suisses, sachez que les « visiteurs étranger » tombent également sous le joug de cette réforme et devront se soumettre à une limitation de vitesse fixée à 100 km/h.

Certains propriétaires de chalets dont l’accès est difficile ont déjà fait entendre leur mécontentement. D’autres estiment que l’exclusion des véhicules privés les plus polluants ne représente pas, au regard des émissions de CO2 globales, « une contribution importante à la stabilisation du climat » comme l’affirme les Jeunes Verts. Aussi, pour l’heure, le débat reste ouvert. Mais, si l’initiative venait à être adoptée, les usagers ne disposeraient alors plus que deux ans pour régulariser leur situation et se plier à la nouvelle réglementation.

Cécile Cassier

30/07/2008

Pourquoi l'Inde s'est opposée à un accord agricole à l'OMC

lu sur rue89.com

Pourquoi l'Inde s'est opposée à un accord agricole à l'OMC

Par Tony Rajkumar | Aujourd'hui l'Inde | 30/07/2008 | 00H49

(De Dehli) Il n’y a pas que la France qui a misé sur l’échec de la réunion de Genève de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). L’Inde est aussi au centre des critiques, car, depuis dimanche, elle mènait un front constitué de plusieurs pays émergents s’opposant à une réduction des tarifs douaniers et des subventions agricoles, au cycle de négociations de Doha sur la libéralisation des échanges.

Après une semaine de discussions ardues, les 153 pays membres de l’OMC semblaient se diriger –lentement- vers un consensus, autour du « paquet de propositions » mis en place par le directeur général de l’organisation, Pascal Lamy, vendredi dernier. Mais les négociations sur la libéralisation des échanges entre pays développés et pays émergents, relancées le 21 juillet dernier, sont retombées, dimanche, sur leur éternelle pomme de discorde : l’agriculture.

Proposant de réduire leurs subventions dans le secteur de 70% et 80% respectivement, les Etats-Unis et l’Union Européenne exigeaient en retour l’adoption d’un « mécanisme spécial de garantie », en anglais Special Safeguard mechanism (SSM) par les pays émergents.

Celui-ci permettrait à ces derniers d’augmenter les tarifs douaniers de 15% sur les produits agricoles, dès lors que leurs importations dépasseraient les 40%. Un taux jugé beaucoup trop élevé pour les représentants indiens qui ont exigé qu’il soit ramené à 10% afin que leurs petits agriculteurs puissent survivre. En adoptant cette position, l’Inde a entraîné avec elle de nombreux pays –dont la Chine- ce qui lui a attiré les foudres de plusieurs pays développés de l’OMC, dont les Etats-Unis. Le ministre indien du Commerce Kamal Nath a cependant assuré que s’il ne souhaitait pas « bloquer l’accord », il était hors de question de « négocier la survie d’agriculteurs pauvres ».

Le secteur agricole indien, qui concerne 60% de la population active, est en effet constitué à 80% d’agriculteurs possédant moins d’un hectare de terre. Encore largement traditionnelle, l’agriculture indienne souffre d’un retard cruel en matière de mécanisation et reste peu productive par rapport aux autres pays.

A titre de comparaison, l’Inde ne produit que 2,9 tonnes de riz par hectare, alors que la Chine et la Corée du sud en produisent 6,3 tonnes et 6,8 tonnes respectivement. Plusieurs problèmes majeurs subsistent. La plupart des canaux d’irrigations du pays sont bouchés et 60% du territoire cultivable est à la merci de la mousson. L’offre alimentaire stagnante ne subvient désormais plus à une demande qui augmente.

Selon le gouvernement indien, la production agricole indienne croît de 1,2% par an, alors que la population, elle, a atteint un taux annuel de 1,9%. Ce décalage a entraîné une inflation des prix de près de 6%. L’endettement touche un agriculteur indien sur deux et en aurait poussé plus de 85 000 au suicide entre 2001 et 2005.

Si l’Inde venait à favoriser les importations et abaisser ses barrières douanières sur les produits agricoles, il y a fort à parier que la vaste majorité de ses agriculteurs verrait ses revenus chuter. Il est en effet douteux que l’Inde puisse rattraper son retard et concurrencer des pays bénéficiant d’économie d’échelle, d’une agriculture mécanisée, de subventions d’Etat plus importantes et d’un climat plus clément.

La fin subite du protectionnisme aurait donc certainement des conséquences désastreuses pour les petits agriculteurs indiens qui, à court et moyen terme tout du moins, ne pourront être absorbés dans d’autres secteurs de l’économie.

Dans ce contexte, il est plus facile de comprendre l’intransigeance de l’Inde et d’autres pays émergents sur l’agriculture, devenue la clé de voûte de ce cycle de négociations de Doha, qui stagne depuis maintenant sept ans.

En partenariat avec:
"Aujourd'hui l'Inde"

A lire aussi :
« Madmundo », une enquête au long cours sur Rue89, consacrée à la question alimentaire dans le monde.

21:23 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

28/07/2008

L'Afrique noire est mal partie

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/07/26/l-afrique-noire-est-mal-partie-par-alain-faujas_1077508_3232.html

"L'Afrique noire est mal partie"
LE MONDE | 26.07.08 | 13h09 • Mis à jour le 26.07.08 | 13h09

Oh, la belle polémique que déclencha René Dumont (1904-2001) en affirmant et en déplorant, dans L'Afrique noire est mal partie (Le Seuil, 1962), que cette zone des tropiques n'était pas près de se développer ! En pleine euphorie des indépendances, ce professeur d'agriculture comparée à l'Institut national agronomique (INA) osa dire que l'Afrique faisait fausse route en singeant ses anciens colonisateurs.

Le livre fut interdit illico par une bonne partie des jeunes Etats d'Afrique francophone. Son auteur fut même cité à "comparaître" devant les étudiants de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (Feanf). Ils lui dirent, raconte-t-il dans ses Mémoires, "que je n'avais rien compris, qu'ils allaient faire la révolution. Ce qui résoudrait tous les problèmes".

Avec passion, René Dumont prend la défense des paysans tropicaux, "vrais prolétaires des temps modernes", notamment en Afrique, où "l'homme noir se trouve enfermé dans le cercle infernal d'une agriculture sous-productive, réalisée par des hommes sous-alimentés, sur une terre non-fertilisée". La faute à qui ? Aux crimes de nos ancêtres blancs qui ont déporté des dizaines de millions d'esclaves en Amérique, organisé l'abomination du travail forcé et inoculé l'alcoolisme. -(voir note 1)- A l'économie de traite qui a permis aux colons de s'enrichir à trop bon compte et assuré durablement la prééminence du capital commercial sur le capital industriel. -(voir note 2) - A l'outrecuidance technocratique de ceux qui ont privilégié sur des terres fragiles la mécanisation et les cultures d'exportation, alors que la houe traditionnelle, la daba, et le mil auraient dû être préservés dans un premier temps.

Les Noirs - ou plutôt leurs élites - en prennent aussi pour leur grade : "La principale industrie des pays d'outre-mer est l'administration", persifle-t-il. Et de recenser un député pour 6 000 habitants au Gabon contre un pour 100 000 en France. Dénonçant de façon prémonitoire les comptes en banque en Suisse et les villas sur la Côte d'Azur qu'amasseront les dirigeants africains, il n'hésite pas à railler : "Ces pays n'ont pas bien compris qu'ils étaient pauvres, car ils peuvent encore trop facilement nous "taper"."

Socialiste humaniste, René Dumont prône, avec un certain idéalisme, un plan qui comporterait "l'engagement total d'un gouvernement et d'un peuple, fait d'un choix conscient d'actions exécutables et de sacrifices délibérés". Il veut que l'Afrique importe des bus plutôt que des Mercedes, des engrais et de semences plutôt que de l'alcool. Il réclame un enseignement décolonisé où l'on apprenne au jeune Malgache le système reproducteur du vanillier qu'il féconde chaque année et non celui du marronnier, qui ne pousse pas dans la Grande Ile.

Il dénonce le système foncier, la dot, la gérontocratie, les marabouts qui, chacun à leur manière, entravent la productivité du paysan africain et son "accession progressive à l'économie d'échanges". Il veut que les élites de la fonction publique acceptent une baisse de leurs salaires. Il pourfend les termes de l'échange qui détournent vers les pays riches la plus-value des matières premières africaines. A l'évidence, il est séduit par les socialismes naissants et (apparemment) austères au Ghana, au Mali, en Guinée ou en Zambie.

Les idées de René Dumont ont marqué des générations d'agronomes et de spécialistes du développement. "Son diagnostic est toujours valable, affirme Olivier Lafourcade, ancien directeur pour l'Afrique occidentale et centrale à la Banque mondiale. Relever la productivité agricole de l'Afrique demeure d'actualité, car en quarante-cinq ans, on n'a pas fait grand-chose en la matière !" Le futur candidat à l'élection présidentielle de 1974 sous les couleurs écologistes pointait déjà sous l'agronome. "Avant tout le monde, il a mis l'accent sur l'importance de l'eau et la nécessité de se soucier de l'environnement, poursuit M. Lafourcade. Certes, sa vision très socialiste du développement le poussait à faire trop confiance à l'Etat, mais il a été le premier à promouvoir l'organisation des producteurs et à souligner le rôle essentiel des femmes dans l'agriculture vivrière."

Les plus jeunes aussi s'inspirent des analyses de René Dumont. Ainsi, Roger Blein, consultant auprès d'Etats et d'organisation d'agriculteurs d'Afrique de l'Ouest, qui a découvert le livre dans les années 1980. "A son époque, on fermait les yeux sur la corruption et la gabegie en échange des matières premières et des débouchés de l'Afrique subsaharienne, explique-t-il. Or, la Chine est en train de renouveler ce pacte détestable qui explique une partie du décrochage de l'Afrique par rapport au reste du monde."

Mais la victoire posthume de René Dumont, c'est la Banque mondiale qui la lui a apportée sous la forme d'un mea culpa en bonne et due forme. En octobre 2007, un rapport de la Banque a reconnu que l'agriculture avait été "négligée", depuis vingt-cinq ans, comme facteur de développement, alors que 75 % des populations les plus pauvres habitent les zones rurales. Son président Robert Zoellick a donc décidé que l'argent de la Banque privilégierait désormais l'accès à la terre, l'accès à l'eau et l'éducation des paysans. Exactement ce que préconisait l'agronome le plus célèbre de France.

L'Afrique noire est mal partie, René Dumont, Le Seuil, 1962.

Alain Faujas
Article paru dans l'édition du 27.07.08

mes notes :
1- il ne faut pas oublier que l'esclavage n'était pas le seul fait des traites négrières transatlantiques. Les traites "orientales" ont eu une large part dans l'esclavagisme (estimation : 17 millions d'esclaves pour la période 650-1910. Pour les traites "occidentales", estimation : 11 millions d'esclaves pour la période 1519-1867. cf: "Les traites négrières", Olivier Pétré-Grenouilleau, nrf, Éd. Gallimard, p148, p165. N'oublions pas non plus que l'esclavagisme "traditionnel" existe encore, au 21ème siècle, dans certains pays d'Afrique !)
2- voir aussi "Comment les riches détruisent le monde", ci-dessous. Voir aussi "La Valeur du Travail (1) : Partage des richesses, la question taboue" et "la Valeur du Travail (2)" sur le blog :http://aujourlejour.midiblogs.com/)

24/07/2008

Comment les riches détruisent le monde

Comment les riches détruisent le monde

Et si la dégradation de l’environnement était intimement liée à la crise sociale dans le monde ? En effet, ceux qui détiennent les leviers politiques et financiers sont aussi les promoteurs d’un modèle de consommation à outrance, dévastateur pour la planète... mais imité par les couches moyennes. Que ceux du haut de l’échelle misent sur la décroissance, et l’effet d’entraînement est assuré... La préservation de la terre passe par plus d’égalité.
Par Hervé Kempf

Les trois ou quatre générations situées à la charnière du troisième millénaire sont les premières dans l’histoire de l’humanité, depuis que les bipèdes arpentent la planète, à se heurter aux limites de la biosphère. Cette rencontre ne se fait pas sous le signe de l’harmonie, mais sous celui d’une crise écologique majeure.

Soulignons-en quelques aspects. Le premier d’entre eux est l’inquiétude nouvelle des climatologues : ils raisonnent depuis quelques années sur l’hypothèse d’une irréversibilité possible du changement climatique. Jusqu’à présent, on pensait qu’un réchauffement graduel interviendrait, mais que, quand l’humanité se rendrait compte de la gravité de la situation, il serait possible de revenir en arrière et de retrouver l’équilibre climatique. Les climatologues nous disent qu’il est possible qu’on atteigne un seuil tel que le système climatique dérape vers un désordre irréversible. Plusieurs séries d’observations nourrissent cette inquiétude : les glaciers du Groenland fondent bien plus vite que ne le prévoyaient les modélisateurs ; les océans pourraient pomper moins de gaz carbonique ; le réchauffement déjà à l’œuvre, accélérer la fonte du pergélisol, cette immense couche de terre gelée située en Sibérie et au Canada, qui de ce fait menacerait de relâcher les quantités énormes de gaz carbonique et de méthane qu’elle recèle.

Une deuxième observation est que la crise écologique ne se réduit pas au changement climatique. Celui-ci est le phénomène le mieux connu du grand public, il n’est cependant qu’un volet de la crise globale, dont un autre a une importance sans doute équivalente : l’érosion de la biodiversité, dont l’ampleur ne peut être mieux illustrée que par le fait que les spécialistes parlent de « sixième crise d’extinction » pour désigner la disparition accélérée d’espèces que notre époque expérimente. La cinquième crise d’extinction, il y a soixante-cinq millions d’années, avait vu la disparition des dinosaures.

Troisième volet, peut-être moins sensible ou moins bien synthétisé que la problématique du changement climatique : une contamination chimique généralisée de notre environnement, dont deux aspects sont particulièrement troublants. D’une part, les chaînes alimentaires sont contaminées, certes à des doses minimes, par des polluants chimiques. D’autre part, il apparaît de plus en plus clairement que le plus grand écosystème de la planète, l’ensemble des océans, que l’on pensait presque infini dans sa capacité de régénération, est de plus en plus affaibli, soit par la pollution, soit par la dégradation de tel ou tel de ses écosystèmes particuliers.

Cette entrée en matière définit l’urgence politique de notre époque. Cependant, ce n’est pas d’aujourd’hui, ni même d’hier, mais depuis plusieurs décennies que notre société est avertie du péril. Depuis que Rachel Carson a lancé l’alerte avec Le Printemps silencieux en 1962, depuis que, dans les années 1970, la question écologique a pénétré avec éclat le débat public, conférences internationales, articles scientifiques, luttes des écologistes ont depuis lors amassé une masse de connaissances confirmant toujours la tendance générale.

Pourquoi, alors, nos sociétés ne s’orientent-elles pas vraiment vers les politiques qui permettraient d’éviter l’approfondissement de la crise écologique ? C’est la question cruciale. Pour y répondre, il faut analyser les rapports de pouvoir dans nos sociétés. Elles sont en effet organisées pour bloquer ces politiques nécessaires.

Comment ? Depuis une vingtaine d’années, le capitalisme se caractérise par le retour de la pauvreté dans les pays riches. Le recul du taux de pauvreté, continu depuis la fin des années 1940, s’est interrompu dans les pays occidentaux voire, dans certains cas, s’est inversé. De même, le nombre de personnes en situation de précarité, c’est-à-dire légèrement au-dessus du seuil de pauvreté, augmente lui aussi de façon régulière. Par ailleurs, au niveau mondial, le nombre de personnes en situation de pauvreté absolue, c’est-à-dire disposant de moins de 2 dollars par jour, reste de l’ordre de 2 milliards, tandis que l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (en anglais, Food and Agricultural Organization, FAO) estime à 820 millions le nombre d’humains insuffisamment nourris.

L’augmentation des inégalités depuis une vingtaine d’années constitue un autre aspect de la crise sociale. De nombreuses études l’attestent. L’une d’entre elles, conduite par deux économistes de Harvard et du Federal Reserve Board, est des plus parlantes. Carola Frydman et Raven E. Saks ont comparé le rapport entre le salaire gagné par les trois premiers dirigeants des cinq cents plus grandes entreprises américaines et le salaire moyen de leurs employés. Cet indicateur de l’évolution des inégalités reste stable des années 1940, moment où commence l’observation, jusqu’aux années 1970 : les patrons des entreprises considérées gagnaient environ trente-cinq fois le salaire moyen de leurs employés. Puis se produit un décrochement à partir des années 1980, et le rapport monte de façon assez régulière jusqu’à atteindre environ cent trente dans les années 2000.

Ces études signifient qu’une rupture majeure est intervenue dans le fonctionnement du capitalisme depuis soixante ans. Durant ce que l’on a appelé les « trente glorieuses », l’enrichissement collectif permis par la hausse continue de la productivité était assez équitablement distribué entre capital et travail, si bien que les rapports d’inégalité demeuraient stables. A partir des années 1980, un ensemble de circonstances, qu’il n’est pas lieu d’analyser ici, a conduit à un décrochage de plus en plus prononcé entre les détenteurs du capital et la masse des citoyens. L’oligarchie accumule revenus et patrimoine à un degré jamais vu depuis un siècle.

Il est essentiel de s’intéresser à la façon concrète dont les hyper-riches utilisent leur argent. Celui-ci n’est plus caché comme au temps de l’austère bourgeoisie protestante décrite par Max Weber : il nourrit au contraire une consommation outrancière de yachts, d’avions privés, de résidences immenses, de bijoux, de montres, de voyages exotiques, d’un fatras clinquant de dilapidation somptuaire. Les Français découvrent avec M. Nicolas Sarkozy un exemple désolant de ce comportement tape-à-l’œil.

Pourquoi cela est-il un moteur de la crise écologique ? Pour le comprendre, il nous faut nous tourner vers le grand économiste Thorstein Veblen, dont la pensée était rangée par Raymond Aron au même niveau que celles de Carl von Clausewitz ou d’Alexis de Tocqueville. Bien oubliée aujourd’hui, elle n’en présente pas moins une saisissante pertinence.

Résumons-la à l’extrême. Que disait Veblen ? Que la tendance à rivaliser est inhérente à la nature humaine. Chacun d’entre nous a une propension à se comparer aux autres, et cherche à manifester par tel ou tel trait extérieur une petite supériorité, une différence symbolique par rapport aux personnes avec lesquelles il vit. Veblen ne prétendait pas que la nature humaine se réduit à ce trait, il ne le jugeait pas d’un point de vue moral, il le constatait. S’appuyant sur les nombreux témoignages des ethnographes de son époque, il constatait aussi que cette forme de rivalité symbolique s’observe dans toutes les sociétés.

De surcroît, poursuivait-il, toutes les sociétés produisent assez aisément la richesse nécessaire pour satisfaire leurs besoins de nourriture, de logement, d’éducation des enfants, de convivialité, etc. Pourtant, elles produisent généralement une quantité de richesses bien supérieure à la satisfaction de ces besoins. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de permettre à leurs membres de se distinguer les uns des autres.

Veblen constatait ensuite qu’existent le plus souvent plusieurs classes au sein de la société. Chacune d’entre elles est régie par le principe de la rivalité ostentatoire. Et, dans chaque classe, les individus prennent comme modèle le comportement en vigueur dans la couche sociale supérieure, qui montre ce qu’il est bien, ce qu’il est chic de faire. La couche sociale imitée prend elle-même exemple sur celle qui est située au-dessus d’elle dans l’échelle de la fortune. Cette imitation se reproduit de bas en haut, si bien que la classe située au sommet définit le modèle culturel général de ce qui est prestigieux, de ce qui en impose aux autres.

Que se passe-t-il dans une société très inégalitaire ? Elle génère un gaspillage énorme, parce que la dilapidation matérielle de l’oligarchie – elle-même en proie à la compétition ostentatoire – sert d’exemple à toute la société. Chacun à son niveau, dans la limite de ses revenus, cherche à acquérir les biens et les signes les plus valorisés. Médias, publicité, films, feuilletons, magazines « people » sont les outils de diffusion du modèle culturel dominant.

Comment alors l’oligarchie bloque-t-elle les évolutions nécessaires pour prévenir l’aggravation de la crise écologique ? Directement, bien sûr, par les puissants leviers – politiques, économiques et médiatiques – dont elle dispose et dont elle use afin de maintenir ses privilèges. Mais aussi indirectement, et c’est d’une importance équivalente, par ce modèle culturel de consommation qui imprègne toute la société et en définit la normalité.

Nous rebouclons maintenant avec l’écologie. Prévenir l’aggravation de la crise écologique, et même commencer à restaurer l’environnement, est dans le principe assez simple : il faut que l’humanité réduise son impact sur la biosphère. Y parvenir est également en principe assez simple : cela signifie réduire nos prélèvements de minerais, de bois, d’eau, d’or, de pétrole, etc., et réduire nos rejets de gaz à effet de serre, de déchets chimiques, de matières radioactives, d’emballages, etc. Ce qui signifie réduire la consommation matérielle globale de nos sociétés. Une telle réduction constitue le levier essentiel pour changer la donne écologique.

Qui va réduire sa consommation matérielle ? On estime que 20 à 30 % de la population mondiale consomme 70 à 80 % des ressources tirées chaque année de la biosphère. C’est donc de ces 20 à 30 % que le changement doit venir, c’est-à-dire, pour l’essentiel, des peuples d’Amérique du nord, d’Europe et du Japon. Au sein de ces sociétés surdéveloppées, ce n’est pas aux pauvres, aux RMIstes, aux salariés modestes que l’on va proposer de réduire la consommation matérielle. Mais ce n’est pas non plus seulement les hyper-riches qui doivent opérer cette réduction : car même si MM. Sarkozy, Vincent Bolloré, Alain Minc, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère, Jacques Attali et leur cortège d’oligarques se passent de limousines avec chauffeurs, de montres clinquantes, de shopping en 4 x 4 à Saint-Tropez, ils ne sont pas assez nombreux pour que cela change suffi- samment l’impact écologique collectif. C’est à l’ensemble des classes moyennes occidentales que doit être proposée la réduction de la consommation matérielle.

On voit ici que la question de l’inégalité est centrale : les classes moyennes n’accepteront pas d’aller dans la direction d’une moindre consommation matérielle si perdure la situation actuelle d’inégalité, si le changement nécessaire n’est pas équitablement adopté. Recréer le sentiment de solidarité essentiel pour parvenir à cette réorientation radicale de notre culture suppose évidemment que soit entrepris un resserrement rigoureux des inégalités – ce qui, par ailleurs, transformerait le modèle culturel existant.

La proposition de baisse de la consommation matérielle peut sembler provocante dans le bain idéologique dans lequel nous sommes plongés. Mais, aujourd’hui, l’augmentation de la consommation matérielle globale n’est plus associée avec une augmentation du bien-être collectif – elle entraîne au contraire une dégradation de ce bien-être. Une civilisation choisissant la réduction de la consommation matérielle verra par ailleurs s’ouvrir la porte d’autres politiques. Outillée par le transfert de richesses que permettra la réduction des inégalités, elle pourra stimuler les activités humaines socialement utiles et à faible impact écologique. Santé, éducation, transports, énergie, agriculture sont autant de domaines où les besoins sociaux sont grands et les possibilités d’action importantes. Il s’agit de renouveler l’économie par l’idée de l’utilité humaine plutôt que par l’obsession de la production matérielle, de favoriser le lien social plutôt que la satisfaction individuelle. Face à la crise écologique, il nous faut consommer moins pour répartir mieux. Afin de mieux vivre ensemble plutôt que de consommer seuls.
Hervé Kempf.

Hervé Kempf

Journaliste, auteur de Comment les riches détruisent la planète, Seuil, Paris, 2007.

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En dix ans, le nombre de milliardaires (en dollars) a été
multiplié par cinq sur la planète. Les riches ne sont certes
pas encore aussi nombreux que les pauvres, mais comme le
monde tourne plus que jamais autour d'eux, une exploration
en profondeur de l'« Internationale des riches » valait bien
le détour.

Ce numéro de « Manière de voir », coordonné par Martine Bulard
et Pierre Rimbert, n'est plus en kiosques, mais il est désormais
disponible sur notre boutique en ligne :
http://www.monde-diplomatique.fr/boutique/riches

A commander en ligne :

« Manière de voir » n° 99, juin-juillet 2008


« L'INTERNATIONALE DES RICHES »

http://www.monde-diplomatique.fr/boutique/riches

17:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

22/07/2008

Dire non à ce coup d'Etat permanent

à lire sur Mediapart :

http://www.mediapart.fr/journal/france/210708/dire-non-a-ce-coup-d-etat-permanent

Dire non à ce coup d'Etat permanent
[La rédaction vous propose cet article en accès libre]

21 jui 2008 Par
Edwy Plenel

Les prises de conscience appellent souvent des inventions de vocabulaire. S'il ne lui a pas été fidèle, une fois installé à l'Elysée, la formule de François Mitterrand sur Le Coup d'Etat permanent, titre de son pamphlet de 1964, résume d'une image tous les dangers potentiels de la Constitution de la Cinquième République. On lui prête, au moment de quitter ce pouvoir qu'il aura occupé plus longtemps qu'aucun autre (1981-1995), cette formule: "Ces institutions étaient dangereuses avant moi, elles le resteront après." Plutôt que l'aveu d'impuissance – ces institutions auront résisté à une alternance qui, contrairement au programme sur lequel la gauche fut élue, n'a pas su les transformer en profondeur –, c'est la mise en garde qui, ici, importe et qu'auraient bien fait de méditer tous les ralliés de gauche au récent chantier constitutionnel: pour limiter ce danger intrinsèque, la pratique du pouvoir est décisive.

De ce point de vue, on ne saurait reprocher à Nicolas Sarkozy d'avoir caché son jeu. D'emblée, dès les premières heures, il a imposé son hyperprésidence. Immodestement, je dois confesser avoir lancé cette expression au soir et au lendemain de son intronisation, le 16 mai 2007, lors de l'émission de Frédéric Taddei sur France3, "Ce soir ou jamais", puis, le 17, dans le journal de la mi-journée de France Culture. Hyperprésidence, disais-je alors, de même que l'on a pu qualifier, à la suite d'Hubert Védrine, la politique américaine sous la présidence Bush d'hyperpuissance: une puissance sans contrepoids, accentuant le déséquilibre d'une époque déjà incertaine et dangereuse. L'hyperprésidence, c'est cela: un coup d'Etat à froid qui accentue les déséquilibres et, donc, les risques et les dérives.

lire la suite sur Mediapart :
http://www.mediapart.fr/journal/france/210708/dire-non-a-ce-coup-d-etat-permanent

18/07/2008

Soupçon de culture illégale d'OGM dans le Tarn-et-Garonne: l'exploitant détruit les parcelles

Soupçon de culture illégale d'OGM dans le Tarn-et-Garonne: l'exploitant détruit les parcelles
AP | 17.07.2008 | 13:47


Le propriétaire d'un champ de maïs soupçonné d'être du maïs transgénique MON 810, sur la commune de Lafrançaise (Tarn-et-Garonne), a procédé mardi soir à la destruction de ses parcelles, a-t-on appris jeudi auprès des militants anti-OGM et de la Direction régionale de l'agriculture et de la forêt (DRAF) de Midi-Pyrénées.

Des prélèvements avaient été effectués la semaine dernière sur ces parcelles à la suite d'une plainte en référé déposée auprès du tribunal de grande instance de Montauban par la Confédération paysanne, Nature et Progrès, Greenpeace et les Amis de la Terre, liée à une suspicion de culture illégale de maïs OGM.

Cette culture est suspendue en France pour l'année 2008 depuis les arrêtés ministériels des 7 et 13 février derniers activant la clause de sauvegarde prévue par la réglementation européenne.

"Mardi soir, l'exploitant a procédé à la destruction d'un certain nombre de parcelles. Nos services se sont rendus mercredi sur place pour vérifier ce qui s'est passé et que le broyage a été bien fait", a confirmé Bruno Lion, adjoint à la DRAF Midi-Pyrénées.

"L'exploitant se trouve dans une phase transitoire et il sait qu'il risque d'être poursuivi pour culture illégale de maïs avec en plus une circonstance aggravante du fait de la pollinisation du maïs et des problèmes de dissémination. C'est sans doute pour cela qu'il a cessé au plus vite l'infraction".

De leur côté, les militants anti-OGM interprètent cette destruction comme "un aveu". "Ces parcelles ont été broyées (...) avant le retour des analyses du SRPV (Service régional de la protection des végétaux) et de celles demandées par la justice. Cela n'arrête pas la procédure judiciaire puisque les prélèvements ont été faits mais nous nous interrogeons sur cette destruction prématurée qui revient forcément à un aveu", a déclaré Jacques Dandelot, membre du Collectif anti-OGM 31.

Le 11 juillet, le juge des référés du tribunal de grande instance de Montauban avait ordonné la désignation d'un huissier assisté d'un expert agronome afin de procéder à des prélèvements. L'opération s'était déroulée le lendemain sur les parcelles concernées et les échantillons de plants de maïs avaient ensuite été envoyés au laboratoire Eurofins à Nantes.

Informé de la plainte en référé, le SRPV avait effectué dès le 11 juillet ses propres tests. Ils avaient été transmis au laboratoire national de la protection des végétaux d'Orléans. "En cas de détection de culture illégale, un procès-verbal sera dressé et l'exploitant sera mis en demeure de détruire les cultures", avait assuré la semaine dernière la préfecture de la Haute-Garonne en précisant que le contrevenant risque jusqu'à 150.000 euros d'amende et deux ans de prison. AP

17/07/2008

Le "malaise démocratique" de l'Union

lu sur lemonde.fr :

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/17/le-malaise-democratique-de-l-union-par-thomas-ferenczi_1074373_0.html

Chronique
Le "malaise démocratique" de l'Union, par Thomas Ferenczi
LE MONDE | 17.07.08 | 13h25 • Mis à jour le 17.07.08 | 13h25

omment rendre l'Union européenne plus démocratique afin d'accroître sa légitimité auprès de ses citoyens ? Cette question, les partisans de la construction européenne n'ont cessé de se la poser depuis la naissance du projet communautaire, mais la réponse est devenue plus urgente après les échecs des consultations populaires en France, aux Pays-Bas et en Irlande. Si les électeurs ont tendance à dire "non" quand on leur demande leur avis, c'est, d'après les spécialistes, parce qu'ils ont le sentiment que l'Europe se fait sans eux et qu'on tente ensuite de les placer devant le fait accompli.

Selon Jacques Ziller, professeur à l'Institut universitaire européen de Florence, plus de quarante référendums ont été organisés depuis 1972 sur l'intégration européenne, dont plus du tiers avec un résultat négatif (Trajectoires de l'Europe, sous la direction de Sylvaine Poillot-Peruzzetto, Dalloz, 2008). Ce taux élevé confirme l'importance du rejet dont l'Union est l'objet. Pourquoi ? Parce qu'elle fonctionne trop souvent comme une "boîte noire" dont les décisions ne sont pas assez perceptibles par les citoyens, explique Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman (Le Bal des hypocrites, Saint-Simon/Lignes de repère, 2008).

L'Europe oublie, d'après l'auteur, une "exigence élémentaire" de la démocratie, selon laquelle "l'action du pouvoir doit être justifiée de manière continue auprès des citoyens". Il est vrai que la méthode de Jean Monnet, souligne-t-il, donnait la priorité à la "légitimité technocratique" sur la "légitimité politique". Mais les temps ont changé. Le champ d'intervention de l'Union européenne s'est élargi. La logique d'autrefois révèle ses limites. Le "malaise démocratique" de l'Union, confirme le politologue Nicolas Jabko, vient de ce que celle-ci "ne se limite plus à des activités avant tout économiques" (Trajectoires de l'Europe).

Dans un petit livre stimulant (L'Europe malade de la démocratie, Grasset, 2008), Philippe Riès, ancien chef du bureau de l'Agence France-Presse à Bruxelles, soutient que l'Union européenne souffre plutôt d'un excès de démocratie. Il s'inquiète des "dérives malsaines" d'une "démocratie d'opinion" où "les intérêts particuliers s'imposent systématiquement à l'intérêt général" et où triomphent le "clientélisme" et le "corporatisme". Comment lui donner tort ? Toutefois, en dénonçant "l'imposture démocratique", ce sont bien les insuffisances de la démocratie européenne qu'il met en lumière.

Si l'Union européenne était une organisation internationale comme les autres, la question de la démocratie ne se poserait pas. Elle se pose parce que les Européens veulent former une communauté politique. Mais ils n'entendent pas pour autant créer un Etat européen. Ils ne peuvent donc pas se contenter de transposer leurs systèmes nationaux à l'échelle de l'Union européenne. "Au stade actuel, note Nicolas Jabko, personne ne sait très bien ce que pourrait vouloir dire une démocratie pour l'Europe".

En attendant la naissance d'un hypothétique espace public européen, associant partis transnationaux et société civile, c'est aux Etats membres qu'il appartient de susciter le débat démocratique autour des politiques européennes. L'Europe concrète, au plus près des préoccupations des citoyens, reste une idée controversée. Beaucoup de gens ne souhaitent pas que les institutions européennes s'immiscent dans leur vie quotidienne. La légitimation par les résultats ne suffira pas à convaincre les peuples si ceux-ci n'ont pas été associés, d'une façon systématique, aux délibérations préalables.

Courriel : ferenczi@lemonde.fr.

Thomas Ferenczi
Article paru dans l'édition du 18.07.08

09/07/2008

le vote électronique est-il fiable ?

lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/07/09/une-etude-remet-en-cause-la-fiabilite-des-machines-a-voter_1068281_823448.html

Une étude remet en cause la fiabilité des machines à voter
LEMONDE.FR | 09.07.08 | 16h33

Les bureaux de vote équipés de machines à voter électroniques seraient moins fiables que les autres. C'est le résultat, paradoxal, d'une étude rendue publique, mardi 8 juillet, et conduite par Chantal Enguehard, chercheuse au Laboratoire d'informatique de Nantes Atlantique (université de Nantes). Selon ces travaux, les nombres de votes et d'émargements –théoriquement identiques– sont différents dans 29,8 % des bureaux de votes équipés de machines électroniques (dans lesquels votent environ 1,5 million de Français).

Ce type d'erreur n'apparaît que dans 5,3 % des bureaux de vote traditionnels. Au sein des bureaux de vote fautifs, les taux d'erreurs demeurent dans tous les cas faibles, inférieurs au pourcent. Mais ils sont largement supérieurs dans les bureaux de vote électroniques. Par exemple, alors qu'un taux d'erreur supérieur à 0,4 % n'est presque jamais relevé dans les bureaux de vote traditionnels, il l'est dans plus de 4 % des bureaux de vote électroniques.

"AUCUNE EXPLICATION SATISFAISANTE"

Pour mener ce travail, la chercheuse a analysé les procès verbaux relatifs aux dernières élections politiques françaises de 21000 bureaux de vote, le tiers étant équipés de machines à voter. "Pour pouvoir comparer des communes de même taille et de même implantation géographique, explique la chercheuse, un échantillon de 4000 bureaux a été extrait, le tiers pourvu de machines à voter."

Afin d'expliquer ce surplus d'erreurs, Mme Enguehard a tenté de corréler les taux d'erreurs relevés avec la taille des bureaux de vote ou avec les mentions, dans certains procès verbaux, d'une défiance ou d'un mécontentement d'électeurs quant à la présence de machines dans leur bureau de vote. En vain. D'éventuelles différences de taux d'erreurs entre le premier et le deuxième tour d'un même scrutin ont été cherchées, également en vain. " Nous n'avons donc aujourd'hui aucune explication satisfaisante de ce phénomène, dit Mme Enguehard. Nous n'avons pas pu opérer de distinction entre les différentes marques de machines ou les différentes versions des logiciels puisque ces informations ne sont pas consignées dans les procès verbaux."

Les résultats de ces travaux, non encore soumis à la relecture critique d'autres scientifiques, doivent être pris avec précaution. Ils relèvent cependant d'un traitement de données très simples, réalisé à partir de documents publics. L'étude doit être transmise dans les prochains jours au ministère de l'intérieur et au Conseil constitutionnel.

Stéphane Foucart

08/07/2008

Les dossiers enterrés de Tchernobyl

à lire :

L’Organisation mondiale de la santé et le nucléaire

Les dossiers enterrés de Tchernobyl

Connaîtra-t-on un jour l’impact sanitaire des activités nucléaires, civiles ou militaires ? Depuis un demi-siècle, des concentrations délétères de matières radioactives s’accumulent dans l’air, la terre et l’eau, à la suite des tirs atomiques et des incidents survenus dans les centrales. Or des études sérieuses concernant les conséquences des radiations sur la santé sont occultées – en particulier par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la référence internationale dans ce domaine.
Par Alison Katz

voir la totalité de l'article sur :

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/KATZ/15711